mercredi, février 28, 2024
Recherches Lacan

LXX ENCORE Leçon du 15 Mai 1973

Leçon du 15 mai 1973

On m’a averti ce matin, pendant que je travaillais… comme toujours pour tout le monde : au dernier moment que je travaille… on m’a averti que le 12 juin… le 12 juin qui n’est pas — bien que ce soit le second mardi — qui n’est pas en principe celui auquel j’espérais vous donner rendez-vous… on m’a averti que le 12 juin la salle serait occupée par ce qu’on appelle des examens oraux, et que dès lors on ne pouvait pas me répondre de ceci qu’elle serait libre à telle ou telle heure, étant donné que les examens oraux on ne sait pas comment ça s’étend, où ça se termine, ni quand. De toute façon, je n’avais pas l’intention… comme je viens de vous le dire… de vous donner rendez-vous le 12 Juin puisque c’est le mardi de la Pentecôte. J’avais par contre l’intention de vous donner rendez-vous le 19 juin, troisième mardi… Le 19 juin les examens continueront… Donc je ne peux pas prévoir… malgré que j’ai élevé quelques objections à ce régime… je ne peux pas prévoir donc si le 19 juin je pourrai continuer ce que j’énonce cette année. Vous ferez comme vous voudrez, vous en courrez la chance, vous ferez une pétition – je sais pas… — vous ferez ce qu’il vous plaira. Voilà donc le point. Il est évident que, comme c’est ce matin même qu’on m’en a averti, je n’ai pas pu mijoter les choses d’une façon telle que je fasse aujourd’hui ma conclusion, si tant est qu’à aucune de mes années il y ait à proprement parler une conclusion, puisque forcément ce que je vous énonce ne peut toujours que rester jusqu’à un certain point ouvert, ce nest pas mon privilège : les choses, comme chaque année, elles restent ouvertes sur un certain nombre de points en suspend. Ce sera d’ailleurs ce sur quoi aujourd’hui j’aurai amplement à m’étendre. J’ai rêvé cette nuit que quand je venais ici : il y avait personne. C’est où se confirme le caractère de vœu du rêve. Malgré bien entendu que j’étais… puisque j’avais déjà travaillé dans la nuit… j’étais assez outré… puisque je me souvenais aussi dans mon rêve que j’avais travaillé jusqu’à quatre heures et demie du matin… j’étais assez outré que tout ça ne doive servir à rien, mais c’était quand même la satisfaction d’un vœu, à savoir que dès lors, je n’avais plus qu’à me les rouler. Voilà ! Je vais dire… je vais dire… c’est ma fonction… je vais le dire une fois de plus… je me répète… je vais dire une fois de plus ce qui est de mon dire, et qui s’énonce : il n’y a pas de métalangage.

Quand je dis ça, je parle apparemment de langage de l’être. À part bien entendu que comme je l’ai fait remarquer la dernière fois, ce que je dis, c’est ce qu’il n’y a pas. L’être est, comme on dit, le non-être n’est pas. Il y a, ou il n’y a pas. Pour moi, ce n’est qu’un fait de dit. On suppose l’être à certains mots : « individu » par exemple, ou « substance », c’est même fait pour dire ça, qu’on suppose l’être à l’individu, entre autres. Le mot sujet que j’emploie… vous allez le voir, j’y reviendrai… prend évidemment un accent différent du fait de mon discours. Pour tout dire, je préviens : je me distingue du « langage de l’être ». Ceci implique qu’il puisse y avoir « fiction de mot », je veux dire : à partir du mot. Et comme certains peut-être s’en souviennent, c’est de là que je suis parti quand j’ai parlé de l’Éthique. Ce n’est pas parce que j’ai écrit des choses qui font fonction de formes du langage que j’assure l’être du métalangage. Car cet être il faudrait que je le présente comme subsistant « par soi », par soi tout seul, langage de l’être. La formalisation mathématique… qui est notre but, notre idéal – pourquoi ? — parce que seule elle est mathème, c’est-à-dire capable de se transmettre intégralement… la formalisation mathématique, c’est de l’écrit, et c’est là-dedans que je vais essayer d’avancer aujourd’hui. Or elle ne subsiste, cette formalisation mathématique que si j’emploie à la présenter la langue dont j’use. C’est là qu’est l’objection : nulle formalisation de la langue n’est transmissible sans l’usage de la langue elle-même. C’est par mon dit que cette formalisation — idéal métalangage — je la fais ex-sister (ex tiret sister). C’est ainsi que le symbolique ne se confond pas — loin de là — avec l’être, mais qu’il subsiste comme ex-sistence du dire. C’est ce que j’ai souligné, dans le texte dit L’Étourditd. i. t –… c’est ce que j’ai souligné de dire que : le symbolique ne supporte que l’ex-sistence. En quoi ? Je l’ai rappelé la dernière fois, c’est une des choses importantes que j’ai dites dans cet exercice que comme d’habitude, je fais, plus ou moins pour obtenir de me faire entendre… mais il serait peut-être quand même important que vous vous souveniez de l’essentiel. L’essentiel, je vous l’ai rappelé encore une fois à propos de l’inconscient : l’inconscient se distingue entre tout ce qui a été produit jusqu’alors de dis­cours, qu’il énonce ceci, qui est l’os de mon enseignement : que je parle sans le savoir. Je parle avec mon corps, et ceci sans le savoir. Je dis donc toujours plus que je n’en sais. C’est là que j’arrive au sens du mot « sujet » dans cet autre discours : Ce qui parle sans le savoir, me fait « je », « sujet », sujet du verbe, certes, mais ça ne suffit pas à me faire « être ». Ça n’a rien à faire avec ce que je suis forcé de mettre dans l’être, suffisamment de savoir pour se tenir, mais pas une goutte de plus. Et c’est ce que, jusqu’alors, on a appelé « la forme ».

