Groupe niçois de psychanalyse lacanienne

 

VORSTELLUNGS REPRÄSENTANZ

VORSTELLUNGr

L16, 14, p.4 : Si quelqu’un voulait s’employer à, là, entrer dans le détail, ce qu’assurément l’excès des devoirs de ma marche qui est destinée par nature à ne pas pouvoir s’arrêter étant donné qu’elle doit être encore longue, si quelqu’un était capable, en rapprochant ce qu’énonce Deleuze dans l’ensemble de cet ouvrage de ce qui est ici avancé non absolument sans pertinence mais assurément d’une façon qui représente une faille, d’établir pourquoi c’est une faille, de serrer d’une façon précise ce qu’il a pu y avoir là de fautif, et ce qui rend cette faute cohérente très précisément de ce qui dans ce rapport joue autour de ce sur quoi j’ai insisté à plusieurs reprises les années précédentes, à savoir ce qu’il y a d’essentiel dans une juste traduction, ce qui revient à dire dans une juste désarticulation de la fonction dite du Vortellungs-repräsentanz et de son incidence au regard de l’inconscient effectif si quelqu’un voulait bien se proposer pour mettre au point ceci qui aurait l’avantage, comme il est toujours nécessaire, de  permettre, et à l’occasion d’une façon publique, que ceux qui se réfèrent à mon enseignement et qui, bien entendu, le complètent, le nourrissent, l’accompagnent, de ce qui a pu en être énoncé d’une façon qu’ils complètent, et quelquefois d’une façon clarifiante, les travaux de mes élèves, qu’il soit quand même mis au point ce qui, dans tel ou tel de ce travail ne convient pas entièrement à traduire non pas je dirai ce qui était à ce moment l’axe de ce que j’énonçais mais de ce que la suite a démontré pour en être l’axe véritable. En attendant qu’une telle bonne volonté se propose, je souligne que l’article auquel je fais allusion L’Inconscient, une étude psychanalytique a été publié, d’ailleurs on ne sait trop pourquoi, dans les Temps Modernes de juillet 1961, c’est-à-dire sensiblement après que ce rapport ait été énoncé à un congrès dit de Bonneval, celui auquel se rapporte ce que j’ai moi-même apporté d’une rédaction aussi elle-même très postérieure dans mes Ecrits sous le titre Position de l’Inconscient.

 

L16, 14, p.11 : « Alors bien sûr, c’est bien le moment de vous rappeler que ce que je vous ai dit, il n’y a pas de rapport sexuel, s’il y a un point où ça s’affirme, et tranquillement, dans l’analyse, c’est que la femme, on ne sait pas ce que c’est, inconnue dans la boîte ! sinon, Dieu merci, par des représentations, parce que, bien sûr, depuis toujours on ne l’a jamais connue que comme ça. Si la psychanalyse met justement quelque chose en valeur, c’est que c’est par un ou des représentants de la représentation, c’est bien là le cas de mettre en valeur la fonction de ce terme que Freud introduit à propros du refoulement, il ne s’agit pas de savoir pour l’instant si les femmes sont refoulées, il s’agit de savoir si la Femme l’est comme telle, et bien sûr ailleurs, et pourquoi pas en elle-même, bien sûr. Ce discours n’est pas androcentrique. La Femme dans son essence, si c’est quelque chose, et nous n’en savons rien, elle est tout aussi refoulée pour la femme que pour l’homme, et elle l’est doublement. D’abord en ceci que le représentant de sa représentation est perdu, on ne sait pas ce que c’est que la femme, et ensuite que ce représentant, si on le récupère, est l’objet d’une Verneinung car qu’est-ce d’autre qu’on puisse lui attribuer comme caractère que de ne pas avoir ce que précisément il n’a jamais été question qu’elle ait. Pourtant il n’y a que sous cet angle que, dans la logique freudienne, apparaît la femme : un représentant inadéquat, à côté le phallus et puis la négation qu’elle l’ait, c’est-à-dire la réaffirmation de sa solidarité avec ce truc qui est peut-être bien son représentant mais qui n’a avec elle aucun rapport. Alors ça devrait nous donner à soi tout seul une petite leçon de logique et voir que ce qui manque à l’ensemble de cette logique, c’est précisément le signifiant sexuel. Quand vous lirez Deleuze – il y en a peut-être quelques-uns qui se donneront ce mal – vous vous y romprez à des choses que la fréquentation hebdomadaire de mes discours n’ont apparemment pas suffi à vous rendre familières, sinon j’aurais plus de productions de ce style à lire, c’est que l’essentiel, est-il dit quelque part, du structuralisme, si ce mot a un sens, -seulement comme on lui a donné un sens au niveau comme ça de tout un 181 forum, je ne vois pas pourquoi je m’en ferais le privilège-, l’essentiel, c’est à la fois ce blanc, ce manque dans la chaîne signifiante, avec ce qu’il en résulte d’objets errants dans la chaîne signifiée. Alors l’objet errant, là, par exemple, c’est une jolie petite baudruche soufflée, un petit ballon, avec dessus des yeux peints et puis une petite moustache. Ne croyez pas que ce soit l’homme. C’est écrit, c’est la femme, puisque cette femme insaisissable, c’est quand même comme ça qu’on la voit circuler tous les jours; c’est ce qui même nous permet d’avoir un certain sens du relatif au regard de ce fait que ça pourrait ne pas être comme ça.

