lundi, avril 15, 2024
Recherches Lacan

LIII LES PSYCHOSES 1955 – 1956 Leçon du 30 novembre 1955

Leçon du 30 novembre 1955

 

La vie du psychanalyste, comme il me le fut rappelé plusieurs fois le même jour par une sorte de convergence, par mes analysés, la vie du psychanalyste n’est pas rose. La com­paraison qu’on peut faire du psychanalyste avec un dépotoir. est justifiée, car en effet il faut qu’il « encaisse » au cours des journées des propos, des discours assurément de. valeur dou­teuse, et bien plus encore pour le sujet qui le lui commu­nique. C’est un sentiment que le psychanalyste s’il en est un pour de vrai, est non seulement habitué à surmonter, mais à vrai dire qui dans toute la mesure où il l’est véritablement et authentiquement, est aboli; par contre je dois dire qu’il renaît dans toute sa force quand sa fonction amène à devoir épuiser la somme des travaux qui constituent ce qu’on appelle la littérature analytique. Il n’y a pas d’exercice décon­certant de l’attention scientifique, pour peu qu’on doive lit­téralement s’y appliquer, c’est-à-dire qu’on doive lire dans un court espace de temps, les points de vue en apparence homogènes qui sont développés sur les mêmes sujets dans les auteurs; et personne ne semble s’apercevoir des contradic­tions flagrantes, permanentes qui sont mises en jeu chaque fois qu’on fait intervenir les concepts fondamentaux.

Pour le cas du Président Schreber par exemple, vous n’avez que le schéma général et quasi inaugural de la démonstration de ce qui est la grande nouveauté apportée par la psychanalyse dans la pathogénie de la paranoïa, c’est à savoir que la tendance, ou autrement la pulsion fondamen­tale, celle qui serait pour son motif inconscient, ne serait autre chose qu’une tendance homosexuelle. Assurément l’attention attirée sur l’ensemble de faits qui se groupent autour d’une telle notion, a été une nouveauté capitale qui a profondément changé toute notre perspective sur la paranoïa.

De savoir ce qu’est cette homosexualité, et à quel point de l’économie du sujet elle intervient, autrement dit com­ment elle détermine la psychose, je crois pouvoir témoigner qu’il n’y a dans ce sens d’ébauché que les démarches les plus imprécises, voire les plus contradictoires.

La notion de défense contre l’irruption supposée, pour­quoi à tel moment qui reste à déterminer, de la tendance homosexuelle est quelque chose qui est loin de porter sa preuve, si on donne au terme de défense un sens précis. Heureusement pour la continuation de la majeure partie de la recherche analytique, c’est-à-dire de la poursuite dans les ténèbres du rêve pensable, cette notion de défense n’est pré­cisément jamais précisée, car il est très clair qu’il y a une ambiguïté perpétuelle entre la notion de défense dans sa relation à la psychopathologie générale, dans le fait de la maladie, défense qui n’a qu’un rapport loin d’être universel et univoque à la cause qui la provoque, défense qui n’est considérée que comme une voie du maintien d’un certain équilibre, en elle-même, ou qui provoque la maladie, et la notion de défense telle que nous la mettons en avant quand il s’agit du psychisme, c’est-à-dire quelque chose qui est arti­culé, quelque chose qui refait, quelque chose qui est trans­formation d’un certain motif. La tendance précisément de cette notion de défense, on la fait donc entrer en ligne de compte, et on nous assure que les moments déterminants initiaux de détermination de la psychose de Schreber, sont à rechercher dans les moments de déclenchement des diffé­rentes phases de sa maladie. Vous savez qu’il a eu vers l’année 1886 ou 1887 une première crise; on essaie de par ses mémoires – il y a là-dedans quelques renseignements – de nous en montrer les coordonnées: à ce moment, nous dit-on, on peut noter un trait dans la vie de Schreber; il aurait été sur le point de présenter sa candidature au Reichstag, la maladie arrive et il n’est plus question de cette candidature.

Dans l’intervalle, c’est-à-dire pendant la période après la première crise d’une année environ, le magistrat Schreber est normal, à ceci près qu’il n’a pas été comblé dans un désir, voire un espoir de paternité. Au bout donc d’une période de huit ou neuf ans, quelque chose de nouveau qui est pour lui l’accès, à un certain point prématuré, à un âge qui ne laissait pas prévoir qu’il fût nommé à une fonction aussi élevée, à la fonction de Président de la Cour d’Appel de Leipzig, et dit­on, à ce moment là le fait d’être élevé à cette fonction qui a le caractère d’une éminence, lui donne une autorité qui pour tout dire, dans le plan de notre terminologie, le hausse à une fonction paternelle, à une responsabilité, non tout à fait entière, du moins plus pleine et plus lourde que toutes celles qu’il aurait pu espérer. Cela nous donne le sentiment qu’il y a une relation entre cet accès et le déclenchement de la crise.

En d’autres termes, dans le premier cas on met en fonction le fait qu’il n’a pas pu arriver jusqu’au but de son ambition, que la crise s’est déclenchée, semble-t-il, pour qu’il n’affronte pas les luttes, dans l’autre cas il l’a reçue du dehors, d’une façon presque qu’on entérine comme ayant été imméritée, et on lui accorde la même valeur déclenchante. Si le Président Schreber n’a pas eu d’enfant, on en prend fait et acte pour montrer que la notion de la paternité joue un rôle primordial, et que c’est dans toute la mesure où accédant à cette position paternelle, du même coup la crainte de la castration chez lui est supposée revivre – appétence homosexuelle autour de ce qui concerne le père – est directement en cause dans le déclen­chement de la crise, et va entraîner toutes les distorsions, toutes les déformations pathologiques, les mirages qui pro­gressivement font évoluer son délire.

Assurément la présence d’emblée dans le délire des personnages masculins de l’entourage médical, qui sont nommés les uns après les autres, qui viennent les uns après les autres au premier plan, au centre de la persécution d’une nature très paranoïde qui est celle du Président Schreber, montre que ces personnages masculins ont une valeur de premier plan. C’est pour tout dire un transfert. qui n’est pas sans doute à prendre au sens où nous l’entendons ordinai­rement, mais quelque chose de cet ordre, qui est lié de façon singulière avec ceux qui avaient eu à prendre soin de lui. Le choix des personnages est par là suffisamment expliqué, mais avant d’essayer de se satisfaire, si l’on peut dire, de cette sorte de coordination d’ensemble, il conviendrait de s’aper­cevoir qu’à les motiver, on agit d’une façon qui je dirais néglige complètement la preuve par le contraire. Autrement dit on néglige de s’apercevoir qu’on prend la crainte de la lutte, et je dirais le succès prématuré, et voire immotivé, pour ayant une valeur d’un simple signe de même sens. posi­tif dans les deux cas. Si le Président Schreber, par hasard, entre ses deux crises, était devenu père, on mettrait bien évi­demment l’accent sur ce fait, on donnerait toute sa valeur au fait qu’il n’aurait pas supporté cette fonction paternelle. Bref, la notion de conflit est toujours mise en jeu d’une façon qu’on peut bien dire ambiguë, puisqu’il semble qu’on mette sur le même plan ce qui est source de conflit, et ce qui dans certains cas est beaucoup moins facile à voir, et qui est justement l’absence de conflit; c’est-à-dire que, c’est parce que le conflit laisse, si on peut dire, une place vide du conflit qu’apparaît quelque chose qui est une réaction, une construction, une mise en jeu de la subjectivité.

