Groupe niçois de psychanalyse lacanienne

VÉRITÉ

vérité L01 254: C’est avec la dimension de la parole que se creuse dans le réel la vérité. Il n’y a ni vrai ni faux avant la parole. [cf. L01 285]

 

 V2RIT2

 

vérité. E216 : Dans une psychanalyse en effet, le sujet /…/ se constitue par un discours où la seule présence du psychanalyste apporte, avant toute intervention, la dimension du dialogue.  /…/ les conventions de la règle /…/ ne sont là qu’artifices /…/ aux fins d’assurer le franchissement de certains barrages, et que le cours doit se poursuivre /…/ qui s’appelle vérité.

 

vérité E366 : “Notre retour à Freud a un sens tout différent de tenir à la topologie du sujet, laquelle ne s’élucide que d’un second tour sur elle-même. Tout doit en être redit sur une autre face pour que se ferme ce qu’elle enserre, qui n’est certes pas le savoir absolu, mais cette position d’où le savoir peut renverser des effets de vérité.

 

vérité E873 : S’il y a fantasme, c’est au sens le plus rigou­reux d’institution d’un Réel qui couvre la vérité. [affleurement du fantasme: c’est le Réel de l’odeur qui fleure, dans le cuir, la godasse, la coprophilie etc.].

 

vérité L01 254: C’est la parole qui instaure dans la réalité le mensonge. Et c’est précisément parce qu’elle introduit ce qui n’est pas qu’elle peut aussi introduire ce qui est. Avant la parole rien n’est ni n’est pas. Tout est déjà là sans doute mais c’est seulement avec la parole qu’il y a des choses qui sont -qui sont vraies ou fausses-, c’est-à-dire qui sont et des choses qui ne sont pas. C’est avec la dimension de la parole que se creuse dans le réel la vérité. Il n’y a ni vrai ni faux avant la parole. Avec elle s’introduit la vérité et le mensonge aussi, et d’autres registres encore. Plaçons-les /…/ dans une sorte de triangle à trois sommets. /…/ [Le mensonge, la méprise et ambiguïté] La parole est par essence ambiguïté.

 

vérité L03 243: “EN 1039, QUAND IL [FREUD] écrit Moïse et le Monothéisme, on sent que son interrogation passionnée n’a pas baissé, et que c’est toujours de la même façon acharnée, presque désespérée, qu’il s’efforce d’expliquer comment il se fait que l’homme, dans la position même de son être, soit ausssi dépendant de ces choses pour lesquelles il n’est manifestement point fait. Cela est dit et nommé -il s’agit de la vérité. /…/ La dimension de la vérité est mystérieuse, inexplicable, rien ne permet décisivement d’en saisir la nécessité, puisque l’homme s’accommode parfaitement de la non-vérité. J’essaierai de vous montrer que c’est bien là la question qui jusqu’au bout tourmente FREUD dans Moïse et le Monothéisme.

 

vérité L09: (p.14): Je mens [Celui, par exemple qui énonce l’aporie d’Épiménide sous la forme « Je mens »] le jugement qu’il comporte ne peut porter sur son propre énoncé, c’est un collapse; c’est sur l’absence de la distinction de deux plans, du fait que l’accent porte sur le « Je mens » lui-même, sans qu’on l’en distingue, que naît cette pseudo-difficulté; ceci pour vous dire que, faute de cette distinction, il ne s’agit pas d’une véritable proposition.

 

vérité L09 15 nov. 1961 p.15 : Je mens [Mais ce jeu de bascule rencontre une limite, dès lors] qu’il n’est pas un Crétois qui ne veuille mentir à jet continu, la vérité finira bien par lui échapper au tournant et en mesure même de la rigueur de cette volonté. /…/ « tu ne la dis si bien [la vérité] que dans la mesure où tu crois mentir et quand tu ne veux pas mentir c’est pour te garder de cette vérité ».

 

vérité L09 9 mai 1962. p. 426 Livre IX, inédit, L’identification : “Le désir s’institue en transgression. […] Quand je vous parle de la loi, je vous parle comme Freud, à savoir que, si un jour elle a surgi, sans doute il a fallu que le signifiant émette [EMETH!] d’emblée sa marque, son poinçon, sa forme, mais c’est tout de même de quelque chose qui est un désir originel que le nœud a pu se former pour que se fondent ensemble la loi comme limite et le désir dans sa forme.

 

vérité L09 28/03/62, p.342 : Mais qu’est-ce que ça veut dire que renoncer au désir? /…/ Est-ce tellement tenable cet aphanisis du désir, si nous lui donnons cette fonction, comme dans Jones, de sujet de crainte? Est-ce que c’est même concevable d’abord dans le fait d’expérience, au point où Freud le fait entrer en jeu une des issues possibles /…/ du conflit freudien, celui de l’homosexuelle /…/ Ce désir qui disparaît, quoi, sujet, tu renonces, est-ce notre expérience ne nous apprend p as que ça veut dire que, dès lors, ton désir va être si bien caché qu’il peut un temps paraître absent? Disons même, à la façon de notre surface du cross-cap /…/: il s’inverse dans la demande. La demande ici, une fois de plus, reçoit son propre message sous une forme inversée. /…/ Et nous le savons: l’angoisse, si elle se produit, n’est jamais de la disparition du désir, mais de l’objet qu’il dissimule, de la Vérité du désir, ou si vous voulez encore, de ce que nous ne savons pas du désir de l’Autre?

