mardi, février 27, 2024
Recherches Lacan

LXX ENCORE Leçon du 19 Décembre 1972

Leçon du 19 décembre 1972

Il paraît difficile de ne pas parler bêtement du langage. C’est pourtant JAKOBSON… Puisque tu es là, vous me permettrez de le tutoyer puisque nous avons vécu déjà un certain nombre de choses ensemble… C’est pourtant JAKOBSON ce que tu réussis à faire. Et une fois de plus dans ces entretiens que JAKOBSON nous a donnés, j’ai pu l’admirer assez pour lui en faire maintenant l’hommage. Il faut pourtant, il faut pourtant nourrir la bêtise. Non pas parce que tous ceux qu’on nourrit soient « bêtes », si je puis dire d’un terme sur quoi cette année nous aurons à revenir essentiellement, c’est-à-dire parce qu’il soutient leur forme, mais plutôt parce qu’il est démontré que se nourrir fait partie de la bêtise.

Dois-je ré-évoquer devant cette salle, où l’on est en somme au restaurant et où l’on croit d’ailleurs… On s’imagine, qu’on se nourrit parce qu’on n’est pas au restaurant universitaire, mais cette dimension imaginative c’est justement en ça qu’on se nourrit. Ce que j’évoque c’est ce que… Je vous fais confiance pour vous souvenir de ce qu’enseigne le discours analytique : cette vieille liaison avec la nourrice, mère en plus comme par hasard, avec derrière, cette histoire infernale du désir de la mère et de tout ce qui s’en suit. C’est bien ça dont il s’agit dans la nourriture, c’est bien quelque sorte de bêtise, mais que le même discours assoit — si je puis dire — dans son droit. Un jour je me suis aperçu qu’il était difficile… je reprends le même mot de la première phrase… de ne pas entrer dans la linguistique à partir du moment où l’inconscient était découvert. D’où j’ai fait quelque chose, qui me paraît à vrai dire la seule objection que je puisse formuler à ce que vous avez pu entendre, l’un de ces jours, de la bouche de JAKOBSON, c’est à savoir que tout ce qui est du langage relèverait de la linguistique, c’est-à-dire en dernier terme du linguiste, non que je ne le lui — très aisément – accorde, quand il s’agit de la poésie à propos de laquelle il a avancé cet argument. Mais si on prend tout ce qui s’en suit du langage, et nommément de ce qui en résulte dans cette fondation du sujet, si renouvelé, si subverti que c’est bien là le statut dont s’assure tout ce qui de la bouche de FREUD s’est affirmé comme l’inconscient, alors il me faudra forger quelque autre mot pour laisser à JAKOBSON son domaine réservé, et si vous le voulez j’appellerai ça la « linguisterie ». Je donne dans la linguisterie, ce qui me laisse quelque part aux linguistes, non sans expliquer tant de fois que des linguistes je ne subisse, je n’éprouve… et après tout allègrement de la part de tant de linguistes… plus d’une remontrance. Certes pas de JAKOBSON, mais c’est parce qu’il m’a « à la bonne », autrement dit il m’aime, c’est la façon dont j’exprime ça dans l’intimité. Mais si vous attendez ce que je pourrais dire de l’amour, ceci ne fera en somme que confirmer cette certaine disjonction, que par bonheur ce matin… Enfin j’ai trouvé ça ce matin… exactement à huit heures et demie, en commençant à prendre des notes, c’est toujours l’heure où je le fais pour ce que j’ai enfin à vous dire, ce n’est pas que je n’y pense depuis longtemps, mais cela ne se rédige qu’à la fin… j’ai trouvé ça : linguisterie. Ça comporte des effets, nommément, au niveau pas du dit, parce qu’après tout il y a des dits qui sont communs aux deux champs, c’est bien là-dessus que je prends référence, c’est de là que je peux dire que : l’inconscient est structuré comme un langage. Mais il est suffisamment clair qu’en ayant posé ce direcomme j’en ai depuis avancé d’autres, enfin c’est déjà pas mal qu’un certain nombre en reste à celui-là : il est importantce dire après tout n’est pas du champ de la linguistique, c’est une porte ouverte sur ceci que vous verrez commenté dans ce qui va apparaître développé dans le prochain numéro de mon bien connu « a-périodique », avec pour titre L’Étourdit, d.i.t.J’y reprends, j’y pars de la phrase que j’ai l’année dernière, à plusieurs reprises, écrite au tableau sans jamais lui donner de développement… parce que j’ai trouvé que j’avais mieux à faire c’est-à-dire à entendre quelqu’un qui après avoir bien voulu prendre la parole ici, nommément ce RÉCANATI que vous avez entendu une fois de plus la dernière fois, et grâce à quoi je peux relever la légitimité du titre de séminaire… grâce à lui donc je n’ai pas donné suite à ceci que « le dire est justement ce qui reste oublié derrière ce qui est dit dans ce qu’on entend ». C’est pourtant aux conséquences du dit que se juge le dire. Mais ce qu’on en fait du dire, reste ouvert.