Ceci n’est qu’une simple indication au passage, simple­ment pour vous montrer que dans l’appréhension du méca­nisme nous trouvons la même ambiguïté qui est celle sur laquelle a porté notre dernière leçon, c’est-à-dire l’ambi­guïté de la signification même du délire. Entendons bien qu’il s’agit là de ce qu’on appelle d’habitude le contenu, et que je préférerais appeler le dire psychotique. L’ambiguïté de cette valeur surprenante va se voir à tous les niveaux, depuis son abord clinique où vous croyez avoir affaire dans un certain temps à quelqu’un qui communique avec vous parce qu’il parle le même langage, et puis quand vous pous­sez plus loin vous vous apercevez, surtout si vous êtes psy­chanalyste, que ce qu’il dit est aussi compréhensible, tellement compréhensible, comme le vous l’ai montré la der­nière fois, que vous avez à certains moments comme l’illu­sion ou comme un mirage. Il ne s’agit de rien d’autre que de quelqu’un qui aurait pénétré d’une façon plus saisissante, plus profonde qu’il n’est donné au commun des mortels, dans le mécanisme même du système de l’inconscient. Quelque part dans un deuxième chapitre, Schreber l’exprime au passage: « il m’a été donné des lumières qui sont rarement données à un mortel ».

Donc cette ambiguïté qui fait que ce serait justement dans le système du délirant que nous aurions les éléments de com­préhensibilité parfois plus remarquables, est quelque chose sur lequel mon discours d’aujourd’hui va porter, pour essayer de vous montrer par quel abord je désire vous mener, pour que nous essayions de dégager dans cette double question de la signification de la psychose d’une part, entendons du dire psychotique, et du mécanisme de la psychose d’autre part, à savoir comment un sujet entre dans la psychose, c’est bien aussi important que la première, je vais essayer de vous mon­trer par quel abord je vais vous mener, et comment il me semble que seule cette voie d’abord peut permettre de situer réellement les questions, sans cette confusion qui est toujours maintenue aux différents niveaux de notre explication, même psychanalytique, du délire.

Je rappelle à ceux qui viennent assister à ma présentation de malades. que la dernière fois j’ai présenté une psycho­tique bien évidente, et ils se souviendront combien de temps j’ai mis à en faire sortir, si on peut dire, le stigmate, le signe qui montrait qu’il s’agissait bien d’une délirante, et non pas simplement d’une anomalie de caractère, d’une personne de caractère difficile qui se dispute avec son entourage. Il a fallu rien moins qu’un interrogatoire qui a largement dépassé l’heure moyenne qu’on peut consacrer à un pareil travail, pour qu’il apparaisse clairement qu’à la limite de ce même langage, dont il n’y avait pas moyen presque de la faire sor­tir, il y avait quand même un autre langage, et un langage de cette saveur particulière, quelquefois souvent extraordi­naire, qui est justement le langage du délirant, ce langage où certains mots prennent un accent, une densité spéciale, et qui est celui qui se manifeste quelquefois dans la forme même du mot. dans la forme du signifiant, c’est-à-dire qu’il donne au mot un caractère franchement néologique qui est quelque chose de si frappant dans les productions de la para­noïa. Dans le cas de notre malade de l’autre jour, le mot « galopiner » enfin surgi, nous a assurément donné la signa­ture de tout ce qui nous était dit jusque-là, de quelque chose qu’on aurait pu aussi bien traduire, et combien facilement l’aurions-nous fait puisque aussi bien les malades eux-mêmes nous mettent sur la voie, et que le terme de frustration fait partie depuis quelque temps du vocabulaire des honnêtes gens – qui ne vous parle pas à longueur de journée des frus­trations qu’il a subies, qu’il subira, ou que les autres autour de lui subissent? Il s’agissait bien tout à fait d’autre chose que d’une frustration de sa dignité, de son indépendance, de ses petites affaires que la malade était victime, elle était évi­demment dans un autre monde, dans ce monde où juste­ment le terme de « galopiner » et sans doute bien d’autres qu’elle nous a cachés, constituent les points de repère essen­tiels, et c’est là le point sur lequel nous commencerons par essayer d’éclaircir la question, de prendre l’abord extérieur, le premier examen.

C’est là que je voudrais vous arrêter un instant pour vous faire sentir combien les catégories auxquelles j’ai essayé l’année dernière de vous assouplir, car il ne suffit pas de vous apporter ainsi la théorie linguistique, vous vous rappelez qu’en linguistique il y a le signifiant et le signifié, et que le signifiant est quelque chose que vous devez prendre au sens du matériel du langage, et que le piège, le trou dans lequel il ne faut pas tomber, c’est de croire que le signifié c’est les choses, les objets, le signifié c’est tout à fait autre chose, c’est la signification que je vous ai expliquée l’année dernière et l’autre année, du linguiste qu’est Saint-Augustin. Le cha­pitre des significations nous a bien montré, comme M. Benveniste, que la signification renvoie toujours à la signifi­cation, c’est-à-dire à une autre signification. Le système du langage, à quelque point que vous le saisissiez. n’aboutit jamais à un index directement dirigé sur un point de la réa­lité, c’est toute la réalité qui est recouverte par l’ensemble du réseau du langage, et vous ne pouvez jamais dire: c’est cela qui est désigné, car quand bien même arriveriez-vous à le faire, vous ne sauriez jamais ce que je désigne dans cette table par exemple, si c’est la couleur, si c’est l’épaisseur, si c’est la table en tant qu’un objet, ou quoi que ce soit d’autre.