Dans une époque moins logicienne, quand nous remontons dans la préhistoire, là où peut-être il n’y avait pas encore de complexe d’Oedipe, on nous fait des petites statuettes de femmes qui devaient être quand même précieuses pour qu’on les ait encore retrouvées – il fallait tout de même les serrer dans des coins ! – qui avaient une forme comme ça (dessin au tableau). Ici plus du tout de petite baudruche, d’yeux ni de moustache, ici de formidables fesses et bon, c’est comme ça que se compose une Vénus préhistorique. Je ne l’ai pas très bien dessinée mais c’était pour vous donner une impression. C’était moins andromorphe.. Ça ne veut pas du tout dire ce que s’imaginent les paléontologues, ça ne veut pas du tout dire qu’elles étaient comme ça. Le représentant de la représentation était autrement que pour nous. Il n’était pas un ballon ou deux. Et vous vous rappelez aussi les mamelles de Tiresias, “Envolez-vous, oiseaux de la faiblesse”… Le représentant de la représentation était assurément comme ça. Ça vous prouve que, selon les âges, le représentant de la représentation peut différer.

 

Vorstellung L12 Livre XII, 5 mai 1965 [LACAN évoque “le représentant diplomatique”. Enfin, commentant le sujet proposé cette année là à l’agrégation : “l’homme peut-il se représenter un monde sans homme ?” il dit ([i])]: Que le monde dont il s’agit n’ait jamais été saisissable que comme fai­sant partie d’un savoir, il est clair […] que la représentation n’est qu’un terme qui sert de caution au leurre de ce savoir. L’homme, lui-même, a été fabriqué tout au cours de cette tradition à la mesure de ces leurres […] pour nous le sujet, dans la mesure justement où il peut être incon­scient, n’est pas représentation ; il est le Représentant de la Vorstellung, il est à la place de la Vorstellungs-Représentanz qui manque, c’est le sens freudien de la Vorstellungs-Représentanz.

 

L16, 17, p.15 : « La pensée est justement ce Vorstellungsrepräsentanz, cette chose qui représente le fait qu’il  y ait du non représentable parce que barré par l’interdit de la jouissance. A quel niveau? Au plus simple, au niveau organique. »

 

Leçon 3 26 novembre 1958

Cette présence du signifiant, elle est articulée d’une façon infiniment plus ins­tante, infiniment plus puissante, infiniment plus efficace dans l’expérience freu­dienne, et c’est ce que Freud nous rappelle à tout instant. C’est également ce qu’on tend à oublier de la façon la plus singulière, pour autant que vous voudrez faire de la psychanalyse quelque chose qui irait dans le même sens, dans la même direction que celle où la psychologie est venue situer son intérêt, je veux dire dans le sens d’un champ clinique, aire d’un champ tensionnel où l’inconscient serait quelque chose qui aurait été une espèce de puits, de chemin, de forage si on peut dire, parallèle à l’évolution générale de la psychologie, et qui nous aurait permis aussi d’aller par un autre accès au niveau de ces tensions plus élémen­taires, au niveau du champ des profondeurs, pour autant qu’il arrive quelque chose de plus réduit au vital, à l’élémentaire que ce que nous voyons à la surface qui serait le champ dit du préconscient ou du conscient.

Ceci, je le répète, est une erreur. C’est très précisément dans ce sens que tout ce que nous disons prend sa valeur et son importance. Et si certains d’entre vous ont pu la dernière fois suivre mon conseil de vous reporter aux deux articles parus en 1915, que pouvez-vous y lire ? Vous pourrez y lire et y voir ceci si vous vous reportez par exemple à l’article l’Unbewusste, au point qui paraît là-dessus le plus sensible – au point je dirais à l’encontre duquel dans une descriptive superficielle, au moment où il ne s’agit pas d’autres choses que d’éléments signi­fiants, de choses que ceux qui ne comprennent absolument rien à ce que je dis ici, articulent et appellent tous les jours une théorie intellectualiste. Nous irons donc nous placer au niveau des sentiments inconscients pour autant que Freud en parle, parce que bien entendu on opposera naturellement à tout ceci que par­ler de signifiants, ce n’est pas la vie affective, la dynamique. Ceci bien entendu, je suis loin de chercher à le contester puisque c’est pour l’expliquer d’une façon claire que j’en passe par là, au niveau de l’Unbewusste Que verrez-vous Freud nous articuler ? Il nous articule très exactement ceci, c’est la partie troisième de Das Unbewusste : Freud nous explique très nettement que ne peut être refoulé, nous dit-il, que ce qu’il appelle Vorstellungsrepräsentanz. Ceci seul, nous dit-il, peut être à proprement parlé “refoulé”. Ceci donc veut dire “représentant de la représentation”. De quoi ? du mouvement pulsionnel qui est ici appelé Triebregung.

Le texte ne laisse aucune espèce d’ambiguïté à ce moment. Il nous dit ceci expressément que la Triebregung, elle en tous cas, est un concept et vise comme tel ce qu’on peut même plus précisément appeler l’unité de motion pulsionnelle, et là il n’est pas question de considérer cette Triebregung ni comme inconsciente, ni comme consciente. Voilà ce qui est dit dans le texte. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire simplement que l’on doit prendre comme un concept objec­tif ce que nous appelons Triebregung. C’est une unité objective en tant que nous la regardons, et elle n’est ni consciente ni inconsciente, elle est simplement ce qu’elle est, un fragment isolé de réalité que nous concevrons comme ayant son incidence d’action propre.

