Groupe niçois de psychanalyse lacanienne

HOMME AUX LOUPS

 

  1. H&L E289: A y regarder de près, les problèmes de l’interprétation symbolique ont commencé par intimider notre petit monde avant d’y devenir embarrassants. Les succès obtenus par Freud y étonnent maintenant par le sans-gène de l’endoctrination dont ils paraissent procéder, et l’étalage qui s’en remarque dans les cas de Dora, de l’H&R et de l’H&L, ne va pas pour nous sans scandale. Il est vrai que nos habiles ne reculent pas à mettre en doute que ce fût là une bonne technique.

 

  1. H&L E311 : Premièrement l’H&L -malgré tout le faisceau de preuves démontrant l’historicité de la scène primitive, malgré la conviction qu’il manifeste à son endroit- /…/ jamais n’arrive à intégrer la remémoration dans son histoire. Deuxièmement, L’H&L démontre ultérieurement son aliénation de la façon la plus catégorique, sous une forme paranoïde. Il est vrai qu’ici se mêle un autre facteur, par où la réalité intervient dans l’analyse, à savoir le don d’argent /…/ dont la portée déjà s’indique dans ce que nous avons évoqué du lien de la parole au don constituant l’échange primitif. Or ici le don d’argent est renversé par une initiative de Freud où nous pouvons reconnaître /../ la subjectivation non-résolue en lui des problèmes que ce cas laisse en suspens. Et personne ne doute que ç’ait été là le facteur déclenchant de la psychose, au reste sans savoir dire trop bien pourquoi. Ne comprend-on pas pourtant qu’admettre un sujet à être nourri aux frais du prytanée de la psychanalyse /…/ au titre du service à la science rendu par lui en tant que cas, c’est aussi l’instituer décisivement dans l’aliénation de sa vérité?  /…/ Ruth Mc Brunswick ne s’est en somme pas du tout mal repérée dans sa position délicate à l’endroit du transfert. (On se souviendra du mur  [du langage] de notre métaphore qui figure dans un des rêves, les loups du rêve-clef s’y montrant avides de le tourner…).

 

  1. H&L E386: /…/ Freud [dans l’H&L] /…/ constate que bien que le sujet ait manifesté dans son comportement un accès /…/ à la réalité génitale, celle-ci est restée lettre morte pour son inconscient où règne toujours la “théorie sexuelle” de la phase anale. De ce phénomène, Freud discerne la raison dans le fait que la position féminine assumée par le sujet dans la captation imaginaire du traumatisme primordial, lui rend impossible d’accepter la réalité génitale sans la menace pour lui dès lors inévitable de la castration. Mais ce qu’il dit de la nature du phénomène est beaucoup plus remarquable. Il ne s’agit pas, nous dit-il, d’un refoulement (Verdrängung), car le refoulement ne peut être distingué du retour du refoulé par où ce dont le sujet ne peut parler, il le crie par tous les pores de son être. Ce sujet, nous dit Freud, de la castration ne voulait rien savoir au sens du refoulement (retranchement [wardet off] forclusion).

 

  1. H&L L01 53:  [dans l’H&L] quand il [Freud] aborde la question du complexe de castration chez son patient /…/ Freud formule le problème suivant. Lorsque la crainte de la castration entre en question chez ce sujet, des symp­tômes apparaissent, qui se situent sur le plan /…/ anal, puisque ce sont des manifestations intestinales. Or tous ces symptômes, /…/ nous considérons qu’ils témoignent d’une certaine étape de la théorie infantile de la sexualité. De quel droit? Du fait même que la castration est entrée en jeu, le sujet n’est-il pas élevé à un niveau de structuration génital? Quelle est l’explication de Freud? /…/ Eine Verdrängung  ist etwas anderes als eine Verwerfung. [E387]:

 

  1. H&L L01 70: Voyons l’H&L. Il n’y a pas pour lui Bejahung, réalisation du plan génital. Il n’y a pas trace de ce plan dans le registre symbolique. La seule trace que nous en ayons, c’est l’émergence dans, non pas du tout son histoire, mais vraiment dans le monde extérieur, d’une petite hallucination. La castration, qui est précisément ce qui pour lui n’a pas existé, se  manifeste sous la forme de ce qu’il s’imagine -s’être coupé le petit doigt, si profondé­ment que ça ne tient que par un petit bout de peau.

