samedi, juillet 20, 2024
Recherches Lacan

LXXIII LE SINTHOME 1975 – 1976 Leçon du 16 Décembre 1975

Leçon du 16 Décembre 1975

 

Si on mettait autant de sérieux dans les analyses que j’en mets à préparer mon séminaire, eh bien, ça serait tant mieux. Ça serait tant mieux, et ça aurait sûrement de meilleurs résultats. II faudrait, il faudrait pour ça que dans l’analyse on ait, comme je l’ai, comme je l’ai mais c’est du senti-mental dont je parlais l’autre jour, le sentiment d’un risque absolu.

Voilà, l’autre jour, je vous ai dit que le nœud à trois, le nœud à trois que je dessine comme ça (fig. 29) et dont vous voyez qu’il s’obtient du nœud borroméen en rejoignant les cordes en ces trois points que je viens de marquer, je vous ai dit que le nœud à trois, j’avais fait la trouvaille qu’ils se nouaient entre eux, à trois, borroméennement. Je vous ai dit aussi en quoi, si l’on peut dire, c’était tout à fait justifiable par une explication.

Je vous ai dit que je m’étais efforcé pendant deux mois de faire ex-sister, pour ce nœud le plus simple, un nœud borroméen à quatre. Je vous ai dit également que le fait que je n’y étais pas arrivé, à le faire ex-sister, ne prouvait rien ; sinon ma maladresse. Je crois, je suis même sûr, je m’en souviens, je crois vous avoir dit que je croyais qu’il devait exister.

J’ai eu, le soir même, la bonne surprise de voir surgir, il était tard, je dirai même que j’étais sorti avec un peu de retard, vu mes devoirs, j’ai donc vu surgir sur le pas de ma porte le nommé Thomé, pour le nommer et qui venait m’apporter, et je l’en ai grandement remercié, qui venait m’apporter, fruit de sa collaboration avec Soury — Soury et Thomé, souvenez-vous de ces noms — qui venait m’apporter la preuve, la preuve que le nœud borroméen à quatre, de quatre nœuds à trois, existe bien. Ce qui justifie assurément mon obstination; mais ce qui n’en rend pas moins déplorable mon incapacité. Je n’ai néanmoins pas accueilli la nouvelle que ce problème était résolu, avec des sentiments mélangés. Mélangés de mon regret de mon impuissance avec celui du succès obtenu. Mes sentiments ne l’étaient pas. Ils étaient purement et simplement d’enthousiasme. Et je crois leur en avoir montré quelque chose, quand je les ai vus, quelque soir après, et soir où, d’ailleurs, ils n’ont pas pu me rendre compte comment ils l’avaient trouvé. Ils l’avaient trouvé de fait, et j’espère n’avoir pas fait d’erreur en transcrivant comme je l’ai fait sur ce papier central le fruit de leur trouvaille. Je l’ai reproduit, à peu de chose près. Je veux dire que c’est, c’est le cas de le dire, textuellement ce qu’ils ont élaboré, à part le fait que le trajet, le trajet mis à plat, est à peine différent. Si ce trajet mis à plat est tel que je vous le présente, c’est pour que vous sentiez, sentiez peut-être un peu mieux que dans la figure plus complète, que vous sentiez peut-être un peu mieux comment c’est fait (fig. 30).

Je pense que, à l’aspect de cette figure, j’espère, chacun peut voir, voir que, à supposer par exemple que le nœud à trois ici, noir, le nœud à trois noir étant élidé, il paraît bien clair que les trois autres nœuds à trois sont libres. Il est bien clair, en effet, que le nœud à trois vert est sous le nœud à trois rouge; qu’il suffit, ce nœud à trois vert, de le sortir du rouge, pour que le nœud à trois brun, ici, se montre également libre.

J’ai vu longuement Soury et Thomé. Je vous l’ai dit, ils ne m’ont pas fait de confidence sur la façon dont ils l’ont obtenu. Je pense d’ailleurs qu’il n’y en a pas qu’une. Qu’il n’y a pas que celle-là. Et peut-être vous montrerai-je la prochaine fois comment, encore, on peut l’obtenir. Je voudrais quand même commémorer ce menu événement, événement d’ailleurs que je considère comme pas menu, et je vais vous dire pourquoi ensuite, autrement dit pourquoi je cherchais, je veux un peu plus commémorer notre rencontre.

