mercredi, février 21, 2024
Recherches Lacan

LXX ENCORE Leçon du 16 Janvier 1973

Leçon du 16 janvier 1973

Qu’est-ce que je peux avoir à vous dire, Encore ? Depuis le temps que ça dure, et que ça n’a pas tous les effets que j’en voudrais. Et bien, justement à cause de ça, ce que j’ai à dire, ça ne manque pas, néanmoins, comme on ne saurait tout dire, et pour cause, j’en suis réduit à cet étroit cheminement qui fait qu’à chaque instant, il faut que je me garde de re-glisser dans ce qui déjà se trouve fait de ce qui s’est dit. C’est pourquoi, aujourd’hui, je vais essayer une fois de plus de maintenir ce difficile frayage, puisque de par un titre, nous avons du même coup un horizon étrange, d’être qualifié de cet Encore. Il faut que je donne aujourd’hui le repérage d’un certain nombre de points qui seront cette année nos points d’orientation. Il y a quelque chose qui, la dernière fois, s’est formulé : la fonction de l’écrit. C’est un de nos points, cette année, un de nos points-pôle. Je voudrais vous rappeler pourtant que je pense, que la première fois que je vous ai parlé — si je ne me trompe — j’ai énoncé que : « La jouissance — la jouissance de l’Autre, que j’ai dit symbolisée par le corps – n’est pas un signe de l’amour ». Naturellement ça passe. Ça passe parce qu’on sent que c’est du niveau de ce qui a fait le précédent dire, ça ne fléchit pas. Pourtant il y a là-dedans des termes qui méritent bien d’être commentés. La jouissance c’est bien ce que j’essaie de rendre présent par ce dire même. Ce « l’Autre », il est plus que jamais mis en question, il doit être de nouveau martelé, refrappé, pour qu’il prenne son plein sens, sa résonance complète : lieu d’une part, mais d’autre part avancé comme le terme qui se supporte, puisque c’est moi qui parle, qui ne puis parler que d’où je suis, identifié à ce que j’ai qualifié la dernière fois pur signifiant. L’homme, une femme, ai-je dit, ce ne sont rien que signifiants, et c’est dès là qu’ils prennent comme tels… Je veux dire en tant qu’incarnation distincte du sexe… Qu’ils prennent leur fonction.

L’Autre, dans mon langage ce ne peut donc être que l’autre sexe. Qu’est-ce qu’il en est de cet Autre ? Qu’est-ce qu’il en est de sa position au regard de ce autour de quoi se réalise le rapport sexuel ? C’est à savoir une jouissance que le discours analytique a précipité cette fonction du phallus dont, en somme, l’énigme reste entière puisqu’il ne s’y articule que « d’effets d’absence ». Est-ce à dire pourtant qu’il s’agit là… Comme on a cru pouvoir trop vite le traduire… du signifiant de ce qui manque dans le signifiant ? C’est bien là ce autour de quoi cette année devra mettre un point terme. C’est à savoir : du phallus dire quelle est… dans le discours analytique… la fonction. Nous n’y arriverons pas tout droit. Mais à seule fin de déblayer, je dirai que ce que la dernière fois j’ai ramené comme étant, comme accentuant, la fonction de la barre n’est pas sans rapport avec le phallus. Il nous reste… dans la deuxième partie de la phrase, liée à la première par un « n’est pas »…« …n’est pas le signe de l’amour », c’est bien en quoi aussi pointe notre horizon. Il nous faut, cette année, articuler ce dont il s’agit qui est bien là comme au pivot de tout ce qui s’est institué de l’expérience analytique : l’amour. L’amour, il y a longtemps qu’on ne parle que de ça. Ai-je besoin d’accentuer qu’il est au centre, qu’il est au cœur, très précisément du discours philosophique et que c’est là assurément ce qui doit nous mettre en garde. Si le discours philosophique s’est entrevu comme ce qu’il est : cette variante du discours du maître… Si la dernière fois j’ai pu dire de l’amour, en tant que ce qu’il vise c’est l’être, à savoir ce qui dans le langage se dérobe le plus, ce sur quoi j’ai insisté comme ce qui allait être, ou ce qui justement d’être a fait surprise. Si j’ai pu ajouter que cet être, nous devons nous interroger : s’il n’est pas si près de cet être du signifiant m’être m, apostrophe, e accent grave [lapsus de Lacan], s’il n’est pas l’être au commandement, s’il n’y a pas là le plus étrange des leurres. Est-ce que ce n’est pas aussi pour, avec le mot signe, nous commander d’interroger ce en quoi le signe se distingue du signifiant ? Voilà donc quelques points dont l’un est « la jouissance », dont l’autre est « l’Autre », le troisième « le signe », le quatrième « l’amour ».