 

  1. H&L L01 80: C’est à l’aide de vides que le souvenir doit être revécu. /…/ Le réel /…/ est ce qui résiste absolument à la symbolisation. /…/ Chez l’H&L, la symbolisation du sens du plan génital a été verworfen. Aussi n’avons nous point à nous étonner que certaines interprétations, qu’on appelle interprétations de contenu, ne soient pas symbolisés par le sujet.  /…/ Quelque chose n’est pas encore franchi -qui est justement au-delà du discours, et qui nécessite un saut dans le discours. Le refoulement ne peut pas disparaître purement et simplement, il ne peut qu’être dépassé, au sens d’Aufhebung.

 

  1. H&L L01 181: Freud explique d’abord le refoule­ment comme une fixation. Mais au moment de la fixation, il n’y a rien qui soit le refoulement – celui de l’H&L se fait bien après la fixa­tion. La Verdrängung  est toujours une Nachdrängung. Et alors comment expliquer le retour du refoulé?  Si paradoxal que ce soit, il n’y a qu’une façon de le faire -ça ne vient pas du passé, mais de l’avenir. /…/ Ainsi peut-on dire que, de même que la Verdrängung  n’est jamais qu’une Nachdrängung., ce que nous voyons sous le retour du refoulé est le signal effacé de quelque chose qui ne prendra sa valeur que dans le futur, par sa réalisation symbolique (rS), son intégration à l’histoire du sujet. Littéralement ce ne sera jamais qu’une chose qui, à un moment donné d’accom­plissement, aura été.

 

  1. H&L L01 214 : Le refoulement n’a lieu que pour autant que les événements des années précoces du sujet sont assez mouvementées. /…/ Je vous indique maintenant deux points de repère:. D’abord, c’est de l’introduction du sujet dans la dialectique symbolique que toutes les issues, les issues les plus fa­vorables, peuvent être espérées. /…/ c’est dans la mesure où le drame subjectif est intégré dans un mythe ayant une valeur humaine étendue, que le sujet se réalise. D’autre part /../ entre trois ans un mois et quatre ans /…/ cette névrose infantile est la même chose qu’une psychanalyse /…/ elle accomplit la réintégration du passé, et elle met en fonction dans le jeu des symboles la Prägung elle-même, qui n’est atteinte qu’à la limite, par un jeu rétroactif, nachtrâglich, écrit Freud. /…/ Le trauma en tant qu’il a une fonction refoulante, intervient après-coup, nachträglich. A ce moment là quelque chose se détache du sujet dans le monde symbolique même qu’il est en train d’intégrer. Désormais, cela ne sera plus quelque chose du su­jet. /…/ Le refoulement commence, ayant constitué son premier noyau. Il y a maintenant un point central autour duquel pourront s’organiser par la suite les symptômes, les refoulements successifs /…/

 

  1. H&L L02 25 : Pour évoquer un thème souvent présent chez Freud, c’est en fonction du caractère significatif sous lequel se sera présenté la première fois le fait que vous aurez fait dans vos culottes qu’il pourra se faire que dans la suite, à un âge où ça ne se fait plus du tout, vous recommenciez. Ce lâ­chage a été interprété comme un signe, que vous ayez perdu la face, qu’il ait été lié à une émotion érotique -relisez l’Homme aux Loups-, il a pris une valeur dans la phrase, une valeur historique, une valeur de symbole, qu’il continuera d’avoir, ou non. Mais c’est en tout cas à par­tir de la valeur que votre réaction tripale a prise la première fois, qu’une différenciation se fera au niveau de vos tripes et votre tube digestif, et qu’à jamais la chaîne des effets et des causes sera autre. Si ce n’est pas ce que nous enseigne la psychanalyse, elle ne nous enseigne rien du tout.

