Groupe niçois de psychanalyse lacanienne

HONTE  1

 

Leçon XVII 26 mai 1954

 

Ceci, il le transporte et le transfère à une question qui porte sur l’ensemble de la question, pour nous, à savoir : qu’est-ce que cette normale qu’il appelle à l’occasion « la santé », à propos de la terminaison de l’analyse ? Et, à ce sujet, la cure analytique est-elle un procès naturel ou artificiel ?

En d’autres termes, il pose la question de ses fins, et demande si la santé est un état naturel, d’équilibre. C’est-à-dire : existe-t-il dans l’esprit des processus qui, s’ils ne sont pas arrêtés ou troublés doivent conduire normalement le déve­loppement vers cet équilibre, ou au contraire la santé est-elle cette chance heu­reuse, et même improbable événement, la raison étant que ses conditions sont si rigoureuses, stringentes, exigeantes, et si nombreuses que les chances sont très douteuses.

Cela ne le mène rien moins qu’à supposer cette question, qui est évidemment significative du point de départ, puisque le point de départ arrive à une ques­tion dont il dit que là-dessus l’ambiguïté dans le chœur analytique est totale. À savoir qu’il y en aura autant pour formuler la réponse dans un sens oui que dans le sens non. La question doit donner le doute que, peut-être, c’est au départ que la question n’est pas bien posée.

Alors! Allons-y!

GRANOFF – Ceci aboutit, vers la fin de son message, à la fois à un change­ment dans les buts du traitement et dans la technique, et à la terminaison du trai­tement, en incluant l’article, simplement pour aboutir à ceci

« L’évolution du traitement amène à une renaissance, c’est-à-dire elle ne constitue en rien une réparation ou une restitution »… Là encore, c’est dif­ficile à dire.

LACAN – Précisez bien.

GRANOFF – Est-ce une restitutio in integrum ou non? … C’est le déblocage des capacités, de la possibilité pour le sujet de retourner sans honte, sans pudeur, et sans crainte, vers le primary love, c’est-à-dire « l’égoïsme naïf », c’est-à-dire précisément le stade où l’identité, la réciprocité des buts instinctuels du sujet et de son objet se trouvent confondues.

C’est ce qui l’amène à concevoir la fin de l’analyse comme plus ou moins une dissolution brutale en pleine lune de miel de cet état.

je ne sais pas si c’est conforme aux vues que vous en avez ?

LACAN – C’est exact.

 

Jean-Paul Sartre. Ceci y est admirablement mis en valeur. L’auteur fait tourner toute sa démonstration autour du phénomène fondamental qu’il appelle le regard. L’objet humain – dans ce qu’il s’originalise d’une façon tout à fait par­ticulière dans le champ de mon expérience humaine – se distingue absolument, originellement, ab initio, de tout mon champ d’expérience, il n’est absolument assimilable à aucun autre objet perceptible en ce qu’il est un objet qui me regarde. Là-dessus, Sartre met toutes sortes d’accents extrêmement fins : ce regard dont il s’agit n’est absolument pas possible à confondre avec le fait, par exemple, que je vois ses yeux. Je peux me sentir regardé par quelqu’un dont je ne vois pas même les yeux, et même pas l’apparence, mais que quelque chose me signifié comme pouvant être là; par exemple, cette fenêtre, s’il fait un peu obs­cur, et si j’ai des raisons de penser qu’il y a quelqu’un derrière, il y a là d’ores et déjà un regard et comme tel, comme sujet, je me modèle, et à partir du moment où ce regard existe,) e suis déjà quelque chose d’autre qui consisterait en ce que dans cette relation avec autrui, je me sens moi-même devenir pour le regard d’autrui un objet. Mais, dans cette position qui est réciproque, lui aussi sait que je suis un objet qui me sais être vu. Toute cette phénoménologie de la honte, de la pudeur, du prestige, cette peur particulière engendrée par le regard d’autrui, est admirablement décrite. Et je vous conseille de vous y reporter, dans l’ou­vrage de Sartre. C’est une lecture absolument essentielle pour un analyste; sur­tout au point où nous en venons d’oublier ce registre de l’intersubjectivité, ici dans une forme littéralement tissée à l’intérieur d’un certain registre d’expé­rience où vous devez tout de suite reconnaître le plan que je vous apprends ici toujours à distinguer comme étant justement le plan de « l’imaginaire ».

 

Leçon XIX 9 juin 1954

 

Je vous ai introduis dans l’expérience de cette relation que j’ai prise, choisie comme élective, pour vous démontrer cette dimension, celle du sadisme. Je vous ai montré que, dans le regard de l’être que je tourmente, je dois soutenir mon désir, en somme, par un défi, un challenge de chaque instant. S’il n’est pas au-dessus de la situation, s’il n’est pas glorieux, si je puis dire, ce désir choit dans la honte. Aussi bien est-ce vrai aussi de la relation scoptophilique. Et je vous rappelle cette analyse de Jean-Paul Sartre, de celui qui est surpris en train de regarder, pour lequel effectivement toute la couleur de la situation change du fait de cette surprise. C’est qu’à ce moment-là, dans ce moment de virage, et qui est un virage total, un renversement de la situation, qui tient exactement à ce rien que je ne soutienne pas par une sorte de triomphe qui doit s’imposer une situation dans laquelle je suis surpris. Il tient à ce renversement de cette situation que je devienne une pure chose, un maniaque. La perversion ne se définit pas simplement comme atypie, aberrance, anomalie par rapport à des critères sociaux, contraire aux bonnes mœurs, mais bien entendu, il y a aussi ce registre, ou à des critères naturels, à savoir qu’elle déroge d’une façon plus ou moins accentuée à la finalité reproductrice de la conjonction sexuelle. Mais elle est autre chose dans sa nature. Ce n’est pas pour rien qu’on a dit d’un cer­tain nombre de ces penchants pervers qu’ils sont d’un désir qui n’ose pas dire son nom. On touche là à un registre essentiel. En fait, c’est bien justement déjà à la limite de ce registre de la reconnaissance qui la fixe, la situe, la stigmatise comme perversion. Mais structuralement, intimement, la perversion comme telle, telle que je vous la délinée dans ce registre imaginaire, à ceci qu’elle ne peut s’exercer, se soutenir que dans un statut précaire qui à chaque instant et de l’intérieur est contesté pour le sujet lui-même, insoutenable, fragile, à la merci de ce renversement, de cette subversion dont je vous parlais tout l’heure, et qui fait penser à ce type de changement de signe qu’on adjoint dans certaines fonctions mathématiques, au moment où on passe d’une valeur de variable à la valeur immédiatement suivante, le corrélatif passe du plus au moins l’infini d’un moment à l’autre.

 

Mais c’est aussi cette structure qui donne à la perversion sa valeur d’expé­rience approfondissante de ce qu’on peut appeler, au sens plein, la passion humaine, c’est-à-dire ce en quoi, pour employer le terme spinozien, l’homme exerce, et l’homme est ouvert – non pas au sens fécond du terme ouverture essentielle du monde de la vérité – à cette sorte de division d’avec lui-même qui structure cet imaginaire qui vise, entre O et O’, la relation spéculaire.