Quand nous lisons ou relisons ce qui s’est émis d’un temps où le discours de l’amour s’avouait être celui de l’être, quand nous ouvrons ce livre qui est celui de Richard de SAINT VICTOR sur la trinité divine, c’est de l’être que nous partons. De l’être en tant qu’il est… pardonnez-moi ce glissement d’écrit… conçu comme l’êtrenel, comme l’éternel pour les sourds. Et que, de l’ être, après cette élaboration, ce cheminement, pourtant si tempéré chez ARISTOTE, et sous l’influence sans doute de l’irruption de ce « je suis ce que je suis » qui est l’énoncé de la vérité judaïque, quand tout ceci vient à culminer dans cette idée… cette idée jusque là cernée, frôlée, approchée, approximative de l’ être… vient à culminer dans ce violent arrachement à la fonction du temps, par l’énoncé de l’Éternel, il en résulte d’étranges conséquences. C’est à savoir l’énonciation : qu’il y a l’ être qui, éternel, l’est de lui-même… qu’il y a l’ être qui, éternel, ne l’est pas de lui-même… qu’il y a l’ être qui éternel… [lapsus] qui, non éternel, n’a pas cet être fragile, en quelque sorte précaire, voire inexistant, ne l’a pas de lui-même… mais qui s’arrête à ce qui semble s’en imposer du fait des définitions logiques… si toutefois la négation suffisait dans cet ordre, d’une fonction univoque à assurer l’existence… qui s’arrête à ceci : que ce qui n’est pas éternel ne saurait en aucun cas… puisque des quatre subdivisions qui se produisent de cette alternance de « l’affirmation » et de « la négation » de « l’éternel » et du « de lui-même »… y a-t-il, dit-il, un être qui non éternel, puisse être de lui-même ? Et assurément ceci paraît, au Richard DE SAINT VICTOR en question, devoir être écarté. Est-ce qu’il ne semble pas pourtant qu’il y a là précisément ce dont il s’agit concernant le signifiant, c’est à savoir que le signifiant, aucun signifiant ne s’avance, ne se produit comme tel, comme éternel. C’est là sans doute ce que… plutôt que de le qualifier d’arbitraire… SAUSSURE eût pu tenter de formuler. Le signifiant, disons : mieux eût valu l’avancer de la catégorie du contingent, en tout cas de ce qui n’est assurément pas éternel, de ce qui répudie la catégorie de l’éternel, mais qui pourtant, singulièrement, est de lui-même. Ainsi qu’il se propose à nous : ce signifiant, de par lui-même, a des effets.

Et pourtant, s’il y a quelque chose qui peut s’en avancer c’est sa participation…pour employer une approche platonicienne…c’est sa participation à ce rien, d’où effectivement c’est l’émergence même de l’idée créationniste que de nous dire que quelque chose de tout à fait originel a été fait ex nihilo, c’est à savoir de rien. Il semble bien…ne vous semble-t-il pas, n’y a-t-il pas quelque chose qui vous apparaisse, si tant est que la paresse qui est la vôtre puisse être réveillée par quelque apparition…c’est que la genèse ne nous raconte rien d’autre que la création de rien, en effet. De quoi ? De rien d’autre que de signifiants. Dès que cette création surgit, elle s’articule de la nomination de ce qui est. Est-ce que ce n’est pas là la création dans son essence ? Est-ce que la création n’est-elle pas rien d’autre que le fait de ce qui était là, comme ARISTOTE ne peut assurément manquer de l’énoncer, c’est à savoir que s’il y a jamais eu quelque chose, c’était depuis toujours que c’était là. N’est-ce pas dans l’idée créationniste… essentiellement de la création, et de la création à partir de rien…du signifiant qu’il s’agit fondamentalement, qu’il s’agit d’une façon qui fonde. N’est-ce pas là même en quoi consiste ce que nous pouvons de ce qui, à se refléter dans une conception du monde s’est énoncé comme révolution copernicienne. Depuis longtemps, je mets en doute ce que FREUD là-dessus a cru pouvoir avancer. Comme si, de ce que lui a appris le discours de l’hystérique, à savoir de cette autre substance, qui tout entière, tient en ceci : qu’il y a du signifiant, et que c’est de l’effet de ce signifiant qu’il s’agit dans ce discours de l’hystérique, qu’à le recueillir il a su faire tourner de ce quart de tour qui en a fait le discours analytique. La notion même de quart de tour évoque la révolution, mais certes pas dans le sens où révolution est subversion. Bien au contraire : ce qui tourne, c’est ce qu’on appelle « révolution » est destiné, de son énoncé même, à évoquer le retour. Assurément nous n’y sommes point, à l’achèvement de ce retour, puisque c’est déjà de façon fort pénible que ce quart de tour s’accomplit. Mais il n’est jamais trop d’évoquer d’abord que s’il y a eu quelque part révolution ce n’est certes pas au niveau de COPERNIC qu’il avait été inutile d’évoquer des termes qui ne sont que