lundi, avril 15, 2024
Recherches Lacan

LXX ENCORE Leçon du 26 Juin 1973

Leçon du 26 Juin 1973

Grâce à quelqu’un qui veut bien se consacrer, comme ça, au brossage de ce que je vous raconte… il est là au premier rang…j’ai eu il y a quatre, cinq jours, la truffe brossée de mes élocutions ici, je parle de celles de cette année.  Ça m’intéressait parce qu’après tout, sous ce titre d’Encore, je n’étais pas sûr d’être dans le champ que j’ai déblayé pendant vingt ans, puisque justement ce que ça disait c’était que ça pouvait durer encore longtemps.  À le relire, j’ai trouvé que c’était pas si mal, et spécialement, mon Dieu, d’être parti de ceci… qui me paraissait un peu mince pour le premier de mes séminaires de cette année…c’est que : la jouissance de l’Autre n’était pas le signe de l’amour.  C’était un départ.  Un départ sur lequel peut-être je pourrai revenir aujourd’hui en fermant ce que j’ouvrais là. J’ai en effet quelque peu parlé de l’amour.  Mais le point pivot de ce que j’ai avancé cette année concerne ce qu’il en est du savoir dont j’ai accentué que l’exercice ne pouvait représenter qu’une jouissance.  C’est là la clef, le point tournant, et c’est à quoi je voudrais aujourd’hui contribuer par une sorte de réflexion sur ce qui se fait de tâtonnant dans le discours scientifique, au regard de ce qui peut se produire de savoir.  Je vais droit à ce dont il s’agit.  Le savoir c’est une énigme, c’est une énigme qui nous est présentifiée par l’inconscient, tel qu’il s’est révélé par le discours analytique, et qui s’énonce à peu près ainsi : c’est que pour l’être parlant le savoir c’est ce qui s’articule.  De ça on aurait pu s’en apercevoir depuis un bon bout de temps puisqu’en somme, à tracer les chemins du savoir, on ne faisait rien qu’articuler toutes sortes de choses qui pendant longtemps se sont centrées sur l’être, dont il est évident que rien  n’est, sinon dans la mesure où ça se dit que ça est. S2, j’appelle ça.  Il faut savoir l’entendre.  Est-ce bien d’eux que ça parle ? Parce qu’après tout, si nous partons du langage, il est généralement énoncé que le langage ça sert à la communication.  Communication à propos de quoi, faut-il se demander, à propos de quels « eux » ? La communication implique la référence.  Seulement il y a une chose qui est claire…je prends là les choses par le bout de l’étude scientifique du langage…le langage c’est l’effort fait pour rendre compte de quelque chose qui n’a rien à faire avec la communication, et qui est ce que j’appelle lalangue.  Lalangue sert à de toutes autres choses qu’à la communication.  C’est ce que l’expérience de l’inconscient nous a montré en tant qu’il est fait de lalangue, cette lalangue dont vous savez que je l’écris en un seul mot pour désigner ce qui est notre affaire à chacun à l’égard de ce qui, pour nous, est la langue, la langue dite maternelle, et pas pour rien dite ainsi.  La communication, elle, si on voulait un peu la rapprocher de ce qui s’exerce effectivement dans la jouissance de lalangue, ça serait qu’elle implique quelque chose, à savoir la réplique, autrement dit le dialogue.  Mais comme je l’ai autrefois…pas spécialement cette année…comme je l’ai autrefois expressément articulé, il n’y a rien de moins sûr que lalangue ça serve d’abord et avant tout au dialogue. J’ai pu, comme ça, recueillir au passage…parce qu’il arrive que me viennent sous la main des choses dont j’ai entendu parler depuis bien longtemps…j’ai donc eu sous la main le travail, un livre important d’un nommé BATESON  dont on m’avait rebattu les oreilles, assez pour m’agacer un peu, parce qu’à vrai dire ça venait de quelqu’un qui avait été touché de la grâce d’un certain texte de moi et qui l’avait traduit, traduit en ajoutant autour quelques commentaires, et qui avait cru, dans le BATESON en question, trouver quelque chose qui allait sensiblement plus loin que ce que j’avais, j’avais cru devoir énoncer concernant l’inconscient : l’inconscient ai-je dit structuré comme un langage.  