Cette distinction est essentielle à avoir dans l’esprit. Pour le moment nous nous arrêtons devant ce simple et premier petit phénomène qu’est le terme « galopiner » dans le cas de la malade de l’autre jour, et il y a d’autres termes encore qui sont ceux dont Schreber lui-même à tout instant, souligne l’originalité quand il nous parle de l’adjonction de nerfs, il précise bien que cela lui à été dit par les âmes examinées, ou les rayons divins. Il y a des mots qui sont en quelque sorte des mots-clefs, des mots dont il souligne lui-même qu’il n’aurait jamais trouvé la formule. des mots originaux, des mots pleins, bien différents des autres mots qu’il emploie, avec lesquels il fait son discours, avec lesquels il commu­nique son expérience, lui-même ne s’y trompe pas. Il y a là des niveaux différents. C’est précisément à ce niveau qui se distingue du niveau du signifiant que vous devez le prendre à ce moment-là, dans son caractère matériel, par cette forme spéciale de discordance avec le langage commun qui s’appelle néologisme. Mais quelque chose d’autre vaut la peine qu’on s’y arrête, qui précisément ne peut vous appa­raître que si vous partez bien de l’idée que dans le langage la signification renvoie toujours à une autre signification, c’est précisément que ces mots, et on le voit dans le texte de Schreber, serrent de près le phénomène lorsque vous êtes en présence de quelque malade que ce soit, c’est que dans le langage délirant, ces mots qui vous arrêtent ont ceci tou­jours de spécial, qu’ils ne s’épuisent jamais dans le renvoi à une autre signification, leur signification si je puis dire, a pour propriété de renvoyer essentiellement à la significa­tion. C’est une signification qui par certains côtés, ne ren­voie à rien qu’elle-même, il reste toujours quelque chose d’irréductible, le malade souligne bien lui-même ce qui fait que le mot en quelque sorte ne peut vraiment pas être défini, le mot porte en lui-même poids, ce qui fait qu’avant d’être réductible à une autre signification, il signifie en lui-même quelque chose justement d’ineffable, il est signification qui renvoie avant tout à la signification en tant que telle, et nous le voyons aux deux pôles des manifestations concrètes de tous ces phénomènes dont ces sujets sont le siège, c’est-à­-dire, pour nous limiter à cette phase-là du phénomène, que à quelque degré que soit portée cette endophasie qui couvre l’ensemble des phénomènes dont le sujet manifeste et qu’il accuse, il y a là bien deux pôles où nous trouvons ce carac­tère porté au point le plus éminent, et là encore le texte de Schreber nous le souligne bien: il y a deux types de phéno­mènes: ceux où se dessine le néologisme * communiqué par la source; l’intuition délirante est une sorte de phénomène plein qui a un caractère en quelque sorte inondant, comblant pour le sujet de choses qui lui révèlent toute une perspective d’expérience qui, pour lui, est nouvelle et dont il souligne le cachet original, la saveur même particulière, qui est bien tout ce qu’il souligne quand il parle de la langue fondamentale avec laquelle il a été initié, introduit par son expérience. Là le mot, quel qu’il soit, quelque forme qu’il prenne, rend bien ce caractère de désigner l’usage du même terme. Le mot comme nous nous en servons. avec sa pleine emphase, le mot de l’énigme, le mot du mystère, c’est l’âme de la situa­tion, et puis à l’opposé cette autre forme que prend la signi­fication quand elle ne renvoie plus à rien, qui est le vide complet, à savoir la formule qui se répète, qui se réitère, qui se serine, et bien d’autres modes pour exprimer ce caractère d’insistance stéréotypé de ce qui leur est communiqué, et qui est ce que nous pourrons appeler à l’opposé du mot, la ritournelle. Les deux formes, l’une la plus pleine et l’autre la plus vide selon laquelle il s’agit bien d’une signification à ce stade; et précisément ces points l’arrêtent, c’est une sorte de plomb dans le filet, dans le réseau du discours du sujet, qui est la caractéristique structurale à quoi déjà, dès l’abord cli­nique, nous reconnaissons qu’il y a là quelque chose qui donne à son discours le caractère, la signature du délire.

C’est bien, vous le voyez déjà, du terme de langage, de ce même langage auquel nous pouvons nous laisser prendre dans un premier abord du sujet, quelquefois même le plus délirant, qui nous porte à dépasser sa notion et à poser le terme de discours, car assurément en effet c’est bien ce qui fait l’intérêt, voire la signification de ces malades, c’est qu’ils parlent le même langage que nous. S’il n’y avait pas cet élé­ment nous n’en saurions absolument rien, mais c’est dans l’économie du discours, dans le rapport de la signification à la signification, dans le rapport de leur discours à l’ordon­nance commune du discours, que se situe déjà le trait essen­tiel auquel nous distinguons qu’il s’agit du délire, et dans l’analyse du discours du psychotique paranoïde ou para­phrène. J’ai essayé autrefois d’ébaucher, d’en faire l’expé­rience dans un article paru dans les Annales médico-psychologiques vers les années 1930: il s’agissait de l’ana­lyse d’un cas de schizophasie, où effectivement c’est une analyse du discours à tous les niveaux, c’est-à-dire au niveau du sémantème, au niveau du taxième, que nous pouvons relever la structure, et très probablement au niveau particu­lier de ce qu’on appelle, peut-être pas sans raison, mais sans doute en ne sachant pas tout à fait exactement la portée de ce terme dans ce cas, de ce qu’on appelle la désintégration schizophrénique.

Je vous ai parlé de langage et vous devez du même coup à ce propos, voir et toucher au passage l’insuffisance et le piège, et le mauvais penchant qui est suffisamment Marqué*  dans la formule de ces analystes qui vous disent « qu’il faut parler au patient son langage ». Vous voyez à quel niveau primaire nous sommes, sans doute bien entendu, ceux qui parlent ainsi doivent être pardonnés comme tous ceux qui ne savent pas ce qu’ils disent, mais c’est vous dire assez à quel point ce n’est là qu’une espèce de retour des signes de repentir d’un champ, ou d’un terme entier de l’expérience analytique, et lutter** avec lequel on s’acquitte rapidement. On se met rapidement en règle quand on évoque d’une façon aussi sommaire ce dont il s’agit, à ceci près que ce qui est révélé, c’est assurément cette condescen­dance qui marque bien à quelle distance on maintient l’objet dont il s’agit, à savoir du patient, puisque aussi bien il est là, nous parlons son langage, nous parlons le langage des simples et des idiots. Marquer cette distance, faire à l’occa­sion du langage un pur et simple instrument, comme on dit une façon de se faire comprendre de ceux qui ne compren­nent rien, c’est précisément déjà une occasion d’éluder com­plètement ce dont il s’agit, à savoir la réalité de la parole.

En fin de compte c’est bien de cela qu’il s’agit; en effet – je lâche un instant les analystes – nous voyons autour de quoi la discussion psychiatrique tourne, que celle-ci s’appelle phénoménologie, psychogenèse, organogenèse du délire. Si nous regardons ce que signifient les analyses extraordinai­rement fines et pénétrantes d’un Clérambault par exemple, quel est le véritable sens de cette discussion ? Certains pen­sent qu’il s’agit de savoir si c’est un phénomène organique ou un phénomène qui ne l’est pas; ceci serait paraît-il sen­sible dans la phénoménologie elle-même. je veux bien, mais regardons-y de plus près. La question est celle-ci: le malade en fin de compte parle-t-il bien ? Naturellement si nous n’avons pas fait cette distinction du langage et de la parole.