On peut faire des tas de choses avec les meubles à partir du moment, par exemple, où on a essuyé un siège ou un bombardement. Il y a un texte de RIMBAUD dont j’ai fait état, je pense l’année dernière. J’ai pas été rechercher… j’ai pas été rechercher où il se trouve textuellement, et puis c’est parce que j’étais pressé ce matin… c’est ce matin que j’y ai repensé, je crois quand même que c’est l’année dernière. C’est ce texte qui s’appelle À une raison qui se scande de cette réplique qui en termine chaque verset : «… un nouvel amour ». Et puisque je suis censé la dernière fois avoir parlé de l’amour, pourquoi pas le reprendre à ce niveau. Pour ceux qui savent, qui ont déjà là-dessus un petit peu entendu quelque chose, je le reprendrai au niveau de ce texte, et toujours sur ce point de marquer la distance de la linguistique à la linguisterie. L’amour c’est… chez RIMBAUD, dans ce texte… le signe, le signe pointé comme tel de ce qu’on change de raison, c’est bien pourquoi c’est à cette raison qu’il s’adresse « À une raison » : on a changé de discours. Je pense que quand même… quoiqu’il y en ait qui s’en aillent dans les couloirs en demandant qu’on leur explique ce que c’est que les quatre discours

Maître Hystérique Analyste Universitaire

…je pense que comme ça, au collectif je peux me référer à ceci que j’en ai articulé quatre et que je n’ai pas besoin de vous en refaire la liste. Je veux vous faire remarquer que ces quatre discours ne sont à prendre en aucun cas comme une suite d’émergences historiques : qu’il y en ait eu un qui soit venu depuis plus longtemps que les autres n’est pas là ce qui importe.

En disant que l’amour c’est le signe de ce qu’on change de discours, je dis proprement ceci : que le dernier à prendre ce déploiement qui m’a permis de les faire quatremais ils n’existent quatre que sur le fondement de ce discours psychanalytique que j’articule de quatre places et sur chacune de la prise de quelque effet de signifiant stipulé comme tel… ce discours psychanalytique, il y en a toujours quelque émergence à chaque passage d’un discours à un autre. Ça vaut la peine d’être retenu… non pas pour faire de l’histoire, puisqu’il ne s’agit de ça en aucun cas… mais pour si on se trouve, par exemple, placé dans une condition historique, si l’on repère, si l’on s’avance, mais c’est libre qu’on considère que la fondation de l’université au temps de CHARLEMAGNE c’était le passage d’un discours du Maître à l’orée d’un autre discours. Simplement à retenir qu’à appliquer ces catégories, qui ne sont elles-mêmes structurées que de l’existence… qui est un terme mais qui n’a rien de terminal… du discours psychanalytique, il faudrait seulement dresser l’oreille à la mise à l’épreuve de cette vérité : qu’il y a émergence du discours analytique à chaque « passage », de ce que le discours analytique permet de pointer comme franchissement d’un discours à un autre.

