mercredi, février 21, 2024
Recherches Lacan

LXV L'acte psychanalytique 1967 – 1968 Leçon du 13 mars 1968

Leçon du 13 mars 1968

Qu’est-ce que c’est qu’être psychanalyste ?

C’est vers cette visée que s’achemine ce que cette année j’essaie de vous dire, sous ce titre de l’acte psychanalytique.

Il est étrange que certains, parmi les messages qui me sont envoyés et dont, puisque je l’ai demandé, je remercie ceux qui ont bien voulu en faire la démarche, il est étrange que pointe parfois ceci: que je ferais ici quelque chose qui serait proche de quelque réflexion philosophique. Peut-être tout de même certaine séance comme celle de la dernière fois qui, bien sûr, si elle n’a pas manqué d’avoir prise sur ceux d’entre vous qui suivent le mieux mon discours, vous avertit pourtant assez qu’il s’agit d’autre chose. L’expérience – une expérience, c’est toujours quelque chose dont on a eu récemment des échos – prouve que l’état d’âme qui est produit dans cer­tain ordre d’études dites philosophiques, s’accommode mal de toute arti­culation précise qui soit celle de cette science qu’on appelle la logique; j’en ai même, dans cet écho, épinglé et retenu cette appréciation humoristique, qu’une telle tentative de faire rentrer, à proprement parler, ce qui s’est édi­fié comme logique dans les cours, dans ce qui est imposé pour le cursus ou le gradus philosophique, serait quelque chose qui s’apparenterait à cette ambition de technocrate, dont c’est le dernier mot d’ordre de toutes les résistances auriculaires, que d’en accuser ceux qui, dans l’ensemble, essaient d’apporter ce discours plus précis, dont le mien ferait partie, au titre du structuralisme, et qui en somme se distingue de cette caractéris­tique commune, de prendre pour objet proprement, ce qui se constitue, non pas au titre de ce qui fait d’ordinaire l’objet d’une science, c’est-à-dire quelque chose à quoi on est une bonne fois à suffisante distance pour l’isoler dans le réel comme constituant une espèce spéciale, mais de s’oc­cuper proprement de ce qui est constitué comme effet du langage.

Prendre pour objet l’effet de langage, voici bien en effet ce qui peut être considéré comme le facteur commun du structuralisme. Et qu’assurément, à ce propos la pensée trouve son biais, sa pente, son mode d’échappée, sous la forme d’une rêverie, de ce quelque chose qui, précisément, autour de là, s’efforce à prendre corps, à y restituer quoi ? des thèmes anciens qui, à divers titres, se sont toujours trouvés foisonner autour de tout discours en tant qu’il est proprement l’arête de la philosophie, c’est-à-dire de se tenir en pointe de ce qui, dans l’usage du discours, a de certains effets, où précisément se situe ce par quoi ce discours arrive à cette sorte, immanquablement, de médiocrité, d’inopérance qui fait que la seule chose qui est laissée dehors, qui est éliminée, c’est proprement justement cet effet.

Or, il est difficile de ne pas s’apercevoir que la psychanalyse offre à une telle réflexion un terrain privilégié.

Qu’est-ce, en effet, que la psychanalyse ?

Il m’est arrivé incidemment dans un article, celui que l’on trouve dans mes Écrits sous le titre Variantes de la cure type, d’écrire ceci que j’ai pris soin de réextraire ce matin : qu’à s’interroger sur ce qui est de la psycha­nalyse – puisque justement il s’agissait de montrer comment peuvent se définir, s’instituer ces variantes, ce qui présuppose qu’il y aurait quelque chose de type, et c’était bien précisément pour corriger une certaine façon d’associer le mot « type » à celui de l’efficience de la psychanalyse, que j’écrivais cet article -, donc je disais incidemment : Ce critère rarement énoncé d’être pris pour tautologique – c’était déjà bien avant…, il y a plus de dix ans – nous l’écrivons : une psychanalyse, type ou non, est la cure qu’on attend d’un psychanalyste.

Rarement énoncé parce qu’à la vérité, en effet, on recule devant quelque chose qui ne serait pas seulement, comme je l’écris, tautologique, mais ou bien le serait, ou bien évoquerait ce je ne sais quoi d’inconnu, d’opaque, d’irréductible qui consiste précisément dans la qualification du psychana­lyste.