 

  1. H&L L02 209 : Il s’agit d’un dissemblable essentiel, qui n’est ni le supplément ni le complément du semblable, qui est  l’image même de la dislocation, du déchirement essentiel du sujet. Le sujet passe au-delà de cette vitre, où il voit toujours mêlée sa propre image. C’est la cessation de toute interposition entre le sujet et le monde. On a le sentiment qu’il y a passage dans une sorte d’a-logique, et c’est bien là que commence le problème, car nous voyons que nous n’y sommes pas.

 

  1. H&L L02 253 : Pour évoquer un thème souvent présent chez Freud, c’est en fonction du caractère significatif sous lequel se sera présenté la première fois le fait que vous aurez fait dans vos culottes qu’il pourra se faire que dans la suite, à un âge où ça ne se fait plus du tout, vous recommenciez. Ce lâ­chage a été interprété comme un signe, que vous ayez perdu la face, qu’il ait été lié à une émotion érotique -relisez l’Homme aux Loups-, il a pris une valeur dans la phrase, une valeur historique, une valeur de symbole, qu’il continuera d’avoir, ou non. Mais c’est en tout cas à par­tir de la valeur que votre réaction tripale a prise la première fois, qu’une différenciation se fera au niveau de vos tripes et votre tube digestif, et qu’à jamais la chaîne des effets et des causes sera autre. Si ce n’est pas ce que nous enseigne la psychanalyse, elle ne nous enseigne rien du tout.

 

  1. H&L L04B 06/03/57: 6: La fonction de l’existence sur le plan symbolique dans le signifiant “père“, avec tout ce que ce terme comporte de profondément problématique, pose la question de la façon dont cette fonction est venue au centre de l’organisation symbolique. Ceci nous laisse à penser que nous aurons quelques questions à nous poser quant à ces trois aspects de la fonction  paternelle. Nous avons déjà appris, et ceci dès la première année de nos séminaires (1952, cf.KS), celle où la deuxième partie a été consacrée à l’étude de l’H&L, à distinguer l’incident paternel dans le conflit, sous le triple chef du père symbolique, du père imaginaire et du père réel, et nous avons vu qu’il était impossible de s’orienter dans l’observation, en particulier dans le cas de l’H&L, sans faire cette distinction essentielle. Vous connaissez cet arbre, ce grand arbre et les loups qui ne sont absolument pas des loups, perchés sur cet arbre au nombre de cinq, alors qu’ailleurs on parle de 7. Si nous avions besoin d’une image exemplaire de ce que c’est que le petit “a” ici, à la limite du champ (3) quand sa radicalité phallique se manifeste par une sorte de singularité, comme accessible là et seulement là où elle peut nous apparaître, c’est-à-dire quand elle approche ou qu’elle peut approcher du champ externe (4), du champ de ce qui peut se réfléchir, du champ de ce dans quoi une symétrie peut permettre une erreur spéculaire, nous l’avons là. Car il est clair à la fois que cela n’est pas, bien sûr, l’image spéculaire de l’H&L qui est là devant lui et que pourtant /…/ pour l’auteur du travail dont je parle [Réné GUÉNON ou Louis MASSIGNON et le Mansour  MANSOUROV, point-tournant des soufis], c’est l’image même de ce moment que vit le sujet comme scène primitive. Je veux dire que c’est la structure même du sujet devant cette scène. Je veux dire que devant cette scène le sujet se fait loup regardant et se fait cinq loups regardant [cinq sens?]. Ce qui s’ouvre subitement à lui de cette nuit, c’est le retour de ce qu’il est, lui, essentiellement dans le fantasme fondamental. Sans doute la scène elle-même dont il s’agit est-elle voilée.  /…/ De ce qu’il voit n’émerge que ce V en ailes de  papillons des jambes ouvertes de sa mère, ou le V romain de l’heure d’horloge, ce 5 heures du chaud été où semble s’être produite la rencontre. Mais l’important c’est ce qu’il voit dans son fantasme; c’est $ barré lui-même, en tant qu’il est coupure de petit “a”; les petits “a” ce sont les  loups. /…/ car il faut retirer ce miroir pour en faire alors cette sorte de miroir qu’on appelle /…/ miroir de sorcière. Je veux dire ces miroirs avec une certaine concavité qui comportent à leur intérieur un certain nombre d’autres concentriques dans lesquels vous voyez votre propre image reflétée autant de fois qu’il y a de ces miroir dans le grand.