C’est pas si mal ce nommé BATESON.  Ça va bientôt se traduire, Dieu merci, ça permettra comme ça de voir jusqu’à quel point il s’insère admirablement dans ce que je dis, dans ce que je dis concernant l’inconscient.  L’inconscient dont l’auteur…faute de savoir qu’il est structuré comme un langage …dont l’auteur se démontre comme n’ayant qu’une assez médiocre idée.  Mais il faut dire que, il y a des choses qu’il a forgées dans de très jolis artifices, et qu’il appelle lui-même des « métalogues ».  C’est pas mal.  C’est pas mal pour autant que, comme il le dit lui-même, ces « métalogues » comporteraient, s’il faut l’en croire, quelque sorte de progrès, interne, dialectique qui consisterait justement à ne se produire que d’interroger l’évolution du sens d’un terme.  Il en réalise l’artifice, bien sûr…comme il s’est toujours fait dans tout ce qui s’est intitulé dialogue…des dialogues platoniciens entre autres.  C’est à dire à faire dire par l’interlocuteur supposé tout ce qui en somme motive la question même du locuteur, c’est à savoir à incarner dans l’autre la réponse qui est déjà là.  C’est bien en quoi le dialogue, le dialogue classique, dont les plus beaux sont présentés par le legs platonicien…c’est bien en quoi le dialogue classique se démontre n’être pas un dialogue. Si j’ai dit que le langage, c’est ce comme quoi l’inconscient est structuré, c’est bien parce que le langage d’abord ça n’existe pas.  Le langage c’est ce qu’on essaie de savoir concernant la fonction de lalangue.  C’est bien ainsi que le discours scientifique l’aborde, à ceci près que ce qui lui est difficile c’est de, c’est de le réaliser pleinement, car l’inconscient c’est le témoignage, le témoignage d’un savoir en tant qu’il échappe pour une grande part à l’être qui donne l’occasion de s’apercevoir jusqu’où vont les effets de lalangue.  C’est en effet – c’est vrai – c’est en effet que cet être rend compte par toute sortes d’affects qui restent énigmatiques, ce qui résulte de cette présence de lalangue en tant que, de savoir elle articule des choses qui vont beaucoup plus loin que tout ce que lui-même, à titre de savoir énoncé, il supporte.  Le langage sans doute est fait de lalangue, c’est une élucubration de savoir sur lalangue elle-même, mais l’inconscient est un savoir, un savoir-faire avec lalangue.  Ce qu’on sait faire avec lalangue dépasse en d’autres termes de beaucoup ce dont on peut rendre compte au titre du langage, mais il pose la même question qui est posée par le terme de langage, il est sur la même voie à ceci près qu’il va déjà beaucoup plus loin, qu’il anticipe sur la fonction du langage, que lalangue nous affecte d’abord par tout ce qu’elle comporte comme effets qui sont affects.  Et si l’on peut dire que l’inconscient est structuré par… comme un langage, c’est très précisément en ceci que ses effets de lalangue, déjà là comme savoir, comme savoir qui n’a rien à faire, va bien au-delà de tout ce que l’être – l’être qui parle – est susceptible d’articuler comme tel, c’est bien en ça que l’inconscient…en tant qu’ici je le supporte de son déchiffrage…que l’inconscient ne peut que se structurer comme un langage, comme un langage toujours hypothétique au regard de ce qui le soutient, à savoir lalangue, à savoir ceci même qui fait que tout à l’heure j’ai pu de mon S2 faire une question et demander : est-ce bien d’eux, en effet, qu’il s’agit dans le langage, autrement dit, le langage est-il seulement communication ? La méconnaissance de ce fait qui a surgi de par le discours analytique a prêté…a prêté à ce dont je vais faire aujourd’hui le pivot de ma question sur le savoir…a prêté à ceci que dans les bas-fonds de la scienc