Dans PLATON, la forme c’est ce savoir qui remplit l’être. La forme n’en sait pas plus qu’elle ne dit. Elle est réelle – viens-je de dire — en ce sens qu’elle tient l’être dans sa coupe, mais à ras bord. Elle est le savoir de l’être. Le discours de l’être suppose que l’être sait, et c’est ce qui le tient. Il y a du rapport d’être qui ne peut pas se savoir. C’est lui dont — dans mon enseignement — j’interroge la structure, en tant que ce savoir… je viens de le dire : impossible… est par là interdit. Et c’est ici que je joue de l’équi­voque – de l’équi­voque qui de ce savoir impossible nous dit qu’il est censuré, défendu. Il ne l’est pas si vous écrivez convenablement cet inter-dit, d’un trait d’union entre l’inter et le dit, c’est qu’il est dit entre les mots, entre les lignes, et que c’est ça qu’il s’agit d’énoncer : à quelle sorte de réel il nous permet l’accès. Il s’agit de montrer où va sa mise en forme : ce métalangage qui n’est pas et que je fais ex-sister. Ce qui ne peut être démontré suggère quelque chose qui peut en être dit de vrai, sur le sujet par exemple, entre autre : de l’indémontrable. C’est ainsi que s’ouvre cette sorte de vérité, la seule qui nous soit accessible, et qui porte, par exemple, sur le non­ savoir-faire. Je sais pas comment m’y prendre — pourquoi pas le dire — avec la vérité, pas plus qu’avec la femme, puisque j’ai dit que l’une et l’autre, au moins pour l’homme, c’était la même chose, ça fait le même embarras. Il se trouve – c’est accident ! — que j’ai du goût aussi bien pour l’une que pour l’autre, malgré tout ce qu’on en dit. Cette discordance du savoir et de l’être, c’est ce qui est notre sujet. Ça n’empêche pas qu’on peut dire aussi, qu’il n’y en a pas, de discordance, quant à ce qui mène le jeu, selon mon titre de cette année, encore. C’est l’insuffisance du savoir par quoi nous sommes encore pris. Et c’est par là que ce jeu d’encore se mène, non pas qu’à en savoir plus il nous mènerait mieux, mais peut-être qu’il y aurait meilleure jouissance, accord de la jouis­sance et de sa fin. Or, la fin de la jouissancec’est ce que nous enseigne tout ce qu’arti­cule FREUD de ce qu’il appelle inconsidérément pulsions partiellesla fin de la jouissance est à côté de ce à quoi elle aboutit, c’est à savoir que nous nous reproduisions. Le « je » n’est pas un être, c’est un supposé à ce qui parle. Ce qui parle n’a affaire qu’avec la solitude, sur le point du rapport que je ne puis définir qu’à dire comme je l’ai fait : qu’il ne peut pas s’écrire. Cette solitude, elle, de rupture du savoir, non seulement elle peut s’écrire, mais elle est même ce qui s’écrit par excellence : ce qui d’une rupture de l’être laisse trace. C’est ce que j’ai dit dans un texte, certes non sans imperfections que j’ai appelé Lituraterre [publié dans la revue Littérature, N°3, oct. 1971] : « La nuée du langageme suis-je exprimé métaphorique­mentfait écriture. » Qui sait si le fait que nous pouvons lire ces ruisseaux… que je regardais au retour du Japon sur la Sibérie [Cf. séance du 12-05-71]…comme trace métaphorique de l’écriture, n’est pas lié… « lier » et « lire », c’est les mêmes lettres, faites-y attention… n’est pas lié à quelque chose qui va au-delà de l’effet de pluie, dont il n’y a aucune chance que l’animal le lise comme tel ? Bien plutôt est-il lié à cette forme d’idéa­lisme que je voudrais vous faire entrer dans la tête : non pas certes celui dont parle BERKELEY, à vivre dans un temps où le sujet avait pris son indé­pendance, non pas que tout ce que nous connaissons soit représentation, mais bien plutôt cet idéa­lisme qui ressortit à l’impossible d’inscrire la relation sexuelle entre deux corps de sexes différents. C’est par là que se fait l’ouverture par quoi c’est le monde qui vient à nous faire son partenaire. C’est le corps parlant en tant qu’il ne peut réussir à se reproduire que grâce à un malentendu sur sa jouissance, et cela c’est dire qu’il ne se reproduit que grâce à un ratage de ce qu’il veut dire. Car ce qu’il veut dire… comme le dit bien le Français… son sens, c’est sa jouissance effective, et c’est à la rater… c’est-à-dire à baiser, car c’est justement ça qu’il ne veut pas faire, en fin de compte. La preuve, c’est que, quand on le laisse tout seul, il sublime tout le temps à tour de bras, il voit la Beauté, le Bien — sans compter le Vrai, et c’est encore là, comme je viens de vous le dire, qu’il est le plus près de ce dont il s’agit.