 

  1. H&L L09B 20/6/62 528: Plus il est ce champ punctiforme (fig.4), plus il y a d’effets et ces effets sont /…/ d’inversion. A la lumière de ce prin­cipe, il n’y a pas de pro­blème concernant ce que Freud nous a fourni comme repro­duction du fantasme de l’H&L.
 honte114.
  1. Vous connaissez cet arbre, ce grand arbre et les loups qui ne sont absolument pas des loups, perchés sur cet arbre au nombre de cinq, alors qu’ailleurs on parle de 7. Si nous avions besoin d’une image exemplaire de ce que c’est que le petit “a” ici, à la limite du champ (3) quand sa radicalité phallique se manifeste par une sorte de singularité, comme accessible là et seulement là où elle peut nous apparaître, c’est-à-dire quand elle approche ou qu’elle peut approcher du champ externe (4), du champ de ce qui peut se réfléchir, du champ de ce dans quoi une symétrie peut permettre une erreur spéculaire, nous l’avons là. Car il est clair à la fois que cela n’est pas, bien sûr, l’image spéculaire de l’H&L qui est là devant lui et que pourtant /…/ pour l’auteur du travail dont je parle [Réné GUÉNON ou Louis MASSIGNON et le Mansour, MANSOUROV, point-tournant des soufis], c’est l’image même de ce moment que vit le sujet comme scène primitive. Je veux dire que c’est la structure même du sujet devant cette scène. Je veux dire que devant cette scène le sujet se fait loup regardant et se fait cinq loups regardant [cinq sens?]. Ce qui s’ouvre subitement à lui de cette nuit, c’est le retour de ce qu’il est, lui, essentiellement dans le fantasme fondamental. Sans doute la scène elle-même dont il s’agit est-elle voilée.  /…/ De ce qu’il voit n’émerge que ce V en ailes de  papillons des jambes ouvertes de sa mère, ou le V romain de l’heure d’horloge, ce 5 heures du chaud été où semble s’être produite la rencontre. Mais l’important c’est ce qu’il voit dans son fantasme; c’est $ barré lui-même, en tant qu’il est coupure de petit “a”; les petits “a” ce sont les  loups. /…/ car il faut retirer ce miroir pour en faire alors cette sorte de miroir qu’on appelle /…/ miroir de sorcière. Je veux dire ces miroirs avec une certaine concavité qui comportent à leur intérieur un certain nombre d’autres concentriques dans lesquels vous voyez votre propre image reflétée autant de fois qu’il y a de ces miroir dans le grand.

 

  1. H&L L09 20/06/62, p.529: Car il est clair à la fois que cela n’est pas, bien sûr, l’image spéculaire de l’Homme aux Loups qui est là devant lui /…/ c’est l’image même de ce moment que vit le sujet devant cette scène. Je veux dire que devant cette scène le sujet se fait loup regardant et ce fait cinq loup [cinq clous] regardant. Ce qui s’ouvre subitement à lui de cette nuit, c’est le retour de ce qu’il est, lui essentiellement dans le fantasme fondamental. /…/ je passe par là l’objet non spéculaire qu’est l’objet du désir, cet objet qui peut se trouver à cette zone frontière ez fonction d’images du sujet /…/ dans le miroir que constitue le grand Autre, disons dans l’espace développé par le grand Autre: car il faut retirer ce miroir [basculer à 90° le miroir spéculaire] pour en faire cette sorte de miroir, qu’on appelle /…/ miroir de sorcière. Je veux dire ces miroirs avec une certaine concavité qui comportent à leur intérieur un certain nombre d’autres, concentriques, dans lequel vous voyez votre propre image reflétée autant de fois qu’il y a de ces miroirs dans le grand. /…/ Ce qu’[il en] est de la nature de l’objet du désir /…/ je vous montrerai sont rapport étroit, structural, avec la fonction de la privation. /…/ Seulement ce qui voile complètement la véritable fonction de la privation, encore qu’on puisse l’aborder (c’est de là que je suis parti pour vous faire le schéma des propositions universelles et particulières), rappelez-vous, quand je vous ai dit: « tout professeur est lettré », cela ne veut pas dire qu’il n’y a qu’un seul professeur, la chose est toujours véridique pour autant. Le ressort de la privation, de la privation comme trait unaire, comme constituant la fonction de la classe, est là suffisamment indiqué. /…/ Si on a pu établir une logique des classes /…/ c’est parce qu’il y avait l’accès (qu’on se refusait) à une logique de l’objet du désir. Autrement dit, c’est à la lumière de la castration que peut se comprendre la fécondité du thème privatif.

