samedi, juillet 20, 2024
Recherches Lacan

LXX ENCORE Leçon du 21 Novembre 1972

Leçon du 21 novembre 1972

Il m’est arrivé de ne pas publier l’Éthique de la psychanalyse. En ce temps-là, c’était une forme — chez moi – de la politesse : « après vous, j’vous-en-prie », « j’vous-en-pire », « passez-donc-les-près-vous… » Avec le temps, j’ai pris l’habitude de m’apercevoir qu’après tout je pouvais en dire un peu plus. Et puis, je me suis aperçu que ce qui constituait mon cheminement c’était quelque chose de l’ordre du « je n’en veux rien savoir ! ». C’est sans doute ce qui aussi, avec le temps, fait que – encore — je suis là, et que vous aussi vous êtes là, je m’en étonne toujours, encore !           Il y a quelque chose, depuis quelque temps, qui le favorise c’est qu’il y a aussi chez vous, chez la grande masse de ceux qui sont là, un même… en apparence… un même « je n’en veux rien savoir ! ». Seulement — tout est là ! — est-ce le même ? Le « je n’en veux rien savoir ! » d’un certain savoir qui vous est transmis par bribes, est-ce bien de cela qu’il s’agit ? Je ne crois pas.        Et même, c’est bien parce que vous me supposez partir d’ailleurs dans ce « je n’en veux rien savoir ! » que supposer vous lie à moi. De sorte que s’il est vrai que je dise qu’à votre égard je ne puis être ici qu’en position d’analysant de mon « je n’en veux rien savoir ! » d’ici que vous atteigniez le même, il y aura une paye. Et c’est bien, c’est bien ce qui fait que c’est seulement, que quand le vôtre vous apparaît suffisant, vous pouvez… si vous êtes, inversement mes analysants… vous pouvez normalement vous détacher de votre analyste. Il n’y a… contrairement à ce qui s’émet… nulle impasse de ma position d’analyste avec ce que je fais ici à votre égard. L’année dernière, j’ai intitulé ce que je croyais pouvoir vous dire «… ou pire », puis « ça s’oupire », (s apostrophe). Ça n’a rien à faire avec « je » ou « tu » : « je ne t’oupire pas », ni « tu ne m’oupires ». Notre chemin, celui du discours analytique, ne progresse que de cette limite étroite, de ce tranchant du couteau qui fait qu’ailleurs ça ne peut que « s’oupirer ». C’est ce discours qui me supporte, et pour le recommencer cette année, je vais d’abord vous supposer au lit… un lit de « plein emploi » à deux.

 

Ici il faut que je m’excuse auprès de quelqu’un, qui ayant bien voulu s’enquérir de ce qu’est mon discours… un juriste, pour le situer… j’ai cru pouvoir… pouvoir pour — à lui — faire sentir ce qui en est le fondement… c’est à savoir que le langage ça n’est pas l’être parlant… je lui ai dit que je ne me trouvais pas déplacé d’avoir à parler dans une faculté de droit, celle où il est sensible… sensible par ce qu’on appelle l’existence des codes, du code civil, du code pénal et de bien d’autres… que le langage ça se tient là, c’est à part, et que l’être parlant… ce qu’on appelle les hommes… il a affaire à ça tel que ça s’est constitué au cours des âges. Alors commencer, commencer par vous supposer au lit, bien sûr il faut qu’à son endroit je m’en excuse ! Je n’en décollerai pas pourtant aujourd’hui ! Et si je peux m’en excuser c’est à lui rappeler, lui rappeler que, au fond de tous les droits, il y a ce dont je vais parler, à savoir la jouissance. Le droit ça parle de ça, le droit ça ne méconnaît pas même ce départ, ce bon droit coutumier dont se fonde l’usage du concubinat, ce qui veut dire coucher ensemble. Evidemment je vais partir d’autre chose, de ce qui dans le droit reste voilé, à savoir ce qu’on en fait : s’étreindre. Mais ça c’est parce que je pars de la limite, d’une limite dont en effet il faut partir pour être sérieux, ce que j’ai déjà commenté : pouvoir établir la série, la série de ce qui s’en approche. L’usufruit ça c’est bien une notion de droit et qui réunit en un seul mot ce que déjà j’ai rappelé… dans ce séminaire sur l’ Éthique dont je parlais tout à l’heure… à savoir la différence qu’il y a de l’outil, qu’il y a de l’utile, à la jouissance. L’utile ça sert à quoi ?