Mais ce qui est vrai, c’est que le partenaire de l’autre sexe reste l’Autre… c’est donc à la rater qu’il réussit à être encore reproduit, sans rien savoir de ce qui le reproduit. Notamment… ceci est dans FREUD parfaitement sensible, bien sûr ce n’est qu’un bafouillage, mais nous ne pouvons pas faire mieux… il ne sait pas si ce qui le reproduit, c’est la vie ou la mort. J’ai pas dit : « ce qu’il… », q. u. apostrophe i. l. ,J’ai dit : « ce qui… » q. u. i. l. e., mots séparés. Il me faut pourtant dire ce qu’il y a de métalangage, et en quoi il se confond avec la trace laissée par le langage. C’est par là qu’il fait retour à la révélation du corrélât de la langue, ce savoir, en plus de l’être, cette petite chance d’aller à l’Autre, dont j’ai pourtant fait remarquer la dernière fois… c’est l’autre point essentiel… qu’il est — ce savoir en plus — passion de l’ignorance, et que justement, c’est de cela qu’il ne veut rien savoir : de l’être de l’Autre il ne veut rien savoir. C’est bien pour ça que les deux autres passions sont celles qui s’appellent l’amour… qui n’a rien à faire — contrairement à ce que la philosophie a élucubré — avec le savoir… et la haine, qui est bien ce qui a le plus de rapports avec l’être, ce qui s’en approche le plus, que j’appelle l’ex-sister. Rien ne concentre plus de haine que ce dire où se situe ce que j’appelle l’ex-sistence. L’écriture est une trace où se lit un effet de langage. Quand vous gribouillez quelque chose… moi aussi je m’en prive certes pas : c’est avec ça que je prépare ce que j’ai à dire… et c’est remarquable qu’il faille, de l’écriture, s’assurer. C’est pas le métalangage, quoiqu’on puisse lui faire remplir une fonction qui y ressemble, mais qui n’en reste pas moins… au regard de l’Autre, où le langage s’inscrit comme vérité… qui n’en reste pas moins tout à fait second. Car rien de ce que je pourrais au tableau vous écrire des formules générales qui lient, au point où nous en sommes, l’énergie à la matière, par exemple les dernières for­mules d’HEISENBERG, rien ne tiendra de tout ça, si je ne le soutiens pas d’un dire qui est celui de la langue, et d’une pratique qui est celle de gens qui donnent des ordres au nom d’un certain savoir. Alors quand vous gribouillez, ma foi, comme je le dis c’est toujours sur une page et c’est avec des lignes. Et nous voilà plongés tout de suite dans l’his­toire des dimensions. Comme ce qui coupe une ligne, c’est le point et que le point a zéro dimension, la ligne sera définie d’en avoir deux… la ligne sera définie d’en avoir une ! Comme ce que coupe la ligne, c’est une surface, la surface sera définie d’en avoir deux. Comme ce que coupe la surface c’est l’espace, l’espace en aura trois. Seulement c’est là que prend sa valeur le petit signe que j’ai écrit au tableau. Je veux dire celui qu’il faut que je distingue de celui que j’ai écrit au dessous, ils sont séparés. Vous pouvez remarquer que c’est une chose qui a tous les caractères d’écriture, ça pourrait aussi bien être une lettre. Seule­ment, comme vous écrivez cursivement, il vous vient pas à l’idée d’arrê­ter la ligne avant qu’elle en rencontre une autre, pour la faire passer dessous, la supposer passer dessous, parce qu’il s’agit dans l’écriture de tout autre chose que de l’espace à trois dimensions.

Cette ligne coupée ici, ai-je dit veut dire qu’elle passe sous l’autre, ici c’est au-dessus parce que c’est l’autre qui s’interrompt. C’est ce qui produit… encore qu’il n’y ait ici qu’une ligne… cette chose qui se distingue de ce que serait un simple rond, un rond de ficelle si ça existait, ça s’en distingue en ce sens que quoiqu’il n’y ait qu’une seule ficelle, ça fait un nœud. C’est quand même tout autre chose, cette ligne, que la définition que nous en avons donnée tout à l’heure au regard de l’espace, c’est-à-dire en somme une coupure : ce qui fait un trou, un intérieur, un extérieur de la ligne. Cette autre ligne, cette ficelle comme je l’ai appelée, ça ne s’incarne pas si facilement dans l’espace. La preuve, c’est que la ficelle idéale, la plus simple, ça serait un tore.