Il n’en est à mon avis que plus remarquable que ce soit son “représentant de la représentation” (c’est la valeur exacte du terme allemand) et [que] ce seul représentant dont il s’agit, la pulsion, Trieb, puisse être dit appartenir à l’incons­cient en tant que celui-ci justement implique ce que j’ai mis tout à l’heure avec un point d’interrogation, à savoir un sujet inconscient.

je n’ai pas à aller ici beaucoup plus loin, je veux dire que, vous devez bien le sentir, c’est justement préciser ce qu’est ce “représentant de la représentation”, et cela vous voyez bien entendu déjà, non pas où je veux en venir, mais où nous en viendrons nécessairement, c’est que ce Vorstellungsreprâsentanz, – encore que Freud en son temps est au point où les choses pouvaient se dire dans un dis­cours scientifique – ce Vorstellungsreprâsentanz est strictement équivalent à la notion et au terme de signifiant. Ce n’est pas autre chose ceci, encore que ce soit seulement annoncé et bien entendu que la démonstration soit, nous semble-t-il, déjà annoncée, car alors à quoi servirait tout ce que je vous ai dit tout à l’heure! Ceci le sera bien entendu encore plus, toujours plus, c’est très précisément de cela qu’il s’agit.

Que Freud par contre soit opposé à cela est également articulé de la façon la plus précise par lui-même. Tout ce qu’on peut connoter sous les termes qu’il réunit lui-même de sensation, sentiment, affect, qu’est-ce que Freud en dit? Il dit que ce n’est que par une négligence de l’expression qui a, ou qui ne peut, ou qui n’a pas, selon le contexte, des inconvénients, comme toutes les négligences, mais c’est un relâchement que de dire qu’il est inconscient. Il ne peut en principe, dit-il, jamais l’être, il lui dénie formellement toute possibilité d’une incidence inconsciente. Ceci est exprimé et répété d’une façon qui ne peut comporter aucune espèce de doute, aucune espèce d’ambiguïté. L’affect, quand on parle d’un affect inconscient, cela veut dire qu’il est perçu, méconnu; méconnu dans quoi? Dans ses attaches, mais non pas qu’il soit inconscient, car il est toujours perçu, nous dit-il, simplement il a été se rattacher à une autre représentation, elle non refoulée. Autrement dit, il a eu à s’accommoder du contexte subsistant dans le préconscient, ce qui lui per­met d’être tenu par la conscience, qui en l’occasion n’est pas difficile, pour l’occasion n’est pas difficile, pour

 

une manifestation de ce dernier contexte. Ceci est articulé dans Freud. Il ne suffit pas qu’il l’articule une fois, il l’articule cent fois, il y revient à tout propos.

C’est précisément là que s’insère l’énigme de ce que l’on appelle transforma­tion de cet affect, de ce qui s’avère à ce propos singulièrement plastique, et ce dont tous les auteurs d’ailleurs dès qu’ils s’approchent de cette question de l’affect, c’est-à-dire à chaque fois qu’il leur tombe un œil, ont été frappés je veux dire pour autant qu’on ose toucher à cette question. Car ce qu’il y a de tout à fait frappant c’est que moi qui fais “de la psychanalyse intellectualiste”, je vais passer mon année à en parler, mais que par contre vous compterez sur les doigts les articles consacrés à la question de l’affect dans l’analyse-encore que les psy­chanalystes en aient plein la bouche quand ils parlent d’une observation cli­nique, car bien entendu c’est toujours à l’affect qu’ils ont recours! Il y a à ma connaissance un seul article valable sur cette question de l’affect, c’est un article de Glover20 dont on parle beaucoup dans les textes de Marjorie Brierley. Il y a dans cet article une tentative de pas en avant dans la découverte de cette notion de l’affect qui laisse un peu à désirer dans ce que Freud dit sur le sujet. Cet article est d’ailleurs détestable, comme d’ailleurs l’ensemble de ce livre qui – se consa­crant à ce qu’on appelle “les tendances de la psychanalyse” – est une assez belle illustration de tous les endroits véritablement impossibles où la psychanalyse est en train d’aller se nicher, en passant par la morale, la “personnologie” et d’autres perspectives éminemment si pratiques autour desquelles le bla-bla de notre époque aime à se dépenser…

Par contre si nous revenons ici aux choses qui nous concernent, c’est-à-dire aux choses sérieuses, que lirons-nous dans Freud ? Nous lirons ceci: l’affect, le problème est de savoir ce qu’il devient pour autant qu’il est décroché de la repré­sentation refoulée et qu’il ne dépend plus de la représentation substitutive à laquelle il trouve à s’attacher.

Au “décroché” correspond cette possibilité d’annexion qui est sa propriété et ce en quoi l’affect se présente dans l’expérience analytique comme quelque chose de problématique qui fait que, par exemple dans le vécu d’une hystérique (c’est de là que part l’analyse, c’est de là que Freud part quand il commence à articuler les vérités analytiques), c’est qu’un affect surgit dans le texte ordinaire, compréhensible, communicable du vécu de tous les jours d’une hystérique; et que cet affect qui est là, – qui a l’air d’ailleurs de tenir avec l’ensemble du texte,

 

20. GLOVER E., « The psycho-analysis of affects ». I.J.P. Vol XX, 1939, pp. 299-307.     57

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sauf pour un regard un petit peu exigeant – cet affect qui est là est la transfor­mation de quelque chose d’autre.