e, il ait surgi cette grimace qui consiste à interroger comment l’être peut savoir quoi que ce soit.  Il est comique de voir comment cette interrogation prétend à se satisfaire.  J’en prendrai comme exemple ceci : que puisque la limite, je l’ai posée d’abord, est faite de ceci qu’il y a des êtres qui parlent, on se demande ce que peut bien être le savoir de ceux qui ne parlent pas.  On se le demande… On ne sait pas pourquoi on se le demande, mais on se le demande quand même.  Et on fait – pour des rats – un petit labyrinthe grâce à quoi on espère être sur le chemin de ce que c’est qu’un savoir.  Qu’est-ce qui arrive alors ? On espère être sur ce chemin parce qu’on espère montrer quelle capacité il a pour apprendre… Quelle capacité il a pour apprendre – apprendre à quoi – à ce qui l’intéresse bien sûr, et l’on suppose que ce qui l’intéresse… supposition qui n’est pas absolument infondée…ce doit être, puisqu’on le prend – ce rat – non pas comme être, mais bel et bien comme corps, ce qui suppose qu’on le voit comme unité, comme unité ratière.  On ne se demande absolument pas ce qui peut soutenir l’être du rat, encore que depuis toujours on avait bien eu l’idée que l’être, l’être ça devait contenir une sorte de plénitude qui lui soit propre, puisque c’est de là que dans le premier abord de ce qu’il en était de l’être on était parti, à savoir que l’être c’est un corps.  On avait élucubré toute une hiérarchie, toute une échelle des corps, et on était parti, mon Dieu, de cette notion que chacun devait bien savoir ce qui le maintenait à l’être.  Autrement dit, on n’était pas allé plus loin que cette idée qu’il y était maintenu par quelque chose qui devait être son bien, qui devait lui faire plaisir. Mais comment se fait-il, qu’est-ce qu’il y a eu comme changement dans le discours, pour que tout d’un coup on interroge, on interroge cet être sur le moyen qu’il aurait de se dépasser, à savoir d’en apprendre plus, qu’il n’en a besoin dans son être pour survivre comme corps ? Grâce au montage du labyrinthe et à quelques accessoires, c’est à savoir que le labyrinthe n’aboutit pas seulement à la nourriture mais à quelque chose comme un bouton ou un clapet dont il faut que le sujet supposé de cet être trouve le truc pour accéder à sa nourriture.  Autrement dit, on transforme la question du savoir en la question d’un « apprendre ».  Est-ce qu’un rat, non plus considéré dans son être mais dans son unité… car tout va aboutir au pressage du bouton …c’est la même chose s’il s’agit de la reconnaissance de quelque trait auquel on concevra qu’alors l’être est susceptible de réagir…qu’il s’agisse d’un trait lumineux ou d’un trait de couleur …et l’on constatera qu’après une série d’essais et erreurstrials and errors, comme vous savez ça s’appelle, on a laissé la chose en anglais vu ceux qui se sont trouvé frayer cette voie concernant le savoir…on va voir si le taux des trials and errors, combien de temps ce taux va se mettre à diminuer assez pour que s’enregistre que l’unité ratière est capable d’apprendre quelque chose. Ce qui n’est posé que secondairement comme question c’est la question que je pose, c’est ceci : c’est si l’unité ratière en question va apprendre à apprendre.  C’est là que gît le vrai ressort de l’expérience : est-ce qu’un rat, une fois que… il a subi ou que cesse cette épreuve, mis en présence d’une épreuve du même ordre…nous verrons tout à l’heure ce qu’est cet ordre…est-ce qu’il va apprendre plus vite ? Ce qui se matérialise aisément par une décroissance du nombre d’essais qui sont nécessaires pour que le rat sache comment il a à se comporter dans tel montage, appelons montage l’ensemble du labyrinthe et des clapets et des boutons qui dans cette occasion fonctionnent. Il est clair que la question a été si peu posée, quoi qu’elle l’ait été bien sûr, qu’on n’a même pas songé à interroger la différence qu’il y a, selon que celui qui apprend à apprendre au rat en question, selon que celui-ci est ou non le même expérimentateur.  