Et on a mis très longtemps à s’apercevoir, grâce à la topologie, que ce qui s’enferme dans un tore c’est quelque chose qui n’a absolument rien à voir avec ce qui s’enferme dans une bulle. Il ne s’agit pas de couper le tore, car quoi que vous fassiez avec la surface d’un tore, vous ne ferez pas un nœud. Mais par contre, avec le lieu du tore, comme ceci vous le démontre, vous pouvez faire un nœud. C’est en quoi, permettez-moi de vous le dire : le tore c’est la raison, c’est ce qui permet le nœud. C’est bien en quoi ce que je vous montre, ce tore tortillé, c’est l’image, aussi simple, aussi sec que je peux vous la donner, que j’ai évoquée l’autre jour comme la trinité : une et trois d’un seul jet.    Il n’en reste pas moins que c’est à en refaire trois tores, par le petit truc que je vous ai déjà montré sous le nom de « nœud borroméen », que nous allons pouvoir opérer, dire quelque chose sur ce qu’il en est de l’usage du premier nœud. Naturellement, il y en a qui n’étaient pas là quand j’ai parlé, l’année dernière, vers février, du nœud borroméen. Nous allons tâcher aujourd’hui de vous faire sentir l’impor­tance de cette histoire, et en quoi elle a affaire à l’écriture, pour autant que je l’ai définie comme : ce que laisse de trace le langage. Le nœud borroméen consiste en ceci : nous y avons affaire avec ce qui ne se voit nulle part, à savoir un vrai rond de ficelle. Parce que figurez-vous que, quand on trace une ficelle, on n’arrive jamais à ce que sa trace joigne ses deux bouts. Pour que vous ayez un rond de ficelle, faut que vous fassiez un nœud, nœud marin de préférence. Je sais pas ce que ça vous… Ah… Faisons le nœud marin… si vous croyez que c’est facile… essayez vous-même, ça fait toujours un certain embarras. Bon, enfin, malgré tout j’ai essayé ces jours-ci d’en prendre l’habitude, et il y a rien de plus facile que de le rater. Voilà !

Grâce au nœud marin, vous avez là un rond de ficelle. Le problème qui est posé par le nœud borroméen est celui-ci : comment faire, quand vous avez fait vos ronds de ficelle, pour que quelque chose dans le genre de ce que vous voyez dans le haut, à savoir un nœud, pour que ces trois ronds de ficelle tiennent ensemble, et de façon telle… de façon telle que, si vous en coupez un, ils soient tous libres, je veux dire les trois ? Les trois, ce qui n’est rien, car le problème, c’est de faire qu’avec un nombre quelconque… quelconque de ronds de ficelle, quand vous en coupez un, tous les autres, sans exception, soient désormais libres, indépendants.

Voici, par exemple le cas. J’ai déjà, l’année dernière, mis ça au tableau. Naturellement, j’ai fait une petite faute… Ce n’est pas tout à fait satisfaisant mais ça va le devenir, rien n’est plus facile dans cet ordre que de faire une faute… Encore une faute !… Tel que vous le voyez là… tel que vous le voyez là inscrit, il vous est facile de voir que comme ces deux ronds de ficelle sont construits de telle sorte qu’ils sont pas noués l’un à l’autre, c’est uniquement par le troisième qu’ils se tiennent. C’est ce que curieusement, je ne suis pas arrivé à reproduire avec mes ronds de ficelle… Mais Dieu merci j’ai quand même un autre moyen de le faire que de reproduire ce que j’ai fait au tableau, à savoir de le manquer. Je vais tout de suite vous donner le moyen de façon complètement rationnelle et compréhensible… Voilà ! Voilà donc un rond de ficelle. En voilà un autre. Vous passez le second rond dans le premier, et vous le pliez comme ça.