C’est quelque chose qui vaut que nous nous y arrêtions: quelque chose d’autre qui n’est pas un autre affect qui serait, lui, dans l’inconscient. Ceci, Freud le dénie absolument, il n’y a absolument rien de semblable. C’est la transforma­tion du facteur purement quantitatif. Il n’y a absolument rien qui, à ce moment là, soit réellement dans l’inconscient ce facteur quantitatif sous une forme trans­formée, et toute la question est de savoir comment dans l’affect ces transforma­tions sont possibles, à savoir par exemple comment un affect qui est dans la profondeur, et concevable dans le texte inconscient restitué comme étant tel ou tel, se présente sous une autre forme quand il se présente dans le contexte pré­conscient.

Que Freud nous dit-il ?

Premier texte: « Toute la différence provient de ce que dans l’inconscient les Vorstellungen sont des investissements dans le fond de traces de souvenirs, tan­dis que les affects correspondent à des procès de décharge dont les manifesta­tions dernières sont perçues comme sensations. » Telle est la règle de la formation des affects.

C’est aussi bien que, comme je vous l’ai dit, l’affect renvoie au facteur quan­titatif de la pulsion, ce en quoi il entend qu’il n’est pas seulement muable, mobile, mais soumis à la variable que constitue ce facteur, et il l’articule préci­sément encore en disant que son sort peut être triple: « L’affect reste, subsiste en totalité ou en partie tel qu’il est, ou bien il subit une métamorphose en une quan­tité d’affects qualitativement autres, avant tout en angoisse, (c’est ce qu’il écrit en 1915, et où on voit s’amorcer une position que l’article Inhibition, symptôme, angoisse articulera dans la topique) ou bien il est supprimé, c’est-à-dire que son développement est entravé. »

« La différence, nous dit-on, entre ce qu’il en est de l’affect et ce qu’il en est du Vorstellungsrepräsentanz, c’est que la représentation après le refoulement reste comme formation réelle dans le système ICS, tandis qu’à l’affect incons­cient ne répond qu’une possibilité annexe qui n’avait nulle nécessité, écrit Freud, à s’épanouir2l. »

C’est un préambule tout à fait inévitable avant d’entrer dans le mode dont j’entends ici poser les questions à propos de l’interprétation du désir du rêve. Je vous ai dit que je prendrais pour cela un rêve pris au texte de Freud, parce qu’après tout c’est encore le meilleur guide pour être sûr de ce qu’il entend dire quand il parle du désir du rêve. Nous allons prendre un rêve que j’emprunterai à cet article qui s’appelle Formulierungen, Formulations à propos des deux prin­cipes de régulation de la vie psychique 22,de 1911, paru juste avant Le cas Schreber. J’emprunte ce rêve, et la façon dont Freud en parle et le traite à cet article, parce qu’il y est articulé d’une façon simple, exemplaire, significative, non ambiguë, et pour montrer comment Freud entend la manipulation de ces Vorstellungsrepräsentanz, pour autant qu’il s’agit de la formulation du désir inconscient.

Ce qui se dégage de l’ensemble de l’œuvre de Freud concernant les rapports de ce Vorstellungsrepräsentanz avec le processus primaire, ne laisse aucune espèce de doute. Si le processus primaire est capable, pour autant qu’il est sou­mis au premier principe, dit principe de plaisir… Il n’y a aucune autre façon de concevoir l’opposition qui dans Freud est marquée entre le principe de plaisir et le principe de réalité, si ce n’est de nous apercevoir que ce qui nous est donné comme le surgissement hallucinatoire où le processus primaire (c’est-à-dire le désir au niveau du processus primaire) trouve sa satisfaction, concerne non pas simplement une image, mais quelque chose qui est un signifiant. C’est d’ailleurs chose surprenante qu’on ne s’en soit pas avisé autrement, je veux dire à partir de la clinique. On ne s’en est jamais avisé autrement, semble-t-il, précisément pour autant que la notion de signifiant était quelque chose qui n’était pas élaboré au moment du grand épanouissement de la psychiatrie classique, car enfin dans la massivité de l’expérience clinique, sous quelles formes se présentent à nous les formes majeures problématiques les plus insistantes sous lesquelles se pose pour nous la question de l’hallucination, si ce n’est dans les hallucinations verbales ou de structure verbale, c’est-à-dire dans l’intrusion, l’immixtion dans le champ du réel, non pas de n’importe quoi, non pas d’une image, non pas d’un fantasme, non pas de ce que supporterait souvent simplement un processus hallucinatoire. Mais si une hallucination nous pose des problèmes qui lui sont propres, c’est parce qu’il s’agit de signifiants et non pas d’images, ni de choses, ni de percep­tions, enfin de “fausses perceptions du réel” comme on s’exprime.