En d’autres termes, ce qui est laissé de côté c’est ceci, c’est que ce qu’on propose au rat comme thème pour démontrer ses facultés d’apprendre, si ça surgit de la même source ou de deux sources différentes, car si nous nous reportons à ceci : que l’expérimentateur, il est bien évident que c’est lui qui là-dedans sait quelque chose, c’est même avec ce qu’il sait qu’il invente le montage du labyrinthe, des boutons et des clapets.  S’il n’était pas quelqu’un pour qui le rapport au savoir est fondé sur un certain rapport qui est… je l’ai dit, pourquoi ne pas le répéter…d’habitation ou de cohabitation avec la lalangue, il est clair qu’il n’y aurait pas ce montage, et que tout ce que l’unité ratière apprend en cette occasion c’est à donner un signe, un signe de sa présence d’unité.  Que ce soit le bouton ou autre chose, l’appui de la patte sur ce signe, que ce soit bouton ou bien clapet, que le clapet soit reconnu, reconnu il ne l’est que par un signe, c’est toujours en faisant signe que l’unité accède à ce dont on conclut qu’il y a apprentissage.  Mais ce rapport qui est en somme d’extériorité… d’extériorité telle que rien ne confirme qu’il puisse y avoir saisie du mécanisme à quoi aboutit la poussée sur le bouton…comment ne pas saisir que la question est d’importance, et de la plus haute importance, que c’est la seule qui compterait, c’est à savoir s’il n’y a, dans ces successifs mécanismes à propos de quoi l’expérimentateur peut constater non seulement qu’il a trouvé le truc, mais qu’il a – seule chose qui compte – appris la façon dont ça se prend, qu’il a appris ce qui est « à prendre ».  Il est clair que, je dirai là, la cohérence, la symbiose que réalise une telle expérience, si nous tenons compte de ce qu’il en est du savoir inconscient, ne peut pas manquer d’être interrogée à partir de ceci que ce qu’il faut savoir c’est comment l’unité ratière répond à ce qui n’a pas été cogité à partir de rien par l’expérimentateur.  Qu’en d’autres termes, on n’invente pas n’importe quelle composition labyrinthique, que le fait que ça sorte du même expérimentateur ou de deux expérimentateurs différents ça mérite d’être interrogé, et rien dans ce que j’ai pu recueillir jusqu’à présent de cette littérature, n’implique que ce soit dans ce sens que la question ait été posée.  Mais l’intérêt de cet exemple ne se limite pas à ce fait, à ce fait d’interrogation qui laisse entièrement intacts et différents ce qu’il en est du savoir et ce qu’il en est de l’apprentissage.  Ce qu’il en est du savoir pose des questions et nommément celle-ci : de comment ça s’enseigne.  Il est bien clair que la question de comment ça s’enseigne, à savoir la notion d’une science entièrement centrée sur ceci : du savoir qui se transmet intégralement, c’est elle qui a produit, dans ce qu’il en est du savoir, ce tamisage grâce à quoi un discours qui s’appelle le scientifique s’est constitué.  Il s’est constitué non pas du tout sans de nombreuses mésaventures.  Si cette année j’ai rappelé où il a pu surgir, ça n’est certainement pas sans qu’ait été feinte…fingere, fingo, dit NEWTON, non fingo, croit-il pouvoir dire hypotheses non fingo : je ne suppose rien …et ce n’est pas par hasard que cette année j’ai spécifié que c’est bien sur une hypothèse, au contraire, que tout tourne : que la fameuse révolution…qui n’est point du tout copernicienne mais newtonienne…a joué.  Elle a joué sur ceci qui est de substituer à un « ça tourne » un « ça tombe ».  C’est l’hypothèse newtonienne comme telle, quand il a reconnu dans le « ça tourne » astral des cycles, quand il a bien marqué que c’est la même chose que de tomber.  Mais pour le constater…