Elle est approfondissante, en effet, en ceci que, dans cette béance du désir humain, toutes les nuances, j’ai fait allusion à un certain nombre, la dernière fois, qui s’étagent de la honte au prestige, de la bouffonnerie à l’héroïsme, toutes ces nuances apparaissent qui font que ce désir humain est en quelque sorte tout entier exposé, au sens le plus profond du terme, au désir de l’autre et qui fait que, sur le plan de ce désir intersubjectif, imaginaire – souvenez-vous de cette prodigieuse analyse de l’homosexualité qui se développe dans Proust sur le plan du mythe d’Albertine. Peu importe que ce personnage soit féminin, la structure de la relation est éminemment homosexuelle. – Et jusqu’où va l’exigence de ce style de désir, qui ne peut se satisfaire que d’une captation inépuisable du désir de l’autre, poursuivi, si vous vous en souvenez, jusque dans ses rêves par les rêves de l’autre! Ce qui implique à chaque instant une sorte d’entière abdica­tion du désir propre du sujet. C’est dans ce miroitement, et je l’entends dans le sens du miroir aux alouettes qui à chaque instant fait le tour complet sur lui-même, dans ce renversement, se poursuivant à chaque instant, s’entretenant lui-même, poursuite épuisante d’un désir de l’autre qui ne peut jamais être saisi comme le désir propre du sujet, le désir propre du sujet n’est jamais que le désir de l’autre, que réside le drame de cette passion jalouse, si bien analysée par Proust, qui est aussi une autre forme de cette relation intersubjective imaginaire.

Qu’est-ce qu’il y a donc au fond de cette relation, qui n’est en quelque sorte saisissable à chaque instant qu’à la limite et dans ces renversements mêmes dont le sens, en somme, s’aperçoit dans un éclair ? Cette relation qui n’est soutenable d’une part que de sujet à sujet, et suppose à chaque instant d’être instabilité extrême, qui ne se soutient que par l’anéantissement ou de l’autre ou de soi-­même comme désir ? C’est-à-dire, réfléchissez bien, que chez l’autre et chez soi­-369-

Leçon XXI 23 juin 1954

BEIRNAERT – Il n’y a rien qui puisse être montré sans signe. Et Adéodat va essayer de montrer qu’il y a des choses qui peuvent l’être.

Augustin pose la question

– « Si je demandais: qu’est-ce que marcher ? Et que, te levant, tu accomplisses cet acte, ne te servirais-tu pas, pour me l’enseigner de la chose elle-même plutôt que de la parole ?

Adéodat, confondu, dit

– « Oui, je l’avoue. J’ai honte de n’avoir pas vu une chose aussi évidente. Alors, il y a des tas d’autres choses qui peuvent être montrées sans signes crier, être debout, etc.

Augustin continue en lui posant une question

– « Si je te demandais, au moment où tu marches : qu’est-ce que marcher? Comment me l’apprendrais-tu ?

– «Je ferais, par exemple l’action un peu plus vite pour attirer ton attention après ton interrogation par quelque chose de nouveau, tout en ne faisant rien d’autre que de faire ce qui devait être montré.

– « Alors, tu te hâtes; et ce n’est pas la même chose de se hâter que marcher. Alors comment faire la distinction entre se hâter et marcher? Il va croire.

 

Annexe II « L’homme aux loups »

 

Notes de séminaires 1952 – 1953

 

L’inconscient psychanalytique : c’est le fruit du refoulement lié à certaines phases du développement infantile centrées sur le complexe d’Oedipe.

Dans ce cas, on peut dire que le complexe d’Oedipe a été inachevé parce que le père est carent. Le complexe d’Oedipe n’a donc pas pu se réaliser dans sa plé­nitude au bon moment : le malade reste avec seulement des amorces du com­plexe d’Oedipe.

L’érotisme urétral est lié au trait de caractère ambitieux. Le langage en rend compte et dit : « Il vise plus haut qu’il ne peut pisser »…

La passion ambitieuse a un caractère relatif : l’ambitieux veut toujours aller plus haut que l’autre, sa passion ambitieuse est donc toujours insatisfaite. Rapport à deux de la phase de latence préœdipienne : rapport de dominance ou de soumission.

La honte ne s’inscrit que dans un rapport à l’autre.

L’homme aux loups permet électivement de mettre en relief les relations entre le développement du Moi et l’évolution de la libido. Le conflit à base de super ego est tout à fait au second plan dans cette observation. Le conflit est du registre des aspirations sexuelles mâles et femelles.

On ne peut pas comprendre et englober tous les cas du refoulement si on ne met pas en lumière les rapports du narcissisme et de la libido.

Chez l’animal, l’activation des fonctions sexuelles n’est pas du tout déliée de toute espèce d’activités et de références à l’autre et au semblable (pigeonne et miroir, pariade et son rapport avec la parade).

 

L’homme aux loups- n°2

La question qu’il faut poser est celle des rapports du Moi et de l’instinct sexuel qui, chez l’homme, aboutit à l’instinct génital. L’observation de L’homme aux loups est significative et instructive à cet endroit. L’homme aux loups a une vie sexuelle réalisée, apparente, à caractère « inclus » (« compulsionnelle » pour Freud). Il s’agit d’un cycle de comportement qui, une fois déclenché, va jus­qu’au bout et qui est « entre parenthèses » par rapport à l’ensemble de la per­sonnalité du sujet. Cette sorte de parenthèse est frappante à côté de la confidence d’une vie à caractère également clos et fermé. L’homme aux loups a honte de sa vie sexuelle, néanmoins elle existe et ponctue sa vie d’adulte ravagé par une dépression narcissique.

L’homme aux loups a eu avec sa sueur des rapports proprement génitaux. Il n’y a pas d’arriération instinctive à proprement parler chez lui. Il a des réactions instinctives très vives et prêtes à pénétrer à travers l’opacité qui fixe et fait stag­ner sa personnalité dans un état proprement narcissique. On trouve une virilité de structure narcissique (termes adlériens presque affleurants).

On peut partir du schéma classique de refoulement : le refoulement est lié à la rivalité avec le père et qui est inassumable (rival tout puissant) et sanctionné par un contrainte, une menace, celle de la castration. Il y a donc dissociation entre la sexualité et le Moi, processus double face et ayant un résultat normatif et heureux (période de latence). Mais le retour du refoulé provoque les névroses infantiles survenant dans la période de latence.

Ici la rivalité avec le père est loin d’être réalisée et est remplacée par une rela­tion qui, dès l’origine, se présente comme une affinité élective avec le père L’homme aux loups aimait son père qui était très gentil avec lui : il y a une pré­férence affective. Le père n’est pas un castrateur ni dans ses notes, ni dans son être (il est vite bien malade, plus châtré que castrateur). Et pourtant Freud nous dit que la peur de la castration domine toute l’histoire de ce malade. Freud se demande si c’est en fonction d’un schéma phylogénique.

La relation d’ordre symbolique que le sujet cherche à conquérir car elle lui apporte sa satisfaction propre, est la suivante : Tout se passe comme si, sur le fondement d’une relation réelle, l’enfant, pour des raisons liées à son entrée dans la vie sexuelle, recherchait un père castrateur : qui soit le géniteur, le per­sonnage qui punit: il cherche le père symbolique (pas son père réel) ayant avec lui des rapports punitifs (et cela juste après le séduction de sa sœur).