Observez pourtant que c’est bien en effet ce qu’il en est, quand vous voulez vérifier si quelqu’un à juste titre prétend avoir traversé une psy­chanalyse : à qui s’est-il adressé ? Le quelqu’un est-il ou non psychanalys­te ? Voilà qui n’est pas tranché dans la question. Si pour quelque raison – et les raisons sont justement ce qui est ici à ouvrir avec un grand point d’interrogation – le personnage n’est point qualifié’, pour se dire psy­chanalyste, un scepticisme au moins s’engendrera sur le fait de savoir si c’est bien ou non d’une psychanalyse dans l’expérience dont le sujet s’au­torise, qu’il s’agit.

En effet, il n’y a pas d’autre critère. Mais c’est justement ce critère qu’il s’agirait de définir, en particulier quand il s’agit de distinguer une psycha­nalyse de ce quelque chose de plus vaste, et qui reste avec des limites incertaines, qu’on appelle une psychothérapie.

Cassons ce mot « psychothérapie ». Nous le verrons se définir de quelque chose qui est psycho psychologie, c’est-à-dire une matière dont le moins qu’on puisse dire est que sa définition est toujours sujette à quelque contestation. Je veux dire que rien n’est moins évident que ce qu’on a voulu appeler l’unité de la psychologie, puisque aussi bien elle ne trouve son statut qu’à une série de références, dont certaines croient pouvoir s’as­surer de lui être les plus étrangères, à savoir ce qu’on lui oppose, par exemple, comme étant l’organique; ou au contraire de l’institution d’une série de limitations sévères qui sont aussi bien celles qui rendront dans la pratique, ce qui aura été obtenu par exemple dans telles conditions expé­rimentales, dans tel cadre de laboratoire, comme plus ou moins insuffi­sant, voire inapplicable, quand il s’agit de ce quelque chose, qui, lui, est encore plus confus, qu’on appellera une thérapie. Thérapie, chacun sait la diversité des modes et des résonances que ceci évoque. Le centre en est donné par le terme de suggestion; c’est tout au moins celui de tous, ce qui 2 se réfère à l’action, l’action d’un être à l’autre, s’exerçant par des voies qui, certes, ne peuvent prétendre à avoir reçu leur pleine définition. A l’horizon, à la limite de telles pratiques, nous aurons la notion générale de ce qu’on appelle dans l’ensemble, et de ce qu’on a assez bien situé comme techniques du corps, à l’autre bout, nous aurons, j’entends par là ce qui, dans maintes civilisations, se manifeste comme ce qui ici se propage sous la forme erratique de ce qu’on épingle volontiers à notre époque des tech­niques indiennes, ou encore de ce qu’on appelle les diverses formes de yoga. A l’autre extrême, l’aide samaritaine, celle qui, confuse, se perd dans des champs, dans des abysses qui sont ceux de l’élévation d’âme; voire! -225-

Il est étrange de le voir repris dans l’annonce de ce qui se produirait au terme de l’exercice de la psychanalyse, cette effusion singulière qui s’ap­pellerait l’exercice de quelque bonté.

La psychanalyse, partons donc de ce qui est pour l’instant seulement notre point ferme : qu’elle se pratique avec un psychanalyste. Il faut entendre ici avec au sens instrumental, ou tout au moins je vous propose de l’entendre ainsi.

Comment se fait-il qu’il existe quelque chose qui ne puisse ainsi se situer que avec un psychanalyste comme Aristote dit, non pas qu’il faille dire, nous assure-t-il, « l’âme pense » mais « l’homme pense avec son âme » indiquant expressément que c’est le sens qu’il convient de donner au mot avec à savoir le même sens instrumental. Chose étrange quand j’ai fait quelque part allusion à cette référence aristotélicienne, les choses sem­blent avoir plutôt porté des effets de confusion chez le lecteur, faute sans doute de reconnaître la référence aristotélicienne.

C’est avec un psychanalyste que la psychanalyse pénètre dans ce quelque chose dont il s’agit. Si l’inconscient existe et si nous le définissons, comme il semble au moins, après la longue marche que nous faisons depuis des années dans ce champ, aller au champ de l’inconscient, c’est proprement se trouver au niveau de ce qui se peut le mieux définir comme effet de langage, en ce sens où, pour la première fois, s’articule que cet effet peut s’isoler en quelque sorte du sujet, qu’il y a du savoir, du savoir pour autant que c’est là ce qui constitue l’effet type du langage, qu’il y a du savoir incarné, sans que le sujet qui tient le discours en soit conscient, au sens où ici, être conscient de son savoir, c’est être codimensionnel à ce que le savoir comporte, c’est être complice de ce savoir.