Il suffira dès lors que… d’un troisième rond vous preniez le second pour que ces trois soient noués, et noués de telle sorte qu’il suffit, bien évidemment, que vous sectionniez un des trois pour que les deux autres soient libres.  Supposez, supposez cher ami [ Lacan s’adresse à la personne manipulant les ronds de ficelle ] que je vous enlève celui-ci… C’est celui-là que vous voulez ? C’est tout à fait la même chose pour la simple raison que celui-là, que je vous ai représenté comme plié et qui a en somme deux oreilles, dans lequel passe le troisième, il est absolument symétrique de l’autre coté, à savoir que par rapport au troisième, il a aussi deux oreilles que prend le premier.  Non seulement ceci, ne croyez pas – vous savez – que ce soit inutile – n’est ce pas ? – tous ces petits cafouillages… ce n’est pas si familier,  que la façon dont je suis arrivé à l’expliquer, avec des ratages justement, ne soit pas ce qui peut vous le faire entrer dans la tête… car il faut que je vous le montre parce qu’après tout, il n’y a que comme ça que ça peut entrer !Après le premier pliage, vous pouvez avec le troisième…à condition ici de faire un nœud…faire un pliage nouveau, et à celui-ci un quatrième, un quatrième qui est comme le premier, étant ajouté.  Vous voyez qu’il reste tout aussi vrai, avec quatre qu’avec trois, qu’il suffise de couper un de ces nœuds pour que tous les autres soient libres entre eux.  Vous pouvez en mettre un nombre absolument infini, ce sera tou­jours vrai. Néanmoins […] le nœud borroméen en ce sens qu’ici par exemple, vous pouvez parfaitement toucher en quoi ce sont les deux parties de cet élément qui font oreilles,   celle-ci et celle-ci, et qu’en somme en le tirant avec l’autre, c’est ce rond qui se plie en deux, ici et ici passent… sont les deux oreilles, que ce cercle là qui y […] laissant celui que nous pouvons en cette occasion, mais uniquement dans cette occasion, appeler premier qui restera à l’état de rond, de rond « soutien », premier rond plié. À cette intuition sensible en quelque sorte de la fonction des ronds, vous pouvez constater qu’il suffit d’en couper un quelquonque…que ce soit un du milieu ou un des extrémités…pour que tout ce qu’il y a de nœuds pliés, du même coup soit d’entre soient libérés.   La solution est donc absolument générale. Cela ne veut pas dire que pour un nombre quelquonque de ronds de ficelles, on pourra faire une disposition aussi… enfin, relativement élégante par la relative symétrie, que celle que j’ai faite au tableau à savoir que ces trois ronds soient strictement… les uns par rapport aux autres…d’une forme équivalente, ça sera certainement plus compliqué…et ceci dès qu’on sera arrivé à quatre,…cela nous montrera, bien souvent les effets de torsion qui ne nous permettront pas de les maintenir à l’état de rond. Néanmoins, ce que je veux à cette occasion vous faire sentir, c’est que partant des ronds, nous avons affaire à quelque chose qui ne se distingue que d’être l’Un.  C’est très précisément d’ailleurs en quoi un vrai rond de ficelle sans nœud, c’est très difficile à faire, mais c’est certainement la plus éminente représentation de quelque chose qui ne se soutient que de l’Un, très précisément en ce sens que ça n’enferme rien qu’un trou ! Et que pourquoi ai-je fait intervenir dans l’ancien temps le  nœud borroméen ? C’est très précisément pour traduire la formule : je te demande… – quoi? – de refuser ce que… – quoi? – ce que je t’offre c’est-à-dire quelque chose qui au regard de ce dont il s’agit – et vous savez ce que c’est : c’est à savoir l’objet(a).   L’objet(a) n’est aucun être.  L’objet(a) c’est ce que suppose… suppose de vide une demande, dont en fin de compte ce n’est qu’à la définir comme située par la méto­nymie…c’est-à-dire par la pure continuité assurée du commencement à la fin de la phrase…que nous pouvons imaginer ce qu’il peut en être d’un désir qu’aucun être ne supporte, je veux dire qui est sans autre substance que celle qui s’assure des nœuds mêmes. Et la preuve c’est que, énonçant cette phrase : « je te demande de refuser ce que je t’offre » je n’ai pu que la motiver de ce : « ce n’est pas ça » dont j’ai parlé, que j’ai repris la dernière fois, et qui veut dire que dans le désir de toute demande, il n’y a que la requête de ce quelque chose qui au regard de la jouissance qui serait satisfaisante, qui serait la Lustbefriedigung supposée dans ce qu’on appelle, également improprement, dans le discours psychanalytique « la pulsion génitale », celle où s’inscrirait un rapport qui serait le rapport plein, le rapport inscriptible, entre ce qu’il en est de l’Un avec ce qui reste irréductiblement l’Autre.

C’est en quoi j’ai insisté sur ceci : c’est que le par­tenaire de ce « je » qui est le sujet, sujet de toute phrase de demande, c’est que ce partenaire est non pas l’Autre, mais ce  quelque chose qui vient se substituer à lui sous la forme… sous la forme de cette cause du désir – que j’ai cru pouvoir diversifier… diversifier, ce n’est pas sans raisons en quatre…en tant qu’ils se constituent selon la découverte freudienne, en tant qu’ils se constituent diversement :  de l’objet de la succion, de l’objet de l’excrétion, du regard et aussi bien de la voix.  C’est en tant que substituts de ce qu’il en est de l’Autre, que ces objets sont réclamés, sont faits cause du désir. Comme je l’ai dit tout à l’heure, il semble que le sujet se représente les objets inanimés, très précisément en fonction de ceci qu’il n’y a pas de relation sexuelle.  Il n’y a que les corps parlants – ai-je dit – qui se font une idée du monde comme tel.  Et à cet endroit, on peut le dire, le monde… le monde comme tel, le monde de l’être plein de savoir, ce n’est qu’un rêve, un rêve du corps en tant qu’il parle.  Il n’y a pas de sujet connaissant.  Il y a des sujets qui se donnent des corrélats dans l’objet(a), corrélats de parole jouissante en tant que jouis­sance de parole.  Que coince-t-elle d’autre que d’autres Uns ?Car, je vous l’ai fait remarquer tout à l’heure, il est clair que cette « bi-lobulation », cette transforma­tion du rond de ficelle en oreilles peut se faire de façon strictement symétrique.  Ce qui est même ce qui arrive, dès qu’on arrive au niveau de quatre, c’est-à-dire que les deux ronds que représentent mes doigts à l’extrèmité de ceux-ci seraient en fonction, il y en aurait quatre.  La réciprocité, pour tout dire, entre le sujet et l’objet(a) est totale. Pour tout être parlant, la cause de son désir est strictement – quant à la structure – équivalente, si je puis dire, à sa pliure, à ce que j’ai appelé sa division de sujet.  Et c’est bien ce qui nous explique, que si longtemps le sujet a pu croire que le monde en savait autant que lui, c’est qu’il est symétrique, c’est que le monde, ce que j’ai appelé la dernière fois la pensée, c’est l’équivalent, c’est l’image miroir de la pensée.