d’érudition historique. C’est à savoir que depuis longtemps l’hypothèse avait été avancée que, que le soleil était peut-être bien le centre autour duquel ça tournait. Mais qu’importe ! Ce qui importait à ces mathématiciens c’est assurément le départ – le départ de quoi ? – de ce qui tourne. Ce que nous savons, bien sûr, c’est que cette virée éternelle des étoiles de la dernière des sphères… celle à quoi ARISTOTE suppose une autre encore, qui serait celle de l’immobile, cause première du mouvement de celles qui tournent…si les étoiles tournent c’est bien assurément de ce que la terre, la terre tourne sur elle-même, et que c’est déjà merveille que de cette virée, de cette révolution, de ce tournage éternel de la sphère stellaire, il se soit trouvé des hommes pour forger, pour forger ces autres sphères, où faire tourner…de ce mouvement oscillatoire qui est celui du système ptolémaïque …les sphères des planètes, de celles qui tournant autour du soleil, se trouvent au regard de la terre dans cette position ambiguë d’aller et de venir en dents de crochet. Est-ce que, à partir de là, avoir cogité le mouvement des sphères ce n’est pas un tour de force extraordinaire, à quoi, après tout, COPERNIC ne faisait que faire remarquer que peut-être ce mouvement des sphères intermédiaires pouvait s’exprimer autrement, que la terre fut au centre ou non, n’était assurément pas ce qui lui importait le plus.

La révolution copernicienne n’est nullement révolution, si ce n’est en fonction de ceci que le centre d’une sphère peut être supposé – dans un discours qui n’est qu’un discours analogique – constituer le point maître. Le fait de changer ce point maître, que ce soit la terre ou le soleil, n’a rien en soi qui subvertisse ce que le signifiant « centre » conserve de lui-même. Ce signifiant garde tout son poids et il est tout à fait clair que loin que l’homme…ce qui se désigne de ce terme, ce qui est – quoi ? – ce qui fait signifié…que l’homme ait jamais été en quoi que ce soit ébranlé par le fait que la terre n’est pas au centre, il y a fort bien substitué le soleil. L’important c’est qu’il y ait un centre et puisqu’il est bien sûr maintenant évident : que le soleil n’est pas non plus un centre, qu’il est en promenade à travers un espace dont le statut est de plus en plus précaire à établir, que ce qui reste bien au centre c’est tout simplement cette bonne routine qui fait que le signifié garde en fin de compte toujours le même sens, et que ce sens, il est donné par le sentiment que chacun a, de faire partie de son monde tout au moins, c’est-à-dire de sa petite famille, et de tout ce qui tourne autour. Et que chacun, chacun de vous, je parle même pour les gauchistes, vous y êtes plus que vous ne croyez, et dans une mesure dont justement vous feriez bien de prendre l’empan, attachés à un certain nombre de préjugés qui vous font assiette et qui limitent la portée de vos insurrections, au terme le plus court, à celui très précisément où cela ne vous apporte nulle gêne, et nommément pas dans une conception du monde qui reste, elle, toujours parfaitement sphérique, le signifié trouve son centre où que vous le portiez. Ce n’est pas, jusqu’à nouvel ordre, le discours analytique… si difficile à soutenir dans son décentrement, qui a à faire encore son entrée dans la conscience commune …qui peut d’aucune façon subvertir quoi que ce soit. Pourtant, si on me permet de me servir quand même de cette référence dite copernicienne, j’en accentuerai ce qu’elle a d’effectif de ceci que ce n’est pas du tout d’un changement de centre qu’il s’y agit. Que « ça tourne », ça continue à garder toute sa valeur, si motivé, réduit que ce soit en fin de compte à ce départ que la terre tourne, et que de ce fait il nous semble que c’est la sphère céleste qui tourne. Elle continue bel et bien à tourner et elle a toutes sortes d’effets, ce qui fait que, quand même, c’est bien par années que vous comptez votre âge. La subversion, si elle a existé quelque part et à un moment, ça ne consiste pas du tout à avoir changé le point de virée de ce qui tourne, c’est d’avoir substitué au « ça tourne », un « ça tombe » c cédille a : « ça tombe ».Le point vif…comme quelques-uns, quand même, ont eu l’idée de s’en apercevoir…ça n’est ni COPERNIC, un peu plus KEPLER, à cause du fait que ça ne tourne pas de la même façon, ça tourne en ellipse. Et déjà c’est plus énergique comme correctif à cette fonction du centre : c’est elle qui est mise en question. Ce vers quoi ça tombe est en un point de l’ellipse qui s’appelle le foyer. Et dans le point symétrique, il n’y a rien. Ceci assurément est correctif tout à fait essentiel à cette image du centre.