C’est vrai, il parle, mais il parle comme la poupée perfec­tionnée qui ouvre et ferme les yeux, absorbe du liquide, etc. Si vous vous contentez de cela, évidemment la poupée parle; enfin de compte on voit bien que ce doit il s’agit quand un de Clérambault analysant les phénomènes élémentaires, va chercher dans leur structure la signature, il s’agit là de quelque chose qu’on appelle comme on veut, mécanique, serpigineux, Dieu sait quels termes, abondants de néolo­gismes: on s’aperçoit que même dans cette analyse, la per­sonnalité est toujours supposée, elle n’est jamais définie, elle est supposée puisque c’est en fonction de ce qu’il appelle le caractère idéogénique d’une compréhensibilité première, le lien des affections, de leur expression langagière qui, elle, est supposée aller de soi. C’est de là qu’on part pour prou­ver quelque chose de second par laquelle la première est par­lée, que cette seconde soit qualifiée ou non d’automatique, en change rien à la question.. On nous dit: si le caractère manifestement automatique de ce qui se produit au niveau de cet élément second est démontrable par la phénoméno­logie elle-même, ceci prouve que le trouble n’est pas psycho­génétique, mais c’est tout de même en fonction d’abord -premier argument- d’une référence psychogénétique elle-même, que la définition du phénomène comme automatique, ou comme mécanique, ou comme non psychogénétique, est comprise. Il est supposé qu’il y a un sujet qui comprend de soi, et c’est ce sujet-là qui se regarde. Cela va de soi, car si ce n’est pas celui-là, comment les autres phénomènes sont-ils saisis comme étrangers ? Observez bien au passage ce dont il s’agit, nous ne sommes pas là dans le problème qui est classique dans la philosophie, c’est à savoir si la pensée, pro­blème qui a arrêté toute la philosophie depuis Leibniz, c’est-­à-dire au moins depuis le moment où l’accent a été mis sur la conscience quant au fondement de la certitude, c’est de savoir si la pensée pour être pensée, doit obligatoirement se penser pensant, c’est-à-dire penser qu’elle pense: une pen­sée comme telle doit être obligatoirement une pensée qui s’aperçoit qu’elle est en train de penser à ce qu’elle pense, ce qui bien entendu est tellement loin d’être simple, que ça ouvre immédiatement un jeu de miroirs sans fin, et que tous ceux qui se sont arrêtés à ce problème ont noté au passage qu’assurément s’il est de la nature de la pensée qu’elle se pense pensante, il y aura une troisième pensée qui se pensera pensée pensante, et ainsi de suite. Le petit problème n’a jamais été résolu; à lui tout seul il suffit à démontrer l’insuf­fisance du fondement du sujet dans le phénomène de la pensée comme transparente à elle-même, mais ce n’est pas de cela du tout qu’il s’agit dans notre problème, il s’agit d’autre chose.

À partir du moment où nous sommes en face du phéno­mène vécu, éprouvé comme parasitaire, et que nous admet­tons que le sujet en a connaissance comme tel, c’est-à-dire comme étant quelque chose d’objectivement immotivé* d’inscrit seulement dans la structure définie par l’appareil, dans la perturbation des voies supposées neurologiques de frayage; nous ne pouvons pas échapper à la notion que le sujet est structuré de façon telle qu’il a une endoscopie qui se passe en lui-même, nous entendons par là de ce qui se passe réellement dans ses appareils, notion d’endoscopie qui surgit à tous les niveaux du texte, et c’est d’appréhender tous les phénomènes de discordance subjective comme telle à tous les moments, que toute théorie qui se pose, qui se précise comme centrant ce qui se passe dans le sujet, sur des phéno­mènes intra-organiques, est forcée.

D’accord, Freud aborde ces choses plus subtilement que les autres auteurs, ou aussi bien d’une façon implicite qui ne

voit même pas d’autres problèmes, il est forcé d’admettre que le sujet est forcément quelque part dans un coin privi­légié, où il lui est permis d’avoir une endoscopie de ce qui se passe en lui-même. La notion ne surprend personne quand nous parlons des endoscopies plus ou moins délirantes que le sujet a de ce qui se passe à l’intérieur de son estomac ou de ses poumons, ou de n’importe quoi d’autre, mais à partir du moment où nous parlons de phénomènes intracérébraux, il est clair que ceci a des inclinations tout à fait spéciales, car là nous sommes forcés d’admettre que le sujet a quelque endoscopie qui se passe à l’intérieur du système des fibres nerveuses; c’est là le point sur lequel tous les auteurs, au passage, insistent, sans s’en apercevoir, mais au détour même de leur démonstration on ne peut pas ne voir que quand le sujet est l’objet d’un écho de la pensée, nous admet­tons avec de Clérambault que c’est là le fait d’une dérivation produite par une altération chronaxique qui fait que, en quelque point de concours, les messages intracérébraux, l’un des deux télégrammes si l’on peut dire, sont partis d’un point pour partir d’un côté dans une voie, et l’autre par une voie où il est freiné; l’un de ces messages arrive en retard sur l’autre, et est noté par un sujet dont il faut bien qu’il soit quelque part, est enregistré comme arrivant en écho avec l’autre. Il faut donc bien admettre qu’il y a un point privilé­gié d’où ce repérage peut être fait, en d’autres termes, de quelque façon qu’on construise la théorie organo-génétique si vous voulez, ou automatisante, on n’échappe pas à la conséquence qu’il y a un point privilégié quelque part, d’où le sujet peut noter ses retards éventuels, cette discordance, ce non-accord simplement entre un système et un autre qui se manifeste comme apparaissant dans le désordre. Bref, on est plus psychogénétiste que jamais, puisque enfin ce point privilégié n’est très exactement pas autre chose que l’âme, à ceci près que l’on est plus idolâtre encore que ceux qui lui donnent la réalité la plus grossière en la situant dans un point particulier, qui, fibre ou pas fibre, système ou quoi que ce soit d’autre, aboutira toujours à ce que le Président Schreber lui-même dans un discours, notait être la fibre unique, en fin de compte assez attachée à la personnalité, car rien ne peut lui donner ce caractère privilégié, sinon ce qu’on appelle d’habitude fonction de synthèse. Le propre d’une synthèse c’est d’avoir quelque part son point de concours, sont point de convergence; même s’il est idéal, ce point existe.

Nous sommes donc exactement dans la même position du point de vue de l’analyse, que nous nous fassions organogénétiste ou que nous nous fassions psychogénétiste au sens je dirais impliqué, au sens non développé de ce terme, il y aura toujours quelque part un point privilégié ou quelque part une entité privilégiée que nous sommes forcés de suppo­ser. Est-ce que ceci suffit à expliquer maintenant le niveau des phénomènes de la psychose ? Il est tout à fait clair que, si la psychanalyse a apporté quelque chose de significatif, d’éclairant, d’illuminant dans le problème des psychoses, c’est justement dans la mesure où la stérilité est éclatante de ces sortes d’hypothèses, c’est justement dans la mesure où tout ce que l’analyse a révélé de plus fécond, d’abondant, de dynamique, de significatif dans la psychose, vient bousculer ces constructions minuscules qui ont été poursuivies pen­dant des décades à l’intérieur de la psychiatrie, autour de ces notions purement fonctionnelles, dont le moi en tant que camouflage de ces notions, était forcément le pivot essentiel. C’est dans toute cette mesure que la psychanalyse a apporté quelque chose de nouveau. Mais ce quelque chose de nou­veau comment l’aborder pour ne pas retomber également par une voie différente et par une autre méthode, dans une multiplication de ces moi, également eux-mêmes diverse­ment camouflés ? Le seul mode d’abord est de poser la ques­tion dans le registre même où le phénomène nous apparaît, c’est-à-dire dans le registre de la parole. Mais pour pouvoir le poser efficacement dans le registre de la parole dont la présence est tellement évidente que nous voyons que c’est cela qui crée toute la richesse de la phénoménologie de la psychose, c’est que nous en voyons tous les aspects pos­sibles, toutes les décompositions, toutes les réfractions, que l’hallucination verbale en tant qu’elle y est fondamentale est un des phénomènes justement les plus problématiques de ce qu’est la parole.