ce qui une fois constaté permet d’éliminer l’hypothèse            …il a bien fallu qu’il la fasse cette hypothèse. La question d’introduire un discours scientifique concernant le  savoir c’est de l’interroger là où il est, ce savoir, et ce savoir « là où il est » ceci veut dire l’inconscient en tant que c’est dans le gîte de lalangue que ce savoir repose.  Je fais remarquer que l’inconscient, je n’y entre, pas plus que NEWTON, sans hypothèse.  L’hypothèse que l’individu qui en est affecté, de l’inconscient, c’est le même qui fait ce que j’appelle le sujet d’un signifiant.  Ce que j’énonce sous cette formule minimale : qu’un signifiant représente un sujet pour un autre signifiant.  Je réduis, autrement dit, l’hypothèse selon la formule même qui la substantifie, à ceci : que l’ hypothèse est nécessaire au fonctionnement de lalangue.  Dire qu’il y a un sujet ce n’est rien d’autre que dire qu’il y a hypothèse.  La seule preuve que nous en ayons est ceci : que le sujet se confonde avec cette hypothèse, et que ce soit l’individu, l’individu parlant qui le supporte, c’est que le signifiant devienne signe.  Le signifiant en lui-même n’est rien d’autre de définissable qu’une différence, une différence avec un autre signifiant.  C’est l’introduction comme telle de la différence dans le champ qui permet d’extraire de lalangue ce qu’il en est du signifiant.  Mais à partir de là, et parce qu’il y a l’inconscient, à savoir lalangue en tant que c’est de cohabitation avec elle que se définit un être appelé l’être parlant, que le signifiant peut être appelé à faire signe, et entendez ce signe comme vous l’enten… comme il vous plaira : soit le mot signe, soit le t. h. i. n. g, de l’anglais thing, à savoir la chose.  Le signifiant, si d’un sujet en tant que signifiant il fait le support formel, il atteint quelque chose d’autre en tant qu’il l’affecte.  Un autre, un autre que ce qu’il est tout crûment lui comme signifiant, un autre fait sujet ou du moins passe pour l’être.  C’est en cela qu’il est, et seulement pour l’être parlant, qu’il se trouve être comme étant, c’est à dire quelque chose dont l’être est toujours ailleurs, comme le montre le prédicat.  Le sujet n’est jamais que ponctuel et évanouissant, il n’est sujet que par un signifiant et pour un autre signifiant. C’est ici que nous devons revenir à ceci qu’après tout, par un choix dont on ne sait pas ce qui l’a guidé, ARISTOTE a pris le parti de ne donner pas d’autre définition de l’individu que le corps.  Le corps en tant qu’organisme, en tant que ce qui se maintient comme Un,  et non pas en tant que ce qui se reproduit.  Il est frappant de voir qu’entre l’idée platonicienne et la définition aristotélicienne de l’individu comme fondant l’être, la différence est proprement celle autour de quoi nous sommes encore, c’est à savoir la question qui se pose au biologiste, à savoir comment un corps se reproduit.  Car c’est bien là ce dont il s’agit dans toute tentative de chimie dite moléculaire, c’est à savoir comment il se fait qu’en combinant un certain nombre de choses dans un bain unique, quelque chose va se précipiter qui fera qu’une bactérie par exemple se reproduira comme telle. Le corps, qu’est-ce donc ? Est-ce ou n’est-ce pas le savoir de l’Un ? Le savoir de l’Un se révèle ne pas venir du corps, le savoir de l’Un, pour le peu que nous en puissions dire, le savoir de l’Un vient du signifiant Un.  Le signifiant Un vient-il du fait que le signifiant comme tel ne soit jamais que l’un entre autres, référé comme tel à ces autres, et comme en étant la différence d’avec les autres ?La question est si peu résolue jusqu’à présent que j’ai fait tout mon séminaire de l’année dernière pour interroger, mettre l’accent sur ce « y’a d’l’Un ».  