Je crois que le support de cette recherche est non pas ce que Sarah Kaufmann, dans un livre, dans un livre, dans un article remarquable où elle a contribué, un article remarquable qu’elle appelle Vautour Rouge et qui n’est autre qu’une référence aux Elixirs du Diable célébrés par Freud, référence qu’elle reprend, qu’elle reprend après l’avoir déjà une fois mentionnée dans ses quatre romans analytiques, livre, livre entier d’elle, ceci n’empêchant pas que je vous recommande la lecture de cette Mime-sis qui me paraît, avec ses cinq autres collaborateurs, réaliser quelque chose de remarquable.

Je dois vous dire la vérité, je n’ai lu que l’article du premier, du troisième et du cinquième, parce que j’avais, en raison de la préparation de ce séminaire, d’autres chats à fouetter. Je crois néanmoins que Mimesis vaut tout à fait la peine d’être lu. Le premier article qui concerne, qui concerne Wittgenstein et, disons, le bruit qu’a fait son enseignement, est tout à fait remarquable. Celui-là, je l’ai lu de bout en bout.

Néanmoins, je dois dire que cette géométrie qui est celle des nœuds, dont je vous ai dit qu’il manifeste une géométrie tout à fait spécifique, originale, est quelque chose qui exorcise cette inquiétante étrangeté. Il y a là quelque chose de spécifique. L’inquiétante étrangeté relève de l’Imaginaire, incontestablement. Mais qu’il y ait quelque chose qui permette

de l’exorciser est assurément de soi-même étrange. Pour spécifier où je mettrais ce dont il s’agit, c’est quelque part, par là (fig. 31, premier trait double indiqué par la flèche).

Je veux dire que c’est pour autant que l’Imaginaire se déploie selon le mode de deux cercles, ce qui peut également se noter d’un dessin, et je dirai qu’un dessin ne note rien, pour autant que la mise à plat en reste énigmatique. C’est pour autant qu’ici, joint à l’Imaginaire du corps, quelque chose comme une inhibition spécifique qui se caractériserait spécialement de l’inquiétante étrangeté que, provisoirement, tout au moins, je me permettrais de noter ce qu’il en est, quant à sa place, de ladite étrangeté. La résistance que l’imagination éprouve à la cogitation de ce qu’il en est de cette nouvelle géométrie est quelque chose qui me frappe, pour l’avoir éprouvé.

Que Soury et Thomé aient été —j’ose le dire, quoique après tout, je n’en ai pas d’eux le témoignage —, aient été spécialement captivés, me semble-t-il, par ce qui, dans mon enseignement, a été conduit à explorer, à explorer sous, sous le coup, sous le fait de ce que m’imposait la conjonction de l’Imaginaire, du Symbolique et du Réel, qu’ils aient été attrapés tout spécialement par, il faut bien l’appeler cette élucubration qui est mienne, c’est quelque chose qui n’est certainement pas de pur hasard, disons que pour ça, ils sont doués.

L’étrange, l’étrange et c’est là-dessus que je me permets, enfin, de trahir ce qu’ils ont pu me faire de confidence, l’étrange me semble-t-il, est ceci que — et cela m’a saisi étant donné ce que vous savez que je profère —, c’est qu’ils m’ont dit qu’ils s’y avançaient en parlant entre eux. Je ne leur en ai pas fait tout de suite la remarque, parce que, à la vérité, cette confidence me semblait très précieuse. Mais il est certain qu’on n’a pas l’habitude de penser à deux. Le fait que ce soit en en parlant entre eux et qu’ils arrivent à des résultats qui ne sont pas remarquables seulement par cette réussite, il y a longtemps que ce qu’ils composent sur le nœud borroméen me paraît plus que, plus qu’intéressant, me paraît un travail. Mais cette trouvaille n’en est certainement pas le couronnement. Ils en feront d’autres. Je n’ajouterai pas ce qu’a pu me dire nommément Soury sur le mode dont il pense l’enseignement. C’est une affaire où je pense qu’à suivre mon exemple, celui que j’ai qualifié tout à l’heure, il s’en, il s’en acquittera certainement aussi bien que je puis le faire. C’est-à-dire de la même façon scabreuse. Mais que ceci puisse être conquis d’une telle trouvaille — je ne sais pas d’ailleurs si spécialement cette trouvaille a été conquise dans le dialogue —, que le dialogue s’avère fécond spécialement dans ce domaine, c’est tout à fait, je puis dire, ce que confirme qu’il m’a manqué à moi. Je veux dire que pendant ces deux mois où je me suis acharné à trouver ce quatrième nœud à trois et la façon dont aux deux autres, aux trois autres, il pouvait se nouer, borroméennement, je le répète, c’est assurément que je l’ai cherché seul. Je veux dire en espérant dans ma cogitation. Qu’importe, je n’insiste pas. Il est temps de dire en quoi cette recherche m’importait.