 

V  DAS DING (11)

C’est entre perception et conscience que s’insère ce qui fonctionne au niveau du principe du plaisir. C’est-à-dire quoi ? les processus de pensée pour autant qu’ils règlent par le principe du plaisir l’investissement des Vorstellungen, et la structure dans laquelle l’inconscient s’organise, la structure dans laquelle la sous-jacence des mécanismes inconscients se flocule, ce qui fait le grumeau de la représentation, à savoir quelque chose qui a la même structure – c’est là le point sur lequel j’insiste – que le signifiant. Cela n’est pas simplement Vorstellung, mais, comme Freud l’écrit plus tard dans son article sur l’Inconscient, Vorstellungsrepräsentanz, ce qui fait de la Vorstellung un élément associatif,

75  combinatoire. Par là, le monde de la Vorstellung est déjà organisé selon les possibilités du signifiant comme tel. Déjà au niveau de l’inconscient, cela s’organise selon des lois qui ne sont pas forcément, Freud l’a bien dit, les lois de la contradiction, ni celles de la grammaire, mais les lois de la condensation et du déplacement, celles que j’appelle pour vous les lois de la métaphore et de la métonymie.

 

Quoi donc d’étonnant à ce que Freud nous dise que ces processus de la pensée qui se passent entre perception et conscience ne seraient rien pour la conscience s’ils ne pouvaient lui être apportés par l’intermédiaire d’un discours, de ce qui peut s’expliciter dans la Vorbewusstsein, dans le préconscient ? Qu’est-ce à dire ? Freud ne nous laisse aucun doute – il s’agit de mots. Et, bien entendu, ces Wortvorstellungen dont il s’agit, il faut aussi que nous les situions par rapport à ce que nous articulons ici.

 

Ce n’est pas, Freud nous le dit, la même chose que les Vorstellungen dont nous suivons à travers le mécanisme inconscient le processus de superposition, de métaphore et de métonymie. C’est bien autre chose. Les Wortvorstellungen instaurent un discours qui s’articule sur les processus de la pensée. En d’autres termes, nous ne connaissons rien des processus de notre pensée, si – laissez-moi le dire pour accentuer ma pensée – nous ne faisons pas de psychologie. Nous ne les connaissons que parce que nous parlons de ce qui se passe en nous, que nous en parlons dans des termes inévitables, dont nous savons d’autre part l’indignité, le vide, la vanité. C’est à partir du moment où nous parlons de notre volonté ou de notre entendement comme de facultés distinctes que nous avons une préconscience, et que nous sommes capables en effet d’articuler en un discours quelque chose de ce bavardage par lequel nous nous articulons en nous-mêmes, nous nous justifions, nous rationalisons pour nous-mêmes, dans telle ou telle circonstance, le cheminement de notre désir.

 

C’est bien d’un discours, en effet, qu’il s’agit. Et Freud accentue qu’après tout nous n’en savons rien d’autre, que ce discours. Ce qui vient à la Bewusstsein, c’est la Wahrnehmung, la perception de ce discours, et rien d’autre. C’est là exactement sa pensée.

 

C’est ce qui fait qu’il a tendance à rejeter au néant des représentations superficielles, ou, pour employer le terme de Silberer, le phénomène fonctionnel. Sans doute y a-t-il dans telle phase du rêve des choses qui nous représentent de façon imagée le fonctionnement psychique – pour reprendre un exemple notoire, les couches du psychisme sous la forme du jeu de l’oie. Que dit Freud? Qu’il ne s’agit là que de la production de rêves d’un esprit porté à la métaphysique, entendez à la psychologie, porté à magnifier ce que le discours nous impose comme nécessaire lorsqu’il s’agit pour nous de distinguer une certaine scansion de notre expérience intime. Mais cette représentation, nous dit Freud, laisse échapper la structure, la gravitation la plus profonde, qui se fonde au niveau des Vorstellungen. Et ces Vorstellungen, affirme-t-il, gravitent, s’échangent, se modulent selon les lois que vous pouvez reconnaître, si vous suivez mon enseignement, pour être les lois les plus fondamentales du fonctionnement de la chaîne signifiante.

 

Suis-je arrivé à me faire bien entendre ? Il est difficile, me semble-t-il, d’être, sur ce point essentiel, plus clair.

 

Nous voilà donc amenés à distinguer l’articulation effective d’un discours, d’une gravitation des Vorstellungen sous la forme de Vorstellungsrepräsentanzen de ces articulations inconscientes. Il s’agit de voir ce que, dans de telles circonstances, nous appelons Sachvorstellungen. Celles-ci sont à situer en opposition polaire aux jeux de mots, aux Wortvorstellungen, mais à ce niveau, elles ne vont pas sans elles. Quant au das Ding, c’est autre chose – c’est une fonction primordiale, qui se situe au niveau initial d’instauration de la gravitation des Vorstellungen inconscientes.

 

Le temps m’a manqué la dernière fois pour vous faire sentir dans l’usage courant du langage la différence linguistique qu’il y a entre Ding et Sache.

 

Il est clair qu’on ne l’emploiera pas dans chaque cas indifféremment, et que même s’il y a des cas où l’on peut employer l’une et l’autre, choisir l’une ou l’autre donne en allemand une accentuation préférentielle au discours. Je prie ceux qui savent l’allemand de se référer aux exemples du dictionnaire. On dira Sache pour les affaires de la religion, mais on dira tout de même que la foi n’est pas Jedermannding, la chose de tout le monde. Maître Eckhart emploie Ding pour parler de l’âme, et Dieu sait si dans Maître Eckhart l’âme est une Grossding, la plus grande des choses – il n’emploierait certainement pas le terme de Sache. Si je voulais vous faire sentir la différence en vous donnant une sorte de référence globale à ce qui se répartit dans l’emploi du signifiant d’une façon différente en allemand et en français, je vous dirais cette phrase que j’avais sur les lèvres la dernière fois, et que j’ai retenue parce qu’après tout, je ne suis pas germanophone et que j’ai voulu profiter de l’intervalle pour en faire l’épreuve aux oreilles de certains dont c’est la langue maternelle – Die Sache, pourrait-on dire, ist das Wort des Dinges. Pour le traduire en français – l’affaire est le mot de la Chose.