C’est bien pourquoi le sujet pour autant qu’il fantasme, il n’y a…jusqu’à l’avènement de la science la plus moderne…il n’y a rien eu que fantasme quant à la connaissance. Et c’est bien ce qui a permis cette échelle d’êtres grâce à quoi était supposé dans un être, dit être suprême, ce qui était le bien de tous, ce qui est aussi bien l’équivalent de ceci : que l’objet(a) peut être dit, comme son nom l’indique…écrivez le : petit a entre parenthèses (a), mettez sexué après, et vous avez que l’Autre ne se présente pour le sujet que sous une forme (a) sexuée.  C’est-à-dire que tout ce qui a été le support, le support-substitut, substi­tut de l’Autre sous la forme de l’objet de désir, tout ce qui s’est fait de cet ordre est (a )sexué. Et c’est très précisément en quoi l’Autre comme tel reste… non sans que nous puissions y avancer un peu plus…reste…dans la doctrine, la théorie freudienne …un problème, celui qui s’est exprimé en ceci que répétait FREUD : «  Que veut la femme ? » la femme étant, dans l’occasion, l’équivalent de la vérité.  C’est en quoi cette équivalence que j’ai produite est justifiée.  Est-ce que nous ne pouvons pas pourtant, par cette voie, cette voie de ce que j’ai distinguée comme l’Un à prendre comme tel, en ce sens qu’il n’y a rien d’autre dans cette figure du rond de ficelle, qui a pourtant son intérêt, de nous offrir, de nous offrir le quelque chose que rejoint sans doute l’écriture.  L’exigence en effet que j’ai produite sous le nom de  nœud borroméen, à savoir de trouver une forme, cette forme supportée par ce support mythique qu’est le rond de ficelle.  Mythique, ai-je dit, car on ne fait pas de rond de ficelle fermé, c’est un point tout à fait important. Quelle est cette exigence que j’ai énoncée sous le nom de  nœud borroméen ? C’est très précisément ceci qui distingue ce que nous trouvons dans le langage, dans la langue courante, et qui supporte la métaphore très répandue de la chaîne. Contrairement aux ronds de ficelle, des éléments de chaîne, ça se forge.  Il n’est pas très difficile d’imaginer comment ça se fait : on tord du métal jusqu’au moment où on peut arriver à le souder.  Et la chaîne est ainsi quelque chose qui peut avoir sa fonction pour représenter l’usage de la langue. Sans doute n’est-ce pas un support simple, il faudrait dans cette chaîne faire des chaînons qui iraient s’accrocher à un autre chaînon un peu plus loin avec deux… trois chaînons flottants intermédiaires, et comprendre aussi pour­quoi une phrase a une durée limitée.  Or tout ceci, la métaphore ne peut pas nous le donner. Il est néanmoins frappant qu’à prendre les supports de ronds de ficelle que je vous ai dits, il y en avait quand même, dans ce que je vous ai rendu sensible, un premier et un dernier.  Ce premier et ce dernier étaient des ronds simples qui franchissaient, perçaient – si je puis dire – les deux que j’appelle…vous voyez la difficulté de parler de ces choses…que j’appelle les lobes d’oreille, des ronds repliés, c’était donc deux nœuds simples, qui à la fin, se trouvaient faire quelque chose comme le début et la fin de la chaîne. Il reste ceci : c’est que ces deux ronds, initiaux et terminaux, rien ne nous empêcherait de les confondre, c’est à savoir que les ayant coupés…« coupés » : ce qui est imaginaire, il suffit de les défaire… d’en faire passer un seul, à prendre les quatres lobes, ainsi résumé dans un cas où il n’y en a que deux, mais la situation serait exactement la même s’il y en avait un nombre infini.

Chose à remarquer, nous aurions – pour m’exprimer vite – nous aurions dans ce cas quand même encore une différence.  Ce n’est pas parce que nous aurions conjoints les deux derniers nœuds que toutes les articulations seraient les mêmes, car ici ils sont affrontés deux par deux, il y a donc quatre brins à faire nœuds, alors qu’ici, à prendre mon cercle unique, vous auriez le support de ce cercle et quatre brins à passer, ce qui ferait un affrontement non pas de deux à deux, qui font 4, mais de quatre à un qui font 5. Et donc on pourrait dire que même ce qui ferait alors…puisqu’ici vous n’avez que deux éléments…le troisième élément, le troisième élément dans son rapport topologique n’aurait pas le même rapport avec les deux autres, que les deux autres entre eux, et comme tel, par simple inspection des nœuds en jonction, le troisième élément se distinguerait des autres. Je pense en avoir assez dit sur la symétrie des rapports du premier et du deuxième, puisque le dernier je l’ai appelé troisième.  Cette symétrie tient encore si vous unifiez le troisième rond avec un quelquonque des deux autres, Simplement vous aurez alors une figure comme celle-ci, celle qui affronte un simple rond avec ce que j’appelle le huit intérieur.  Vous aurez donc eu l’évanouissement de l’autre, mais au prix de la surgescence de quelque chose qui est le huit intérieur et qui – comme vous le savez – est ce dans quoi je supporte la bande de Mœbius. Autrement dit, ce en quoi, dans un strict support de cette voie que j’essaie pour vous de frayer de la fonction du nœud, s’exprime par le huit intérieur.  Je ne peux ici que l’amorcer – pourquoi ? – parce que j’ai encore à avancer quelque chose qui me paraît – avant que je vous quitte – capital.  Si je vous ai donné la solution des  nœud borroméens par cette enfi­lade de chaînes, sous la forme de ces ronds qui redeviennent totalement indépendants pour peu que vous en coupiez un seul, à quoi ceci peut-il servir ?Contrairement à ce que vous voyez dans le langage, c’est à savoir ce qui vous est très simplement matérialisé, et ce qui n’est pas non plus très difficile d’en trouver un exemple et, pas pour rien, dans la psychose.  Souvenez-vous de ce qui hallucinatoirement peuple la solitude de SCHREBER : « Nun will ich mich » Ce que je traduis :  « maintenant je vais me… ».  C’est un futur.  Ou encore : « Sie sollen nämlich… » « vous devez quant à vous… » Ces phrases in­terrompues – que j’ai appelées messages de code  – ces phrases in­terrompues laissent en suspens je ne sais quelle substance.  À quoi peut nous servir cette exigence d’une phrase – quelle qu’elle ­soit – qui soit telle qu’ayant sectionné l’Un, c’est à dire retiré l’Un de chacun de ses chaînons, tous les autres du même coup se libèrent.  Est-ce que ce n’est pas là le meilleur support que nous puissions donner de ce par quoi procède ce langage que j’ai appelé mathématique ?