Cette recherche m’importait extrêmement pour la raison suivante: les trois cercles du nœud borroméen ont ceci qui ne peut manquer d’être retenu, c’est qu’ils sont, à titre de cercles, tous trois équivalents. Je veux dire qu’ils sont constitués de quelque chose qui se reproduit dans les trois.

Ce n’est pas par hasard que je supporte de l’Imaginaire, spécialement — c’est le résultat d’une certaine, disons, concentration —, que ce soit dans l’Imaginaire que je mette le support de ce qui est la consistance. De même, que ce soit du trou que je fasse l’essentiel de ce qu’il en est du Symbolique et que, en raison du fait que le Réel, justement de la liberté de ces deux de ce que l’Imaginaire et le Symbolique — c’est la définition même du nœud borroméen — soient libres l’un de l’autre, que je supporte ce que j’appelle l’ex-sistence, spécialement du Réel. En ce sens qu’à sister hors de l’Imaginaire et du Symbolique, il cogne, il joue tout spécialement dans quelque chose qui est de l’ordre de la limitation. Les deux autres, à partir du moment où il est borroméennement noué, les deux autres lui résistent. C’est dire que le Réel n’a d’ex-sistence, et c’est bien étonnant que je le formule ainsi —, n’a d’ex-sistence qu’à rencontrer, du Symbolique et de l’Imaginaire, l’arrêt.

Bien sûr, n’est-ce pas là un fait de simple hasard. Il faut en dire autant des deux autres. C’est en tant qu’il ex-siste au Réel que l’Imaginaire rencontre aussi le heurt qui, ici, se sent mieux. Pourquoi, dès lors, mets-je cette ex-sistence, précisément là où elle peut sembler la plus paradoxale? C’est qu’il me faut bien répartir ces trois modes, et que c’est justement d’ex-sister que se supporte la pensée du Réel.

Mais, qu’en résulte-t-il? Si ce n’est qu’il nous faut, ces trois termes, les concevoir comme se rejoignant l’un à l’autre. S’ils sont si analogues, pour employer ce terme, est-ce qu’on ne peut pas supposer que ce soit d’une continuité ? Et c’est là ce qui nous mène tout droit à faire le nœud à trois. Car il n’y a pas beaucoup d’effort à commettre pour, de la façon dont ils s’équilibrent, se superposent, joindre les points de la mise à plat qui, d’eux, feront continuité.

Mais alors, qu’en résulte-t-il ? Qu’en résulte-t-il pour ce que de nœud, quelque chose qu’il faut bien appeler de l’ordre, de l’ordre du sujet — pour autant que le sujet n’est jamais que, que supposé — ce qui, de l’ordre du sujet, dans ce nœud à trois, se trouve, en somme, supporté? Est-ce à dire que si le nœud à trois se noue lui-même borroméennement, au moins à trois, cela nous suffise?

C’est justement sur ce point que ma question portait.

Dans une figure, une chaîne borroméenne, est-ce que il ne nous apparaît pas que le minimum est toujours constitué par un nœud à quatre?

Je veux dire que c’est à tirer cette corde verte pour que vous vous aperceviez que le cercle noir, ici noué avec la corde rouge, sera, en étant tiré par cette corde bleue, sera, manifestera la forme sensible d’une chaîne borroméenne

Il semble que le moins qu’on puisse attendre de cette chaîne borroméenne, c’est ce rapport de un à trois autres. Et, si nous supposons, comme nous en avons là la preuve, si nous pensons effectivement qu’un nœud à trois, car celui-là (fig. 33) n’est pas moins un nœud à trois —, que ces nœuds se composeront borroméennement l’un avec l’autre, nous aurons, nous toucherons ceci que c’est toujours de trois supports que nous appellerons, en l’occasion, subjectifs, c’est-à-dire personnels, qu’un quatrième prendra appui. Et si vous vous

souvenez du mode sous lequel j’ai introduit ce quart R S I élément, chacun des autres est supposé constituer S I R quelque chose de personnel au regard de ces trois I R S

éléments, le quart sera ce que j’énonce cette année comme le sinthome. Ce n’est pas pour rien que j’ai sinthome écrit ces choses dans un certain ordre : R S I, S I R, IR S, c’est bien à quoi répondait mon titre de l’année dernière.

RSI

SIR

IRS

sinthome

C’est qu’aussi bien les mêmes, les mêmes Soury et Thomé, j’y ai déjà fait allusion, expressément dans ce séminaire, ont mis en valeur que, pour ce qui en est des nœuds, des nœuds borroméens en question, à partir du moment où ils sont orientés et coloriés, il y en a deux de nature différente. Qu’est-ce à dire?