N’y a-t-il pas moyen de s’arrêter un instant sur le phé­nomène de la parole en tant que tel, en nous demandant si, à simplement le considérer, nous ne voyons pas se dégager une structure tellement essentielle, tellement première, tel­lement évidente, que c’est à l’intérieur de cette structure que nous allons pouvoir faire des distinctions autres que mythiques, c’est-à-dire autres que supposant cette chose qui s’appelle le sujet comme étant quelque part ?

Qu’est-ce que la parole ? Pourquoi ai-je demandé tout à l’heure: le sujet parle-t-il oui ou non ? La parole, arrêtons-nous un instant sur ce fait.

Qu’est-ce qui distingue une parole d’un enregistrement de langage ? La parole c’est exactement avant tout parler à d’autres. Ici je veux simplement vous rappeler ce que maintes fois j’ai amené au premier plan de mon enseigne­ment, c’est la caractéristique qu’a cette chose qui paraît simple au premier abord: parler à d’autres. La notion depuis quelques temps est venue au premier plan des préoccupa­tions de la science, de ce qu’est un message, de la fonction du message.

La structure de la parole vous ai-je dit chaque fois que nous avons eu ici à employer ce terme dans son sens propre, c’est que le sujet reçoit son message de l’autre sous une forme inversée: la parole, la parole essentielle, la parole qui en tout cas existe au niveau du terme engagé, sa parole est une parole qui est fondée sur cette structure telle que je viens de vous le dire. Qu’est-ce que cela veut dire: le sujet reçoit de l’autre son message sous une forme inversée ? Nous avons là deux formes absolument exemplaires; je vous ai dit: la première c’est fides, la parole en langage, la parole qui se donne, c’est le « tu es ma femme », ou le « tu es mon maître », formule exemplaire sur laquelle j’ai maintes fois insisté, ce qui veut dire: tu es ce qui est encore dans ma parole, et ceci je ne peux l’affirmer qu’en prenant la parole à ta place, cela vient de toi pour y trouver la certitude de ce que j’engage, cette parole est une parole qui t’engage. L’unité de la parole en tant que fondatrice pour la position des deux sujets, est là manifestée, mais si cela même ne vous paraissait pas plei­nement évident, la contre-épreuve comme d’habitude l’est bien plus, c’est le signe auquel se reconnaît la relation de sujet à sujet, ce qui fait que vous êtes dans un rapport de sujet à sujet, et non pas de sujet à objet, est exactement ceci, il n’est que l’envers de ce que je viens de promouvoir, qui est la feinte. Vous êtes en présence d’un sujet dans la mesure où ce qu’il dit ou ce qu’il fait, c’est la même chose, peuvent être supposés avoir été faits pour vous feinter, avec naturelle­ment tout ce que cela comporte de dialectique jusque y compris qu’il dise la vérité pour que vous croyiez le contraire. Vous connaissez l’histoire du personnage qui dit « je vais à Cracovie », et l’autre répond: « Pourquoi me dis-­tu que tu vas à Cracovie puisque tu y vas tous les jours, tu me le dis pour me faire croire que tu vas ailleurs », histoire juive mise en évidence par Freud.

La notion que ce que le sujet me dit est dans une relation fondamentale avec une feinte possible, est exactement la même chose, là aussi il m’envoie, j’en reçois la parole, c’est­-à-dire le message dont il s’agit, sous une forme inversée, car très exactement il s’agit bien entendu de «j’appréhende ce qui est vrai », et ce qui est le contraire du vrai est précisément ce que] en reçois.

Voici la structure sous ses deux faces, de paroles fonda­trices et de paroles menteuses, de paroles trompeuses en tant que telles; voici à quel niveau s’originalisent toutes les formes de communication possible, car nous avons généra­lisé la notion de communication. C’est tout juste si, au point où nous en sommes, nous n’allons pas refaire toute la théo­rie de ce qui se passe chez les êtres vivants, en fonction de la communication. Vous verrez à lire tant soit peu M. Norbert Wiener, que ça mène excessivement loin. Parmi les nom­breux paradoxes qu’il met en évidence, il introduit ce mythe curieux, construction qui consisterait à supposer le temps où tout ce qui peut être transmis, on pourrait avec des moyens suffisamment amples, télégraphier un homme à New York, c’est-à-dire en envoyant la succession des repé­rages de tout ce qui constitue son organisme recréé automa­tiquement, puisqu’il n’y a pas de limites à ce que nous pouvons supposer de transmission possible, la resynthèse point par point de toute son identité réelle dans un point aussi éloigné. Il est bien évident que des choses comme celle-ci sont une espèce de curieuse poudre aux yeux dont chacun s’émerveille en voyant toutes sortes de mirages subjectifs, sur lesquels d’ailleurs il est curieux qu’il suffise pour le faire s’effondrer, de faire remarquer que le miracle ne serait pas plus grand dans ces conditions, de télégraphier à deux cen­timètres, et par conséquent il s’agit de rien d’autre que du fait que nous faisons tous les jours en nous déplaçant de la même distance. Cette sorte de prodigieuse confusion des termes montre assez que les notions comme celle de la com­munication, doivent être maniées avec prudence. Néanmoins la notion de communication en tant que géné­ralisée, vous le savez bien car d’autre part c’est certainement une fonction puisqu’on l’avait même fait intervenir dans les notions générales de la physique – je spécifie à l’intérieur de ces communications ce que c’est que la parole en tant que parler à l’autre. C’est en fin de compte faire parler l’autre comme tel, cet autre si vous le voulez bien nous le mettrons l’Autre avec un A. C’est sans doute pour des raisons diffé­rentes, comme chaque fois qu’on est forcé d’apporter des signes supplémentaires à ce que nous donne le langage, cette raison différente est la suivante: c’est ce qui fonde tout ce que je viens de vous dire, aussi bien qu’il s’agisse de la voix, à savoir: « tu es ma femme ». Après tout qu’en savez-vous ? « tu es mon maître », après tout êtes-vous si sûrs que cela ? Ce qui fait précisément la valeur fondatrice de ces paroles, c’est justement que ce qui est visé dans son message, aussi bien que ce qui est manifesté dans la feinte, c’est que l’Autre est là en tant qu’Autre absolu, c’est-à-dire en tant justement qu’il est reconnu, mais il n’est pas connu, ceci est essentiel de même que ce que signifie la feinte, c’est que vous ne savez pas en fin de compte si c’est une feinte, à savoir si c’est là pour de bon ou si c’est là justement pour vous feinter. C’est essentiellement cet élément, cette inconnue directe dans l’altérité de l’autre, qui caractérise le rapport de la parole au niveau où elle est parlé à l’autre.