Assurément, il y a là ouverture à quelque chose par quoi se trouve à nous proposé l’effet de langage comme objet, d’une façon qui est distinc­te parce qu’elle l’exclut de cette dialectique, telle qu’elle s’est édifiée au terme de l’interrogation traditionnellement philosophique, et qui est celle qui nous ferait chemin d’une réduction possible, exhaustive et totale, de ce qui est du sujet, en tant que c’est celui qui énonce cette vérité, qui préten­drait sur le discours, donner le dernier terme, en ces formules, que l’en-soi serait de nature destiné à se réduire à un pour-soi; qu’un pour-soi enve­lopperait au terme d’un savoir absolu tout ce qu’il en est de l’en-soi. Qu’il en soit différemment, de cela même que la psychanalyse nous apprend que le sujet, de par ce qui est l’effet même du signifiant, ne s’institue que comme divisé, et d’une façon irréductible, voilà ce qui sollicite de nous l’étude de ce qu’il en est du sujet comme effet de langage; et de savoir comment ceci est accessible, et le rôle qu’y joue le psychanalyste, voilà qui est assurément essentiel à fonder.

En effet, si ce qu’il en est du savoir laisse toujours un résidu, un résidu en quelque sorte constituant de son statut, – est-ce que la première ques­tion qui se pose à propos du partenaire, de celui qui est là, je ne dis pas aide, mais instrument pour que quelque chose s’opère, qui est la tâche psychanalysante au terme de quoi le sujet, disons, est averti de cette divi­sion constitutive, après quoi, pour lui, quelque chose s’ouvre qui ne peut s’appeler autrement ni différemment que passage à l’acte, passage à l’acte, disons, éclairé, – c’est justement de ceci de savoir qu’en tout acte, il y a quelque chose qui, comme sujet, lui échappe, qui y viendra faire inciden­ce, et qu’au terme de cet acte, la réalisation est, disons pour l’instant, pour le moins voilée de ce qu’il a, de l’acte, à accomplir comme étant sa propre réalisation.

Ceci, qui est le terme de la tâche psychanalysante, laisse complètement à part ce qu’il en est du psychanalyste dans cette tâche ayant été accom­plie. Il semblerait, dans une espèce d’interrogation naïve, que nous puis­sions dire qu’à écarter la pleine et simple réalisation du pour-soi dans cette tâche prise comme ascèse, son terme pourrait être conçu comme un savoir qui, au moins, serait réalisé pour l’autre; à savoir pour celui qui se trouve être le partenaire de l’opération, ceci d’en avoir institué le cadre et autori­sé la marche.

En est-il ainsi ? Il est vrai qu’à présider, si je puis dire, à cette tâche, le psychanalyste en apprend beaucoup. Est-ce à dire que d’aucune façon, ce soit lui, dans l’opération, qui en quelque sorte puisse se targuer d’être l’au­thentique sujet d’une connaissance réalisée ? Voilà à quoi objecte précisé­ment ceci, que la psychanalyse s’inscrit en faux contre toute exhaustion de la connaissance, et ceci au niveau du sujet lui-même, en tant qu’il est mis en jeu dans la tâche psychanalytique.

Ce n’est point, dans la psychanalyse, d’un gnothi seauton qu’il s’agit, mais précisément de la saisie, de la limite, de ce gnothi seauton, parce que cette limite est proprement de la nature de la logique elle-même, et qu’il est inscrit dans l’effet de langage qu’il laisse toujours hors de lui, et par conséquent en tant qu’il permet au sujet de se constituer comme tel, cette part exclue qui fait que le sujet, de sa nature, ou bien ne se reconnaît qu’à oublier ce qui, premièrement, l’a déterminé à cette opération de recon­naissance ou bien même, à se saisir dans cette détermination, la dénie, je veux dire ne la voit surgir dans une essentielle Verneinung qu’à la mécon­naître.