 

Au moment où le sujet sort de ce champ de signification érotisé, énigmatique qui est celui où s’est stabilisé semble-t-­il, le phénomène fondamental de son délire, quand un répit s’établit, quand le sujet douloureusement s’en ressent comme détaché et revient à ce dont il semble qu’il puisse souhaiter la venue comme un état de répit, il se produit tou­jours une sorte d’hallucination en marge du monde extérieur qui le parcourt de tous les éléments comme dissociés, et dont on peut aussi penser que par cet intermédiaire il retrouve une nouvelle cohérence qui va vers le sujet comme parlant en son propre nom, des différents éléments composants du langage, à savoir l’activité vocale sous sa forme la plus élémentaire, voire accompagnée d’une sorte de désarroi lié chez le sujet à une certaine honte: d’autre part d’une signification reçue par lui et qui se connote comme étant celle d’un appel au secours comme strictement corrélatif et parallèle à l’aban­don dont il est à ce moment-là sujet, puis ensuite avec ce quelque chose qui après notre analyse, nous apparaîtra comme beaucoup plus hallucinatoire en fin de compte que ce phénomène de langage qui reste en somme entier dans son mystère, aussi bien ne les appelle-t-il jamais que des paroles intérieures, et décrit-il tout un trajet très singulier des rayons divins qui précède l’induction de ces paroles divines, un des phénomènes les plus étranges de ce qu’il nous manifeste, n’est-ce pas un témoin étrange, n’est-ce pas ce qu’il décrit comme la venue des rayons divins qui ici se sont transformés en fils dont il a une certaine appréhension visuelle, ou tout au moins spatiale, et qui viennent toujours le prendre par un mouvement, qui viennent vers lui du fond de l’horizon, ils font le tour de sa tête pour l’envahir, pour venir pointer en lui par derrière, et c’est là le phénomène qui prélude à ce qui va être chez lui la mise en jeu du discours divin comme tel.

Ce phénomène dont tout nous laisse penser qu’il se déroule dans ce qu’on pourrait appeler un trans-espace qu’il nous conviendrait de définir comme étant lié à ces éléments structuraux du signifiant et de la signification, à savoir dans…

4 – LEÇON DU 12 DECEMBRE 1956

Il est clair que ça n’est pas tout à fait l’image de représentation fondamentale que nous donne une théorie par exemple comme la théorie kleinienne. Il est amusant là aussi de voir par quel biais est attaquée cette reconstruction théorique qui est celle de la théorie kleinienne, et en particulier puisqu’il s’agit de relation d’objet, il s’est trouvé qu’est tombé sous ma main un certain bulletin d’activité qui est celui de l’Association des Psychanalystes de Belgique. Ce sont des auteurs que nous retrouverons dans le volume sur lequel j’ai reporté mes notes de ma première conférence, et dont je vous ai dit que ce volume est proprement centré sur une vue optimiste, sans vergogne et tout à fait contestable de la relation d’objet qui lui donne son sens. Ici dans un bulletin un peu plus confidentiel il me semble que les choses sont attaquées avec plus de nuance, comme si à la vérité c’est du manque d’assurance qu’on se faisait un peu honte pour aller l’émettre dans des endroits où assurément il apparaît quand on en prend connais­sance, qu’il est plus méritoire.

 

Nous pouvons voir qu’un article de Messieurs Pasche et Renard ((Pasche F. et Renard M., Des problèmes essentiels de la perversion, in La Psychanalyse d’aujourd’hui, op. cit., p.319-345.)) fait la reproduction d’une critique qu’ils ont apportée au congrès de Genève concernant les positions kleiniennes. I1 est extrêmement frappant de voir dans cet article reprocher à Mélanie Klein d’avoir une théorie du développement qui en quelque sorte, au dire des critiques et des auteurs, mettrait tout à l’intérieur du sujet, mettrait en somme d’une façon préformée tout l’œdipe, le développement pos­sible inclus déjà dans le donné instinctuel, et qui serait en somme la sortie, d’après les auteurs, des différents éléments et déjà en quelque sorte

 

7 – LEÇON DU 16 JANVIER 1957

Quand le sujet déclare mettre en jeu dans le traitement ce quelque chose qui est le fantasme, il l’exprime ainsi sous cette forme remarquable, par cette imprécision ces questions qu’elle laisse ouvertes et auxquelles il ne répond que très difficilement, et à la vérité auxquelles il ne peut pas donner d’emblée de réponse satisfaisante, il ne peut guère en dire plus pour se caractériser non sans cette sorte d’aversion, voire de vergogne ou de honte qu’il y a non pas à la pratique de ces fantasmes plus ou moins associés, oratoires – et qui dans leur exercice sont en général pris par les sujets comme des activités qui n’entraînent pour eux aucune espèce de charte de culpabilité – mais qui par contre présentent, c’est là quelque chose d’assez remarquable, très souvent non pas seulement de grandes difficultés à être formulés, mais provoquent chez le sujet une assez grande aversion, répugnance, culpabilité à être articulés. Et déjà on sent bien là quelque chose qui doit nous faire dresser l’oreille, entre l’usage fantasmatique ou imaginaire de ces images et leur formulation parlée. Déjà ce signal dans le comportement du sujet est quelque chose qui marque une limite : ce n’est pas du même ordre d’en jouer mentalement ou d’en parler.

 

11 – LEÇON DU 27 FEVRIER 1957

de ténèbre d’identification, réentification, projection, et de toutes les mailles – on se perd dans ce labyrinthe – qu’il s’agit du phallus. Il s’agit de savoir comment l’enfant plus ou moins consciemment réalise que sa mère est toute-puissante fondamentalement de quelque chose, et c’est toujours la question de savoir par quelle voie il va lui donner cet objet dont elle manque, et dont il manque lui-même toujours, car ne l’oublions pas, après tout le phallus du petit garçon n’est pas beaucoup plus vaillant que celui de la petite fille, et ceci natu­rellement a été vu par de bons auteurs, et Mr Jones s’est tout de même aperçu que Mme Karen Horney était plutôt pour celui avec qui il était en conflit, avec Freud en l’occasion. Et ce caractère fondamentalement déficient du phallus du petit garçon, voire de la honte qu’il peut en éprouver dans cette occasion, de l’insuffisance profonde où il peut se sentir, est une chose qu’elle a fort bien su mettre en valeur, non pour tâcher de combler ce pont qu’il y a dans la différence entre petit garçon et petite fille, mais pour éclairer l’un par l’autre.

 

16 – LEÇON DU 3 AVRIL 1957

 

Ainsi c’est bien dans quelque chose qui porte à un degré supérieur, au degré non pas seulement du voir et de l’être vu, mais de donner à voir et d’être surpris par le dévoilement, que la dialectique imaginaire aboutit, qui est la seule qui puisse nous permettre de comprendre le sens fondamental de l’acte de voir. Nous avons vu combien il était essentiel dans la genèse même, par exemple de tout ce qui est la perversion, ou encore inversement comme il est trop évident par la technique de l’acte d’exhiber, et ce par quoi l’exhibitionniste montre ce qu’il a, précisément en tant que l’autre ne l’a pas, et cherche comme il nous l’affirme lui-même, comme il ressort de ses déclarations, par ce dévoilement à capturer l’autre dans quelque chose qui est loin d’être une prise simple dans la fascination visuelle, et qui littéralement lui donne le plaisir de lui révéler ce que lui est supposé ne pas avoir, pour en même temps le plonger précisément dans la honte de ce qui lui manque.