 

C’est justement en tant que nous passons au discours que das Ding, la Chose, se résout dans une série d’effets – au sens même où l’on peut dire meine Sache. C’est tout mon saint-frusquin, et bien autre chose que das Ding, la Chose à laquelle il nous faut maintenant revenir.

 

Vous ne serez pas étonnés que je vous dise qu’au niveau des Vorstellungen, la Chose non pas n’est rien, mais littéralement n’est pas elle se distingue comme absente, étrangère.

 

Tout ce qui d’elle s’articule comme bon et mauvais divise le sujet à son endroit, je dirai irrépressiblement, irrémédiablement, et sans aucun doute par rapport à la même Chose. Il n’y a pas de bon et de mauvais objet, il y a du bon et du mauvais, et puis il y a la Chose. Le bon et le mauvais entrent déjà dans l’ordre de la Vorstellung, ils sont là comme indices de ce qui oriente la position du sujet, selon le principe du plaisir, par rapport à ce qui ne sera jamais que représentation, que recherche d’un état élu, d’un état de souhait, d’attente de quoi ? De quelque chose qui est toujours à une certaine distance de la Chose, encore qu’il soit réglé par cette Chose, laquelle est là au-delà.

 

Nous le voyons au niveau de ce que nous avons noté l’autre jour comme les étapes du système j. Ici Wahrnehmungszeichen, ici Vorbewusstsein, ici les Wortvorstellungen pour autant qu’elles reflètent en un discours ce qui se passe au niveau des processus de la pensée, lesquels sont eux-mêmes réglés par les lois de l’Unbewusst, c’est-à-dire par le principe du plaisir. Les Wortvorstellungen s’opposent comme le reflet de discours à ce qui ici s’ordonne, selon une économie de paroles, dans les Vorstellungsrepräsentanzen, que Freud appelle dans l’Entwurf les souvenirs conceptuels, ce qui n’est qu’une première approximation de la même notion.

 

Au niveau du système j, c’est-à-dire au niveau de ce qui se passe avant l’entrée dans le système y, et le passage dans l’étendue de la Bahnung, de l’organisation des Vorstellungen, la réaction typique de l’organisme en tant que réglé par l’appareil neuronique, c’est l’élidement. Les choses sont vermeidet, élidées. Le niveau des Vorstellungsrepräsentanzen est le lieu élu de la Verdrängung. Le niveau des Wortvorstellungen est le lieu de la Verneinung.

 

Je m’arrête un instant ici pour vous montrer la signification d’un point qui fait encore problème pour certains d’entre vous à propos de la Verneinung. Comme Freud le fait remarquer, c’est le mode privilégié de

 

VI DE LA LOI MORALE

 

La Critique de la raison pratique.

La Philosophie dam le boudoir.

Les dix commandements.

L’Epître aux Romains.

 

Faisons entrer le simple d’esprit, faisons-le asseoir au premier rang, et demandons-lui ce que veut dire Lacan.

 

Le simple d’esprit se lève, vient au tableau et explique – Lacan nous parle depuis le début de l’année de das Ding dans les termes suivants – il le met au coeur d’un monde subjectif qui est celui dont il nous dépeint l’économie, selon Freud, depuis des années. Ce monde subjectif se définit par ceci que le signifiant est, chez l’homme, déjà intronisé au niveau inconscient, mêlant ses repères aux possibilités d’orientation que lui donne son fonctionnement d’organisme naturel d’être vivant.

 

Déjà, rien qu’à l’inscrire ainsi sur ce tableau, en mettant das Ding au centre, et autour le monde subjectif de l’inconscient organisé en relations signifiantes, vous voyez la difficulté de la représentation topologique. Car ce das Ding est justement au centre au sens qu’il est exclu. C’est-à-dire qu’en réalité il doit être posé comme extérieur, ce das Ding, cet Autre préhistorique impossible à oublier dont Freud nous affirme la nécessité de la position première, sous la forme de quelque chose qui est entfremdet, étranger à moi tout en étant au coeur de ce moi, quelque chose qu’au niveau de l’inconscient, seule représente une représentation.

 

Je dis – quelque chose que seule représente une représentation. Ne voyez pas là un simple pléonasme, car représente et représentation sont ici deux

87 choses différentes, comme l’indique le terme Vorstellungsrepräsentanz. Il s’agit de ce qui, dans l’inconscient, représente comme signe la représentation comme fonction d’appréhension – de la façon dont se représente toute représentation pour autant qu’elle évoque le bien que das Ding apporte avec lui.