Autrement dit, nous nous trouvons, au schéma basal des deux formes, nommément l’hystérique et celle de l’obsessionnelle, d’où part l’expérien­ce analytique, qui ne sont là qu’exemple, illustration, épanouissement, et ceci dans la mesure où la névrose est essentiellement faite de la référence du désir à la demande, nous nous trouvons en face du schéma logique même qui est celui que je vous ai produit la dernière fois, en vous mon­trant l’arête de ce qui est la quantification, celle qui lie l’abord élaboré que nous pouvons donner du sujet et du prédicat, ceci qui ici, s’inscrirait sous la forme du signifiant refoulé S, en tant qu’il est représentant du sujet auprès d’un autre signifiant SA. Ce signifiant, mettons lui le coefficient A, en tant que c’est celui où le sujet a aussi bien à se reconnaître qu’à se méconnaître, où il s’inscrit comme fixant le sujet quelque part au champ de l’Autre, dont la formule est celle-ci : $ (-S V SA)Que pour tout sujet en tant qu’il est de sa nature divisé, là exactement, selon la même façon que nous pouvons formuler que tout homme est sage (-hVs nous avons le choix disjonctif, entre le pas homme et le être sage. Nous avons fonda­mentalement ceci, c’est que, comme la première expérience analytique nous l’apprend, l’hystérique, dans sa dernière articulation, dans sa nature essentielle, c’est bien authentiquement, si authentique veut dire « ne trou­ver qu’en soi sa propre loi », qu’elle se soutient dans une affirmation signi­fiante qui, pour nous, fait théâtre, fait comédie, et à la vérité c’est pour nous qu’elle se présente ainsi $ (-S V SA) authentique. Nul ne saurait saisir ce qu’il en est de la vraie structure de l’hystérique, si l’on ne prend pas au contraire pour être le statut le plus ferme et le plus autonome du sujet, celui qui s’exprime dans ce signifiant, à condition que le premier, celui qui le détermine, reste non seulement dans l’oubli, mais dans l’ignorance qu’il est d’oublier. Alors que c’est tout à fait sincèrement qu’au niveau de la structure dite obsessionnelle, le sujet sort le signifiant dont il s’agit, en tant qu’il est sa vérité, mais le pourvoit de la Verneinung fondamentale, par quoi il s’annonce comme n’étant pas cela que justement il articule, qu’il -228-

avoue, qu’il formule. Par conséquent il ne s’institue au niveau du prédicat, maintenu de sa prétention à être autre chose, ne se formule, que comme dans une méconnaissance en quelque sorte indiquée par la dénégation même dont il l’appuie, par la forme dénégatoire dont cette méconnaissan­ce s’accompagne.

 

C’est donc d’une homologie, d’un parallélisme de ce qui vient à s’ins­crire dans l’écriture où, de plus en plus s’institue ce qui s’impose du pro­grès même que force, dans le discours, l’enrichissement que lui donne d’avoir à s’égaler à ce qui nous vient des variétés, des variations concep­tuelles, que nous impose le progrès de la mathématique, c’est de l’homo­logie des formes d’inscription, – je fais ici allusion par exemple au Begriffschrift d’un Frege, Frege qui est écriture du concept, vous le savez, il suffit de l’ouvrir; en tant qu’écriture du concept, je vous en ai tout de même donné quelques exemples et pour autant que nous essayons, cette écriture, avec Frege, de commencer d’y inscrire les formes prédicatives qui, pas seulement historiquement, mais pour le fait qu’à travers l’histoi­re elles tiennent, se sont inscrites dans ce qu’on appelle logique des prédi­cats, et logique du premier degré, c’est-à-dire qui n’apporte aucune quan­tification au niveau du prédicat.

 

Disons, pour reprendre notre exemple, à la vérité il y a intérêt à ne pas trop l’épargner, que l’usage que j’ai fait la dernière fois de l’universelle affirmative tout à fait humoristique : tout homme est sage, que la façon dont, dans son Begriffschrift, Frege l’inscrira, ce sera sous une forme qui pose, dans les traits horizontaux, le contenu simplement propositionnel, c’est-à-dire la façon dont les signifiants sont ensemble accolés, sans que rien pour autant n’en soit à exiger que la correction syntaxique. Par la barre qu’il met à gauche, il marque ce qu’on appelle l’implication, la pré­sence du jugement; c’est à partir de l’inscription de cette barre que ce qui est contenu de la proposition est affirmée, ou passe au stade qu’on appel­le assertorique. La présence ici de quelque chose que nous pouvons tra­duire par un il est vrai assurément il nous faut le traduire; et cet il est vrai est précisément ce qui, pour nous, c’est-à-dire au niveau où il s’agit d’une logique, qui ne mérite aucunement d’être appelée techniquement logique primaire, car le terme est déjà employé au niveau des constructions logiques, – elle désigne précisément ce qui ne jouera qu’à combiner les valeurs de vérité, c’est bien pour cela que ce qui pourrait bien s’appeler logique primaire, si le terme n’était pas déjà employé, nous l’appellerons sublogique; ce qui ne veut pas dire logique inférieure, mais logique en tant qu’il s’agit d’une logique en tant que constituante du sujet; cet il est vrai, c’est bien pour nous au niveau où nous allons placer autre chose que cette position assertorique, c’est bien en effet ici que pour nous la vérité fait question; `d(Fx) -3 x – (Fx) –+ double négation ce petit creux, cette conca­vité, cet en-creux en quelque sorte, qu’ici Frege réserve pour y indiquer ce que nous allons voir, c’est ce en quoi il lui paraît indispensable pour assu­rer à son Begriffschrift un statut correct, c’est là que va venir quelque chose qui joue dans la proposition ici inscrite au titre de contenu, tout homme est sage, que nous allons inscrire ainsi par exemple en mettant le sage comme étant la fonction, et ici l’homme comme ce qu’il appelle dans la fonction l’argument.