 

C’est ce qui n’a jamais été bien défini en raison d’un respect — d’un respect prodigieux — que grâce au langage l’être parlant a pour le moyen. L’usufruit ça veut dire qu’on peut jouir de ses moyens mais qu’il faut pas les gaspiller. Quand on a reçu un héritage, on en a l’usufruit, on peut en jouir à condition de ne pas trop en user. C’est bien là qu’est l’essence du droit : c’est de répartir, de distribuer, de rétribuer, ce qu’il en est de la jouissance. Mais qu’est-ce que c’est que la jouissance ? C’est là précisément, ce qui pour l’instant, se réduit à nous d’une instance négative : la jouissance c’est ce qui ne sert à rien ! Seulement ça n’en dit pas beaucoup plus long. Ici je pointe, je pointe la réserve qu’implique ce champ du droit, du droit à la jouissance. Le droit c’est pas le devoir. Rien ne force personne à jouir, sauf le surmoi. Le surmoi c’est l’impératif de la jouissance : jouis ! C’est le commandement qui part… d’où ? C’est bien là que se trouve le point tournant qu’interroge le discours analytique. C’est bien sur ce chemin que j’ai essayé dans un temps… le temps de l’« après vous »… que j’ai laissé passer, pour montrer que si l’analyse nous permet d’avancer dans une certaine question, c’est bien que nous ne pouvons nous en tenir à ce dont je suis parti… assurément respectueusement… à ce dont je suis parti, soit de l’Éthique d’ARISTOTE, pour montrer quel glissement s’était fait avec le temps. Glissement qui n’est pas progrès, glissement qui est contour, glissement qui, d’une considération au sens propre du terme, d’une considération de l’être qui était celle d’ARISTOTE, a fait venir au temps de l’utilitarisme de BENTHAM, au temps de la Théorie des fictions, au temps de ce qui du langage a démontré la valeur d’outil, la valeur d’usage. Ce qui nous laisse enfin revenir à interroger ce qu’il en est de cet être, de ce « Souverain Bien » posé là comme objet de contemplation, et d’où on avait cru pouvoir édifier une éthique. Je vous laisse donc sur ce lit à vos inspirations. Je sors, et une fois de plus j’écrirai sur la porte… afin qu’à la sortie — peut-être — vous puissiez vous rendre compte des rêves que vous aurez, sur ce lit, poursuivis… la phrase suivante : la jouissance de l’Autre… de l’Autre avec… il me semble que depuis le temps – hein — ça doit suffire que je m’arrête là. Je vous en ai assez rebattu les oreilles de ce grand A qui vient après, vu que maintenant il traîne partout, ce grand A mis devant l’Autre, plus ou moins opportunément d’ailleurs, ça s’imprime à tort et à travers… la jouissance de l’Autre, du corps de l’Autre qui Le… lui aussi avec un grand L… du corps de l’Autre qui Le symbolise, n’est pas le signe de l’amour.            J’écris ça, et je n’écris pas après : « terminé », ni « amen », ni « ainsi soit-il ». Il n’est pas le signe… c’est néanmoins la seule réponse. Le compliqué c’est que la réponse elle est déjà donnée au niveau de l’amour, et que la jouissance, de ce fait, reste une question, question en ceci que la réponse qu’elle peut constituer n’est pas nécessaire d’abord. C’est pas comme l’amour. L’amour – lui — fait signe, et comme je l’ai dit depuis longtemps, il est toujours réciproque. J’ai avancé ça très doucement en disant que les sentiments sont toujours réciproque, c’était pour que ça me revienne : — Et alors… et alors… et l’amour… et l’amour il est toujours réciproque ? — Mais z’oui ! mais z’oui

!