Mais le « ça tombe » ne prend, si je puis m’exprimer ainsi, son poids – son poids de subversion – et justement en ceci que, que ce n’est pas seulement de changer le centre qui le fait révolution puisque, à conserver le centre, la révolution continue indéfiniment, et justement pour revenir toujours sur elle-même. C’est que le « ça tombe » aboutit à quoi ? Très exactement à ceci et rien de plus que : F = grand G facteur de mm’ sur r2 ou d2 [ F =  (G . mm’) /d2 ] : la distance qui sépare les deux masses exprimées par m et m’, et que ce qui s’exprime ainsi, à savoir une force, une force en tant que tout ce qui est masse est susceptible, au regard de cette force, de prendre une certaine accélération, que c’est tout entier dans cet écrit, dans ce qui se résume à ces cinq petites lettres écrites au creux de la main, avec un chiffre en plus, comme puissance, puissance au carré de la distance et inversement proportionnel au carré de la distance. C’est là, c’est dans cet effet d’écrit, que consiste ce qu’on attribue donc indûment à Copernic, dans quelque chose qui, justement, nous arrache à la fonction comme telle, fonction imaginaire, fonction imaginaire et pourtant fondée dans le réel, de la révolution. Ceci étant énoncé…rappel sans doute, mais aussi bien prélude …ce qu’il importe c’est de souligner que ce qui est produit, ce qui est produit comme tel dans l’articulation de ce nouveau discours qui émerge comme étant le discours de l’analyste, le discours de l’analyse, c’est ceci : c’est que le fondement, le départ, est pris dans l’effet comme tel de ce qu’il en est du signifiant. Bien loin que soit admis en quelque sorte par le vécu, bien loin que soit admis, comme du fait même que le signifiant emporte de ses effets de signifié à partir desquels s’est édifiée cette structuration dont je vous ai, tout à l’heure, énoncé en rappel combien pendant des temps, il a semblé naturel qu’un monde se constituât, dont les corrélatifs étaient ce quelque chose au-delà qui était l’être même, l’être pris comme éternel : la théologie.Et que ce monde reste, quoi qu’il en soit, une conception… c’est bien là le mot…une vue, un regard, une prise imaginaire, un monde conçu comme étant le tout, le tout avec ce qu’il comporte…             quelque ouverture qu’on lui donne…de limité. Et que de ceci résulte ce quelque chose qui tout de même reste étrange, c’est à savoir que quelqu’un, un « Un »… une partie de ce monde est, au départ, supposé pouvoir en prendre connaissance…s’y trouve dans cet état qu’on peut appeler d’ex-sistence, car comment supporterait-il autrement de pouvoir prendre connaissance si, d’une certaine façon, il n’était pas ex-sistant. C’est bien là que de toujours s’est marquée l’oscillation, l’impasse, la vacillation qui résultait de cette cosmologie, de ce quelque chose qui consiste dans l’admission d’un monde.

Est-ce que, il n’y a pas dans le discours analytique… tel qu’il s’instaure du quart de tour dont j’ai parlé tout à l’heure…est-ce qu’il n’y a pas quelque chose qui, de soi, doit nous introduire à ceci que toute… tout maintien, toute subsistance, toute persistance du monde comme tel, c’est très précisément là ce à quoi nous introduit ce discours : c’est que, elle…cette subsistance, cette persistance…doit comme telle être abandonnée.Le langage est tel…la langue forgée du discours philosophique…le langage est tel qu’à tout instant, vous le voyez, au moment que j’avance quoi que ce soit de ce qui peut, de ce discours analytique, s’établir, vous marquer, que je ne peux faire à tout instant que de reglisser dans quoi ? dans ce monde, dans ce supposé d’une substance qui, tout de même, se trouve imprégnée de la fonction de l’être. Et que de suivre le fil du discours analytique ne tend à rien de moins qu’à re-briser, qu’à infléchir, qu’à marquer d’une incurvation propre, et d’une incurvation qui ne saurait même être maintenue comme étant celle de lignes de force, qui produit comme telle la faille, la discontinuité, la rupture qui nous suggère de voir dans la langue ce qui, en fin de compte la brise, si bien que rien ne paraît mieux constituer ce qui peut être l’horizon du discours analytique  que cet emploi qui est fait par la mathématique, cet emploi qui est fait de la lettre, comme étant singulièrement ce qui d’une part révèle dans le discours ce qui – pas par hasard ! – est appelé la  grammaire : la chose qui ne se révèle du langage qu’à l’écrit. Mais ce n’est pas non plus… si ce n’est pas par hasard…ce n’est pas non plus sans nécessité. C’est que si la  grammaire c’est ce qui dans le langage ne se révèle que par l’écrit, c’est qu’au-delà du langage cet effet…cet effet qui se produit de se supporter seulement de l’écriture, qui est assurément l’idéal de la mathématique…c’est là ce autour de quoi ce dont il s’agit dans le langage se révèle. C’est à savoir que, à se refuser d’aucune façon la référence à l’écrit, c’est aussi