Il n’est pour tout maniement ultérieur de cette Begriffschrift écriture du concept, pour lui, d’autre moyen correct de procéder, qu’à inscrire ici, dans le creux et sous une forme expressément indicative de la fonction dont il s’agit, que ce même h de l’homme en question, indiquant par là que, pour tout h, la formule l’homme est sage est vraie.

La nécessité d’un pareil procédé, je n’ai point ici à vous la développer, parce qu’elle impose d’en donner toute la suite, c’est-à-dire la richesse et la complication. Qu’il vous suffise ici de savoir que dans le lien que nous

ferions, d’une pareille proposition avec une autre qui serait, en quelque sorte, sa condition, chose qui dans le Begriffschrift s’inscrit ainsi c’est à savoir qu’une proposition F a un certain rapport avec une proposi­tion P, et que ce rapport est une fois défini, (je le dis pour ceux pour qui ces mots ont un sens), selon le module de ce qu’on appelle l’implication philonienne, à savoir que si ceci (P) est vrai, ceci (F) ne saurait être faux; autrement dit que, pour donner un ordre, une cohérence à un discours, il n’y a qu’à exclure, et seulement exclure ceci, que le faux puisse être condi­tionné par le vrai. Toutes les autres combinaisons, y compris celle-ci que le faux détermine le vrai, sont admises.

Je vous indique simplement ceci, en marge, qu’à inscrire les choses de cette façon, nous aurons l’avantage de pouvoir distinguer deux formes d’implication différentes, selon que ce sera au niveau de cette partie de la Begriffschrift, c’est-à-dire au niveau où la proposition se pose comme assertorique, que viendra se conjoindre l’incidence conditionnelleau niveau de la proposition elle-même.

C’est-à-dire que ce n’est pas la même chose de dire que, si quelque chose est vrai, nous énoncions que l’homme est sage, ou que si une autre chose est vraie, il est vrai que tout homme est sage. Il y a un monde entre les deux choses.

Ceci n’est fait d’ailleurs qu’à vous indiquer en marge, et pour vous montrer à quoi répond la nécessité de ce creux, qui est ceci, que quelque part mérite d’être isolé le terme qui logiquement, au point d’avancement suffisant de la logique où nous sommes, donne corps au terme tout comme étant le principe, la base à partir de laquelle, par la seule opération de négation diversifiée, pourront se formuler toutes les positions pre­mières qui sont définies, apportées par Aristote; à savoir que, par exemple, c’est à mettre ici, sous la forme de ce trait vertical, la négation, qu’il sera pour tout homme, vrai que l’homme n’est pas sage, c’est-à-dire que nous incarnerons l’universelle négative.

Au contraire à dire ainsi nous disons qu’il n’est pas vrai que pour tout homme nous puissions énoncer que l’homme n’est pas sage; nous obtiendrons par ces deux néga­tions, la manifestation de l’affirmative particulière. Car s’il n’est pas vrai que pour tout homme, il soit vrai de dire que l’homme n’est pas sage, c’est donc qu’il y en a un tout petit, par là, perdu, qui l’est, et que inversement si nous enlevons cette négation là et que nous ne laissons que celle-ci nous disons qu’il n’est pas vrai que pour tout homme, l’homme soit sage, c’est-à-dire qu’il y en a qui ne le sont pas.