 

Mais dire le bien est déjà une métaphore, un attribut. Tout ce qui qualifie les représentations dans l’ordre du bien se trouve pris dans la réfraction, le système de décomposition que lui impose la structure des frayages inconscients, la complexification dans le système signifiant des éléments. C’est par là seulement que le sujet se rapporte à ce qui se présente pour lui comme son bien à l’horizon. Son bien lui est déjà indiqué comme la résultante significative d’une composition signifiante qui se trouve appelée au niveau inconscient, c’est-à-dire là où il ne maîtrise en rien le système des directions, des investissements, qui règlent en profondeur sa conduite.

 

 

VIII L’OBJET ET LA CHOSE

 

La psychologie des affects. Le mythe kleinien de la mère. Les apologues kantiens. Sublimation et perversion. Apologue de jacques Prévert collectionneur.

 

Je fais tourner ce dans quoi nous avançons cette année autour d’un pivot que je crois nécessaire, ce das Ding qui n’est pas sans faire problème, voire sans faire surgir quelques doutes sur sa légitimité freudienne chez ceux qui réfléchissent et qui conservent, comme ils le doivent, leur esprit critique en présence de ce que je formule pour vous.

 

J’assume pleinement la responsabilité de ce das Ding, dont vous pourrez concevoir la portée exacte dans la mesure où il se sera avéré nécessaire à notre progrès. C’est évidemment dans son maniement que vous pourrez en apprécier le bien-fondé. J’en reparle pourtant.

 

Certains peuvent dire ou penser que ce n’est qu’un petit détail du texte freudien que j’ai été pêcher dans l’Entwurf.

 

Mais justement, je crois que dans des textes comme ceux de Freud l’expérience nous l’enseigne – rien n’est caduc, au sens où ce serait quelque chose d’emprunté, produit de quelque psittacisme scolaire, et qui ne serait pas marqué de cette puissante nécessité articulatoire qui distingue son discours. C’est ce qui rend si important de s’apercevoir des points où il reste ouvert, béant, n’en impliquant pas moins une nécessité que je crois avoir pu vous faire sentir en plusieurs occasions.

 

Il y a plus. Ce das Ding, tel que j’essaie de vous en faire sentir la place et la portée, est tout à fait essentiel quant à la pensée freudienne, et à mesure que nous avancerons, vous le reconnaîtrez.

 

Il s’agit de cet intérieur exclu qui, pour reprendre les termes mêmes de l’Entwurf, est ainsi exclu à l’intérieur. A l’intérieur de quoi ? De quelque chose qui s’articule, très précisément à ce moment, comme le Real-Ich qui veut dire alors le dernier réel de l’organisation psychique, réel conçu comme hypothétique, au sens où il est supposé nécessairement Lust-Ich. C’est dans ce dernier que se manifestent les premières ébauches d’organisation psychique, c’est-à-dire de cet organisme psy dont la suite nous montre qu’il est dominé par la fonction des Vorstellungsrepräsentanzen. Ce ne sont pas seulement les représentations, mais les représentants de la représentation, ce qui correspond très précisément à la voie où s’est engagée avant Freud toute la connaissance dite psychologique, en tant qu’elle a d’abord pris forme d’un atomisme. Cette élémentarité idéationnelle est en somme la vérité dudit atomisme.

Par une sorte de nécessité essentielle, tout l’effort de la psychologie a tenté de s’en dégager. Mais elle ne peut s’en dégager, s’insurger contre l’atomisme, qu’à méconnaître cette floculation qui soumet sa matière et sa matière, c’est le psychisme – à la texture sur laquelle s’échafaude la pensée, autrement dit la texture du discours en tant que chaîne signifiante. C’est la trame même sur laquelle la logique s’édifie, avec ce qu’elle apporte de surajouté et d’essentiel, qui est la négation, le splitting, la Spaltung, la division, la déchirure qu’y introduit l’immixtion du sujet. La psychologie est soumise à la condition atomique d’avoir à manier les Vorstellungsrepräsentanzen, pour autant qu’en eux-mêmes est floculée la matière psychique. Sans doute la psychologie tente-t-elle de s’en affranchir, mais ses tentatives en ce sens ont été jusqu’à présent maladroites.

 

 

VIII L’OBJET ET LA CHOSE

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La direction dans laquelle la pensée freudienne s’engage, c’est toujours de mettre l’affect à la rubrique du signal. Que Freud en soit venu, au terme de l’articulation de sa pensée, à mettre l’angoisse elle-même dans la cote du signal, doit être déjà pour nous suffisamment indicatif Mais ce que nous cherchons est au-delà de l’organisation du Lust-Ich pour autant qu’il est entièrement lié, dans un caractère phénoménal, au plus ou moins grand investissement du système des Vorstellungsrepräsentanzen, autrement dit, des éléments signifiants dans le psychisme. C’est là quelque chose qui est bien fait pour nous permettre, au moins opérationnellement, de définir le champ de das Ding, en tant que nous essayons de nous avancer sur le terrain de l’éthique. Et comme la pensée de Freud a progressé à partir d’un point de départ thérapeutique, nous pouvons tenter de définir le champ du sujet en tant qu’il n’est pas seulement le sujet intersubjectif, le sujet soumis à la médiation du signifiant, mais ce qu’il y a derrière ce sujet.

 

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En effet, le premier rapport qui se constitue chez le sujet dans le système psychique, lequel est lui-même soumis à l’homéostase, loi du principe du plaisir, flocule, cristallise en éléments signifiants. L’organisation signifiante domine l’appareil psychique tel qu’il nous est livré par l’examen du malade. Dès lors, nous pouvons dire, sous une forme négative, qu’il n’y a rien entre l’organisation dans le réseau signifiant, dns le réseau des Vorstellungsrepräsentanzen, et la constitution dans le réel de cet espace, de cette place centrale sous laquelle se présente pour nous le champ de la Chose comme tel.