s’interdire ce qui de tous les effets du langage peut arriver à s’articuler, et à s’articuler dans ce quelque chose que nous ne pouvons faire, que du langage il ne résulte pas, c’est à savoir un supposé « en deçà » et « au-delà ».Il suffit déjà que ces références spatiales soient évoquées, pour en quelque sorte qu’elles s’imposent. À supposer un en deçà  nous sentons bien qu’il n’y a là qu’une référence intuitive. Et pourtant nous savons bien que le langage se distingue de ceci : que dans son effet de signifié il n’est jamais, justement, que à côté du signifiant. Que ce qu’il faut, ce à quoi il faut nous rompre c’est à substituer à cette imposition…qui est celle que le langage provoque…imposition de l’être, la prise radicale, l’admission de départ que de l’être nous n’avons rien, jamais. Mais à l’écrire autrement que le « par-être »non pas paraître comme on l’a dit depuis toujours …le phénomène, ce au-delà de quoi il y aurait ce quelque chose dont Dieu sait – « noumen » ! – elle nous a en effet menés, c’est-à-dire à toutes les opacifications qui se dénomment justement de l’obscurantisme. Que c’est dans le paradoxe même…de tout ce qui arrive à se formuler comme effet d’écrit du langage …que c’est au point même où ces paradoxes jaillissent que l’être se présente, et ne se présente jamais que de par-être. Il faudrait apprendre en fin de compte, à conjuguer, à conjuguer comme il se doit : je pare-suis, tu pare-es, il pare-est, nous pare-sommes, et ainsi de suite…Eh bien, tout ceci nous introduit, nous introduit à cet énoncé, qui comme vous pouvez bien l’admettre, si vous donnez l’accent que cette nouvelle orthographe avec toutes ses conséquences, toutes ces conséquences morphologiques qu’il faut savoir assumer, si dans cette nouvelle conjugaison que je vous propose, c’est bien à partir de là qu’il faut prendre ce qui est en jeu dans ce qui se trouve être aussi dans une relation de par-être, d’être à côté, d’être para au regard de ce rapport sexuel dont il est clair que dans tout ce qui s’en approche, le langage ne se manifeste que de son insuffisance, c’est bien au regard de ce par-être que ce qui supplée à ce rapport en tant qu’inexistant, c’est bien dans ce rapport au par-être que nous devons articuler ce qui y supplée, c’est à savoir précisément l’amour.

Il est proprement fabuleux que la fonction de l’Autre, de l’Autre comme lieu de la vérité, et pour tout dire de la seule place – quoiqu’irréductible – que nous pouvons donner au terme de l’être divin, de Dieu pour l’appeler par son nom, Dieu est proprement le lieu où si vous m’en permettez le terme, se produit le dieu, le dieur, le dire. Pour un rien, le dire ça fait Dieu.Aussi longtemps que se dira quelque chose, « l’hypothèse Dieu » sera là. Et c’est bien justement à essayer de dire quelque chose que se définit ce fait, qu’en somme, il ne peut y avoir de vraiment athées que les théologiens. C’est à savoir ceux qui, de Dieu, en parlent. Aucun autre moyen de l’être, sinon de cacher sa tête dans ses bras au nom de je ne sais quelle trouille, comme si jamais ce Dieu avait effectivement manifesté une présence quelconque. Par contre il est impossible de  dire quoi que ce soit sans aussitôt le faire subsister, ne serait-ce que sous cette forme de l’Autre : que l’Autre aussi dit la vérité. C’est une chose qui est tout à fait évidente dans le moindre cheminement de cette chose que je déteste, et que je déteste pour les meilleures raisons, c’est-à-dire l’Histoire. L’Histoire étant très précisément faite pour nous donner l’idée qu’elle a un sens quelconque, alors que la première des choses que nous ayons à faire c’est de partir de ce que nous avons là en face, d’un dire qui est le dire d’un autre, qui nous raconte ses bêtises, ses embarras, ses empêchements, ses émois, et que c’est là qu’il s’agit de lire. Il s’agit de lire … Il s’agit de lire quoi ? Il s’agit de lire … rien d’autre que les effets de ces dires. Et ces effets, nous voyons bien tout ce en quoi ça agite, ça remue, ça tracasse les êtres parlants. Et bien sûr pour que ça aboutisse à quelque chose, il faut bien que ça serve. Et que ça serve, mon Dieu, à ce qui s’arrange, à ce qui s’accommode, à ce que boiteux-boitillant, ils arrivent quand même à donner une ombre de petite vie à ce sentiment dit de l’amour. Il faut, il le faut bien, il faut que ça dure encore, à savoir que par l’intermédiaire de ce sentiment quelque chose se produise qui en fin de compte… comme l’ont très bien vu des gens, qui à l’égard de tout ça, ont pris leurs précautions, comme ça, sous le paravent de l’Église…que ça aboutisse à la reproduction. À la reproduction de quoi ? À la reproduction des corps. Mais est-ce que il ne se pourrait pas, il ne se sentirait pas, il ne se toucherait pas du doigt, que le langage a d’autres effets que de mener les gens par le bout du nez à se reproduire encore ? En corps à corps, et en corps, comme ça, incarné.