Le propre du langage mathématique, une fois qu’il est suffisamment resserré quant à ses exigences de pure démonstration, est très précisément ceci que tout ce qui s’en avance…s’en avance non pas tant dans le commentaire parlé mais dans le maniement des lettres…suppose ceci : qu’il suffit qu’une ne tienne pas, pour que tout le reste, tout le reste des autres lettres, non seulement ne constituent par leur agencement rien de valable, mais se dispersent.  Et c’est très précisément en ceci que le nœud borroméen peut nous servir de meilleure méta­phore quant à ce qu’il en est d’une exigence qui est celle-ci : c’est que nous ne procédons que de l’Un. L’Un engendre la science non pas au sens où quoique ce soit s’en mesure. Ce n’est pas ce qui se mesure dans la science, contrai­rement à ce qu’on croit, qui est l’important. Ce qui fait le nerf original, ce qui distingue la science, la science moderne de la science de la réciprocité entre le nous -noàx – et le monde, entre ce qui pense et ce qui est pensé, c’est justement de cette fonction de l’Un. En tant que l’Un n’est pas là, n’est là pouvons-nous supposer, que pour représenter ce qu’il en est justement de ce que l’Un est seul, de ce que l’Un ne se noue véritablement avec rien de ce qui ressemble à l’Autre sexuel. Que c’est au contraire de la chaîne entre des Uns qui sont tous faits de la même façon, de n’être rien d’autre que de l’Un.

Quand j’ai dit : il y a de l’Un, et que j’y ai insisté, que j’ai vraiment piétiné ça comme un éléphant pendant toute l’année dernière, vous voyez ce que je fraie et ce à quoi je vous introduis.

Comment alors quelque part mettre comme tel la fonction de l’Autre ?

Comment si, jusqu’à un certain point, c’est simplement des nœuds de l’Un que se supporte ce qui reste quand ça s’écrit de tout lan­gage ? Comment poser une différence car il est clair que l’Autre ne s’additionne pas à l’Un, l’Autre seulement s’en différencie ? S’il y a quelque chose par quoi il participe à l’Un, c’est que bien loin qu’il s’additionne, ce dont il s’agit concernant l’Autre, c’est comme je l’ai dit déjà mais il n’est pas sûr que vous l’ayez entendu, c’est que l’Autre c’est l’Un en moins. C’est pour ça que dans, dans tout rapport de l’homme avec une femme celle qui est en cause, c’est sous l’angle de l’Une en moins qu’elle doit être prise.

Je vous avais déjà indiqué ça un petit peu à propos de Don Juan ; mais, bien entendu, il n’y a qu’une seule personne, je crois, ma fille, nommément, qui s’en soit aperçue.

Néanmoins, pour simplement aujourd’hui amorcer ce que je pourrais vous dire d’autre, je vais vous montrer quelque chose. Car il ne suffit pas d’avoir trouvé une solution générale à ce qu’il en est du problème pour un nombre infini des nœuds borroméens. Il faudrait que nous ayons le moyen de montrer que c’est la seule solution. Or nous en sommes à ceci, jusqu’à ce jour, qu’il n’y a aucune théorie des nœuds. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire ceci que très précisément au nœud ne s’applique, jusqu’à ce jour, aucune formali­sation mathématique qui permette, en dehors de quelques petites fabrications de petits exemples tels que ceux que je vous ai montrés de prévoir qu’une solution, celle que je viens de donner, n’est pas simplement une solution ex-sistante, mais qu’elle est nécessaire ; qu’elle ne cesse pas — comme je le dis pour définir le nécesséssaire — qu’elle ne cesse pas de s’écrire. Or, il suffit que tout de suite je vous montre quelque chose que bien sûr je vais écrire au tableau parce que vous ne savez pas le tintouin que ça me donne de mettre tout ça sur le papier d’une façon que je tiens à votre disposition, qui sera aussi bien photographié dans un prochain article mais qui en de­mande un certain.