 

C’est sur ce fond que jouent toutes les relations de Hans avec sa mère, et c’est sur ce fond également que nous pouvons voir que la mère participe pleinement, ne serait-ce que quand nous voyons que cette mère qui le fait par­ticiper avec tellement de complaisance à tout ce qui est le fonctionnement de son corps, ne peut pas manquer littéralement de perdre sa propre maîtrise, et de manifester sévérité et rebuffades, voire condamnations à la participation exhibitionniste que lui demande le petit Hans.

 

LES STRUCTURES FREUDIENNES DE L’ESPRIT

 

fut le moment des sous-entendus adroits, des voiles levés par des mots, comme on lève des jupes, le moment des ruses de langage, des audaces habiles et déguisées, de toutes les hypocrisies impudiques, de la phrase qui montre des images dévêtues avec des expressions couvertes, qui fait passer dans l’œil et dans l’esprit la vision rapide de tout ce qu’on ne peut pas dire, et permet aux gens du monde une sorte d’amour subtil et mystérieux, une sorte de contact impur des pensées par l’évocation simultanée, troublante et sensuelle comme une étreinte, de toutes les choses secrètes, honteuses et désirées de l’enlacement. On avait apporté le rôti, des perdreaux…

 

Je vous fais remarquer que ce rôti, les perdreaux, la terrine de volaille, et tout le reste, ils avaient mangé de tout cela sans y goûter, sans s’en douter, uniquement préoccupés de ce qu’ils disaient, plongés dans un bain d’amour.

Leçon 1 12 novembre 1958

de la libido, qui paraissent tout de même d’autant plus surprenantes qu’elles se produisent au sein d’une doctrine qui a été précisément la première non seule­ment à mettre en relief, mais même à rendre compte de ceci que Freud a classé sous le titre du Ravalement de la vie amoureuse ((FREUD S.: (1912) « Über die allgemeinste Erniedrigung des Liebeslebens » in Beiträge zur Psychologie des Liebeslebens, seconde partie, G.W. VIII pp. 78-91. Trad. Fr. in La vie sexuelle, Paris, 1969, P.U.F., pp. 55-65.)).

C’est à savoir que si en effet le désir semble entraîner avec soi un certain quantum en effet d’amour, c’est jus­tement et précisément, et très souvent d’un amour qui se présente à la person­nalité comme conflictuel, d’un amour qui ne s’avoue pas, d’un amour qui se refuse même à s’avouer.

D’autre part, si nous réintroduisons aussi ce mot “désir”, là où des termes comme “affectivité”, comme “sentiment positif” ou “négatif”, sont employés couramment-dans une sorte d’approche honteuse, si l’on peut dire, des forces encore efficaces, et nommément pour la relation analytique, pour le transfert – il me semble que du seul fait de l’emploi de ce mot, un clivage se produira qui aura par lui-même quelque chose d’éclairant.

Il s’agit de savoir si le transfert est constitué, non plus par une affectivité ou des sentiments positifs ou négatifs, avec ce que ces termes comportent de vague et de voilé, mais il s’agit, et ici on nomme le désir éprouvé par un seul terme, désir sexuel, désir agressif à l’endroit de l’analyste, qui nous apparaîtra tout de suite et du premier coup d’œil. Ces désirs ne sont point tout dans le transfert, et de ce fait même le transfert nécessite d’être défini par autre chose que par des réfé­rences plus ou moins confuses à la notion positive ou négative d’affectivité; et enfin de sorte que si nous prononçons le mot désir, le dernier bénéfice de cet usage plein c’est ce que nous nous demanderons: qu’est-ce que le désir ?

Ce ne sera pas une question à laquelle nous aurons ou nous pourrons répondre. Simplement, si je n’étais ici lié par ce que je pourrais appeler le ren­dez-vous urgent que j’ai avec mes besoins pratiques expérientiels, je me serais permis une interrogation sur le sujet du sens de ce mot désir, auprès de ceux qui ont été plus qualifiés pour en valoriser l’usage, c’est à savoir les poètes et les phi­losophes. Je ne le ferai pas, d’abord parce que l’usage du mot désir, la transmis­sion du terme et la fonction du désir dans la poésie, est quelque chose que, je dirais, nous retrouverons après coup si nous poursuivons assez loin notre inves­tigation. S’il est vrai, comme c’est ce qui sera toute la suite de mon développe­ment cette année, que la situation est profondément marquée, arrimée, rivée à

 

Leçon 8 14 janvier 1959

 

« A dog? » relance l’analyste avec prudence.

– « Ceci me rappelle, continue le patient [l’avocat]

assez aisément, un chien qui est venu se frotter contre ma jambe, réellement, il se masturbait. Et j’avais assez

honte de vous raconter cela parce que je ne l’ai pas arrêté, je l’ai laissé conti­nuer, et quelqu’un aurait pu entrer. » Là-dessus il tousse légèrement et c’est là­-dessus qu’il embranche son rêve.

Nous reprendrons ceci en détail la prochaine fois, mais d’ores et déjà, est-ce que nous ne voyons pas qu’ici, le souvenir même du rêve est venu tout de suite après un message que, selon toutes probabilités – et d’ailleurs l’auteur bien entendu, n’en doutera pas et le fera entrer dans l’analyse du rêve, et tout à fait au premier plan – cette « petite toux » était un message, mais il s’agit de savoir de quoi.

Mais elle était d’autre part, en tant que le sujet en a parlé, c’est-à-dire en tant qu’il a introduit le rêve, un message au second degré. À savoir de la façon la plus formelle, non pas inconsciente: un message, que c’était un message puisque le sujet n’a pas simplement dit qu’il toussait. Aurait-il dit même “J’ai toussé”, c’était déjà un message. Mais en plus il dit “J’ai toussé et cela veut dire quelque chose” et tout de suite après, il commence à nous raconter des histoires qui sont singulièrement suggestives. Cela veut évidemment dire: “je suis là, si vous êtes en train de faire quelque chose qui vous amuse et qu’il ne vous amuserait pas que cela soit vu, il est temps d’y mettre un terme.”

Leçon 9 21 janvier 1959

 

Vous retrouverez ce que je vous ai donné être la formule du fantasme à savoir que le sujet paraît élidé, ce n’est pas lui, pour autant qu’il y a là un autre, un autre imaginaire, a. Première indication de la convenance de ce schéma pour vous faire repérer la validité du fantasme comme tel.

(d) J’arrive au quatrième élément associatif que nous donne à cette occasion Ella Sharpe. Encore que “un chien apporté à la mémoire sous cette forme d’un chien qui se masturbe ((d “Dog again brought memory of masturbating a dog. “) ,emploi naturellement intransitif… Il s’agit d’un chien qui se masturbe, comme le patient l’a raconté, à savoir que comme tout de suite après le schéma, un dog, un chien, « Ceci me rappelle un chien qui se frottait contre ma jambe, réellement, se masturbant lui-même, avec grand-honte de vous en parler parce que je ne l’ai pas arrêté, je l’ai laissé continuer et quelqu’un pourrait être entré à ce moment-là. »

Est-ce que la connotation de la chose comme un élément à mettre à la suite de la chaîne par l’analyste à savoir “souvenir d’un chien qui se masturbe” est quelque chose qui doive ici complètement nous satis­faire ?je crois que non. Parce que cet élément nous permet d’avancer encore un peu plus loin, dans ce dont il s’agit dans ce message appor­tant le rêve. Et pour vous montrer la première boucle qui a été parcourue par les associations du patient, et vous montrer là où elle est, je dirai…

 

Quel est le schéma de ce qui se passe à ce moment ? Il est essentiellement fondé en ceci que l’autre, ici l’animal en tant que réel et dont nous savons qu’il a un rapport au sujet parce que le sujet a pris soin auparavant de nous en infor­mer, il pouvait être imaginairement cet animal, à condition de s’emparer du signifiant, aboyant. Cet autre présent se masturbe: il lui montre quelque chose, très précisément à se masturber. Est-ce que la situation est là déterminée ? Non, comme nous le dit le patient lui-même, il y a la possibilité que quelqu’un d’autre entre, et alors quelle honte! la situation ne serait plus tenable. Le sujet littérale­ment disparaîtrait de honte devant cet autre, témoin de ce qui se passe.