A articuler ainsi les choses, vous y sentez quelque artifice, c’est à savoir que, le fait qu’à ce niveau vous sentiez comme artifice, par exemple l’ap­parition de la dernière particulière dite négative, ceci met en valeur que, dans la logique originelle, celle d’Aristote, quelque chose nous est mas­qué, précisément d’impliquer ces sujets comme collection, quels qu’ils soient, qu’il s’agisse de la saisir en extension ou en compréhension, que ce qui est de la nature du sujet, n’est point à chercher dans quelque chose qui serait ontologique, le sujet fonctionnant en quelque sorte lui-même comme une sorte de prédicat premier, ce qu’il n’est pas. Ce qui est l’es­sence du sujet, tel qu’il apparaît dans le fonctionnement logique, part tout entier de la première écriture, celle qui pose le sujet comme de sa nature s’affirmant comme tout : pour tout h, homme, la formule « l’homme est sage » est vraie. Et c’est à partir de là, selon en quelque sorte une déduc­tion inverse de celle que j’ai mise en valeur devant vous la dernière fois, que l’existence vient au jour et nommément la seule qui nous importe, celle que supporte l’affirmative particulière : il y a homme qui est sage; elle se suspend, et par l’intermédiaire d’une double négation, à l’affirma­tion de l’universelle. De même que la dernière fois, vous présentant la même chose, (car il s’agit toujours des quantificateurs), c’était la double négation appliquée à l’existence, que je vous montrais que pouvait se tra­duire la fonction du tout, que la fonction ” (Fx), je disais qu’elle pouvait se traduire, se renverser, dans un -$ (x), il n’existe pas de x qui rende la fonction F(x) fausse, c’est-à-dire un double moins,

-$x. -Fx.

Cette présence de la double négation est ce qui, pour nous, fait problè­me puisqu’à la vérité, le joint ne s’en fait que d’une façon énigmatique avec ce qu’il en est de la fonction du tout car ce fait encore bien sûr que la nuance linguistique, de la fonction opposée du pan ou du pantes en grec, s’oppose à la fonction de l’olon comme l’omnis s’oppose au totus; ça n’est pourtant pas pour rien qu’Aristote lui-même, sur ce qu’il en est de l’affir­mative universelle, la dit posée katholon, « quant au total », et que l’am­biguïté en français reste entière, en raison de la confusion des deux signi­fiants, entre ce a qui foncièrement quelque rapport, à savoir cette fonction du tout.

Il est clair que si le sujet, que nous arrivons, avec le perfectionnement de la logique, à réduire à ce pas qui ne dont je faisais état la dernière fois que ce sujet pourtant, dans sa prétention si l’on peut dire native, se pose comme étant de sa nature capable d’appréhender quelque chose comme tout, et que ce qui fait son statut et aussi son mirage, c’est qu’il puisse se penser comme sujet de la connaissance, à savoir comme support éventuel, à lui seul, de quelque chose qui est tout.

Or c’est là que je veux vous mener, à cette indication, je ne sais pas si le discours que je fais aujourd’hui le plus court que je peux, comme je le fais toujours, après en avoir très sérieusement, pour vous, préparé les degrés, suivant l’attention de l’assemblée – ou mon état propre – je suis bien forcé, comme dans tout discours articulé et plus spécialement quand il s’agit du discours sur le discours, d’opérations logiques, de prendre un chemin de traverse au moment où il s’impose; c’est ceci à savoir que dans la façon dont je vous ai déjà indiqué que s’institue la première division du sujet, dans la fonction répétitive, ce dont il s’agit est essentiellement ceci c’est que le sujet ne s’institue que représenté par un signifiant pour un autre signifiant (S et S1), et que c’est entre les deux, au niveau de la répétition primitive, que s’opère cette perte, cette fonction de l’objet perdu autour de quoi précisément tourne la première tentative opératoire du signifiant, celle qui s’institue dans la répétition fondamentale que ce qui vient ici occuper la place qui est donnée dans l’institution de l’universelle affirmative, à ce facteur dit « argument » dans l’énoncé de Frege, pour quoi la fonction prédicative est toujours recevable, et qu’en tout cas la fonction du tout trouve son assise, son point tournant originel et, si je puis dire, le principe même dont s’institue son illusion, dans le repérage à l’objet perdu, dans la fonction intermédiaire de l’objet a, entre le signifiant originel en tant qu’il est signifiant refoulé, et le signifiant qui le représente dans la substitution qu’instaure la répétition elle-même pre­mière.

Et ceci nous est illustré dans la psychanalyse elle-même, et par quelque chose de capital, en ceci, qu’elle représente, qu’elle incarne en quelque sorte de la façon la plus vive, ce qu’il en est de la fonction du tout dans l’économie, je ne dirai pas inconsciente, dans l’économie du savoir analy­tique, précisément en tant que ce savoir essaie de totaliser sa propre expé­rience. C’est le biais même, la pente, le piège où tombe la pensée analy­tique elle-même quand, faute de pouvoir se saisir dans son opération essentiellement diviseuse, à son terme, au regard du sujet, elle instaure comme première l’idée d’une fusion idéale qu’elle projette comme origi­nelle, mais qui, si vous voulez, ici joue autour de cette universelle affir­mative, qui est justement celle qu’elle serait faite pour problématiser, et qui s’exprime à peu près ainsi: pas d’inconscient sans la mère. Pas d’éco­nomie, pas de dynamique affective, sans ceci qui serait en quelque sorte à l’origine, que l’homme connaît le tout, parce qu’il a été dans une fusion originelle à la mère.