Qu’est-ce que veut dire y’a d’l’Un ? Ce que veut dire y’a d’l’Un  est ceci que permet de repérer l’articulation signifiante que de Un entre autres…et il s’agit de savoir si c’est « quel qu’il soit »…se lève un S1, un essaim de signifiants, un essaim bourdonnant lié à ceci que ce Un de chaque signifiant… avec la question de est-ce d’eux que je parle…ce S1 que je peux écrire d’abord de sa relation avec S2, eh bien c’est ça qui est l’essaim.  S1 (S1  (S1  (S1  (S1 →  S2) ) ) )Vous pouvez en mettre ici autant que vous voudrez, c’est l’essaim dont je parle.  Le signifiant comme maître, à savoir en tant qu’il assure l’unité, l’unité de cette copulation du sujet avec le savoir, c’est cela le signifiant maître, et c’est uniquement dans lalangue, en tant qu’elle est interrogée comme langage, que se dégage – et pas ailleurs – que se dégage l’existence de ce dont ce n’est pas pour rien que le terme στοιχεῖον [ stoikeion ] : élément, soit surgi d’une linguistique primitive, ce n’est pas pour rien, le signifiant Un n’est pas un signifiant quelconque, il est l’ordre signifiant en tant qu’il s’instaure de l’enveloppement par où toute la chaîne subsiste. J’ai lu récemment un travail de quelqu’un qui s’interroge à propos de la… ce qu’elle prend pour une relation qui est celle du S1 avec le S2, à savoir relation de représentation, le S1 serait en relation avec le S2 pour autant qu’il représente un sujet.  La question de savoir si cette relation est asymétrique, antisymétrique, transitive ou autre, à savoir si le sujet se transfère du S2 à un S3 et ainsi de suite, c’est une question qui est à reprendre, à reprendre à partir du schème que j’en donne ici.  Le Un incarné dans lalangue est quelque chose qui justement reste indécis entre le phonème, le mot, la phrase, voire toute la pensée, c’est bien ce dont il s’agit dans ce que j’appelle « signifiant maître », c’est le signifiant Un, et ce n’est pas pour rien que l’avant-dernière de nos rencontres, j’ai amené ici pour l’illustrer le bout de ficelle, le bout de ficelle en tant qu’il fait ce rond, ce rond dont j’ai commencé d’interroger le nœud possible avec un autre.  Je n’irai pas plus loin aujourd’hui puisque nous avons…grâce à une question en somme extérieure, question de notre abri ici…puisque nous avons été privés d’un de ces séminaires c’est quelque chose que je reprendrai dans la suite éventuellement. L’important, pour virer, faire tourner ici le volet, l’important de ce qu’a révélé le discours psychanalytique consiste en ceci, ceci dont on s’étonne qu’on ne voie pas la fibre partout : c’est que ce savoir qui structure d’une cohabitation spécifique ce qu’il en est de l’être qui parle, ce savoir a le plus grand rapport avec l’amour.  Car ce dont se supporte tout amour est très précisément ceci, d’un certain rapport entre deux savoirs inconscients. Si j’ai énoncé que le transfert c’est le sujet supposé savoir qui le motive, ce n’est là que point d’application tout à fait particulier, spécifié de ce qui est là d’expérience, et je vous prie de vous rapporter au texte de ce que j’ai énoncé ici sur le choix de l’amour.  C’est au milieu de cette année que je l’ai fait.  Si j’ai parlé de quelque chose à ce proposc’est en somme de la reconnaissance, la reconnaissance à des signes qui sont ponctués toujours énigmatiquement, de la façon dont l’être est affecté, en tant que sujet, de ce savoir inconscient. S’il est vrai qu’il n’y a pas de rapport sexuel parce que simplement la jouissance, la jouissance de l’Autre prise comme corps, que cette  jouissance est toujours inadéquate : – perverse d’un côté, en tant que l’Autre se  réduit à l’objet(a), – je dirai folle de l’autre, pour auta