En d’autres termes, ce qui s’articule ici: montrez-moi ce qu’il faut que je fasse à condition que l’autre, en tant qu’il est le grand Autre, le tiers, ne soit pas là. je regarde l’autre que je suis, ce chien, à condition que l’Autre n’entre pas, sinon je disparais dans la honte. Mais par contre, cet autre que je suis, à savoir ce chien,

 

« […] La moindre occasion m’accuse, Elle éperonne ma vengeance qui s’engourdit! Qu’est-ce qu’un homme Si son bonheur Suprême, si l’emploi de son temps est seulement manger et dormir? Une bête sans plus. Celui qui mit en nous cet œil de la raison… » En anglais, c’est « Sure, he that made us with such large discourse, Looking before and after, gave us not That capability and god­like reason To fust in us unused. » Ce que le traducteur transcrit par « la raison, (c’est le grand discours, le discours fondamental, ce que j’appellerai ici le dis­cours concret) qui nous fait voir devant et derrière, et nous donne cette capacité, (ici le mot raison vient à sa place) ne nous a sûrement pas fait ce don divin pour que faute d’emploi il moisisse en nous. Or, dit Hamlet, soit oubli bestial, bestial oblivion (c’est un des mots clefs de la dimension de son être dans la tragédie), soit lâche scrupule, craven scruple, qui trop minutieux envisage l’issue, – pen­sée qui, mise en quatre a un quart de sagesse contre trois quart de lâcheté – je vis disant, je ne sais trop pourquoi, “cette chose est à faire”, “This thing’s to do”, quand j’ai mieux de la faire et le puis, Sith I have cause, and will, and strength, and means, To do’t. Quand j’ai la raison, la cause, la volonté, la force et les moyens de la faire. Des exemples gros comme le monde m’y convient, comme ces grosses et onéreuses armées conduites par un tendre et délicat prince, dont l’esprit, au souffle d’une ambition divine, nargue le dénouement invisible, expo­sant sa faiblesse débile et mortelle aux audaces de la fortune, du danger et de la mort, even for an egg-shell, pour une coquille vide. Être grand, sans conteste ce n’est point de s’émouvoir sans grand sujet, c’est de trouver ce grand sujet dans un fétu quand l’honneur est en jeu. Rightly to be great Is not to sur without great argument, But greatly to find quarrel in a straw When honour’s at the stake. Que suis-je moi si mon père tué et ma mère salie, deux motifs, ma raison et mon sang laissent tout sommeiller, quand je vois à ma honte le trépas imminent de plus de vingt mille hommes qui pour un fantôme de gloire vont au tombeau ainsi qu’au lit, en combattant pour un lopin sur lequel ne peut lutter leur nombre, dont la capacité comme tombe ne peut tenir les morts, Which is not tomb enough and continent To hide the slain ? Et que dorénavant mes pensées soient de sang ou

 

Maintenant, soit par un oubli stupide semblable à celui de la brute, soit par une délicatesse scrupuleuse qui craint de trop approfondir l’événement (et dans ce scrupule, pour un quart de sagesse, il y a trois quarts de lâcheté) je ne sais pas pourquoi je vis encore, pour toujours dire, j’ai cette chose à faire, des exemples plein l’univers. Le globe est couvert d’exemples qui m’exhortent: témoin la masse énorme de cette armée nombreuse conduite par un prince jeune et délicat dont l’âme, stimulée par une divine ambition, affronte l’événement invisible; exposant une vie mortelle et incertaine à tous les hasards, à la mort et aux dangers les plus terribles, pour une poignée de terre. Ce n’est pas être vraiment grand que de ne jamais agir sans un grand motif: c’est de trouver avec noblesse une sujet de querelle dans un atome quand il s’agit de l’honneur. Comment resté-je immobile, ici, moi qui ai un père assassiné, une mère souillée; … autant d’aiguillons qui pressent mon courage et ma raison; et comment les laissé-je tous s’engourdir dans un lâche sommeil ? Tandis qu’à ma honte je vois la mort prochaine de vingt milliers d’hommes, qui, pour une chimère, pour une vaine renommée, vont à leurs tombeaux comme à leurs lits; combattent pour un projet dont la multitude ne peut juger la cause; pour un terrain qui n’est pas même une tombe assez vaste pour cacher les morts! Oh, que désormais donc mes pensées soient sanguinaires ou nulles! » (IV, 4, 32-66.)

Leçon 18 22 avril 1959

 

Et pourtant Hamlet semble une fois de plus tendre le cou, comme si rien en somme ne pouvait en lui s’opposer à une sorte de disponibilité fondamentale. Sa réponse est là tout à fait significative. « Monsieur, je vais me tenir dans cette salle n’en déplaise à sa Majesté, c’est mon heure de délassement; qu’on apporte les fleurets, au bon vouloir du gentilhomme, et si le roi persiste dans sa décision, je le ferai gagner si je peux; sinon, je ne gagnerai rien que ma courte honte et les bottes reçues 164. »

Voilà donc quelque chose qui, dans l’acte terminal, nous montre la structure même du fantasme. Au moment où il est à la pointe de sa résolution, enfin! comme toujours à la veille de sa résolution, le voilà qui se loue littéralement à un autre et encore pour rien, de la façon la plus gratuite, cet autre étant justement son ennemi et celui qu’il doit abattre. Et ceci, il le met en balance avec les choses du monde, premièrement qui l’intéressent le moins, à savoir que ce n’est pas à ce moment-là tous ces objets de collection qui sont sa préoccupation majeure, mais qu’il va s’efforcer de gagner pour un autre.

Sans doute à l’étage au-dessous il y a quelque chose dont les autres pensent que c’est avec cela qu’on va le captiver, et à quoi bien entendu il n’est pas tout à fait étranger, non pas comme les autres le pensent, mais quand même sur le même plan où les autres le situent, à Savoir qu’il est intéressé d’honneur, c’est­-à-dire à un niveau de ce que Hegel appelle « la lutte de pur prestige », intéressé d’honneur dans ce qui va l’opposer à un rival d’autre part admiré.

 

163. Carriage : l’affût.

164. Hamlet: « Seigneur, je vais continuer de me promener dans cette salle. Si sa Majesté le permet. J’y respirais l’air comme c’est ma coutume à cette heure du jour. Qu’on apporte ici les fleurets! et si le gentilhomme tient son défi et que le roi persiste en son dessein, je gagnerai pour lui la gageure si je puis; sinon je ne gagnerai que de la honte et de cruelles bottes. » (V, 2. 164.)

Leçon 23 3 juin 1959

 

sujet en tant qu’il a à se nommer comme tel, mais dans la corrélation qui lie l’un à l’autre, qui fait que l’objet a cette fonction précisément de signifier ce point où le sujet ne peut se nommer, où la pudeur dirai-je est la forme royale de ce qui se monnaie dans les symptômes en honte et en dégoût.