je vais vous maintenir un certain temps au niveau de cette description structurale, parce qu’il n’y a qu’à partir de là qu’on peut poser les problèmes. Est-ce que c’est là seule­ment ce qui différencie, ce qui distingue la parole ? Peut-être, nous n’en savons rien, assurément elle a d’autres caractères, elle ne parle pas seulement à l’Autre, elle parle de l’autre en tant qu’objet. C’est bien de cela qu’il s’agit quand un sujet vous parle de lui. Observez bien que lorsque votre paranoïaque de l’autre jour, celle à laquelle je me référais, celle qui employait le mot « galopiner » vous parle, il y a deux niveaux: vous savez qu’elle est un sujet, c’est une appli­cation tout à fait immédiate de ce que je viens de vous dire, vous savez qu’elle est un sujet, c’est-à-dire que c’est ce que vous exprimez dans la mesure où vous dites que sa Person­nalité est encore saine, à savoir que vous avez affaire sim­plement à un délire partiel, à ceci que justement elle essaie de vous blouser, c’est-à-dire que vous reconnaissez clinique­ment un délire partiel, ça fait partie des hypothèses de la situation, c’est justement dans la mesure où l’autre jour j’ai mis une heure et demie à lui faire sortir son « galopiner », c’est-à-dire que pendant une heure et demie elle m’a tenu en échec, et que pendant une heure et demie elle s’est montrée saine, c’est dans toute cette mesure que ce n’était qu’une malade à la limite de ce qui peut être perçu cliniquement, comme délire, c’est dans toute cette mesure que vous main­tenez qu’il y a dans ce sujet ce que vous appellerez dans notre jargon, la partie saine de sa personnalité, c’est bien en tant que justement elle parle de l’autre, qu’elle est capable de se moquer de lui, qu’elle existe comme sujet.

Maintenant elle parle d’elle, et il arrive qu’elle en parle justement un petit peu plus qu’elle ne voudrait, c’est-à-dire que nous nous apercevons qu’elle délire, elle parle donc là de quelque chose, elle parle de ce qui est notre objet com­mun, elle parle de l’autre avec un petit a; c’est bien elle qui parle toujours mais c’est la une autre structure, c’est une structure qui d’ailleurs ne livre pas absolument sa simplicité, ce n’est pas tout à fait comme si elle me parlait de n’importe quel objet reçu, elle me parle de quelque chose qui est très intéressant et très brûlant, et elle parle de quelque chose où elle continue tout de même à s’engager, bref elle témoigne.

Cette notion de témoignage, c’est cela que nous allons essayer un peu de pénétrer. Le témoignage est-il lui aussi purement et simplement communication ? Sûrement pas, il est bien clair pourtant que tout ce à quoi nous accordons une valeur en tant que communication, est de l’ordre du témoignage, et la communication en fin de compte désinté­ressée à la limite, n’est tout de même concevable pour tout ce qui est de l’ordre humain, que comme un témoignage en fin de compte raté si on peut dire, c’est-à-dire quelque chose sur lequel tout le monde est d’accord. Chacun sait que c’est l’idéal de la transmission de la connaissance, et que toute la pensée même de la communauté scientifique est fondée là-­dessus, sur la possibilité d’une communication dont le terme se tranche dans une expérience dans laquelle tout le monde peut être d’accord. Il faut tout de même voir que le départ, ne serait-ce qu’au moment où on va vous demander de l’ins­taurer, cette expérience, porte quand même sur la fonction du témoignage.

Ici nous avons affaire – je veux vous le faire remarquer une sorte d’altérité, je ne peux pas reprendre ici tout ce que j’ai dit autrefois, parce qu’aussi bien j’aurais à le reprendre sans cesse à l’intérieur de mon discours de cette année sur ce que j’ai appelé la connaissance paranoïaque – ce que j’ai désigné ainsi dans la première communication dans les temps encore plus anciens de ma thèse au groupe de l’« Évolution psychiatrique », qui à ce moment-là avait une assez remar­quable originalité – la connaissance paranoïaque veut dire ceci: c’est les affinités paranoïaques de toute connaissance d’objet en tant que tel, c’est la référence au fait que toute connaissance humaine prend sa source, sa racine, son ori­gine dans ce qu’on peut appeler la dialectique de la jalousie, dans le fait que nous la voyons comme manifestation pri­mordiale de communication. Il s’agit là d’une notion géné­rique observable, behaviouristiquement observable: ce qui se passe entre deux jeunes enfants confrontés à l’intérieur suffit à montrer que c’est quelque chose qui comporte ce transitivisme fondamental de celui qui s’exprime, dans le fait qu’un enfant qui a battu un autre dise: « l’autre m’a battu », non pas parce qu’il ment, mais parce qu’il est l’autre littéra­lement. C’est ce qui est la base, le fondement sur lequel s’articule, se différencie le monde humain du monde animal. Ce qui distingue les objets humains par leur collection dans leur neutralité, dans leur extension, dans leur prolifération indéfinie, dans le fait qu’ils peuvent être des objets d’un inté­rêt complètement neutre au point de vue besoin, mais être néanmoins objet humain, dans le fait que l’objet humain n’est pas dépendant de la préparation instinctuelle, du fait que le sujet peut se coapter à lui comme dans la coaptation d’une valence chimique ou d’un terme quelconque, avec un autre qui cependant s’emboîte à lui. Ce qui fait que le monde humain est un monde couvert d’objets, est fondé sur ceci: c’est que l’objet d’intérêt humain, c’est l’objet du désir de l’Autre. Pourquoi ceci est-il possible ? C’est parce que le moi humain comme tel, c’est l’autre, que du surgissement de sa propre tendance, que dans le rapport à cette image de l’autre il est ensemble et collection incohérente de désirs qu’il est littéralement. C’est cela le vrai sens du terme corps mor­celé, et la première synthèse de l’ego est essentiellement alter, elle est alter-ego, elle est aliénée. Le centre de consti­tution du sujet humain désirant comme tel, c’est l’autre en tant qu’il lui donne son unité, et le premier abord qu’il a avec les objets, c’est de l’objet en tant que vu comme objet du désir de l’autre.

Ceci, vous le voyez, définit à l’intérieur du rapport de la paranoïa le quelque chose qui provient d’une autre origine, c’est exactement là la distinction de l’imaginaire et du réel; à tout objet dont on parle quand on parle de l’autre, est impliquée une autre altérité primitive incluse dans cet objet, en tant que l’objet est primitivement objet de rivalité et de concurrence, que l’objet est intéressant dans la fonction où il est objet du désir de l’autre.

 

La connaissance paranoïaque dans ce premier tableau de la connaissance, est une connaissance instaurée dans la riva­lité de la jalousie; dans l’identification première que j’ai essayé de définir dans le stade du miroir. Cette base rivali­taire, cette base concurrentielle au fondement de l’objet, c’est cela qui est surmonté précisément dans la parole, pour autant qu’elle intéresse le tiers; la parole est toujours pacte, accord, on s’entend sur quelque chose à propos de cette rivalité et de cette concurrence. On est d’accord: ceci est à moi, ceci est à toi, ceci est ceci, ceci est cela. Il reste que le terme agressif de cette concurrence primitive continue à laisser sa marque dans tout espèce de discours sur le petit autre, sur l’autre en tant que tiers, sur l’objet. Le témoi­gnage, il suffit d’en laisser se développer les résonances, ce n’est pas pour rien que ça s’appelle en latin testis, et que lorsqu’on témoigne, on témoigne sur ses couilles, c’est qu’il s’agit toujours d’un engagement du sujet dans quoi que ce soit qui porte la marque du témoignage, l’organisme reste toujours latent. En fin de compte il y a toujours une lutte virtuelle dans tout ce qui est de l’ordre du témoignage; nous retrouvons dans toute la dialectique présente, dans toute la dialectique de la constitution de l’objet la possibilité vir­tuelle d’être mise en demeure d’annuler l’autre pour une simple raison, c’est que le départ de cette dialectique étant mon aliénation dans l’autre, il y a un moment où je ne peux être mis en posture d’être moi-même annulé, parce que l’autre n’est pas d’accord. La dialectique de l’inconscient implique toujours comme une de ses possibilités, l’impossi­bilité de la coexistence avec l’autre, c’est-à-dire la lutte.