La dernière fois ce que j’ai dit, que : « La jouissance de l’Autre… je vous passe la suite, vous pouvez la reprendre… n’est pas le signe de l’amour ». Et ici je dis que : « l’amour est un signe ». L’amour tient-il dans le fait que ce qui apparaît ce n’est rien d’autre, ce n’est rien de plus que le signe. C’est ici que La logique de Port-Royal, l’autre jour évoquée, viendrait nous prêter aide. Le signe, avance-t-elle cette logique… et l’on s’émerveille toujours de ces dires qui prennent un poids quelquefois bien longtemps après… le signe c’est ce qui ne se définit que de la disjonction de deux substances qui n’auraient aucune partie commune, ce que de nos jours nous appelons intersection. Ceci va nous conduire à des réponses, tout à l’heure.

Ce qui n’est pas le signe de l’amour… je le reprends donc de la dernière fois… ce que j’ai énoncé de la jouissance de l’Autre, ce que je viens de rappeler à l’instant, en commentant, le corps qui Le symbolise. La jouissance de l’Autre… avec le grand A que j’ai souligné en cette occasion… c’est proprement celle de l’Autre sexe, et je commentais : du corps qui Le symbolise. Changement de discours, assurément c’est là qu’il est étonnant que ce que j’articule à partir du discours psychanalytique, eh bien, ça bouge, ça noue, ça se traverse… personne n’accuse le coup ! J’ai beau dire que cette notion de discours elle est à prendre comme lien social, comme tel fondé sur le langage, et différenciant ses fonctions à propos de cet usage du langage, il semble donc comme tel, n’être pas sans rapport avec ce qui dans la linguistique se spécifie comme grammaire… rien ne semble s’en modifier… cet usage instituant nul ne le soulève, du moins à ce qui apparaît… Peut-être ça pose la question de savoir ce qu’il en est de la notion d’information.

Est-ce qu’à prendre le langage dans la linguisterie… la notion qui semble promue comme appareil aisé, propice à faire fonctionner le langage dans la linguistique d’une façon pas bête, celle qui impliquait codes et messages, transmission, sujet donc, et aussi bien espace, distance…est-ce que malgré le succès foudroyant de cette fonction d’information, succès tel qu’on peut dire que la science tout entière vient à s’en infiltrer…nous en sommes au niveau de l’information moléculaire, du gène et des enroulements des nucléoprotéines autour des tiges d’ADN, elles-mêmes enroulées l’une autour de l’autre, et tout ça est lié par des liens hormonaux, ce sont messages qui s’envoient, qui s’enregistrent.

Qu’est-ce à dire, puisqu’aussi bien le succès de cette formule prend sa source incontestable dans une linguistique qui n’est pas seulement immanente mais bel et bien formulée. Bref la notion qui va à s’étendre jusqu’aux fondements même de la pensée scientifique, à s’articuler comme néguentropique …est-ce qu’il y a là quelque chose qui ne peut pas nous faire poser question, si c’est bien ce que d’ailleurs, de ma linguisterie, je recueille… et légitimement…quand je me sers de la fonction du signifiant ? Qu’est-ce que le signifiant ?

Le signifiant tel que je l’hérite d’une tradition linguistique qui… il importe de le remarquer …n’est pas spécifiquement saussurienne, elle remonte bien plus haut… ce n’est pas moi qui l’ai découvert …jusqu’aux Stoïciens, elle se reflète chez Saint-AUGUSTIN. Elle est à structurer en termes topologiques. En ce qui concerne le langage, le signifiant est d’abord qu’il a effet de signifié, qu’il importe de ne pas élider qu’entre les deux il y a ce qui s’écrit comme une barre, qu’il y a quelque chose « de barre » à franchir. Il est clair que cette façon de topologiser ce qu’il en est du langage est illustrée, certes sous la forme la plus admirable, par la phonologie, au sens où elle incarne du phonème ce qu’il en est du signifiant, mais que le signifiant d’aucune façon ne peut se limiter à ce support phonématique.