Il y a quelque chose quand même qui est un autre effet de ce langage, qui est… qui est justement l’écrit.Il y a quand même ceci de ses caractéristiques, si j’ose m’exprimer ainsi, et digne d’être relevé, c’est que de l’écrit, depuis que le langage existe, nous avons vu des mutations. Ce qui s’écrit… c’est pas facile à dire …ce qui s’écrit c’est la lettre, et la lettre, mon Dieu, c’est pas toujours fabriqué de la même façon. Alors là-dessus on fait de l’histoire, l’histoire de l’écriture, et on se casse la tête à imaginer ce à quoi ça pouvait bien servir les pictographies mayas ou aztèques, et puis un peu plus loin les cailloux du Mas d’AZIL. Enfin, qu’est-ce que ça pouvait bien être que ces drôles de dés, à quoi jouait-on avec ça ?Tout ça, comme c’est d’habitude la fonction de l’Histoire, il faudrait dire surtout : ne touchez pas à la hache, initiale de l’Histoire, ce serait une bonne façon de ramener les gens à la première des lettres, celle à laquelle je me limite, je reste toujours à la lettre A. Il est d’ailleurs tout à fait clair que la Bible ne commence qu’à la lettre B, elle m’avait laissé la lettre A – hein ! – pour que je m’en charge !Il y a beaucoup à s’instruire, non pas en recherchant les cailloux du Mas d’AZIL, ni même en faisant ce que j’ai fait comme ça, pour mon bon public, dans un temps – public d’analystes – un bon petit temps. On leur expliquait le trait unaire, l’encoche, c’était à la portée de leur entendement. Mais il faudrait mieux regarder de plus près ce que font les mathématiciens avec les lettres, et nommément depuis que…au mépris d’un certain nombre de choses, et de la façon la plus fondée…ils se sont mis, sous le nom de théorie des ensembles, à s’apercevoir qu’on pouvait aborder l’Un d’une autre façon que intuitive, fusionnelle, amoureuse enfin. Nous ne sommes qu’un. Chacun sait, bien sûr que c’est jamais arrivé entre deux qu’ils ne fassent qu’un, n’est-ce pas. Mais enfin, nous ne sommes qu’un. C’est de là que ça part cette idée de l’amour. C’est vraiment la façon la plus grossière de donner à ce terme…à ce terme qui se dérobe manifestement …du rapport sexuel, son signifié. Le commencement de la sagesse devrait être de commencer par s’apercevoir que… et c’est en ça que le vieux père FREUD a frayé des voies, quand même. Il est tout de même très joli, très frappant…c’est de là que je suis parti parce que ça m’a moi-même, comme ça, un petit peu touché, ça pourrait toucher n’importe qui d’ailleurs, n’est-ce pas…de s’apercevoir que le fondement de l’amour, si ça a rapport avec l’« Un », ça a très exactement pour résultat de ne jamais faire sortir quiconque de soi-même. Si c’était ça… c’est tout ça et rien que ça qu’il a dit, n’est-ce pas…à partir du moment où il a introduit la fonction de l’amour narcissique, tout le monde a pu sentir que le problème c’était comment il pouvait y avoir un amour pour un autre. Et que, il est bien clair que cet « Un », dont tout le monde a plein la bouche, c’est d’abord et essentiellement de nature, n’est-ce pas, de ce mirage de l’« Un » qu’on se croit être. Mais enfin ça n’est quand même pas pour dire que ce soit là tout l’horizon, c’est à savoir que… il y a, il y a autant d’« Un » qu’on voudra. Quand je dis « il y a autant d’« Un » qu’on voudra », je veux pas dire : il y a autant d’individus qu’on voudra, parce que ça, ça ne veut rien dire, c’est du comptage. Il y a autant d’Un – comme Un – mais Un   de la première hypothèse du Parménide, ces « Un » se caractérisent de ne se ressembler chacun en rien.Ce qui est l’irruption, l’intrusion de la théorie des ensembles c’est justement de poser ça : parlons de l’« Un » en ceci qu’il s’agit de choses qui n’ont entre elles strictement aucun rapport. À savoir mettons-y ce qu’on appelle des objets de pensée ou des objets du monde, tout ça, ça compte chacun pour « Un », et si nous assemblons ces choses absolument hétéroclites, nous nous donnons le droit de désigner cet assemblage par une lettre. C’est ainsi que s’exprime, au début de la théorie des ensembles, par exemple celle que la dernière fois j’ai avancée au titre de Nicolas BOURBAKI.Vous avez laissé passer ceci, c’est que j’ai dit… comme d’ailleurs c’est écrit, comme ça s’imprime, comme c’est imprimé dans la dite théorie des ensembles …que la lettre désigne un assemblage. C’est justement, quoique les auteurs…puisque comme vous le savez, ils sont multiples, les auteurs qui ont fini par donner leur assentiment à l’édition définitive de la dite théorie…prennent soin de ceci : de dire qu’ils désignent des assemblages. Mais c’est là justement qu’est leur timidité et du même coup leur erreur : la lettre est la seule chose qui fasse ces assemblages. La lettre, ou les lettres, sont – et non pas désignent – ces assemblages. Et en tant que lettres, elles sont prises, comme fonctionnement, comme ces assemblages mêmes.