Et je vous demande encore un temps avant d’entrer dans cette articulation, pour vous faire remarquer ce quelque chose que je suis forcé de laisser là comme une marque, à savoir comme un point que je n’ai pas pu en son temps, pour des raisons de programme, développer comme je l’eus désiré, qui est celui de la comédie. La comédie, contrairement à ce qu’un vain peuple peut croire, est ce qu’il y a de plus profond dans cet accès au mécanisme de la scène en tant qu’il permet à l’être humain la décomposition spectrale de ce qui est sa situation dans le monde. La comédie est au-delà de cette pudeur. La tragédie finit avec le nom du héros, et avec la totale identification du héros. Hamlet est Hamlet, il est tel nom. C’est même parce que son père était déjà Hamlet qu’en fin de compte tout se résout là, à savoir qu’Hamlet est définitivement aboli dans son désir. je crois en avoir assez dit maintenant avec Hamlet.

 

Il s’établit donc la répartition d’une double ignorance. Car si l’autre ne réa­lise pas à ce niveau, en tant qu’autre, ce qui est supposé réalisé dans l’esprit de celui qui s’exhibe ou de celui qui se voit comme manifestation possible du désir, inversement dans son désir, celui qui s’exhibe ou qui se voit ne réalise pas la fonction de la coupure qui l’abolit dans un automatisme clandestin, qui l’écrase dans un moment dont il ne reconnaît absolument pas la spontanéité en tant qu’elle désigne ce qui se dit là comme tel, et qui est là dans son acmé, connu encore que présent mais suspendu. Il ne connaît, lui, que cette manœuvre d’ani­mal honteux, cette manœuvre oblique, cette manœuvre qui l’expose aux horions. Pourtant cette fente, sous quelque forme qu’elle se présente, volet, ou télescope, ou n’importe quel écran, cette fente c’est là ce qui le fait entrer dans le désir de l’autre. Cette fente, c’est la fente symbolique d’un mystère plus

Leçon 26 24 juin 1959

Je vais droit à ce qu’il s’agit d’exprimer, à ce qui nous servira désormais de repère pour interroger à divers titres la perversion. La notion de splitting y est essentielle, démontrant déjà quelque chose que nous pourrions, nous, applaudir (et ne croyez pas que je vais m’y précipiter), comme recouvrant en quelque sorte la fonction, l’identification du sujet à la fente ou coupure du discours – qui est celle où je vous apprend à identifier la composante subjective du fantasme. Ce n’est pas justement que l’espèce de précipitation qu’implique cette reconnaissance ne se soit pas déjà offerte et n’ait pas fourni l’occasion à une sorte d’aperçu, un peu honteux de soi-même, chez tel des écrivains qui se sont occupés de la perversion.

Je n’ai pour en témoigner qu’à me référer au troisième cas auquel M. Gillespie, dans le deuxième des articles, se réfère. C’est le cas d’un fétichiste. Ce cas je vous le brosse brièvement. Il s’agit d’un fétichiste de trente ans dont le fantasme s’avère après l’analyse expressément comme d’être fendu en deux par les dents de la mère dont la proue pénétrante, si je puis dire, est ici représentée par ses seins mordus, aussi par la fente que, lui, vient de pénétrer et qui se change soudain en une créature ressemblant à un gorille velu ((“He penetrates her body with bis penis; she then turns into a hairy gorilla-like creature with great teeth with which she bites off his female nipples – that is, a talion revenge for bis oral attack on bis mother’s breast. [..] bis mother’s shoe kicking him and splitting up bis anus and rectum.” Notes on the analysis of sexual perversions, p400.)). Bref, tout un retour sur une décomposition-recomposition, ce que M. Gillespie appelle l’angoisse de

 

Et plus loin encore, c’est là que je veux en venir, c’est le plus minuscule des indices, mais chacun sait que pour nous ce sont ceux-là qui sont les plus impor­tants, il nous raconte l’histoire dite du nœud dans le bois d’une porte. Dans le bois de cette porte, quelque part à Uzès, il y a un trou parce qu’un nœud a été extrait. Et ce qu’il y a au fond « c’est une petite bille (lui dit-on) que votre papa a glissée là quand il avait votre âge ». Et il nous raconte, pour l’admiration des amateurs de “caractères”, qu’à partir de ces vacances, il passe un an à se laisser pousser l’ongle du petit doigt pour l’avoir assez long à la prochaine rencontre pour aller extraire cette petite bille dans le trou de bois. Ce à quoi il parvient en effet, pour n’avoir plus ensuite dans la main qu’un objet grisâtre qu’il aurait honte de montrer à quiconque. Moyennant quoi (je crois qu’il le dit) il le remet à sa place, coupe son petit ongle, et n’en fait confidence à personne – sauf à nous, la postérité qui va immortaliser cette histoire.

je crois qu’il est difficile de trouver une meilleure introduction à la notion rejetée dans une magnifique […] tout est d’une persévérance de quelque chose qui nous présente la figure de la forme sous laquelle se présente le rapport du

 

Leçon 27 1 juillet 1959

 

Il est clair que, quoi que ce soit que représente une telle intervention de panique par rapport à l’analyse, on essayera de la justifier dans une juste appré­hension de “la réalité”, à savoir des rapports des objets en présence. Il est cer­tain que le rapport est décisif et que c’est immédiatement après ce style d’intervention que se déclenche ce qui fait l’objet de la communication, à savoir ce rejet, cette espèce de surjet brutal chez le sujet – chez un sujet qui peut-être n’est pas très bien qualifié au point de vue diagnostique, qui nous a semblé assu­rément plus proche d’ébauches d’illusions paranoïdes que vraiment de ce qu’on [en] a fait, c’est à savoir d’une phobie – ce sujet vient en effet absolument hanté par une honte d’être trop grand, et il y a là toute une série de thèmes proches de la dépersonnalisation auxquels on ne saurait donner trop d’importance. Ce qui est certain c’est que c’est une néo-formation, c’est d’ailleurs l’objet de l’obser­vation, ce n’est pas nous qui le disons, de voir ce sujet se livrer à ce qu’on appelle la perversion transitoire, c’est-à-dire se ruer vers le point géographique où il a trouvé les circonstances particulièrement favorables à l’observation, à travers une fente, des personnes (spécialement féminines) dans un cinéma, alors qu’elles sont en train de satisfaire leurs besoins urinaires. Cet élément qui jusque-là n’avait tenu aucune place dans la symptomatologie, ne nous paraît intéressant

 

 

XXI ANTIGONE DANS L’ENTRE-DEUX-MORTS

Il est drôle que l’on ne voie pas quelque chose de tout à fait clair et évident. Examinons les sept pièces qui nous restent de Sophocle, sur les quelque cent vingt que fut, dit-on, sa production pendant ses quatre-vingt-dix années d’âge, dont soixante qu’il consacra à la tragédie. Ce sont Ajax, Antigone, Électre, Œdipe roi, les Trachiniennes, Philoctète et OEdipe à Colone.

 

Un certain nombre de ces pièces vivent dans votre esprit, par contre peut-être ne vous rendez-vous pas compte qu’Ajax est un drôle de truc. Ça commence par un massacre du troupeau des Grecs par Ajax, qui, du fait qu’Athéna ne lui veut pas de bien, agit là comme un fou. Il croit massacrer l’armée grecque et il massacre les troupeaux. Ensuite, il se réveille, sombre dans la honte, et va se tuer de douleur dans un coin. Il n’y a dans la pièce absolument rien d’autre. C’est tout de même assez drôle. Comme je vous le disais l’autre jour, il n’y a pas l’ombre d’une péripétie. Tout est donné au départ, et les courbes n’ont plus qu’à s’écraser les unes sur les autres comme elles peuvent.