 

  1. H&L L09 20/06/62, p.530: [Freud]: La libido, nous dit-il, du sujet, est sortie de l’expérience éclatée, zersplittert, zerstört.  /…/ l’objet ici manifesté dans le fantasme porte marque de ce que nous avons appelé, à maintes occasions, les refentes [Spaltung] du sujet. Ce que nous trouvons, c’est assurément ici l’espace même, topologique, qui définit l’objet du désir. Il est probable que ce nombre étant inhérent, n’est que la marque de la temporalité inaugurale qui constitue ce champ. Ce qui caractérise le double c’est la répétition, si l’on peut dire, radicale; il y a dans sa structure le fait de « deux fois le tour » et le nœud ici constitué dans ce « deux fois le tour », c’est-à-dire cet élément du temporel /…/ mais c’est aussi ce terme essentiel par quoi la logique ici constituée se différencie d’une façon tout à fait véritable de la logique formelle, telle qu’elle a subsisté, intacte dans son prestige, jusqu’à KANT.

 

  1. H&L L09B 04/04/62 369. (?)

 

  1. H&L L10 19/12/62  5 [à  propos du fantasme] je me suis servi comme métaphore d’un tableau qui vient se placer dans l’encadrement [contenant] d’une fenêtre, technique absurde sans doute s’il s’agit de mieux voir ce qui est sur le tableau, mais, comme je l’ai aussi expliqué, ce n’est pas de cela justement qu’il s’agit; c’est: quel que soit le charme de ce qui est peint sur la toile de ne pas voir ce qui se voit par la fenêtre. Ce que le rêve inaugural dans l’histoire de l’analyse vous montre dans ce rêve de l'”H&L”, dont le privilège est que, comme il arrive incidemment et d’une façon non ambiguë, est qu’il est l’apparition dans le rêve d’une forme pure, schématique du fantasme. C’est parce que le rêve à répétition de l’H&L est le fantasme pur, dévoilé dans sa structure, qu’il prend toute son importance et que Freud le choisit pour faire [exemple] dans cette observation, qui n’a pour nous ce caractère inépuisé, inépuisable, que parce qu’il s’agit essentiellement, et de bout en bout, du rapport du fantasme au réel. Qu’est-ce que nous voyons dans ce rêve? La béance soudaine -et les deux termes sont indiqués- d’une fenêtre.

 