Ce mythe en quelque sorte parasite, car il n’est pas freudien, il a été introduit sous un biais énigmatique, celui du traumatisme de la naissance, vous le savez, par Otto Rank; faire entrer la naissance sous le biais du traumatisme, c’est lui donner fonction signifiante. La chose donc en elle-­même n’était pas faite pour apporter une viciation foncière à l’exercice d’une pensée qui, en tant que pensée analytique, ne peut que laisser intact ceci dont il s’agit, à savoir que, sur le plan dernier où vient achopper l’ar­ticulation identificatrice, la béance reste ouverte entre l’homme et la femme, et que par conséquent, dans la constitution même du sujet, nous ne pouvons d’aucune façon introduire, disons, l’existence au monde de la complémentation mâle et femelle.

Or à quoi aura servi l’introduction par Otto Rank de cette référence à la naissance par ce biais du traumatisme ? A ce que la chose soit profon­dément viciée dans la suite de la pensée analytique, en ceci qu’il est dit qu’à tout le moins ce tout, cette fusion qui fait que, pour le sujet, il y a eu possibilité primitive et donc possible à reconquérir, d’une union avec ce qui fait le tout, c’est le rapport de la mère à l’enfant, de l’enfant à la mère au stade utérin, au stade d’avant la naissance, et ici nous touchons du doigt où est le biais et l’erreur. Mais cette erreur sera exemplaire, parce que c’est elle qui nous révèle où prend son origine cette fonction du tout dans le sujet, en tant qu’il croît sous le biais de la fatalité inconsciente, c’est-à-dire, ou qu’il ne se reconnaît authentiquement qu’à s’oublier, ou qu’il ne se reconnaît sincèrement qu’à se méconnaître.

Et voici en effet très simplement où est le ressort à partir du moment où nous prenons les choses au niveau de la fonction du langage: pas de demande qui ne s’adresse à la mère.

Ceci nous pouvons le voir se manifester en effet dans le développement de l’enfant, en tant qu’il est d’abord infans et que c’est dans le champ de la mère qu’il aura à articuler d’abord sa demande.

Qu’est-ce que nous voyons apparaître au niveau de cette demande ? C’est ce dont il s’agit uniquement, et que l’analyse nous désigne : c’est la fonction du sein. Tout ce que l’analyse fait tourner, comme s’il s’agissait là d’un procès de la connaissance, c’est à savoir que le fait que la réalité de la mère ne nous soit d’abord rapportée, désignée que par la fonction de ce qu’on appelle l’objet partiel, mais cet objet partiel, je veux bien qu’on l’ap­pelle en effet ainsi, à ceci près que nous devons nous apercevoir que c’est lui qui est au principe de l’imagination du tout, que si quelque chose est conçu comme totalité de l’enfant à la mère, c’est dans la mesure où, au sein de la demande, c’est-à-dire dans la béance entre ce qui ne s’articule pas et ce qui s’articule enfin comme demande, l’objet autour de quoi surgit la première demande, c’est le seul objet qui apporte au petit être nouveau-né, ce complément, cette perte irréductible, qui en est le seul support, à savoir ce sein, si singulièrement ici placé pour cette utilisation, qui est logique de sa nature: l’objet a, et de ce que Frege appellerait la variable, la variable j’entends dans l’instauration d’une fonction quelconque Fx; que si une variable est quantifiée, elle passe à un autre statut précisément d’être quantifiée comme universelle; cela veut dire non pas simplement que n’importe laquelle, mais que foncièrement dans sa consistance, c’est une constante. Et que c’est pour cela que, pour l’enfant qui commence d’arti­culer, avec sa demande, ce qui fera le statut de son désir, si un objet a cette faveur de pouvoir un instant remplir cette fonction constante, c’est le sein. Et aussi bien il est étrange que ne soit pas apparu tout aussitôt, à spéculer sur les termes biologiques qui sont ceux vers quoi aspire à s’y référer la psychanalyse, qu’on ne s’aperçoive pas que cette chose, qui semble être dite comme allant de soi, que tout enfant a une mère, et on souligne même, comme pour nous mettre sur la voie, qu’assurément pour le père, nous sommes dans l’ordre de la foi! Mais serait-il si sûr qu’il ait une mère si, au lieu d’être un humain, c’est-à-dire un mammifère, il était un insecte ? Quels sont les rapports d’un insecte avec sa mère ?