nt que ce dont il s’agit c’est de la façon énigmatique dont se pose cette jouissance de l’Autre comme telle.  Est-ce que ce n’est pas de l’affrontement à cette impasse, à cette impossibilité définissant comme tel un réel, qu’est mis à l’épreuve l’amour en tant que du partenaire il ne peut réaliser que ce que j’ai appelé, par une sorte de poésie pour me faire entendre, ce que j’ai appelé le courage au regard de ce destin fatal.  Est-ce bien de courage qu’il s’agit ou des chemins d’une reconnaissance, d’une reconnaissance dont la caractéristique ne peut être rien d’autre que ceci, que ce rapport dit sexuel devenu là rapport de sujet à sujet, à savoir du sujet en tant qu’il n’est que l’effet du savoir inconscient, de la façon dont ce rapport de sujet à sujet cesse de ne pas s’écrire. Ce « cesser de ne pas s’écrire », vous le voyez, c’est pas formule que j’ai avancée au hasard.  Si je me suis complu au nécessaire comme à : ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire, qui ne cesse pas, ne cesse pas de s’écrire en l’occasion, le nécessaire n’est pas le réel, c’est ce qui ne cesse pas de s’écrire.  Le déplacement de cette négation qui pose, qui nous pose au passage la question de ce qu’il en est de la négation, quand elle vient prendre la place d’une inexistence, si le rapport sexuel répond à ceci dont je dis qu’il – non seulement – il ne cesse pas de ne pas s’écrire, c’est bien de cela et de lui dans l’occasion qu’il s’agit, qu’il ne cesse pas de ne pas s’écrire, qu’il y a là impossibilité, c’est aussi bien que quelque chose  ne peut non plus le dire, c’est à savoir qu’il n’y a pas d’existence dans le dire de ce rapport. Mais que veut dire, que veut dire de le nier ? Y a-t-il d’aucune façon légitimité de substituer une négation à l’appréhension éprouvée de l’inexistence ? C’est là aussi une question qu’il s’agira pour nous d’amorcer.  Le mot interdiction veut-il plus dire, est-il plus permis, c’est ce qui non plus ne saurait dans l’immédiat, être tranché.  Mais l’appréhension de la contingence telle que je l’ai déjà incarnée de ce « cesse de ne pas s’écrire », à savoir de ce quelque chose qui, par la rencontre…la rencontre il faut bien le dire de symptômes, d’affects…de ce qui chez chaque individu marque la trace de son exil… non comme sujet mais comme parlant…de son exil de ce rapport, est-ce que ce n’est pas dire que c’est seulement par l’affect qui résulte de cette béance que quelque chose … dans tout cas où se produit l’amour…que quelque chose …qui peut varier infiniment quant au niveau de ce savoir…que quelque chose se rencontre qui, pour un instant, peut donner l’illusion de cesser de ne pas s’écrire, à savoir que quelque chose non seulement s’articule mais s’inscrive, s’inscrive dans la destinée de chacun, par quoi pendant un temps, un temps de suspension, ce quelque chose qui serait le rapport, ce quelque chose trouve chez l’être qui parle, ce quelque chose trouve sa trace et sa voie de mirage.  Qu’est-ce qui nous permettrait – cette implication – de la conforter ? Assurément ceci : que le déplacement de cette négation, à savoir le passage…à ce que tout à l’heure j’ai manqué si bien d’un lapsus, lui-même bien significatif…à savoir le passage de la négation au ne cesse pas de s’écrire, à la nécessité substituée à cette contingence, c’est bien là le point de suspension à quoi s’attache tout amour.  Tout amour de ne subsister que de cesser de ne pas s’écrire tend à faire passer cette négation au ne cesse pas, ne cesse pas, ne cessera pas de s’écrire.  Et tel est en effet le substitut qui, par la voie de l’existence, non pas du rapport sexuel mais de l’inconscient qui en diffère, qui par cette voie fait la destinée et aussi le drame de l’amour. Vu l’heure où nous sommes arrivés, et qui est celle où normalement je désire prendre congé, je ne pousserai pas ici les choses plus loin.  