  1. Le fantasme se voit au-delà d’une vitre et par une fenêtre qui s’ouvre; le fantasme est encadré [contenant] ; et ce que vous voyez au-delà, vous y reconnaîtrez -si vous savez, bien sûr, vous en apercevoir- vous y reconnaîtrez, sous ses formes les plus diverses, la structure qui est celle que vous voyez ici dans le miroir de  mon schéma.
 honte221.
  1. Il y a toujours les deux barres d’un support plus ou moins développé et de quelque chose qui est supporté: il y a des loups sur des branches d’arbre. Il y a sur tel dessin de schizophrène /…/ quelque arbre, avec au bout, ([i]) /…/ au bout de ses branches quoi? Ce qui pour le schizophrène remplit le rôle que les loups jouent dans le cas borderline qu’est l’H&L; ici un signifiant; c’est au-delà des branches que le schizophrène en question écrit la formule de son secret: “io sono sempre vista”, à savoir ce qu’elle n’a jamais pu dire jusque là, “Je suis toujours vue”. Encore ici faut-il que je m’arrête pour vous faire apercevoir qu’en italien, comme en français, “vista” a un sens ambigu; ce n’est pas seulement un participe passé; c’est aussi la “vue” avec ses deux sens subjectif et objectif, la “fonction de la vue” et le fait d’être une “vue”, comme on dit “la vue du paysage”, celle qui est prise là comme jet sur une carte postale [cf. DERRIDA]. /…/ Ce que je veux /…/ accentuer, c’est que l’horrible, l’inquiétant, tout ce par quoi nous traduisons comme nous pouvons en français ce magistral “Unheimlich”, se présente par des lucarnes; que c’est encadré [contenant] que se situe pour nous le champ de l’angoisse. Ainsi vous retrouvez ce par quoi, pour vous, j’ai introduit la discussion, à savoir le rapport de la scène au monde. “Soudain”, “tout d’un coup”, toujours ce terme, vous le trouverez au moment de l’entrée du phénomène de l’Unheimlich; la scène qui se propose dans sa dimension propre, au-delà sans doute nous savons que ce qui doit s’y référer c’est ce qui dans le monde ne peut se dire. C’est ce que nous attendons toujours au lever de rideau /…/

 

  1. H&L L10 19/12/62  5 Et sans ça, ce temps introductif vite élidé de l’angoisse, rien ne saurait prendre sa valeur de ce qui va se déterminer comme tragique ou comme comique /…/ ce n’est pas de können qu’il s’agit, bien sûr.  /…/ c’est d’un pouvoir, dürfen, que traduit mal le permis ou pas-permis, dürfen se rapportant à une dimension plus originelle. C’est même parce que “man dürft nicht” que cela ne se peut pas, que “man kann”, qu’on va tout de même pouvoir et que là agit le forçage [überwältigung], la dimension de détente, que constitue à proprement parler l’action dramatique. Nous ne saurions trop nous attarder aux nuances de cet encadrement [contenant] de l’angoisse. Allez-vous dire que je la sollicite dans le sens de la ramener à  l’attente/détente, à la préparation à un état d’alerte, à une réponse qui est déjà défense à ce qui va arriver? Cela, oui, c’est l’Erwartung, c’est la constitution de l’hostile comme tel, c’est le premier recours au-delà de l’Hilflosigheit. Mais l’angoisse est autre chose. /…/ L’angoisse c’est quand apparaît dan cet encadrement [contenant] ce qui était déjà là, beaucoup plus près , à la maison, Heim: l’hôte, allez-vous dire.  /…/ Cet hôte c’est déjà ce qu était passé dans l’hostile, dans l’hostile par quoi j’ai commencé ce discours de l’attente. Cet hôte /…/ c’est de l’hostile amadoué, apaisé, admis. Ce qui est de l’Heim, ce qui est du Geheimnis, n’est jamais passé par ces détours, /…/ par ces réseaux, par ces tamis /…/ de la reconnaissance: il est resté Unheimlich, moins inhabitable qu’inhabitant, moins inhabituel qu’inhabité. C’est ce surgissement de Heimlich dans le cadre qui est le phénomène de  l’angoisse. Et c’est pourquoi il est faux de dire que l’angoisse est sans objet. L’angoisse a une autre sorte d’objet que toute appréhension préparée, structurée /…/ par la grille de la coupure, du sillon, du trait unaire, du “c’est ça” qui toujours -en opérant si l’on peut dire- ferme les lèvres /…/ cette coupure qui devient lettre close pour le sujet, pour /…/ le renvoyer sous pli fermé à d’autres traces. Les signifiants font du monde un réseau de traces, dans lequel le passage d’un cycle à l’autre est dès lors possible. Ce qui veut dire /…/ le signifiant engendre un monde, le monde du sujet qui parle, dont la caractéristique essentielle est qu’il est possible d’y tromper. L’angoisse c’est cette coupure même, sans laquelle la présence du signifiant, son fonctionnement, son entrée, son sillon dans le réel est impensable. /…/ [pre-sentiment] Tous les aiguillages sont possibles à partir de quelque chose qui est l”angoisse, ce qui est en fin de compte /…/ qui est la véritable substance de l’angoisse, le “ce qui ne trompe pas”, le hors de doute. /…/ L’angoisse n’est pas le doute. L’angoisse c’est la cause du doute. /…/ Agir c’est opérer un transfert d’angoisse.