Qu’est-ce  qu’un  signifiant ?Il faut déjà que je m’arrête à poser la question sous cette forme : « un » mis avant le terme, est en usage d’article indéterminé, c’est-à-dire que déjà il suppose que le signifiant peut être collectivisé, qu’on peut en faire une collection, c’est-à-dire en parler comme de quelque chose qui se totalise. Puisque le linguiste sûrement aurait de la peine, me semble-t-il à expliquer, parce qu’il n’a pas de prédicat pour la fonder cette collection, pour la fonder sur un « le », comme JAKOBSON l’a fait remarquer très nommément hier : ce n’est pas le mot qui peut le fonder ce signifiant, le mot n’a d’autre point où se faire collection que le dictionnaire, où il peut être rangé.Pour vous faire sentir que « le » signifiant dans l’occasion…comme très proprement de sa réflexion sémantique JAKOBSON le faisait remarquer…pour vous le faire sentir, je ne parlerai pas de la fameuse « phrase »…qui pourtant est bien là aussi l’unité signifiante, et qu’à l’occasion on essaiera dans ses représentants typiques de collecter comme il se fait à l’occasion pour une même langue…je parlerai plutôt du « proverbe » auquel je ne peux pas dire qu’un certain petit article de PAULHAN … qui m’est tombé récemment sous la main …ne m’ait pas fait m’intéresser d’autant plus vivement que PAULHAN semble avoir remarqué dans cette sorte de dialogue tellement ambigu… qui est celui qu’il se fait de l’étranger avec une certaine aire de compétence linguistique comme on dit…s’est aperçu, en d’autres termes, qu’avec ses Malgaches le proverbe avait un poids qui lui a semblé jouer un rôle tout à fait spécifique. Qu’il l’ait découvert à cette occasion ne m’empêchera pas de ne pas aller plus loin mais de faire remarquer que dans les marges de la fonction proverbiale il y a des choses, à la limite et qui vont montrer comme cette signifiance est quelque chose qui s’éventaille  – si vous me permettez ce terme – du proverbe à la locution. Ce que je vais vous demander, ou vous chercherez dans le dictionnaire, l’expression « à tire-larigot ». Faites-le, vous m’en direz des nouvelles ! Et puis dans l’interprétation, la construction, la fabulation : on va jusqu’à inventer un monsieur, juste pour l’occasion, qui se ferait appeler LARIGOT, c’est à force de lui tirer la jambe aussi qu’on aurait fini par créer « à tire-larigot ». Qu’est-ce que ça veut dire « à tire-larigot » ?Il y en a bien d’autres locutions aussi extravagantes qui ne veulent dire rien d’autre que ça : la submersion du désir, c’est le sens d’« à tire-larigot » – par quoi ? -par le tonneau percé – de quoi ? – mais de la signifiance elle-même, « à tire-larigot » : un bock de signifiance.Alors qu’est-ce que c’est… qu’est-ce que c’est que cette signifiance ?Au niveau où nous sommes : c’est ce qui des effets de signifié. Mais n’oublions pas qu’au départ si l’on s’est attaché et tellement à l’élément signifiant, au phonème, c’était pour bien marquer que cette distance, qu’on a à tort qualifiée de fondement de l’arbitraire, c’est comme s’exprime probablement contre son cœur SAUSSURE. Il avait à faire, comme ça arrive n’est-ce pas, à des imbéciles, il pensait bien autre chose, bien plus près du texte du Cratyle  quand on voit ce qu’il a dans ses tiroirs : des histoires d’anagrammes.

Ce qui passe pour de l’arbitraire c’est que les effets de signifié, eux, sont bien plus difficiles à soupeser, c’est vrai qu’ils ont l’air d’avoir rien à faire avec ce qui les cause. Mais s’ils n’ont rien à faire avec ce qui les cause c’est parce qu’on s’attend à ce que ce qui les cause ait un certain rapport avec du réel. Je parle : avec du réel sérieux. Ce qu’on appelle du réel sérieux, il faut bien sûr en mettre un coup pour l’approcher, pour s’apercevoir que le sérieux ça ne peut être que le sériel, il faut un peu avoir suivi mes séminaires.