C’est très précisément dans ce champ que doit se situer ce que Freud nous présente d’autre part comme devant répondre à la trouvaille comme telle, comme devant être l’objet wiedergefundene, retrouvé. Telle est pour Freud la définition fondamentale de l’objet dans sa fonction directrice, dont j’ai déjà montré le paradoxe, car cet objet, il ne nous est pas dit qu’il ait été réellement perdu. L’objet est de sa nature un objet retrouvé. Qu’il ait été perdu, en est la conséquence – mais après coup. Et donc, il est retrouvé sans que nous sachions autrement que de ces retrouvailles qu’il a été perdu.

C’est en cela que consiste le nerf diffus du principe du plaisir. Le principe du plaisir tend au réinvestissement de la représentation. L’intervention du principe de réalité ne peut donc qu’être tout à fait radicale – elle n’est jamais une seconde étape. Bien entendu, aucune adaptation à la réalité ne se fait sinon par un phénomène de gustation, d’échantillonnage, par où le sujet arrive à contrôler, on dirait presque avec la langue, ce qui fait qu’il est bien sûr de ne pas rêver.

Cela est absolument constitutif du nouveau de la pensée freudienne, et d’ailleurs n’a jamais été méconnu par personne. C’est paradoxal et provocant. Le fonctionnement de l’appareil psychique, personne n’avait jamais osé l’articuler ainsi avant lui. Il le décrit à partir de l’expérience de ce qu’il a vu surgir d’irréductible au fond des substitutions hystériques – la première chose que peut faire l’homme démuni lorsqu’il est tourmenté par le besoin, est de commencer par halluciner sa satisfaction, et puis il ne peut rien faire d’autre que contrôler. Par bonheur, il fait en même temps à peu près les gestes qu’il faut pour se raccrocher à la zone où cette hallucination coïncide avec un réel approximatif.

Voilà de quel départ de misère toute la dialectique de l’expérience, si l’on veut respecter les textes fondamentaux, s’articule en termes  164 freudiens. C’est ce que je vous ai dit en parlant du rapport du principe du plaisir et du signifiant.

Car les Vorstellungen ont d’ores et déjà à l’origine le caractère d’une structure signifiante.

 

 

3 FÉVRIER 1960.

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16 décembre 1959

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en fait à travers toute l’interrogation du philosophe le caractère essentiel. Et cette sphère, cet ordre, cette gravitation des Vorstellungen, les place­t-il ? Là je vous ai dit la dernière fois qu’il fallait, à bien lire Freud, les placer, entre perception et conscience, comme je vous l’ai dit, entre cuir et chair. W c’est Wahrnehmung, perception. Ici principe de réalité. Et ici, nous l’avons dit, Bewußtsein, donc conscience. C’est ici entre percep­tion et conscience que vient s’insérer ce qui, au niveau du principe du plaisir, fonctionne, c’est-à-dire les processus de pensée pour autant qu’ils règlent, par le principe du plaisir, l’investissement des Vorstellungen et la structure dans laquelle l’inconscient s’organise, la structure dans laquelle la sous-jacence des mécanismes inconscients se floculent, ce qui fait le grumeau de la représentation, à savoir quelque chose qui a la même struc­ture, c’est là le point essentiel sur lequel j’insiste, la même structure que le signifiant. Ce qui n’est pas simplement Vorstellung, mais comme Freud l’écrit, plus tard, dans son article sur le Unbewußt, Vorstellungsrepräsen­tanz, ce qui fait de la Vorstellung un élément associatif, un élément com­binatoire, qui en fait quelque chose qui, d’ores et déjà, met à notre dispo­sition un monde de la Vorstellung déjà organisé selon les possibilités du signifiant comme tel, quelque chose qui, déjà au niveau de l’inconscient, s’organise selon des lois qui, Freud l’a bien dit, ne sont pas forcément les lois de la contradiction, les lois de la grammaire, mais qui sont d’ores et déjà les lois de la condensation, les lois du déplacement, celles que j’ap­pelle pour vous les lois de la métaphore, les lois de la métonymie. Quoi donc d’étonnant qu’ici, je veux dire entre perception et conscience, là se passent ces processus de la pensée qui ne seraient rien, jamais, pour la conscience, nous dit Freud, si elles ne pouvaient lui être apportés par l’in­termédiaire d’un discours, de ce qui peut s’expliciter, s’articuler dans la Vorbewußtsein, dans le préconscient. Qu’est-ce à dire ? Ici Freud ne nous laisse aucun doute. Il s’agit de mots. Et, bien entendu, ces Wortvorstel­lungen dont il s’agit, il faut aussi que nous les situions par rapport à ce que nous articulons ici.

Ce n’est pas, bien sûr, Freud nous le dit, la même chose que les Vorstel­lungen dont nous suivons à travers le mécanisme inconscient le processus de superposition, de métaphore et de métonymie comme je vous le disais à l’instant. C’est bien autre chose. Ce sont les Wortvorstellungen qui ins­taurent un discours qui s’articule sur les processus de la pensée.


[i] Livre XII, 19 Mai 1965.

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