 

  1. H&L vérité L14 Livre XIV, La logique du fantasme, 7 déc. 1966, LEF n°2, p. 8: C’est à vous, analystes, de savoir si l’homme qui pense rêve. Cette question a donc un sens des plus concrets ; et Freud a tout de suite été mis au pied au mur : le mode de l'”association libre” à travers lequel se présume le champ de l’interprétation le porte en effet au cœur de l’or­ganisation formelle où s’ébauchent les premiers pas d’une logique ma­thématisée. Laquelle a nom “réseau” ou “treillis”, construit ici avant la lettre. Or quand on lui objecte qu’avec sa façon de procéder il trouvera tou­jours un signifié pour faire le pont entre deux signifiants, on n’oppose à l’interprétation analytique aucune espèce de “critique scientifique”, mais un appel vulgaire à l’expérience, oubliant justement qu’au niveau de l‘existence réelle, ou logique, le faux, loin d’exclure le vrai, permet de déduire du même pas le faux et le vrai. Ce que les scolastiques expriment par l’adage : ex falso sequitur quod libet.. La réponse de Freud nous porte tout de suite sur le plan de la structure du réseau, les lignes d’association venant se recouper en des points de redéparts électifs, dans une dimension qui n’est pas celle de la réalité, mais de la vérité. Dans le cas de l’homme aux loups (H&L) la question de Freud sur la Vérité de la scène ne se réduit pas à la question de savoir si oui ou non et à quel âge son patient à vécu quelque chose qui a été reconstruit à l’aide de la figure fondamentale de son rêve à ré­pétition. L’essentiel est de savoir comment le sujet a pu articuler cette scène en signifiants, c’est-à-dire la vérifier en tout son être et par son symptôme. Freud répond que c’est par l’intermédiaire de la signification dernière de l’idée de père. Le père est une réalité sacrée en elle-même, plus spiri­tuelle qu’aucune autre […] Comment la vérité du père […] vient-elle à être promue au premier plan ? La chose n’est pensable que par le biais d’un drame an-historique […] le meurtre du père. […] mythe très mys­térieux impossible à éviter dans la cohérence de la pensée de Freud. […] Quelle est la fonction originelle et initiatrice, dans la vie humaine, de l’existence du symbole [du père] en tant que signifiant pur ? […] La dé­fense en psychanalyse porte contre un mirage, un néant, un vide, et non contre tout ce qui existe et pèse dans la vie.

 

  1. H&L BRUNSWICK Mc  L5B 14/5 12: nous voyons bien, combien, à quelle espèce de muraille, de conception toute faite nous avons affaire quand il s’agit de situer quelque part /…/ une structure obsessionnelle, la façon dont elle est vécue et la façon dont elle évolue. Ici nous essayons d’articuler les choses dans un registre tout différent /…/ c’est peut-être articulé autrement, d’une façon moins multilinéaire, et bien sûr le désir d’avoir ainsi un tableau synoptique correspond en s’opposant à celui de Madame Ruth Mc BRUNSWICK, soit au fond du cœur de bien des auditeurs.

 