En attendant, ce qu’on veut dire par là c’est que les référents, les choses, à quoi ça sert ce signifié, à en approcher… eh ben justement elles restent approximatives, elles restent macroscopiques par exemple. C’est pourtant pas ça qui est important, c’est pas que ce soit imaginaire, parce qu’après tout ça suffirait déjà très bien si le signifiant nous permettait de pointer cette image qu’il nous faut pour être heureux. Seulement c’est pas le cas. C’est dans cette approche que le signifié a pour propriété… sauf introduction du sériel, du sérieux, mais cela ne s’obtient qu’après un très long temps d’extraction du langage de ce quelque chose qui y est pris, et dont nous…au point où j’en suis de mon exposé…nous n’avons qu’une idée lointaine, ne serait-ce qu’à propos de ce « un » indéterminé et de ce « le » dont nous ne savons pas, à propos du signifiant, comment le faire fonctionner pour qu’il le collectivise. À la vérité il faut renverser : au lieu « d’un signifiant » qu’on interroge, interroger le  signifiant « un ». Mais nous n’en sommes pas encore là.

Au niveau de la distinction signifiant/signifié, ce qui caractérise le signifié…quant à ce qui est là pourtant comme tiers indispensable, à savoir le référent…c’est proprement que le signifié le rate. C’est que le collimateur ne fonctionne pas. Le comble du comble c’est qu’on arrive quand même à s’en servir en passant par d’autres trucs !En attendant… en attendant pour caractériser la fonction du signifiant, pour le collectiviser d’une façon qui aussi bien ressemble à une prédication, eh bien nous avons quelque chose qui est ce d’où je suis parti aujourd’hui, puisque RÉCANATI…toujours de la logique de Port-Royal…vous a parlé des adjectifs substantivés : de la rondeur qu’on extrait du rond, pourquoi pas de la justice du juste et de la prudence de quelques autres formes substantives. C’est bien tout de même ce qui va nous permettre d’avancer notre bêtise, pour trancher que peut-être bien n’est-elle pas comme on le croit une catégorie  sémantique, mais un mode de collectiviser  le  signifiant. Pourquoi pas ? Pourquoi pas ? Le signifiant c’est bête !Il me semble que c’est de nature à engendrer un sourire, un sourire bête naturellement ! Mais un sourire bête comme chacun sait…il n’y a qu’à aller dans les cathédrales…un sourire bête c’est un sourire d’ange. C’est même là la seule justification, vous savez, de la semonce  pascalienne, c’est sa seule justification. Si l’ange a un sourire si  bête c’est parce qu’il nage dans le signifiant suprême, se retrouver un peu au sec ça lui ferait du bien, peut-être qu’il ne sourirait plus. C’est pas que je ne croie pas aux anges, chacun le sait, j’y crois « inextrayablement » et même « inexteilhardement ». C’est simplement que je ne crois pas, par contre, qu’il apporte le moindre message, et c’est sur ce point-là, au niveau du signifiant n’est-ce pas, en quoi… en quoi il est vraiment signifiant justement.