Si nous nous permettons perpétuellement de jouer – et ceci est pré­sentifié dans les psychanalyses – entre le terme, la référence, de la conception et celle de la naissance, nous voyons la distance qu’il y a entre les deux, et que le fait que la mère soit la mère ne tient pas, si ce n’est par une nécessité purement organique – je veux dire bien sûr que jusqu’à présent, il n’y a qu’elle pour pondre dans son propre utérus ses propres oeufs, mais après tout, puisqu’on fait de l’insémination artificielle mainte­nant, on fera peut-être aussi de l’insertion ovulaire, – la mère, ce n’est pas, essentiellement au niveau où nous le prenons dans l’expérience ana­lytique, ce quelque chose qui se réfère aux termes sexuels. Nous parlons toujours du rapport dit sexuel; parlons aussi du sexuel dit rapport; le sexuel dit rapport est complètement masqué par ceci, que les êtres humains dont nous pouvons dire que s’ils n’avaient pas le langage, com­ment même sauraient-ils qu’ils sont mortels ? Nous dirons aussi bien que, s’ils n’étaient pas mammifères, ils ne s’imagineraient pas qu’ils sont nés. Car le surgissement de l’être, en tant que nous opérons dans ce savoir construit et qui aussi bien devient pervertissant pour toute la dialectique opératoire de l’analyse, que nous faisons tourner autour de la naissance, est-ce que c’est autre chose que ceci qui, au niveau de Platon, se présentait avec une allure que je trouve quant à moi plus sensée – voyez le mythe d’Er, qu’est-ce que c’est que cette errance des âmes une fois qu’elles sont parties des corps, qui sont là dans un hyperespace avant d’entrer se relo­ger quelque part, selon leur goût ou le hasard, peu nous importe, qu’est ce que c’est sinon quelque chose qui a beaucoup plus de sens pour nous, analystes; qu’est-ce que c’est que cette âme errante, si ce n’est précisément ce dont je parle: le résidu de la division du sujet? Cette métempsycose me parait logiquement moins fautive que celle qui fait l’avant de tout ce qui se passe dans la dynamique psychanalysante, du séjour dans le ventre de la mère. Si nous ne l’imaginions, ce séjour, que comme il est après tout, au début de la lignée mammalienne, à savoir le séjour dans une poche mar­supiale, ça nous frapperait moins. Ce qui nous fait illusion, c’est la fonc­tion du placenta. Eh bien! la fonction du placenta, c’est quelque chose qui n’existe pas au niveau des premiers mammifères. Le placenta semble bien devoir se situer au niveau justement de cet objet plaqué, de ce quelque chose qui, à un niveau de l’évolution biologique, dont nous n’avons pas à considérer si c’est un perfectionnement ou pas, se présente comme cette appartenance au niveau de l’Autre, qu’est le sein plaqué sur la poitrine. Et ce sein autour de quoi tourne ce dont il s’agit, au niveau d’une apparence exemplaire de l’objet a.

Que l’objet a soit l’indicatif autour de quoi se forge la fonction du tout, en tant qu’elle est mythique, en tant qu’elle est précisément ce à quoi s’oppose, ce que contredit, toute la recherche du statut du sujet, telle qu’elle s’institue dans l’expérience de la psychanalyse, voilà qui est à repérer et qui seul peut donner sa fonction de pivot, de point tournant, à cet objet a dont d’autres formes se déduisent, mais toujours en effet à cette référence que c’est l’objet a qui est au principe du mirage du tout. Je vais essayer avant que je vous revoie la prochaine fois, et que j’essaie pour vous de le faire vivre autour de ces autres supports qui sont déchet, qui sont regard, qui sont voix, vous verrez qu’à saisir le rapport de ce a en tant que justement, c’est lui qui nous permet de destituer de sa fonc­tion la relation au terme tout; – c’est à l’intérieur de cette interrogation que je pourrai pour vous reprendre ce qu’il en est d’un acte. Je n’ai rien dit jusqu’à présent qu’acte, mais bien sûr cet acte implique fonction, sta­tut et qualification. Si le psychanalyste n’est pas celui qui situe son statut autour de ce quelque chose que nous pouvons interroger, qui est à savoir un sujet, est-il d’aucune façon épinglable, qualifiable du terme a ? Le a peut-il être un prédicat ? C’est la question sur laquelle je vous laisse aujourd’hui et dont déjà je vous désigne quelle en est la réponse : elle ne peut pas d’aucune façon s’instituer d’une façon prédicative, et très préci­sément pour ceci que, sur le a lui-même ne peut aucunement porter la négation.

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