 

Laissons Antigone de côté, puisque nous en parlons.

 

Électre est aussi quelque chose d’assez curieux dans Sophocle. Dans Eschyle, nous avons les Choéphores, les Euménides, le meurtre d’Agamemnon engendre toutes sortes de choses. Une fois ce meurtre vengé, il faut encore qu’Oreste s’arrange avec les divinités vengeresses qui protègent le sang maternel. Rien de pareil dans Sophocle.

 

Je n’ai pas trouvé à ce propos de meilleure référence que les aphorismes héraclitéens que nous devons à la référence persécutive de saint Clément d’Alexandrie, qui y voit le signe des abominations païennes. Nous gardons un petit morceau qui dit – ei mègar Dionousopompèn èpoiunto cai umneon asma, si certes, ils ne faisaient cortèges et fêtes à Dionysos en chantant les hymnes – et c’est ici que commence l’ambiguïté – aidoioisin anaidéstata eirgast an, qu’est-ce qu’ils feraient ? les hommages les plus déshonorants à ce qui est honteux. Voilà comment on peut le lire, en un sens. Et, continue Héraclite, c’est la même chose qu’Hadès et Dionysos, pour autant que l’un et l’autre mainontai, ils délirent, et qu’ils se livrent aux manifestations des hyènes – il s’agit des cortèges bacchiques liés à l’apparition de toutes sortes de formes de transes.

 

C’est drôle qu’on ne vole pas quelque chose de tout à fait clair, et de tout à fait évident. La liste des sept pièces de Sophocle, sur les quelques cent vingt qu’on dit que fut sa production pendant ses quatre-vingt-dix années d’âge, et soixante qu’il consacra à la tragédie, c’est Ajax, Antigone, Électre, Oedipe roi, les Trachiniennes, Philoctète et cet Oedipe à Colone. Un certain nombre de ces pièces vivent elles-mêmes dans votre esprit. Par contre, peut-être ne vous rendez-vous pas compte qu’Ajax est un drôle de truc. Ajax, ça commence par une sorte de massacre du troupeau des Grecs par Ajax qui, du fait qu’Athéna ne lui veut pas de bien, agit là comme un fou. Il croit massacrer toute l’armée grecque, et il massacre les troupeaux. Il se réveille après ça, il sombre dans la honte, et il va se tuer de douleur dans un coin. Il n’y a, dans la pièce, absolument rien d’autre. C’est quand même assez drôle. Comme je vous le disais l’autre jour, il n’y a pas l’ombre d’une péripétie. Tout est donné au départ, et les

Leçon XXV 22 juin 1960

Ce que je veux simplement aujourd’hui produire c’est que, comme nous l’avons vu à propos du problème que nous pose la fin de l’Antigone, à savoir cette substitution de je ne sais quelle image sanglante de sacrifice qui est celle que réalise le suicide mystique, pour autant assurément, à par­tir d’un certain moment, que nous ne savons plus ce qui se passe au tom­beau d’Antigone et que tout nous indique que celui qui vient se meurtrir sur elle le fait dans une crise de mania, que tout nous indique qu’il par­vient à ce niveau où périssent également Ajax, Hercule, je laisse de côté le sens de la fin d’Œdipe, ceci nous mène à la question pour laquelle je n’ai pas trouvé de meilleure référence que ces aphorismes héraclitéens que nous devons à la référence persécutive de Saint Clément d’Alexandrie, qui y voit le signe des abominations païennes. Grâce à cela, nous gardons ce petit morceau qui dit ei mé gar Dionosoi Pompen époiouto kai umneon aisma. Si, certes, ils ne faisaient cortèges et fêtes à Dionysos en chantant les hymnes – et c’est ici que commence l’ambiguïté aidoioisin anaidestata Eisgast àn , qu’est-ce qu’ils feraient ? Les hommages les plus déshonorants à ce qui est honteux. Voilà comment on peut le lire dans un sens. Et, continue Héraclite, c’est la même chose qu’Hadès et Dionysos, pour autant que l’un et l’autre mainontai, ils délirent et qu’ils se livrent aux manifestations des hyènes. On ne peut pas traduire autre­ment. C’est ce dont il s’agit dans les cortèges liés à l’apparition de toutes sortes de formes de transes, c’est à proprement parler les cortèges bachiques. Voici donc que la position héraclitéenne – qui, comme vous le savez, est une opposition par rapport à toute manifestation religieuse radicale-nous amène à l’identification, à la conjonction, à dire que, s’il ne s’agissait pas en fin de compte d’une référence à l’Hadès, toute cette mani­festation d’extase pour lequel il n’a qu’éloignement, mais sans doute un éloignement qui n’a rien à faire avec l’éloignement chrétien, ni avec l’éloi­gnement rationaliste – c’est bien d’autre chose dont il s’agit – ce ne serait qu’odieuses manifestations phalliques et objet de dégoût.

Leçon XXV 22 juin 1960

Cependant, il n’est pas certain non plus qu’on puisse s’en tenir à cette traduction pour autant que le jeu de mots est évidemment entre aodoioisin ànaidestata et Aides, pour autant qu’Aidoua veut dire aussi invisible, mais que aidoua veut dire les parties honteuses, peuvent vou­loir dire aussi respectueuses et vénérables et que le terme même de chant n’est pas absent. Je veux dire qu’en fin de compte, ce dont il s’agit, est de dire qu’en rendant à Dionysos cette pompe et en chantant ces hymnes, ses sectateurs le font sans voir, ni sans vraiment savoir ce qu’ils font en chan­tant ses louanges, et que si Hadès et Dionysos sont une seule et même chose, c’est bien là en effet que la question, aussi, pour nous, se pose, c’est à savoir que si c’est au même niveau que le fantasme du phallus et la beauté de l’image humaine ont leur place légitime, si, au contraire, il y a entre eux cette imperceptible distinction, cette différence irréductible qui est celle sur laquelle ont achoppé toute l’entreprise freudienne, celle autour de quoi Freud, à la fin d’un de ses derniers articles, celui sur l’Analyse finie et infinie, nous dit finalement, se brise en une nostalgie irréductible, l’aspiration du patient au terme dernier, c’est à savoir sur ceci que ce phallus, d’aucune façon, il ne saurait l’être et que pour ne pas l’être, il ne saurait l’avoir qu’à la condition du penisneid chez la femme et de la castration chez l’homme.