Alors, il s’agirait quand même de savoir où tout ça nous mène, et de nous poser la question de savoir pourquoi nous mettons tant d’accent sur cette fonction  du  signifiant. Il s’agirait de la fonder, parce que quand même, c’est le fondement du symbolique, nous le maintenons, quelles que soient ses dimensions qui ne nous permettent d’évoquer que le discours analytique.J’aurais pu aborder les choses d’une autre façon, j’aurais pu vous dire comment on fait pour venir me demander une analyse, par exemple. Je voudrais pas toucher à cette fraîcheur, il y en a qui se reconnaîtraient, Dieu sait ce qu’ils penseraient, ce qu’ils s’imagineraient de ce que je pense. Peut-être qu’ils croiraient que je les crois bêtes, ce qui est vraiment la dernière idée qui pourrait me venir dans un tel cas, il n’est pas question – mais pas du tout ! – de la bêtise de tel ou tel.La question est de ce que le discours analytique introduit un adjectif substantivé : la bêtise, en tant qu’elle est une dimension, en exercice, du signifiant.Là, il faut y regarder… plus près. Car après tout dès qu’on substantise c’est pour supposer une substance, et les substances – mon Dieu ! – de nos jours, nous n’en n’avons pas à la pelle : d’abord « la substance  pensante » et « la substance  étendue ». Il conviendrait peut-être d’interroger à partir de là où peut bien se caser « de la dimension  substantielle », qui justement quelque distante qu’elle soit de nous, et jusqu’à maintenant ne nous faisant que signe, quel peut bien être ce à quoi nous pourrions accrocher cette substance en exercice, cette dimension… qu’il faudrait écrire : dit-mension (d.i.t. trait d’union mension)…à quoi la fonction du langage est d’abord ce qui y veille, avant tout usage meilleur et plus rigoureux.D’abord « la substance  pensante » on peut quand même dire que nous l’avons sensiblement modifiée. Depuis ce « je pense… » qui se supposant lui-même, en déduit l’existence, nous avons eu un pas à faire, et ce pas est très proprement celui de l’inconscient.

Si j’en suis aujourd’hui à traîner dans l’ornière : l’inconscient  comme  structuré  par  un  langage, eh bien tout de même qu’on le sache c’est que ça change totalement la fonction du sujet comme existant : le sujet n’est pas celui qui pense, le sujet est proprement celui que nous engageons – à quoi ? – non pas, comme nous le lui disons comme ça pour le charmer, à tout dire…Je sais qu’il est tard et que je ne veux pas fatiguer celui dont je me considère en l’occasion comme l’hôte, à savoir JAKOBSON. Je sais que je n’arriverai pas aujourd’hui à dépasser un certain champ.

Néanmoins, si je parle du « pas tout », celui qui tracasse beaucoup de monde, si je l’ai mis au premier plan pour être la visée de cette année de mon discours, c’est bien là l’occasion de l’appliquer : on ne peut pas tout dire, mais qu’on puisse dire des bêtises, tout est là. C’est avec ça que nous allons faire l’analyse et que nous entrons dans le nouveau sujet qui est celui de l’inconscient. C’est justement dans la mesure où il veut bien ne plus penser – le bonhomme – qu’on en saura peut-être un petit peu plus long et qu’on tirera quelques conséquences des dits, des dits justement dont on ne peut pas se dédire, c’est ça qui est la règle du jeu. De là surgit un dire qui ne va pas toujours jusqu’à pouvoir ex-sister au dit, à cause justement de ce qui vient au dit comme conséquence, et que c’est là l’épreuve où un certain réel dans l’analyse de quiconque – si bête soit-il – peut être atteint. Statut du dire : il faut que je laisse tout ça de côté pour aujourd’hui. Mais quand même je peux bien vous dire que ce qu’il va y avoir cette année de plus emmerdant c’est qu’il va bien tout de même falloir soumettre à cette épreuve un certain nombre de dires de la tradition philosophique. Ce que je regrette beaucoup c’est que PARMÉNIDE… je parle de PARMÉNIDE, de PARMÉNIDE, de ce que nous en avons encore de ses dires, enfin de ce que la tradition philosophique en extrait, de ce d’où part par exemple mon maître KOJÈVE c’est la pure position de l’être. Heureusement ! heureusement que PARMÉNIDE a écrit, a écrit en réalité des poèmes. Il s’y confirme justement ce en quoi il me semble que, le témoignage du linguiste ici fait prime. C’est que justement à employer ces appareils, ces appareils qui ressemblent beaucoup à ce que je vais – juste à la fin – pouvoir pointer, à savoir l’articulation mathématique : l’alternance après la succession, l’encadrement après l’alternance. Enfin c’est bien parce qu’il était poète que PARMÉNIDE dit en somme ce qu’il a à nous dire de la façon la moins bête. Mais autrement « que l’être soit » et « que le non-être ne soit pas », je ne sais pas ce que ça vous dit à vous,  mais moi je trouve ça bête.Il faut pas croire que ça m’amuse de le dire. C’est fatigant parce que quand même nous aurons cette année besoin de l’être, de quelque chose que – Dieu merci ! – j’ai déjà avancé : le signifiant « un », pour lequel je vous ai l’année dernière, suffisamment me semble-t-il, frayé la voie à dire : « y’a d’l’Un ». C’est de là que ça part le sérieux, si bête que ça en ait l’air, ça aussi. Nous aurons donc tout de même quelques références à prendre… à prendre et à prendre au minimum de la tradition philosophique. Ce qui nous intéresse c’est où nous en sommes. Et où nous en sommes avec « la substance pensante » et à son complément la fameuse « substance étendue » dont on ne se débarrasse pas non plus si aisément, puisque c’est là l’espace moderne. Substance contre ce pur espace si je puis dire, ce pur espace comme on dit ça : on peut le dire comme on dit « pur esprit », et on ne peut pas dire que ce soit prometteur.