Dans la mise à plat, déjà, on peut le mettre en valeur. Ici, j’abrège. Je vous indique seulement dans quel sens en faire l’épreuve. Je vous ai dit l’équivalence de ces trois cercles, de ces trois ronds de ficelle. Il est remarquable que ce soit seulement à ce que, non pas entre eux, soit marquée l’identité d’aucun. Car l’identité, ça serait les marquer par la lettre initiale. Dire R, I et S, c’est déjà les intituler chacun, chacun comme tel, du Réel, du Symbolique et de l’Imaginaire. Mais il est notable qu’il apparaisse que ce qui se distingue entre eux d’efficace dans l’orientation ne soit repérable que de ce que soit, par la couleur, marquée leur différence. Non pas de l’un à l’autre, mais leur différence, si je puis dire, absolue en ce qu’elle est la différence commune aux trois. C’est pour qu’il y ait quelque chose qui est un, mais qui, comme tel, marque la différence entre les trois, mais non pas la différence à deux, qu’il apparaît en conséquence la distinction de deux structures de nœud borroméen. Lequel est le vrai? Est le vrai au regard de ce qu’il en est de la façon dont se noue l’Imaginaire, le Symbolique et le Réel, dans ce qui supporte le sujet?

Voilà la question qui mérite d’être interrogée. Qu’on se reporte à mes précédentes allusions à cette dualité du nœud borroméen pour l’apprécier. Car je n’ai pu aujourd’hui que l’évoquer un instant.

Il y a quelque chose de remarquable, c’est que le nœud à trois, par contre, ne porte pas trace de cette différence. Dans le nœud à trois, c’est-à-dire dans le fait que nous mettons l’Imaginaire, le Symbolique et le Réel en continuité, on ne s’étonnera pas que nous y voyions qu’il n’y a qu’un seul nœud à trois. J’espère que il y en a ici suffisamment qui prennent des notes. Car ceci est important. Important pour vous suggérer d’aller vérifier ce dont il s’agit. A savoir nommément que du nœud à trois qui homogénéise le nœud borroméen, il n’y en a par contre, qu’une espèce.

Est-ce à dire que ce soit vrai?

Chacun sait que de nœud à trois, il y en a deux. Il y en a deux selon qu’il est dextrogyre ou lévogyre. C’est donc là un problème que je vous pose : quel est le lien entre ces deux espèces de nœuds borroméens et les deux espèces de nœuds à trois?

Quoiqu’il en soit, si le nœud à trois est bien le support de toute espèce de sujet, comment l’interroger ? Comment l’interroger de telle sorte que ce soit bien d’un sujet qu’il s’agisse?

Il fut un temps ou j’avançais dans une certaine voie, avant que je ne sois sur la voie de l’analyse, c’est celui de ma thèse : De la psychose paranoïaque dans ses rapports, disais-je, avec la personnalité. Si j’ai si longtemps résisté à la republication de ma thèse, c’est simplement pour ceci:

c’est que la psychose paranoïaque et la personnalité, comme telle, n’ont pas de rapport; simplement pour ceci, c’est parce que c’est la même chose. En tant qu’un sujet noue à trois, l’Imaginaire, le Symbolique et le Réel, il n’est supporté que de leur continuité. L’Imaginaire, le Symbolique et le Réel sont une seule et même consistance. Et c’est en cela que consiste la psychose paranoïaque.