 

C’est même pour ça qu’on a inventé l’inconscient, c’est pour s’apercevoir que « le désir de l’homme c’est le désir de l’Autre », et que l’amour c’est une passion qui peut être l’ignorance de ce désir, mais qui ne lui laisse pas moins toute sa portée. Quand on y regarde plus près on en voit le ravage. Alors bien sûr ça explique que la jouissance du corps de l’autre – elle — ne soit pas une réponse nécessaire. Ça va même plus loin, c’est pas non plus une réponse suffisante parce que l’amour – lui – demande l’amour, il ne cesse pas de le demander, il le demande encore. Encore, c’est le nom propre de cette faille d’où dans l’Autre part la demande d’amour. Alors d’où part, d’où part ça qui est capable, certes… mais de façon non nécessaire, non suffisante… de répondre par la jouissance, jouissance du corps, du corps de l’autre ? C’est bien ce que l’année dernière, inspiré d’une certaine façon par la chapelle de Sainte-Anne, qui me portait sur le système, je me suis laissé aller à appeler l’(a) mur. L’(a) mur c’est ce qui apparaît en signes bizarres sur le corps et qui vient d’au-delà, du dehors, de cet endroit que nous avons cru, comme ça, pouvoir lorgner au microscope sous la forme du germen, dont je vous ferai remarquer qu’on ne peut dire que ce soit là la vie puisqu’aussi bien ça porte la mort, la mort du corps, que ça le reproduit, que ça le répète, que c’est de là que vient l’en corps.

Il est faux de dire « séparation » du soma et du germen, puisque de porter ce germen le corps porte des traces. Il y a des traces sur l’(a)mur. L’être du corps est sexué, certes, mais c’est secondaire comme on dit. Et comme l’expérience le démontre, ce ne sont pas de ces traces que dépend la jouissance du corps en tant que l’Autre il symbolise. C’est là ce qu’avance la plus simple considération des choses. De quoi s’agit-il donc dans l’amour ? Comme la psychanalyse l’avance…avec une audace d’autant plus incroyable que toute son expérience va contre, que ce qu’elle démontre c’est le contraire…l’amour c’est de faire Un. C’est vrai qu’on ne parle que de ça depuis longtemps, de l’Un : la fusion, l’Éros seraient tension vers l’Un. « Y a d’l’Un », c’est de ça que j’ai supporté mon discours de l’année dernière, et certes pas pour confluer dans cette confusion originelle… celle du désir qui ne conduit qu’à la visée de la faille où se démontre que l’Un ne tient que de l’essence du signifiant. Si j’ai interrogé FREGE  au départ c’est pour tenter de démontrer la béance qu’il y a, de cet Un à quelque chose qui tient à l’être, et derrière l’être   à la jouissance. Je peux quand même vous dire par un petit exemple : l’exemple d’une perruche qui était amoureuse de PICASSO, ça se voyait à la façon dont elle lui mordillait le col de sa chemise et les battants de sa veste. Cette perruche était bien en effet amoureuse de ce qui est essentiel à l’homme, à savoir son accoutrement. Cette perruche était comme DESCARTES, pour qui des hommes c’était des habits en « pro-ménade », si vous me permettez, bien sûr c’est « pro », ça promet la ménade… c’est-à-dire quand on les quitte. Mais ce n’est qu’un mythe, un mythe qui vient converger avec le lit de tout à l’heure.

 