Ce pur espace se fonde sur la notion de parties à condition d’y ajouter ceci : que toutes sont externes partes, extra partes c’est à ça que nous avons affaire. On est arrivé même avec ça à s’en tirer, c’est-à-dire à en extraire quelques petites choses mais il a fallu faire de sérieux pas. Pour situer – avant de vous quitter – mon signifiant, je vous propose, je vous propose de soupeser ce qui, la dernière fois, s’inscrit au début de ma première phrase qui comporte le jouir d’un corps, d’un corps qui, « l’Autre, Le symbolise » et comporte peut-être quelque chose de nature à faire mettre au point une autre forme de substance : la substance jouissante. Est-ce que ce n’est pas là ce que suppose proprement… et justement sous tout ce qui s’y signifie …l’expérience psychanalytique. Substance du corps, à condition qu’elle se définisse seulement de « ce qui se jouit ». Seulement propriété du corps, vivant sans doute, mais nous ne savons pas ce que c’est d’être vivant, sinon seulement en ceci qu’un corps ça se jouit. Et plus : nous tombons immédiatement sur ceci qu’il ne se jouit que de le corporiser de façon signifiante. Ce qui veut dire quelque chose d’autre que la pars extra  partem de la substance étendue, comme le souligne admirablement cette sorte de… cette sorte de kantiendisons-le… c’est un vieux bateau qui est quelque part dans mes Écrits , qu’on lit plus ou moins bien…cette sorte de kantien qu’était SADE, à savoir : qu’on ne peut jouir que d’une partie du corps de l’autre, comme il l’exprime très très bien, pour la simple raison qu’on n’a jamais vu un corps s’enrouler complètement, totalement, jusqu’à l’inclure et le phagocyter autour du corps de l’autre. C’est même pour cela qu’on en est réduit simplement à une petite étreinte comme ça, un avant-bras ou n’importe quoi d’autre. [ Rires ]