Vous voyez qu’à conserver encore ce « comme », je m’en tiens à l’ordre de ce que j’avance quand je dis que « l’inconscient  est  structuré  comme  un  langage ». Ce « comme » est très précisément – j’y reviens toujours – pensé comme disant… ne disant pas :que l’inconscient est structuré par un langage. Il est structuré…comme les assemblages dont il s’agit dans la théorie des ensembles sont…comme une lettre. Et c’est de ceci qu’il s’agit quand nous avançons dans la profération mathématique. Quel rôle joue-t-elle ? Quel support pouvons-nous y prendre pour lire ? Pour lire en tant qu’il y a des lettres, pour lire… qu’à ne lire que les lettres…pour lire ce dont il s’agit quand nous prenons le langage comme étant ce qui fonctionne pour suppléer l’absence de ce qui justement est la seule part du réel qui ne puisse pas venir à se former de lettres, à savoir le rapport sexuel. C’est dans le jeu même, le jeu même de l’écrit  mathématique que nous avons à trouver, si je puis dire, la pointe, le point d’orientation vers quoi nous avons à nous diriger pour que de cette pratique, de ce lien social nouveau… qui émerge et singulièrement s’étend, et qui s’appelle le discours analytique…tirer ce qu’on peut en tirer quant à la fonction même de ce langage, de ce langage à quoi nous faisons confiance en somme pour que ce discours ait des effets, sans doute moyens mais suffisamment supportables pour que ce discours puisse supporter et compléter les autres discours. Nous verrons à l’occasion… puisque depuis quelques temps il est clair que le discours universitaire s’écrit autrement et qu’il doit être « uni vers Cythère », qu’il doit répandre l’éducation sexuelle …nous allons voir comment ça va se faire, à quoi ça aboutira, il faut surtout pas y faire obstacle. L’idée même du « point » de savoir, se pose très exactement dans la situation autoritaire du semblant, que de ce point quelque chose puisse se diffuser qui ait pour effet d’améliorer, si l’on peut dire, les rapports inter-sexes, est quelque chose qui assurément est fait, pour un analyste, pour provoquer le sourire. Mais après tout, qui sait ?Nous l’avons dit déjà, le sourire de l’ange est le plus bête des sourires, il faut donc jamais s’en targuer, n’est-ce pas. Mais très assurément il est clair que cette idée même, que la démonstration, si je puis dire, au tableau noir de quelque chose qui se rapporte à l’éducation sexuelle n’est certainement pas fait… du point de vue du discours de l’analyste, …pour paraître plein de promesses de bonnes rencontres ou de bonheur, comme on dit de nos jours. Il y a quand même quelque chose qui – dans mes Écrits – montre, si je puis dire, que ma bonne orientation… puisque c’est celle dont j’essaie de vous convaincre …ne date pas d’hier. C’est quand même au lendemain d’une guerre, où rien évidemment ne semblait promettre des lendemains qui chantent, que j’ai écrit quelque chose qui s’appelle Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée  où on peut quand même très très bien lire – si on écrit – pas seulement si on a de l’oreille, que la fonction de la hâte c’est la fonction de ce petit(a), petit(a – t). Je veux dire que ce dont il s’agit qui mériterait d’être regardé de plus près, c’est pas simplement de ceci, qui est déjà très très articulé, n’est-ce-pas, à savoir d’une petite devinette liée au fait qu’il y a pour trois personnes trois disques blancs et de noirs un de moins, que les choses se jouent en fait. Et que dans cette extrapolation subjective qui fait que – en apparence – l’instant de voir, l’instant de voir deux blancs, celui qui ne sait pas qui il est et qui sait que les deux autres, en tout cas chacun, peuvent se voir tels qu’ils sont, à savoir blancs, et du même coup, si par hasard ils se pensaient noirs et que celui qui pense de départ, le fut lui-même, saurait très bien, du même coup, qu’il est blanc. Il y a là quelque chose dont j’ai mis seulement en valeur le fait que quelque chose comme une inter-subjectivité peut aboutir à une issue salutaire, mais qui mériterait assurément d’être regardée de plus près. Très précisément au niveau de ce que