  1. BRUNSWICK Mc Ruth H&L E311 Premièrement l’H&L -malgré tout le faisceau de preuves démontrant l’historicité de la scène primitive, malgré la conviction qu’il manifeste à son endroit- /…/ jamais n’arrive à intégrer la remémoration dans son histoire. Deuxièmement, L’H&L démontre ultérieurement son aliénation de la façon la plus catégorique, sous une forme paranoïde. Il est vrai qu’ici se mêle un autre facteur, par où la réalité intervient dans l’analyse, à savoir le don d’argent /…/ dont la portée déjà s’indique dans ce que nous avons évoqué du lien de la parole au don constituant l’échange primitif. Or ici le don d’argent est renversé par une initiative de Freud où nous pouvons reconnaître /../ la subjectivation non-résolue en lui des problèmes que ce cas laisse en suspens. Et personne ne doute que ç’ait été là le facteur déclenchant de la psychose, au reste sans savoir dire trop bien pourquoi. Ne comprend-on pas pourtant qu’admettre un sujet à être nourri aux frais du prytanée de la psychanalyse /…/ au titre du service à la science rendu par lui en tant que cas, c’est aussi l’instituer décisivement dans l’aliénation de sa vérité?  /…/ Ruth Mack Brunswick ne s’est en somme pas du tout mal repérée dans sa position délicate à l’endroit du transfert. (On se souviendra du mur  [du langage] de notre métaphore qui figure dans un des rêves, les loups du rêve-clef s’y montrant avides de le tourner…).

 

  1. BRUNSWICK Mc  KS 378 1952 H&L: Dans l’observation de Ruth Mc BRUNSWICKune chose est claire: ce qui reste est plus qu’un résidu morbide; ce qui est au centre de la cure avec Ruth Mc BRUNSWICK c’est le transfert. Pendant toute la période de cure avec Ruth Mc BRUNSWICK il ne s’agit plus du malade, on ne parle que de FREUD. Par le don de la parole quelque chose est changé dans la position réciproque de ceux qui se sont parlés. Ce que FREUD a été pour le patient est donc tout le temps là au premier plan.

 

  1. BRUNSWICK Mc KS 380: Ruth Mc BRUNSWICK le pousse assez dans ses retranchements pour démanteler sa position de “fils favori”. Et alors, les choses sont abordées sur le plan de la réalité mutuelle de l’analyste. Dans quelle mesure FREUD y est-il réellement présent? Ruth Mc BRUNSWICK lui montre que FREUD ne s’intéressait pas à son cas. Alors le sujet se comporte comme un fou. FREUD apparaît tout de suite après dans un rêve spectaculaire. Rêve du père malade ressemblant à un musicien ambulant etc. C’est un rêve en miroir: le père est lui-même, et FREUD, contre qui il ap­porte la revendication; il a refusé sa vieille musique, c’est un juif, un sale juif. Qu’est-ce que ce don qu’il y a entre eux? C’est la remise en question de toutes les relations qu’il avait eues avec FREUD et ces relations sont à peine des relations à un objet et sont essentielle­ment agressives. Le sujet est alors à l’acmé de son désordre mais la suite des rêves montre des progrès dans le sens d’un retour à la réa­lité.

 

  1. BRUNSWICK Mc  KS 384: Quand le sujet revoit FREUD pour un symptôme hystérique (constipation) FREUD lève ce symp­tôme assez facilement, mais sur l’autre plan il se passe une jolie ca­tastrophe; FREUD se laisse impliquer dans une sorte de culpabi­lité à l’envers: il lui fait une rente; le sujet est maintenant passé au rang de momie analytique alors que déjà il n’arrivait pas à l’as­somption de sa personne. Le paranoïaque se croit l’objet de l’intérêt universel et le sujet construit son délire narcissique. La réalisation narcissique est aidée et soutenue par l’action de FREUD qui a ren­versé le don d’argent. Si le génie de Ruth Mc BRUNSWICK fût grand, elle ne le formula pas toujours bien. Si elle a pu faire Quelque chose c’est dans la mesure où, par position, elle coïncidait avec le personnage de la soeur. Elle était objectivement entre FREUD et le malade; subjectivement FREUD vint toujours entre le malade et elle. Elle réussit là où la soeur avait échoué. Le père était trop près du malade, la soeur aussi (ezllz avait fait son identification au père et elle est axctive dans leur relation et d’une façon traumatique, trop proche, qui entrainait la même panique de la passivation que devant le père. Elle est ideentifiée a       u père par le malade. Au lieu de ça, Ruth Mc BRUNSWICK sut participer d’une certaine dureté propre au personnage paternel, d’un autre côté, Ruth Mc BRUNSWICK se soumet à la réalité du sujet; il y a une sorte de retour à l’école du su­jet par ce que les chinois appellent “la douceur malléable de la femme”.
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