 

** préjugé

L08 Le transfert

Il y a là quelque chose qui, pour arriver à ses derniers termes, nous fait passer par des cheminements bien faits pour nous mettre à un certain niveau. Quand Socrate à la fin lui répond, après qu’Alcibiade se soit vraiment expli­qué, ait été jusqu’à lui dire: « Voilà ce que je désire et j’en serais certaine­ment honteux devant les gens qui ne comprendraient pas; je t’explique à toi ce que je veux », Socrate lui répond: en somme, tu n’es pas le dernier des petits idiots, s’il est bien vrai que justement tout ce que tu dis de moi je le possède, et si en moi il existe ce pouvoir grâce auquel tu deviendrais, toi, meilleur! Oui, c’est cela, tu as dû apercevoir en moi une invraisemblable beauté qui diffère de toutes les autres – une beauté d’une autre qualité, quel­que chose d’autre – et l’ayant découverte tu te mets des lors en posture de la partager avec moi ou plus exactement de faire un échange, beauté contre beauté, et en même temps – ici dans la perspective socratique de la science contre l’illusion – à la place d’une opinion de beauté – la doxa qui ne sait pas sa fonction, la tromperie de la beauté – tu veux échanger la vérité et en fait, mon Dieu, ça ne veut rien dire d’autre que d’échanger du cuivre contre de l’or. Mais! dit Socrate – et là il convient de prendre les choses comme, elles sont dites -, détrompe-toi, examine les choses avec plus de soin  /ameinon skopei/ de façon à ne pas te tromper, ce [je] n’étant – à proprement parler – rien11. Car évidemment, dit-il, l’œil de la pensée va en s’ouvrant à mesure que la portée de la vue de l’œil réel va en baissant. Tu n’en est certes pas là! Mais attention, là où tu vois quelque chose, je ne suis rien.

n°12 – ler mars 1961

Socrate n’est plus là que l’enveloppe de ce qui est l’objet du désir. Et [c’est] pour bien marquer qu’il n’est que cette ‘enveloppe, c’est pour cela qu’il a voulu manifester que Socrate est par rapport à lui le serf du désir, que Socrate lui est asservi par le désir, et que le désir de Socrate, encore qu’il le connût, il a voulu le voir se manifester dans son signe pour savoir que l’autre objet, agalma, était à sa merci.

Or pour Alcibiade c’est justement d’avoir échoué dans cette entreprise qui le couvre de honte et fait de sa confession quelque chose d’aussi chargé. C’est que le démon de l’ /Aidôs/, de la Pudeur dont j’ai fait état devant vous en son temps à ce propos10 est ici ce qui intervient, c’est cela qui est violé. C’est que devant tous est dévoilé dans son trait, dans son secret, le plus choquant, le dernier ressort du désir, ce quelque chose qui oblige tou­jours plus ou moins dans l’amour à le dissimuler, c’est que sa **visée** c’est cette chute de l’Autre, grand A, en autre, petit a, et que, par dessus le marché dans cette occasion, il apparaît qu’Alcibiade a échoué dans son entre­prise, en tant que cette entreprise nommément était de faire, de cet échelon, déchoir Socrate.

Les seuls mots qui sont prononcés à ce moment-là, après la présentation à l’auditoire sont : Un pour l’ouverture du rideau et Deux pour les lumières et la musique.

Ensuite il y a un plan rapproché-poitrine où on le voit avec un sourire pincé, très gêné. Puis il sort son mouchoir et s’essuie la bouche. « Il est fier de son succès.            La musique s’achève. Le limonaire détraqué continue sa ritournelle. »s

Là encore, une petite différence, dans le film la fierté est très mélangée d’une certaine honte.

Lorsque Renoir parle de la façon dont il a tourné La Règle du Jeu, il dit qu’il a beaucoup improvisé: « Les acteurs sont aussi les auteurs d’un film. » Il écrit un scénario auquel il ne s’attache que de loin, laissant aux personnages la liberté de modifier le texte suivant leurs propres réactions. Il pense que ces réactions sont toujours bonnes. Il ne leur demandait rien de précis, il ne les enfermait pas dans un cadre : il leur suggérait le plan, ensuite les plaçait dans la situation d’avoir à se dépasser, d’avoir à donner le meilleur d’eux-mêmes et pour cela il laissait libre cours à leur invention.

Ce personnage, créé par Dalio, du marquis de la Chesnaye, est voulu par Renoir différent de ce qu’on peut imaginer pour un marquis. II prend la contre­partie de la convention : les cheveux frisés, un air oriental, fils d’une mère juive. Ce type d’aristocrate, peu conventionnel, Renoir dit l’avoir rencontré plusieurs fois. Il tient toujours à s’appuyer sur sa mémoire et n’invente rien. plais, à partir du moment où il a donné les traits principaux du personnage à son interprète, il se laisse guider par les réactions de l’acteur : « Tu n’as pas de but dans la vie et je

Les seuls mots qui sont prononcés à ce moment-là, après la présentation à l’auditoire sont : Un pour l’ouverture du rideau et Deux pour les lumières et la musique.

Ensuite il y a un plan rapproché-poitrine où on le voit avec un sourire pincé, très gêné. Puis il sort son mouchoir et s’essuie la bouche. « Il est fier de son succès.            La musique s’achève. Le limonaire détraqué continue sa ritournelle. »s

Là encore, une petite différence, dans le film la fierté est très mélangée d’une certaine honte.

Lorsque Renoir parle de la façon dont il a tourné La Règle du Jeu, il dit qu’il a beaucoup improvisé: « Les acteurs sont aussi les auteurs d’un film. » Il écrit un scénario auquel il ne s’attache que de loin, laissant aux personnages la liberté de modifier le texte suivant leurs propres réactions. Il pense que ces réactions sont toujours bonnes. Il ne leur demandait rien de précis, il ne les enfermait pas dans un cadre : il leur suggérait le plan, ensuite les plaçait dans la situation d’avoir à se dépasser, d’avoir à donner le meilleur d’eux-mêmes et pour cela il laissait libre cours à leur invention.

Ce personnage, créé par Dalio, du marquis de la Chesnaye, est voulu par Renoir différent de ce qu’on peut imaginer pour un marquis. II prend la contre­partie de la convention : les cheveux frisés, un air oriental, fils d’une mère juive. Ce type d’aristocrate, peu conventionnel, Renoir dit l’avoir rencontré plusieurs fois. Il tient toujours à s’appuyer sur sa mémoire et n’invente rien. plais, à partir du moment où il a donné les traits principaux du personnage à son interprète, il se laisse guider par les réactions de l’acteur : « Tu n’as pas de but dans la vie et je

4. Cf L’A rapt-Scène, no. 52, 1965, découpage de La Règle du Jeu, par Philippe Esnault.

 

 LA RE7GLE DU JEU

 

Voici ce qu’en dit Rabelais dans le Prologue de Gargantua10. Il fait référence à ce passage du Banquet: « Silènes estoient jadis petites boites, telles que voyons de present es bouticques des apothecaires, pinctes au-dessus de figures joyeuses et frivoles… mais au dedans l’on reservoit les fines drogues comme baulme, ambre gris… pierreries et aultres choses précieuses. »

Et c’est bien dans le moment du dévoilement – ouverture des rideaux qui cachaient le limonaire et ouverture du silène qui laisse entrevoir « des figurines de dieux »11 – que l’apparition de l’objet fait vaciller le sujet qui rougit, a un sourire gêné, est encombré de son corps, se voile le visage.

Alcibiade, lui aussi, dévoile le trouble qui le prend quand il entend Socrate 12 « Le coeur me bat… ses propos … m’arrachent des larmes… il est le seul au monde vis-à-vis de qui j’aie éprouvé un sentiment dont la présence en moi pourrait sem­bler incroyable, celui de la honte vis-à-vis de quelqu’un… »

On peut ajouter que ce que dévoilent les silènes n’a rien à voir avec les figuri­nes de dieux, comme l’objet a renvoie à autre chose que ce qui se montre. Lacan parlera dans le séminaire suivant du caractère fétiche de l’objet qui est toujours accentué.

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