A bien entendre ce que j’énonce aujourd’hui, on pourrait en déduire qu’à trois paranoïaques pourrait être noué, au titre de symptôme, un quatrième terme qui situerait comme tel, comme personnalité, en tant qu’elle-même elle serait au regard des trois personnalités précédentes distincte et leur symptôme, est-ce à dire qu’elle serait paranoïaque elle aussi ? Rien ne l’indique dans le cas, le cas qui est plus que probable, qui est certain, où c’est d’un nombre indéfini de nœuds à trois qu’une chaîne borroméenne peut être constituée. Ce qui n’empêche pas que, au regard de cette chaîne, qui, dès lors, ne constitue plus une paranoïa si ce n’est qu’elle est commune, au regard de cette chaîne, la floculation possible de quarts termes, dans cette tresse qui est la tresse subjective, la floculation possible terminale de quarts termes nous laisse la possibilité de supposer que sur la totalité de la texture, il y a certains points élus qui, de ce nœud à quatre, se trouvent le terme. Et c’est bien en cela que consiste, à proprement parler, le sinthome. Et le sinthome non pas en temps qu’il est personnalité, mais au regard de trois autres, il se spécifie d’être sinthome et névrotique. Et c’est en cela qu’un aperçu nous est donné sur ce qu’il en est de l’inconscient. C’est en tant que le sinthome le spécifie, qu’il y a un terme qui s’y rattache plus spécialement qui, au regard de ce qu’il en est du sinthome, a un rapport privilégié. De même qu’ici dans le nœud à trois noué borroméennement à quatre, vous voyez qu’il y a une réponse particulière du rouge au brun, de même qu’il y a une réponse particulière du vert au noir. C’est en tant que l’un des deux couples se distingue de ce nœud spécifique avec une autre couleur, pour reprendre le terme dont je me servais tout à l’heure, c’est en tant qu’il y un lien du sinthome à quelque chose de particulier dans cet ensemble à quatre, c’est, pour tout dire, pour autant (fig. 34) — on ne sait pas si c’est celui-ci ou celui-là — c’est pour autant que nous avons un couple rouge-vert ici à gauche, bleu-rouge ici à droite, que nous avons un couple. Et c’est en tant que le sinthome se relie à l’Inconscient et que l’Imaginaire se lie au Réel, que nous avons affaire à quelque chose dont surgit le sinthome.

Voilà les choses difficiles que je voulais pour vous énoncer aujourd’hui.

Assurément, ceci mérite le complément. Le complément de la raison pourquoi ici j’ai en quelque sorte ouvert le nœud à trois. Pourquoi j’en ai donné la forme que vous voyez ici, qui n’est pas celle qui se trouve dessinée de la façon que vous voyez en bas, circulaire (fig. 20).

Elle résulte de ceci: c’est qu’au regard de ce champ, que j’ai déjà, ici, noté de J A, il s’agit de la jouissance, de la jouissance, non pas de l’autre, au titre de ceci que j’ai énoncé qu’il n’y a pas d’Autre de l’Autre qu’au Symbolique, lieu de l’Autre comme tel, rien n’est opposé. Qu’il n’y a pas de jouissance de l’Autre en ceci qu’il n’y a pas d’Autre de l’Autre, et que c’est ce que veut dire cet A barré. Il en résulte qu’ici J A, cette jouissance de l’Autre de l’Autre qui n’est pas possible pour la simple raison qu’il n’y en a pas, dès lors ce qui en résulte est ceci que seul reste ce qui se produit dans le champ, dans le champ de mise à plat du cercle du Symbolique avec le cercle de l’Imaginaire qui est le sens (fig. 35) et que, d’autre part, ce qui est ici indiqué, figuré, c’est le rapport, c’est le rapport du Symbolique avec le Réel en tant que de lui sort la jouissance dite du phallus; qui n’est certes pas, en elle-même, la jouissance comme telle pénienne. Mais qui, si nous considérons ce qu’il advient au regard de l’Imaginaire, c’est-à-dire de la jouissance du double, de l’image spéculaire, de la jouissance du corps en tant qu’imaginaire, il est le support d’un certain nombre de béances ; et qu’elle constitue proprement les différents objets qui l’occupent.

Par contre, la jouissance dite phallique se situe là, à la conjonction du Symbolique avec le Réel. C’est pour autant que chez le sujet qui se supporte du parlêtre, au sens que c’est là ce que je désigne comme étant l’Inconscient, il y a — et c’est dans ce champ que la jouissance phallique  il y a le pouvoir, le pouvoir, en somme, appelé, supporté, le pouvoir de conjoindre ce qu’il en est d’une certaine jouissance qui, du fait, du fait de cette parole elle-même, conjoint une jouissance éprouvée, éprouvée du fait du parlêtre, comme une jouissance parasitaire, et qui est celle dite du phallus. C’est bien celle que j’inscris ici comme balance à ce qu’il en est du sens, c’est le lieu de ce qui, par le parlêtre, est désigné en conscience comme pouvoir.

Ce qui domine, pour conclure sur quelque chose dont je vous ai proposé la lecture, c’est le fait que les trois ronds participent de 1’Imagi-flaire en tant que consistance, du Symbolique en tant que trou, et du Réel en tant qu’à eux ex-sistant. Les trois ronds donc s’imitent. Il est d’autant plus difficile de ce faire, qu’ils ne s’imitent pas simplement. Que du fait du dit, ils se composent dans un nœud triple. D’où mon souci, après avoir fait la trouvaille que ce nœud triple se nouait à trois borroméennement, j’ai constaté que s’ils se sont conservés libres entre eux, un nœud triple, jouant dans une pleine application de sa texture, ex-siste, qui est bel et bien quatrième, et qui s’appelle le sinthome.

Voilà.

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