Il suffit que je vous fasse ça :

C’est embêtant que les autres, les autres nœuds soient là. Regardez ça. Je viens de faire passer deux de ces ronds l’un dans l’autre d’une façon telle qu’ils font ici non pas du tout ce re­pliage que je vous ai montré tout à l’heure, mais simplement un nœud marin. Comme ils sont de ce fait même, puisque je viens de les agencer fermés, comme ils sont de ce fait même parfaitement sépara­bles l’un de l’autre, vous devez penser que, si simplement ce qui m’est tout aussi possible, je fais avec un cercle qui suit le même nœud marin. Il suffit que j’approche de ceux-là un autre ; ici je peux faire la même chose avec un troisième rond. J’aurai encore un nœud marin. Peu importe qu’il soit face à face avec le premier ou qu’il soit strictement dans la file. C’est-à-dire que ce qui passe devant, passe devant également le suivant.

Je peux en faire un nombre infini et même fermer le cercle que cela fera, le fermer simplement pour le dernier. Pour le dernier bien sûr, il ne sera pas séparable, il faudra que ce dernier je le passe entre les deux du bout de ce que j’aurai déjà construit et que je le passe en faisant un nœud. Non pas en l’introduisant comme je viens de faire pour ces deux-là. Il n’en restera pas moins que voilà une autre solution tout aussi valable que la première. Car que je sectionne un quelconque de ceux que j’aurai agencé ainsi, tous les autres du même coup seront libres. Et pourtant ce ne sera pas la même sorte de nœud.

Je vous ai passé à l’occasion ceci que tout à l’heure, pour le nœud que je vous ai montré ainsi, en vous disant qu’aussi bien il y avait quelque nécessité que celui dans lequel j’ai conjoint le premier et le dernier rond, quelque nécessité d’une différence, il n’en est, en réalité, rien. Car je vous le fais remarquer, au moment où je viens de vous montrer les autres, à savoir ce que j’ai appelé la prise en forme de nœud marin, vous voyez très bien à ceci que même le dernier, ce dernier dont je vous ai dit que l’affrontement était de un à quatre, et que du même coup il y avait cinq brins dans le coup, que même le dernier je peux le faire exactement semblable à tous ceux-là. Qu’il n’y a à ça aucune difficulté. Et qu’ainsi, j’aurai aussi de cette façon résolu, sans introduire aucun point privilégié, la question du nœud borroméen pour un nombre x, et aussi bien infini de ronds de ficelle.

Est-ce que ce n’est pas dans cette possibilité de différence, puisqu’aussi bien il n’y a aucune analogie topologique entre l’une et l’autre de ces façons de nouer les ronds de ficelle ? Est-ce que c’est dans cette topologie différente, une que nous pouvons exprimer ici à propos des nœuds marins, c’est une topologie de torsions, disons, par rapport aux autres, qui seraient simplement de flexion. Est-ce que nous pouvons user de ceci pour, car il ne serait pas contradictoire de prendre même ceci dans un nœud marin ? C’est très facile à faire ; faites-en l’épreuve. Très exactement voici la façon dont la chose fléchit, se prend au nœud marin.

Où mettre la limite de cet usage des nœuds pour arriver à la solution de ce qu’est ceci : la section d’un quelconque de ces ronds de ficelle entraîne la libération de tous les autres ? C’est-à-dire nous donne le modèle de ce qu’il en est à partir de cette formalisation mathématique celle qui substitue à la fonction d’un nombre quelconque ce qu’on appelle une lettre. Car la formalisation mathématique, ce n’est pas autre chose. Que vous écriviez que quelque chose, l’inertie, ce soit un demi de mv2 – mv2/2 — qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que soit le nombre d’uns que vous mettiez sous chacune de ces lettres, vous êtes soumis à un certain nombre lois qui sont des lois de groupe, telles que l’addition, la multiplication…

Voilà la question que j’ouvre et qui est faite pour vous annoncer s’il faut, ce que j’espère, ce que je peux éventuellement vous transmettre concernant ce qui s’écrit.

Ce qui s’écrit, en somme, qu’est-ce que ça serait ? Les conditions de la jouissance. Et ce qui se compte, qu’est-ce que ça serait ? Les résidus de la jouissance. Car aussi bien cet A a-sexué, est-ce que ce n’est pas de le conjoindre avec ce qu’elle a de plus de jouir étant l’Autre, de ne pouvoir être dite qu’Autre, que la femme l’offre sous l’espèce de l’objet petit a.

L’homme croit créer — croyez bien que je vous dis pas ça au hasard, croit — croit — croit, bon ! — il crée — crée — crée, et il crée — crée — crée la femme. Ouais ! En réalité, il la met au tra­vail, mais au travail de l’Un. Et c’est bien en quoi cet Autre pour autant que s’y inscrit l’articulation du langage, c’est-à-dire la vérité, l’Autre pourra être barré. Barré de ceci que j’ai qua­lifié tout à l’heure de l’Un en moins. Le S de A en tant qu’il est barré — S (A barré) — c’est bien cela que ça veut dire. Et c’est en quoi nous en arrivons à poser la question de faire de l’Un quelque chose qui se tienne, c’est-à-dire qui se compte sans être.

La mathématisation seule atteint un réel, et c’est en quoi c’est compatible avec notre discours, discours analytique, un réel qui précisément s’évade, qui n’a rien à faire avec ce que la connais­sance traditionnelle a supporté, c’est-à-dire non pas ce qu’elle croit, la réalité, mais bien de fantasme.

Le réel, c’est le mystère du corps parlant, c’est le mystère de l’inconscient.

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