Jouir d’un corps quand il n’y a plus d’habits c’est quelque chose qui laisse intacte la question de ce qui fait l’Un, c’est-à-dire de l’identification. La perruche s’identifiait à PICASSO habillé.Il en est de même de tout ce qui est de l’amour. Autrement dit, l’habit aime le moine parce que c’est par là qu’ils ne sont tous qu’Un. Autrement dit, ce qu’il y a sous l’habit, et que nous appelons le corps ce n’est peut-être, en l’affaire, que ce  reste que j’appelle l’objet(a). Ce qui fait tenir l’image c’est un reste, et ce que l’analyse démontre c’est que l’amour dans son essence est narcissique, que le baratin sur l’objectal est quelque chose dont – justement – elle sait dénoncer la substance dans ce qui est reste  dans le désir, à savoir sa cause, et ce qui le soutient de son insatisfaction voire de son impossibilité. L’impuissance de l’amour, quoiqu’il soit réciproque, tient à cette ignorance d’être le désir d’être Un. Et ceci nous conduit à l’impossible d’établir la relation d’eux – la relation d’eux qui ? – les deux sexes.Assurément, ai-je dit, ce qui apparaît sur ces corps, sous ces formes énigmatiques que sont les caractères sexuels qui ne sont que secondaires, sans doute fait l’être sexué. Mais l’être c’est la jouissance du corps comme tel, c’est-à-dire comme (a)sexué…mettez-le comme vous voudrez comme asexué, puisque ce qui est dit jouissance sexuelle est dominé, marqué par l’impossibilité d’établir comme tel, nulle part dans l’énonçable, ce seul Un qui nous intéresse : l’Un de la relation « rapport sexuel ». C’est ce que le discours analytique démontre, en ceci justement que pour ce qui est d’un de ces êtres comme sexué, l’homme en tant qu’il est pourvu de l’organe dit phallique – j’ai dit : « dit » -le sexe corporel, le sexe de la femme…j’ai dit de La femme : justement il n’y en a pas, il n’y a pas La femme, la femme n’est « pas toute » …le sexe de la femme ne lui dit rien si ce n’est par l’intermédiaire de la jouissance du corps. Ce que le discours analytique démontre c’est… permettez-moi de le dire sous cette forme…que le phallus c’est l’objection de conscience faite par un des deux êtres sexués au service à rendre à l’Autre. Et qu’on ne me parle pas des caractères sexuels secondaires de la femme parce que, jusqu’à nouvel ordre, ce sont ceux de la mère qui priment chez elle. Rien ne distingue comme être sexué la femme sinon justement le sexe. Que tout tourne autour de la jouissance phallique c’est très précisément ce dont l’expérience analytique témoigne, et témoigne en ceci que la femme se définit d’une position que j’ai pointée du « pas toute » à l’endroit de la jouissance phallique.Je vais un peu plus loin : la jouissance phallique est l’obstacle par quoi l’homme n’arrive pas – dirai-je – à jouir du corps de la femme, précisément parce que ce dont il jouit c’est de cette jouissance, celle de l’organe. Et c’est pourquoi le surmoi, tel que je l’ai pointé tout à l’heure du « jouis ! », est corrélat de la castration qui est le signe dont se pare l’aveu que la jouissance de l’Autre, du corps de l’autre, ne se promeut que de l’infinitude, je vais dire laquelle : celle que supporte le paradoxe de ZÉNON, ni plus ni moins, lui-même. ACHILLE et la tortue, tel est le schème du jouir, d’un côté de l’être sexué. Quand ACHILLE a fait son pas, tiré son coup auprès de BRISÉIS, telle la tortue, elle aussi a avancé d’un peu, ceci parce qu’elle n’est « pas toute », pas toute à lui, il en reste, et il faut qu’ACHILLE fasse le second pas, et comme vous savez, ainsi de suite.

 

C’est même comme ça que de nos jours…mais de nos jours seulement…on est arrivé à définir le nombre, le vrai, ou pour mieux dire, le réel. Parce que ce que ZÉNON n’avait pas vu, c’est que la tortue non plus n’est préservée de cette fatalité d’ACHILLE, c’est que comme son pas à elle est de plus en plus petit, il n’arrivera non plus jamais à la limite. Et c’est en ça que se définit un nombre quel qu’il soit s’il est réel. Un nombre a une limite, et c’est dans cette mesure qu’il est infini. ACHILLE, c’est bien clair, ne peut que dépasser la tortue, il ne peut pas la rejoindre, mais il ne la rejoint que dans l’infinitude.

 