La dialectique du maître et de l’esclave réapparaît là. avec, si on peut dire, sa valeur psychogénique; ce n’est peut-être pas totalement décisif, la « Phénoménologie de l’esprit » n’épuise probablement pas tout ce dont il s’agit quant au développement de l’esprit, mais assurément on ne peut pas ne pas voir sa valeur psychologique, à savoir que c’est dans une rivalité fondamentale, dans une lutte à mort première et essentielle, que se passe ce quelque chose qui a le plus étroit rapport avec sa constitution du monde humain comme tel, à ceci près que dans sa forme c’est bien en effet ce dont il s’agit, de rivalité qui est tellement essentielle, que ce que nous voyons à la fin c’est la réapparition, si on peut dire, des enjeux: le maître a pris à l’esclave sa jouissance, c’est-à-dire qu’il s’est emparé de l’objet du désir en tant qu’il était l’objet du désir de l’esclave, mais que du même coup il a perdu son humanité, c’est-à-dire que ce n’était pas du tout l’objet de la jouissance qui était en cause, c’était la rivalité en tant que telle, et cette humanité désormais à qui la doit-il ? Uniquement à la reconnaissance de l’esclave; seulement comme lui ne reconnaît pas l’esclave, cette reconnaissance n’a littéralement aucune valeur, c’est-à-dire que le maître devient comme il est habituel dans l’évolution concrète des choses, celui qui a triomphé et qui a conquis la jouissance devient complètement idiot, c’est-à-dire incapable d’autre chose que de jouir pendant que celui qui en a été privé garde tout le rapport humain, car lui a reconnu le maître et il a donc la possibilité d’être reconnu par lui, c’est-à-dire qu’il engagera la lutte à travers les siècles pour être reconnu par celui qui peut efficacement le reconnaître.

Cette distinction de l’Autre avec un grand A, c’est-à-dire de l’Autre en tant qu’il n’est pas connu, et de l’autre avec un petit a, c’est-à-dire de l’autre qui est moi, qui est la source de toute connaissance, c’est dans cet écart, c’est dans l’angle ouvert de ces deux relations que toute la dialectique du désir doit être situé’, car la question est

1) Est-ce que le sujet vous parle ? 2) De quoi parle-t-il ?

Il est tout à fait clair que je ne vais pas répondre à la pre­mière question puisque c’est justement celle qui est posée à l’origine. Est-ce que c’est une vraie parole ? Nous ne pou­vons pas le savoir au départ, mais par contre il vous parle de quelque chose, et il vous parle de quoi ? De lui, mais vous voyez très bien dès le départ et dès l’origine que justement il vous parle d’un objet qui n’est pas un objet comme les autres, un objet que je n’ai pas fait entrer jusqu’à présent en jeu parce que, en quelque sorte, c’est le prolongement de cette dialectique duelle : il vous parle de quelque chose qui lui a parlé. Le fondement même de la structure paranoïaque c’est ceci: le sujet a compris quelque chose qu’il formule, quelque chose dont je vous parlais tout à l’heure à propos de la signification, il y a quelque chose qui a pris forme de parole, qui lui parle, personne ne doute bien entendu que ce soit un être fantastique, même pas lui car le sujet est toujours en posture de formuler le caractère parfaitement ambigu de la source de ses paroles, c’est de la structure de cet être qui parle au sujet, et à propos duquel le sujet va vous apporter son témoignage, qu’il va s’agir dans la paranoïa.

Vous devez voir déjà à quel point il y a une différence de niveau entre tout ce qui est du terme de l’aliénation qui est une forme absolument générale de l’imaginaire, et la ques­tion précise de ce qu’est cette aliénation dans la psychose, puisque je laisse ouvert le point qui peut être qu’il ne s’agisse pas simplement d’identification, qu’il ne s’agit que de ce décor qui a basculé du côté de l’alter, mais du moment que le sujet parle, il peut y avoir l’existence, la manifestation que le sujet en tant que parlant, c’est-à-dire parlant non pas à l’autre avec un petit a, ou de l’autre avec un petit a, mais par­lant avec l’Autre avec un grand A, parlant vraiment et per­sonne n’en doute, sans cela il n’y aurait pas de problème de la psychose, les psychosés seraient des machines à paroles.

C’est précisément en tant qu’il vous parle que vous pre­nez en considération son témoignage. La question est de savoir quelle est la structure de cet être dont tout le monde est d’accord pour dire qu’il est fantastique.‘? C’est précisé­ment le S au sens où l’analyse l’entend, en tant que c’est un S plus point d’interrogation, quelle est cette part dans le sujet qui parle ? L’analyse a dit c’est l’inconscient. Naturellement il faut que vous ayez d’abord admis, pour que même la question ait un sens, que cet inconscient c’est… – « ce n’est pas moi qui l’aime, c’est elle », …

justement, peut-on dire, quelque chose qui parle dans le sujet; nous l’avons admis, il y a quelque chose qui parle dans le sujet, au-delà du sujet et même quand le sujet ne le sait pas; ça en dit plus qu’il ne croit. L’analyse pour les psy­choses dit: c’est cela qui parle. Est-ce que ça suffit ? Absolument pas, car toute la question est de savoir com­ment ça parle, quelle est la structure du discours para­noïaque ? Freud nous a apporté là-dessus quelque chose qui est tout à fait satisfaisant, et dont je veux aujourd’hui sim­plement vous rappeler les termes pour vous montrer com­ment s’ouvre le problème.

Freud nous a dit: la tendance fondamentale qui pourrait dans une névrose avoir à se faire reconnaître, c’est «Je l’aime », l’autre, « tu m’aimes ». Nous ne sommes pas au niveau de «Je t’aime » ou de « tu m’aimes ». Sa dialectique est saisissante et nous restons ensuite embarrassés pendant une bonne décade sur ce que je vais vous dire maintenant.

Il nous dit: il y a trois façons de nier cela, il ne va pas par quatre chemins, il ne nous dit pas pourquoi l’inconscient des psychotiques est si bon grammairien et si mauvais philo­logue, parce que du point de vue du philologue tout cela est extrêmement suspect, parce que la fonction du sujet est le complément du verbe. Ne croyez pas que ça aille comme dans les grammaires de français de la classe de sixième, c’est le sujet de toutes sortes de discussions, il y a selon les langues bien des façons de dire « je l’aime ». Freud ne s’est pas arrêté à tout cela, il dit qu’il y a trois moi, trois fonctions, et il y a trois types de délires et ça réussit. Il dit: la première façon de nier cela, c’est de dire: « ce n’est pas moi qui l’aime, c’est elle qui l’aime, c’est-à-dire ma conjointe, mon double, c’est elle qui l’aime. La deuxième façon c’est de dire « ce n’est pas lui que j’aime, c’est elle». Freud nous explique ceci: c’est que, à ce niveau-là la défense n’est pas suffisante et que précisément parce que le sujet est paranoïaque et parce que le mécanisme de projection entre en jeu, en d’autres termes, comme ce n’est pas le sujet qui est hors du coup, mais au contraire le complément, le déguisement n’est pas suffisant, il faut que la projection entre en jeu, a savoir qu’il ne suffit pas qu’il dise « ça n’est pas lui que j’aime », mais « c’est elle qui m’aime ».