Je ne pousserai pas les choses plus loin sauf à indiquer que ce que j’ai dit de la haine est quelque chose qui ne relève pas du même plan dont s’articule la prise du savoir inconscient, mais qui, dans ce qu’il en est du sujet, du sujet dont vous le remarquez il ne se peut pas qu’il ne désire pas ne pas trop en savoir, sur ce qu’il en est de cette rencontre éminemment contingente, qu’il en sache un peu plus, que de ce sujet il aille à l’être qui y est pris, le rapport de l’être, de l’être à l’être, bien loin qu’il soit ce rapport d’harmonie que depuis toujours – on ne sait trop pourquoi – nous ménage, nous arrange, une tradition dont il est très curieux de constater la convergence, la convergence d’ARISTOTE qui n’y voit que la jouissance suprême, avec ce que la tradition chrétienne nous reflète de cette tradition même comme béatitude, montrant par là son empêtrement dans quelque chose qui n’est vraiment qu’une appréhension de mirage.  La rencontre de l’être comme tel, c’est bien là que par la voie du sujet l’amour vient à aborder.  Quand il aborde, j’ai posé expressément la question, est-ce que ce n’est pas là que surgit ce qui fait de l’être, précisément quelque chose qui ne se soutient que de se rater.  J’ai parlé de rat tout à l’heure, c’était de ça qu’il s’agissait, ce n’est pas pour rien qu’on a choisi le rat, c’est parce que le rat ça se rature, on en fait facilement une unité.  Et puis que d’un certain côté j’ai déjà vu ça, dans un temps, comme ça, j’avais un concierge quand j’habitais rue de la Pompe : le rat, il ne le ratait – lui – jamais, il avait pour le rat une haine égale à l’être du rat. L’abord de l’être, est-ce que ce n’est pas là que réside ce qui en somme s’avère être l’extrême, l’extrême de l’amour, la vraie amour, la vraie amour débouche sur la haine, assurément ce n’est pas l’expérience analytique qui en a fait la découverte, la modulation éternelle des thèmes sur l’amour en porte suffisamment le reflet. Voilà je vous quitte.  Est-ce que je vous dis à l’année prochaine ? Vous remarquerez que je vous ai jamais,  jamais dit ça, que je remarque aujourd’hui, car c’est de cela qu’il s’agit, je remarque aujourd’hui que je vous ai jamais dit ça.  Plus exactement je porte à votre connaissance cette remarque, car moi je me suis toujours privé de la faire, pour une très simple raison c’est que j’ai jamais su, depuis vingt ans que j’articule pour vous des choses, j’ai jamais su si je continuerai l’année prochaine.  Ah, ça, ça fait partie de mon destin d’objet(a).  Alors, comme après tout, ces vingt ans enfin j’en ai bouclé le cycle, après dix ans, on m’avait en somme retiré la parole, et il se trouve comme ça que pour des raisons pour lesquelles il y avait eu une part de destin et aussi de ma part une part d’inclination à faire plaisir à quelqu’un, j’ai continué pendant dix ans encore.  Est-ce que je continuerai l’année prochaine ? Pourquoi pas arrêter là l’encore ? Ce qu’il y a d’admirable c’est que personne n’a jamais douté que je continuerai.  Que je fasse cette remarque en pose pourtant la question.  Il se pourrait après tout qu’à cet « Encore » j’adjoigne un « c’est assez ». Eh bien ma foi, je vous laisse la chose à votre pari, parce qu’après tout, il y en a beaucoup qui croient me connaître et qui pensent que je trouve là-dedans une infinie satisfaction narcissique.  À côté de la peine que ça me donne, je dois dire que ça me paraît, ça me paraît peu de choses.  Faites vos paris, et puis quel sera le résultat, est-ce que ça voudra dire que ceux qui auront deviné juste, ceux-là m’aiment ? Eh bien c’est justement ça le sens que je viens de vous énoncer aujourd’hui, c’est que de savoir ce que le partenaire va faire c’est pas une pr
euve de l’amour.

Print Friendly, PDF & Email