Seulement en voilà, de dit pour ce qui est de la jouissance en tant qu’elle est sexuelle. La jouissance est marquée d’un côté par ce trou qui ne l’assure que d’autre voie que de la jouissance   phallique. Est-ce que de l’Autre côté, quelque chose ne peut s’atteindre, qui nous dirait comment ce qui jusqu’ici n’est que faille, béance dans la jouissance, serait réalisé ?C’est ce qui – chose singulière – ne peut être suggéré que par des aperçus très étranges. Étrange c’est un mot qui peut se décomposer : l’être  ange, c’est bien quelque chose contre quoi nous met en garde l’alternative d’être aussi bête que la perruche de tout à l’heure. Mais néanmoins, regardons de près ce que nous inspire l’idée que dans la jouissance – dans la jouissance des corps – la jouissance sexuelle ait ce privilège de pouvoir être interrogée comme étant spécifiée – au moins – par une impasse. C’est dans cet espace – espace de la jouissance – prendre quelque chose de borné, fermé, c’est un lieu, et en parler c’est une topologie. Ici nous guide ce que…dans quelque chose que vous verrez paraître en pointe de mon discours de l’année dernière…je crois démontrer : la stricte équivalence de topologie et structure, ce qui distingue l’anonymat de ce dont on parle comme jouissance… à savoir ce qu’« ordonne »  le droit : une géométrie – justement – l’hétérogénéité du lieu…c’est qu’il y a un lieu de l’Autre. De ce lieu de l’Autre…d’un sexe comme Autre, comme Autre absolu…que nous permet d’avancer le plus récent développement de cette topologie ? J’avancerai ici le terme de compacité. Rien de plus compact qu’une faille, s’il est bien clair que quelque part, il est donné que l’intersection de tout ce qui s’y ferme étant admise comme existante en un nombre fini d’ensembles, il en résulte…c’est une hypothèse…que l’intersection existe en un nombre infini. Ceci est la définition même de la compacité. Et cette intersection dont je parle c’est celle que j’ai avancée tout à l’heure comme étant ce qui couvre, ce qui fait l’obstacle, au rapport sexuel supposé. À savoir, à ce dont j’énonce que l’avancée du discours analytique tient précisément en ceci : que ce qu’il démontre c’est que son discours ne se soutenant que de l’énoncé qu’il n’y a pas, qu’il est impossible de poser le rapport sexuel, c’est de par là qu’il détermine ce qu’il en est réellement aussi du statut de tous les autres discours. Tel est dénommé, le point qui couvre, qui couvre l’impossibilité du rapport sexuel comme tel. La jouissance en tant que sexuelle est phallique, c’est-à-dire qu’elle ne se rapporte pas à l’Autre comme tel.

 

Suivons là le complément de cette hypothèse de compacité. Une formule nous est donnée par la topologie que j’ai qualifiée de la plus récente, à savoir d’une logique construite, construite précisément sur l’interrogation du nombre et de ce vers quoi il conduit : d’une restauration d’un lieu qui n’est pas celui d’un espace homogène. Le complément de cette hypothèse de compacité est celui-ci : dans le même espace borné, fermé, supposé institué, l’équivalent de ce que tout à l’heure j’ai avancé de l’intersection passant du fini à l’infini est celui-ci : c’est qu’à supposer ce même espace borné, fermé, recouvert d’ensembles ouverts…c’est-à-dire de ce qui se définit comme excluant sa limite, de ce qui se définit comme plus grand qu’un point, plus petit qu’un autre, mais en aucun cas égal ni au point de départ ni au point d’arrivée, pour vous l’imager rapidement…le même espace donc étant supposé recouvert d’espaces ouverts, il est équivalent – ça se démontre – de dire que l’ensemble de ces espaces ouverts s’offre toujours à un sous-recouvrement d’espaces ouverts, eux tous constituant une finitude, à savoir que la suite des dits éléments constitue une suite finie. Vous pouvez remarquer que je n’ai pas dit qu’ils sont comptables, et pourtant c’est ce que le terme « fini » implique. Pour être comptables, il faut qu’on y trouve un ordre, et nous devons marquer un temps avant de supposer que cet ordre soit trouvable. Mais ce que veut dire en tout cas la finitude, démontrable, des espaces ouverts, capables de recouvrir cet espace borné, fermé en l’occasion, de la jouissance sexuelle, ce qui implique en tout cas c’est que les dits espaces…et puisqu’il s’agit de l’Autre côté mettons les au féminin…peuvent être pris 1 par 1 ou bien encore « une  par une  ».Or, c’est cela qui se produit dans cet espace de la jouissance sexuelle qui de ce fait s’avère compact. Ces femmes « pas toutes », telles qu’elles s’isolent dans leur être sexué, lequel donc ne passe pas par le corps mais par ce qui résulte d’une exigence dans la parole, d’une exigence logique, et ce très précisément en ceci que la logique, la cohérence inscrite dans le fait qu’ex-siste  le langage, qu’il soit hors de ces corps qui en sont agités, l’Autre…l’Autre avec un grand A, maintenant qui s’incarne, si l’on peut dire, comme être sexué …exige cet « une  par une  ». [  L’Un de l’être rencontre l’1 du nombre  ]   Et c’est bien là qu’il est étrange, qu’il est fascinant…c’est le cas de le dire : Autre fascination, Autre fascinum…cette exigence de l’Un, comme déjà étrangement le Parménide  pouvait nous le faire prévoir, c’est de l’Autre qu’elle sort. Là où est l’être, c’est l’exigence de l’infinitude. Je commenterai, j’y reviendrai, sur ce qu’il en est de ce lieu de l’Autre.