supporte chacun des sujets non pas d’être « un entre autres », mais d’être par rapport aux deux autres celui qui est l’enjeu de leur pensée, à savoir très précisément chacun n’intervient dans ce ternaire qu’au titre justement de cet objet petit(a) qu’il est sous le regard des autres. C’est ce que sans doute j’aurai l’occasion d’accentuer dans ce que j’avancerai plus tard. En d’autres termes ils sont trois, mais en réalité ils sont deux plus (a), et c’est bien en ceci que ce deux plus (a), au point du (a), se réduit non pas aux deux autres mais à un « Un +(a)». Vous savez que là-dessus j’ai déjà usé de ces fonctions pour essayer de vous représenter l’inadéquat du rapport de l’ Un à l’autre, ce que j’ai déjà fait en donnant à ce petit (a) pour support le nombre irrationnel qu’est le nombre dit « nombre d’or ». C’est en tant que du petit (a) les deux autres sont pris comme « Un +(a)» que fonctionne ce quelque chose qui peut aboutir à une sortie dans la hâte. Cette fonction d’identification, qui se produit dans une articulation ternaire, est celle qui se fonde de ceci que en aucun cas ne peuvent se tenir pour support deux comme tels, que entre deux, quels qu’ils soient, il y a toujours l’« Un » et l’autre, le « Un » et le petit (a), et que l’autre ne saurait dans aucun cas être pris pour un « Un » . C’est très précisément en ceci que dans l’écrit, quelque chose… quelque chose se joue qui, à partir de ceci de brutal, prend pour « Un » tous les Un qu’on voudra, que les impasses qui s’en révèlent sont par elles-mêmes pour nous un accès possible à cet être, une réduction possible de la fonction de cet être dans l’amour.

C’est en ceci, en ceci que je veux terminer sur ce terme par où se différencie le signe du signifiant. Le signifiant, ai-je dit, se caractérise de ceci : de représenter un sujet pour un autre signifiant. De quoi s’agit-il dans le signe ? Depuis toujours la théorie cosmique de la connaissance, la conception du monde fait état de l’exemple fameux de « la fumée qu’il n’y a pas sans feu ». Et pourquoi ici n’avancerais-je pas ce qu’il me semble. C’est que la fumée peut être aussi bien le signe du fumeur, et non seulement aussi bien le signe du fumeur, mais qu’elle l’est toujours par essence, que il n’y a de fumée que de signe du fumeur. Chacun sait que si vous voyez une fumée au moment où vous abordez une île déserte, vous vous dites tout de suite qu’il y a toutes les chances qu’il y ait là quelqu’un qui sache faire du feu, et jusqu’à nouvel ordre, ce sera un autre homme. Ce signe, ce signe en tant que le signe n’est pas « le signe de quelque chose », mais est le signe d’un effet qui est ce qui se suppose en tant que tel d’un fonctionnement du signifiant, qui est ce que FREUD nous apprend et ce qui est le départ, départ comme tel du discours analytique, à savoir que le sujet ce n’est rien d’autre…qu’il ait ou non conscience de quel signifiant il est l’effet…ce n’est rien d’autre comme tel que ce qui glisse dans une chaîne de signifiants. Ce n’est rien d’autre que cet effet qui est l’effet intermédiaire, intermédiaire entre ce qui caractérise un signifiant et un autre signifiant, c’est d’être chacun « Un », d’être chacun un élément. Nous ne connaissons rien, nous ne connaissons pas d’autre – en somme – support par où soit introduit dans le monde le « Un » si ce n’est le signifiant en tant que tel, et en tant que nous apprenons à le séparer de ses effets de signifié. Ce qui donc dans l’amour est visé, c’est le sujet, le sujet comme tel, en tant qu’il est supposé – à une phrase – articulé, à quelque chose qui s’ordonne, peut s’ordonner d’une vie entière, mais ce que nous visons dans l’amour, c’est un sujet et ce n’est rien d’autre. Un sujet comme tel n’a pas grand chose à faire avec la jouissance, mais par contre, dans la mesure où son signe, son signe est quelque chose qui est susceptible de provoquer le désir, là est le ressort de l’amour, et par là le cheminement que nous essaierons de continuer dans les fois proches pour vous montrer où se rejoint l’amour et la jouissance sexuelle.

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