Troisième possibilité: «je ne l’aime pas, je le hais » ; il faut croire que là non plus l’inversion n’est pas suffisante, c’est tout au moins ce que nous dit Freud, il faut aussi que là intervienne le mécanisme de projection, à savoir « il me hait », et nous voilà dans le délire de persécution.

Il est bien certain que ceci pour la haute synthèse que cela comporte, nous apporte quelques lumières, mais vous voyez bien en même temps aussi ce que cela laisse ouvert comme questions. Signalons que le mécanisme de la projec­tion doit intervenir comme mécanisme supplémentaire chaque fois qu’il ne s’agit pas de l’effacement du je lui-­même, n’est pas complètement inadmissible, encore, aime­rions-nous avoir un supplément d’information. D’autre part il n’est que trop clair que le « ne », la négation prise sous sa forme la plus formelle appliquée à chacun de ces termes, n’a absolument pas la même valeur, mais ce qui est intéres­sant c’est de voir que quand même en gros, ça approche quelque chose, en d’autres termes ça réussit. Autrement dit, il faut bien que par quelque côté ça situe les choses à leur véritable niveau, en se situant sur le plan de principielle logomachie. Nous regarderons ceci de plus près.

Peut-être que ce que je vous ai apporté ce matin pourra vous faire entrevoir dès l’abord, que nous pouvons poser le problème autrement : « je l’aime » qu’est-ce que c’est ?  Est-ce un message ? Je veux dire quelque chose sur quoi nous laissons l’interrogation problématique. Est-ce un témoignage ? Est-ce la reconnaissance brute d’un fait ? Autrement dit le fait à son état neutralisé. La question vaut qu’on se la pose. D’autre part, laissons simplement les choses en termes de message: il est clair que dans le premier cas, « c’est elle qui l’aime » ; ce que nous pouvons dire, c’est que c’est par un autre ici qu’on fait porter son message, c’est cela la différence, et que cette aliénation elle, assurément, nous met sur le plan du petit autre, c’est l’ego qui parle par l’alter ego qui dans l’intervalle a changé de sexe. Nous nous limiterons à cette constatation: l’aliénation invertie, et nous nous demanderons pourquoi nous saurons qu’au premier plan dans le délire de la jalousie, cet élément de l’identifica­tion à l’autre comme tel, avec ce signe de sexualisation qui n’est pas donné dans la directive première de l’identification à l’autre, est un élément sur lequel nous nous poserons la question. D’autre part je vous fais bien toucher du doigt au passage que, à analyser ainsi la structure, vous voyez que en tout cas il ne s’agit pas là de projection, car autrement il est tout à fait impossible d’appliquer le même terme de projec­tion ce à quoi Freud l’applique, quand il parle du délire de jalousie, projection plus ou moins intégrée à un mécanisme de névrose, et qui est d’imputer à l’autre ses propres infidé­lités, à savoir -Freud le distingue parfaitement parce que ça se distingue parfaitement dans la clinique – à savoir que quand on est jaloux de sa femme, c’est parce que soi-même on a quelques petites peccadilles à se reprocher. Ce n’est pas forcément et absolument pas le même mécanisme, on ne peut pas faire intervenir le même mécanisme dans le délire de jalousie, probablement psychotique lui, que nous tenons soit dans le registre de Freud, soit dans le registre où je viens moi-même d’essayer de l’insérer, où c’est le sujet auquel vous êtes identifié par une aliénation invertie, à savoir votre propre femme que vous faites la messagère de vos serments à l’endroit, non pas même d’un autre homme, car la clinique montre qu’il ne s’agit pas de cela, mais d’un nombre d’hommes à peu près indéfini, car chacun sait que le délire de jalousie proprement paranoïaque est indéfiniment répé­table, qu’il rejaillit à tous les tournants de l’expérience, et qu’il peut être impliqué à peu près pour tous les sujets qui viennent dans l’horizon, ou qui n’y viennent même pas.

Dans l’autre cas. nous prenons la chose sous la forme du message, « ce n’est pas lui que j’aime, c’est elle qui m’aime ».

 

D’une certaine façon nous dirons que l’érotomanie est en effet quelque chose où un certain message parvient, mais cela c’est un autre type d’aliénation, non plus invertie mais diver­tie, car ce n’est plus celui auquel je m’étais adressé à qui je m’adresse quand je me crois lié par un lien mystique inef­fable, tellement singulier qu’il a posé tous les problèmes, qu’on a parlé d’amour platonique, ce lien avec l’autre très particulier qu’est cet objet, est le lien avec lequel il n’y a encore pas la moindre relation concrète, qui est très souvent un objet très éloigné avec lequel il se contente de communi­quer par une correspondance dont il ne sait même pas si elle parvient à son adresse, et qui est quelque chose d’une struc­ture très singulière. Assurément le moins qu’on puisse dire, c’est que s’il y a aliénation divertie du message, ceci s’accom­pagne de quelque chose dont le terme de dépersonnalisation de l’autre est d’autant plus manifeste que ce qu’il pourrait en apparence comporter si on peut dire, d’héroïque, à savoir cette espèce de résistance à toutes les épreuves comme ils s’expriment eux-mêmes, caractérise le délire érotomaniaque qui s’adresse bien à quelque chose d’un autre tellement neu­tralisé, qu’on peut dire qu’il est grandi aux dimensions mêmes du monde, puisque l’intérêt universel attaché à l’aventure, comme s’exprimait de Clérambault, est un trait essentiel de ce délire érotomaniaque.

Dans le troisième cas nous avons affaire à quelque chose de beaucoup plus proche de la dénégation, et comme telle nous tenons probablement la clef qui va nous permettre la prochaine fois de centrer vraiment sous sa forme authentique le point où se situe véritablement lé problème. C’est une alié­nation convertie, en ce sens que l’amour est devenu la haine, que la dénégation y est essentielle et que l’altération pro­fonde de tout le système de l’autre, à savoir sa démultiplica­tion, le caractère extensif en réseau des interprétations sur le monde, vous montre ici la perturbation proprement imagi­naire portée à son maximum.

Le caractère fondamental des relations de tous les délires, est quelque chose qui, vous le voyez, est maintenant ce qui se propose à notre investigation. Nous pourrons d’autant mieux le faire que cette distinction du sujet, de celui qui parle, qu’il le sache ou qu’il ne le sache pas, du petit a ima­ginaire, de l’autre en tant que le sujet est avec lui dans la rela­tion imaginaire, et que cet autre c’est la racine, la base, le centre de gravité de son moi individuel, qui n’est autre que celui dans lequel il n’y a absolument pas de parole, quelle que soit la présence du langage, le grand Autre avec un grand A. C’est autour de ces termes que nous essayerons de nous repérer, pour faire la distinction essentielle de ce qui se passe dans la psychose et dans la névrose.

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