 

Mais dès maintenant pour faire image, et parce qu’après tout, je peux bien supposer que quelque chose dans ce que j’avance puisse vous lasser, je vais vous l’illustrer.On sait assez combien les analystes se sont amusés autour de ce Don JUAN dont ils ont tout fait, y compris – ce qui est un comble – un homosexuel ! Est-ce qu’à le centrer sur ce que je viens de vous imager de cet espace de la jouissance sexuelle, à être recouvert de l’Autre côté , par des ensembles ouverts et aboutissant à cette finitude… j’ai bien marqué que je n’ai pas dit que c’était le nombre, et pourtant, bien sûr que ça se passe : finalement on les compte. Ce qui est l’essentiel dans le mythe féminin de Don JUAN c’est bien ça, c’est qu’il les a « une  par une  »,et c’est cela qu’est l’Autre sexe, le sexe masculin pour ce qu’il en est des femmes. C’est bien en cela que l’image de Don JUAN est capitale, c’est dans ce qui s’indique de ceci qu’après tout il peut en faire une liste, et qu’à partir [ du moment ] ou il y a les noms, on peut les compter : s’il y en a « mille  e  tre » c’est bien qu’on peut les prendre « une  par une  », et c’est là l’essentiel.Vous le voyez, il y a là tout autre chose que l’Un de la fusion universelle. Si la femme n’était pas « pas toute », si dans son corps ce n’était pas « pas toute » qu’elle est comme être sexué, rien de tout cela ne tiendrait. Que j’aie pu pour imager des faits qui sont des faits de discours, ce discours dont nous sollicitons dans l’analyse la sortie – au nom de quoi ? – du lâchage de tout ce qu’il en est d’autres discours, l’apparition de quelque chose où le sujet se manifeste dans sa béance, dans ce qui cause son désir.

 

S’il n’y avait pas ça, je ne pourrais faire le joint, la couture, la jonction, avec quelque chose qui nous vient bien tellement d’ailleurs : une topologie dont pourtant nous ne pouvons dire qu’elle ne relève pas du même ressort, à savoir d’un autre discours, d’un discours combien plus pur, combien plus manifeste dans le fait qu’il n’est genèse que de discours. Et que cela converge avec une expérience, à ce point que cela nous permette de l’articuler, est-ce qu’il n’y a pas là quelque chose de fait aussi pour nous faire revenir, et justifier dans le même temps, ce qui dans ce que j’avance se supporte, se s’oupire de ne jamais recourir à aucune substance, de ne jamais se référer à aucun être, d’être en rupture de ce fait avec quoi que ce soit qui s’énonce comme philosophie. Est-ce que cela n’est pas justifié ? Je le suggère… c’est plus tard que je l’avancerai plus loin…je le suggère de ceci que tout ce qui s’est articulé de l’être…tout ce qui le fait de se refuser au prédicat, de dire « l’homme est » par exemple sans dire quoi …que l’indication par là nous est donnée que tout ce qui est de l’être est étroitement relié précisément à cette section du prédicat et indique que rien en somme, ne peut être dit…sinon par ces détours en impasse, par ces démonstrations d’impossibilité logique par où aucun prédicat ne suffit …et que ce qui est de l’être…d’un être qui se poserait comme absolu …n’est jamais que la fracture,  la cassure,  l’interruption, de la formule « être sexué » en tant que l’être sexué est intéressé dans la jouissance.

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