 

vérité L09 p.15: dès lors qu’il n’est pas un Crétois qui ne veuille mentir à jet continu, la vérité finira bien par lui échapper au tournant et en mesure même de la rigueur de cette volonté .

 

vérité L11 40 : “Freud, pour localiser la vérité […] s’en remet (R’EMETH) à une cer­taine scansion signifiante. Ce qui justifie cette confiance, c’est une réfé­rence au réel. Mais le moins qu’on puisse dire c’est que le réel ne se rend pas à lui aisément. Prenons l’exemple de l’Homme aux Loups […] c’est par rap­port au réel que fonctionne le plan du fantasme. Le réel supporte le fan­tasme, le fantasme protège le réel.

 

vérité L12 3/3/65 p.1: L’analogie est frappante avec ce concept [de zéro], avec ce que j’ai tente de vous formuler comme le sujet, comme apparaissant et disparaissant en une pulsation toujours répétée, comme effet de signifiant, effet toujours évanouissant et renaissant. /…/ Ainsi le sujet se manifeste comme un, comme s’originant dans une privation, et, en quelque sorte, par son intermédiaire enchaîné, rivé à cette identité qui /…/ n’est rien d’autre qu’une conséquence de cette exigence première, sans quoi rien ne saurait être vrai, mais qui laisse le sujet en suspens, accroché /…/ à ce que LEIBNIZ dit /…/ que l’identité n’est rien d’autre que ce sans quoi [rien] ne saurait être la vérité.

 

Vérité L13 2/2/66 68 : AMOUREUX DE VOTRE ANGOISSE: [R#S] :  La pulsion épistémologique c’est la vérité qui s’offre comme jouissance et /…/ par là défendue, car qui pourrait jouir de la vérité? /…/ “vous voudriez en savoir plus [dit le patient] /…/  mais si vous vous acceptez comme juge vous voilà rejeté” /…/ Sans doute ici /…/ l’avertissement de n’avoir pas à aller plus loin, “car, dit le patient, vous me rendrez masochiste, c’est-à-dire amoureux de votre angoisse /…/ car il suffit que je m’identifie à vous pour que vous voyez bien que ce n’est pas de moi que vous jouirez” … la vérité est passée dans le réel. [R#S]

 

vérité L14 7 déc. 1967 Livre XIV, La logique du fantasme, LEF n° 3, p. 8. [H&L ] :: C’est à vous, analystes, de savoir si l’homme qui pense rêve. Cette question a donc un sens des plus concrets ; et Freud a tout de suite été mis au pied au mur : le mode de l'”association libre” à travers lequel se présume le champ de l’interprétation le porte en effet au sœur de l’or­ganisation formelle où s’ébauchent les premiers pas d’une logique ma­thématisée. Laquelle a nom “réseau” ou “treillis”, construit ici avant la lettre. Or quand on lui objecte qu’avec sa façon de procéder il trouvera tou­jours un signifié pour faire le pont entre deux signifiants, on n’oppose à l’interprétation analytique aucune espèce de “critique scientifique”, mais un appel vulgaire à l’expérience, oubliant justement qu’au niveau de l’existence réelle, ou logique, le faux, loin d’exclure le vrai, permet de déduire du même pas le faux et le vrai. Ce que les scolastiques expriment par l’adage : ex falso sequitur quod libet.. La réponse de Freud nous porte tout de suite sur le plan de la structure du réseau, les lignes d’association venant se recouper en des points de redéparts électifs, dans une dimension qui n’est pas celle de la réalité, mais de la vérité. Dans le cas de l’homme aux loups la question de Freud sur la Vérité de la scène ne se réduit pas à la question de savoir si oui ou non et à quel âge son patient à vécu quelque chose qui a été reconstruit à l’aide de la figure fondamentale de son rêve à ré­pétition. L’essentiel est de savoir comment le sujet a pu articuler cette scène en signifiants, c’est-à-dire la vérifier en tout son être et par son symptôme. Freud répond que c’est par l’intermédiaire de la signification dernière de l’idée de père. Le père est une réalité sacrée en elle-même, plus spiri­tuelle qu’aucune autre […] Comment la vérité du père […] vient-elle à être promue au premier plan ? La chose n’est pensable que par le biais d’un drame an-historique […] le meurtre du père. […] mythe très mys­térieux impossible à éviter dans la cohérence de la pensée de Freud. […] Quelle est la fonction originelle et initiatrice, dans la vie humaine, de l’existence du symbole [du père] en tant que signifiant pur ? […] La dé­fense en psychanalyse porte contre un mirage, un néant, un vide, et non contre tout ce qui existe et pèse dans la vie.