Et que jouir a cette propriété – fondamentale !- que c’est en somme le corps de l’un qui jouit d’une part du corps de l’autre. Qu’elle – cette part – peut jouir aussi, ça agrée à l’autre plus ou moins, mais c’est un fait qu’il ne peut pas y rester indifférent. Et même qu’il arrive qu’il se produise quelque chose, qui dépasse ce que je viens de décrire, marqué de toute l’ambiguïté signifiante, à savoir que le « jouir du corps » est un génitif dont, selon que vous le faites objectif ou subjectif, a cette note sadienne, sur laquelle j’ai mis juste une petite touche, ou au contraire extatique, subjestive, qui dit qu’en somme c’est l’autre qui jouit. Bien sûr il n’y a là qu’un niveau qui est bien localisé, le plus élémentaire dans ce qu’il en est de la  jouissance, de la jouissance au sens où la dernière fois j’ai promu qu’elle n’était pas un signe de l’amour. C’est ce qui sera à soutenir et bien sûr que cela nous mène, de là, du niveau de la jouissance phallique à ce que j’appelle proprement la jouissance de l’Autre, en tant qu’elle n’est ici que symbolisée c’est encore tout autre chose à savoir ce « pas tout »que j’aurai à articuler. Mais dans cette articulation que veut dire, qu’est le signifiant ? Le signifiant pour aujourd’hui…je vais clore là-dessus, vu les motifs que j’en ai …je dirai : le signifiant se situe au niveau de la substance jouissante comme étant…bien différemment de tout ce que je vais évoquer…en résonance de la physique et – pas par hasard – de la physique aristotélicienne. La physique aristotélicienne qui seulement de ne pouvoir être sollicitée comme je vais le faire, nous montre à quel point justement elle était une physique illusoire. Le signifiant c’est la cause de la jouissance. Sans le signifiant, comment même aborder cette partie du corps ? Comment sans le signifiant centrer ce quelque chose qui, de la jouissance est la cause matérielle ? C’est à savoir que, si flou, si confus que ce soit, c’est une partie qui, du corps, est signifiée dans cet abord.Et après avoir pris ainsi ce que j’appellerai la cause matérielle, j’irai tout droit…ceci sera plus tard repris, commenté…à la cause finale, « finale » dans tous les sens du terme, proprement en ceci qu’elle en est le terme. Le signifiant c’est ce qui fait halte à la jouissance. Après  ceux  qui  s’enlacent [ qui s’en lassent ?] si vous me permettez : hélas ! et après  ceux  qui  sont  las [ qui sont  là ? ]  : holà ! L’autre pôle du signifiant, le coup d’arrêt est là, aussi à l’origine que peut l’être le vocatif du commandement. Et l’efficience…l’efficience dont ARISTOTE nous fait la troisième forme de la cause…n’est rien enfin que ce projet dont se limite la jouissance. Toutes sortes de choses sans doute, qui paraissent dans le règne animal nous font parodie à ce chemin de la jouissance chez l’être parlant. Justement c’est chez eux que quelque chose se dessine, qu’ils participent beaucoup plus de la fonction du message : l’abeille transportant le pollen de la fleur mâle à la fleur femelle, voilà qui ressemble beaucoup plus à ce qu’il en est de la communication.

Et l’étreinte, l’étreinte confuse d’où la jouissance prend sa cause, sa cause dernière, qui est formelle, est-ce que ce n’est pas beaucoup plus quelque chose de l’ordre de la grammaire qui la commande ? Ce n’est pas pour rien que « Pierre bat Paul » est au principe des premiers exemples de grammaire, ni que Pierre… pourquoi ne pas le dire comme ça « Pierre épaule » donne l’exemple de la conjonction, à ceci près qu’il faut se demander après : qui épaule l’autre. [ Rires ]J’ai déjà joué là-dessus depuis vingt ans. On peut même dire que le verbe ne se définit que de ceci : c’est d’être un signifiant « pas si bête », il faut écrire ça en un mot, passibête que les autres sans doute, lui aussi qui fait le passage d’un sujet, d’un sujet justement à sa propre division dans la jouissance, et qu’il l’est encore moins qu’il devient signe, quand cette division il la détermine en disjonction. J’ai joué un jour autour d’un lapsus littéral, calami, qu’on appelle ça. J’ai fait toute une de mes conférences de l’année dernière sur le lapsus orthographique que j’avais fait : « Tu ne sauras jamais combien je t’ai aimé… » adressé à une femme, et terminé « … ». On m’a fait remarquer depuis, que pris comme lapsus, cela voulait peut-être dire que j’étais homosexuel. Mais ce que j’ai articulé l’année dernière c’est que, quand on aime, il ne s’agit pas de sexe. Voilà sur quoi, si vous le voulez bien, j’en resterai aujourd’hui.

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