 

vérité L14 21/6 LEF5  105 “Je reviens sur cette butée que les logiciens rencon­trent et qui est ce décalage que j’ai souligne entre prin­cipe de non-contradiction et principe de bivalence. Dans ARISTOTE, le problème se pose à propos du contingent ou de ce qui va arriver, et qui n’est ni vrai ni faux, sans quoi il serait déjà arrivé [l’indéterminé, aoriste?]. Mais la solution qu’il donne, mettre en question la bivalence, n’est pas ce qui est ici en cause. Il est en revanche une autre solution, celle adoptée couramment par les logiciens, et qui, elle, est fausse; je veux parler de celle qui consiste à dire que ce qui est vrai ne saurait être l’articulation signifiante, mais ce qu’elle veut dire. En effet, ce qui se déduit de toute ins­tauration formelle ne saurait en aucun cas se fonder dans la signification référée. A cela deux raisons. Il est, d’une part, impossible de fixer aucune signification qui soit univoque; d’autre part, quels que soient les signifiants avancés pour épingler de vrai ou de faux un référent, il est toujours possible de l’impliquer dans une circons­tance où la vérité la plus clairement énoncée au titre du contenu signifié sera fausse, voire trompeuse. Aussi l’ordre qu’instaure dans les mathématiques l’usage lo­gique de la vérité n’est rendu possible qu’en ce que  la fonction de vérité est attribuée à un groupement signi­fiant; ce qui fait dire à Bertrand RUSSEL qu’on ne sau­rait savoir en aucun cas de quoi on parle [nœud asé­mantique].

 

vérité L17 17 juin 1970. “L’effet de vérité [le fait de se battre pour la vérité] n’est qu’une chute du savoir. C’est cette chute qui fait production bientôt à prendre. Le réel, lui, s’en porte moins bien. En général il s’ébroue jusqu’à la prochaine crise.

 

vérité.L17 21 janv. 1970, p. 67: J’appelle proposition crue celle qu’ailleurs on mettra entre guillemets, chez Quine, par exemple, où l’on distingue l’énoncé de l’énonciation. Ce qui en est une opération que, pour avoir construit mon graphe préci­sément sur son fondement, je n’hésite pourtant pas à déclarer arbitraire. Il est clair en effet qu’il est soutenable de dire, comme c’est la position de Wittgenstein, qu’il n’y a à ajouter nul signe d’affirmation à ce qui est assertion pure et simple. L’assertion s’annonce comme vérité. Comment dès lors sortir de ce qu’il en est des conclusions de Wittgenstein ?  si­non à le suivre là-même où il est entraîné, à savoir vers la proposition élémentaire, dont la notation comme vraie ou fausse est celle qui doit, de toute façon, qu’elle soit vraie ou fausse, assurer la vérité de la pro­position composée. Quels que soient les faits du monde, je dirais plus, quelque soit ce que nous en énonçons, la tautologie de la totalité du dis­cours, c’est cela qui fait le monde.

 

vérité L17 134:Certes, c’est du meurtre du père qu’Oedipe trouve l’accès libre auprès de Jocaste, et qu’elle lui est donnée, à l’acclamation populaire . Jocaste, elle, /…/ en savait un bout, parce que les femmes ne sont pas sans avoir des petits renseignements /…/ L’important est qu’Oedipe a été admis auprès de Jocaste parce qu’il avait triomphé d’une épreuve de vérité /…/ Ce que nous nous proposons c’est l’analyse du complexe d’Oedipe comme étant le rêve de FREUD .

 

vérité L21 12/2 80 Revenons à ARISTOTE. ARISTOTE montre bien que le vrai, c’est pas du tout ça qui est en jeu. Grâce au fait /…/ qu’il fraye l’affaire de cette science que j’appelle le Réel. Du Réel, c’est à dire du trois /…/ au moyen de l’écrit; à savoir que dès ses premiers pas dans le syllo­gisme, c’est parce qu’il vide ces termes /…/ en les trans­formant en lettres /…/. [S1 S2]

 

vérité L21 12/2 78-79 “Dans ARISTOTE on n’est pas tellement encombré par le vrai; il ne parle pas du vrai à propos du prédicat. /…/ le vrai dans l’affaire est tout à fait hors de saison. /…/ Le “traduire en extension” /…/ ARISTOTE de ça n’a pas la moindre espèce d’idée. Moi, je suis embarrassé, par exemple, de votre nombre, tout à fait comme un poisson d’une pomme. [suite sur la Genèse, la pomme et la femme].

 

vérité L24 Livre XXIV, inédit, L’insu que c’est de l’une-bevue s’aile à mourre, 1977. “La vérité a affaire avec le réel et le réel est doublé […] par le symboli­que.

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