mardi, avril 23, 2024
Recherches Lacan

LV LES FORMATIONS DE L'INCONSCIENT 1957-1958 Leçon du 12 Février 1958

Leçon du 12 Février 1958

Ceci est en rapport avec l’article initial de FREUD sur le développement théorique de la pensée analytique sur les névroses dans ce qui a suivi On bat un enfant. Cet article est le signal donné par FREUD à un retournement ou à un pas en avant de sa propre pensée, et du même coup à tout ce qui a suivi concernant l’étude de la perversion. Vous verrez que… si l’on regarde de près ce qui se passe à ce moment – là… la meilleure formule qu’on puisse en donner est celle qui permet seulement de donner le registre dont j’essaye ici de vous montrer l’instance essentielle dans la formation des symptômes, c’est – à – dire l’intervention de la notion de signifiant. Il apparaît clairement – dès que FREUD l’a montré – que dans la perversion l’instinct, la pulsion n’ont absolument nul droit à être promus ou déclarés comme plus nus, si on peut dire, dans la perversion que dans la névrose. Tout l’article de Hanns SACHS… qui est si remarquable sur la genèse des perversions… est pour montrer que dans toutes les formations dites perverses quelles qu’elles soient il y a exactement la même structure de compromis, d’élision, de dialectique du refoulé et du retour du refoulé, qu’il y a dans la névrose. C’est là l’essentiel de l’article dont il donne des exemples absolument convaincants. Il y a toujours dans la perversion quelque chose que le sujet ne veut pas reconnaître, avec ce que ce « veut » comporte dans notre langage : quelque chose qui se conçoit comme étant là articulé, et néanmoins, non seulement foncièrement méconnu par le sujet, mais refoulé pour des raisons en somme d’articulation essentielles. C’est là le ressort du mécanisme analytique, qui ferait que si le sujet le reconnaît, il serait forcé en même temps de reconnaître une série d’autres choses, lesquelles lui sont proprement intolérables. Ce qui est la ressource du refoulement : le refoulement ne pouvant se concevoir qu’en tant que lié à une chaîne signifiante articulée. Chaque fois que vous avez refoulement dans la névrose, c’est pour autant que le sujet ne veut pas reconnaître quelque chose qui nécessiterait… et ce terme « nécessiterait » comporte toujours un élément d’articulation signifiante qui n’est absolument pas concevable autrement que dans une cohérence de discours […]  Pour la perversion, c’est exactement la même chose. Voilà ce dont en 1923, à la suite de l’article de FREUD, tous les psychanalystes s’aperçoivent : que la perversion essentiellement, si on la regarde de près, comporte exactement les mêmes mécanismes d’élision de quelque chose qui lui est foncier, qui fait partie des rapports du sujet avec un certain nombre de termes essentiels qui sont les termes bel et bien fondamentaux que nous trouvons dans l’analyse des névroses, qui sont les termes œdipiens. S’il y a une différence dans quelque chose quand même, cette différence mérite d’être serrée d’extrêmement près. Elle ne saurait en aucun cas se contenter d’une opposition aussi sommaire que celle qui dirait que : dans la névrose la pulsion est évitée, et que dans la perversion elle s’avoue nue. Elle apparaît, la pulsion, mais elle n’apparaît jamais que partiellement. Elle apparaît dans quelque chose, qui par rapport à l’instinct est tout à fait frappant – apparaît comme étant un élément détaché, un signe, à proprement parler, et allons jusqu’à dire un signifiant de l’instinct. C’est pourquoi la dernière fois en vous quittant, j’insistais par exemple sur l’élément instrumental qu’il y a par exemple dans toute une série de fantasmes dits pervers, pour nous limiter pour l’instant à ceux – là, parce qu’il convient de partir du concret et non pas d’une certaine idée générale que nous pouvons avoir de ce qu’on appelle « l’économie instinctuelle » d’une tension agressive ou pas, de ses réflexions, de ses retours, de ses réfractions. Ce n’est pas toujours cela qui nous rendra compte de la prévalence de certains éléments dont le caractère vraiment, non seulement émergeant, mais à proprement parler isolé dans la forme prévalente, insistante, prédominante que prennent ces perversions sous la forme des fantasmes, c’est – à – dire sous la forme de ce par quoi elles comportent une satisfaction imaginaire. Pourquoi ces éléments qui ont cette place privilégiée… j’ai parlé l’autre fois de la chaussure, j’ai parlé également aussi bien du fouet… nous ne pouvons pas les rattacher purement et simplement à quelque chose qui surgirait d’une sorte d’économie biologique pure et simple de l’instinct ? Le caractère prévalant de ces éléments qui s’isolent, de ces éléments instrumentaux qui prennent là une forme trop évidemment symbolique pour que ça puisse être un instinct méconnu, dès qu’on approche la réalité du vécu de la perversion, et cette constance à travers les transformations au cours de la vie du sujet, montre l’évolution de la perversion. Cette constance d’un terme qui, lui, se retrouve toujours… point sur lequel insiste également Hanns SACHS… est une chose bien de nature à souligner encore pour nous la nécessité d’admettre comme un élément dernier, irréductible, un élément dont nous devons voir la place dans l’économie subjective, mais un élément qui doit être retenu comme primordial, comme essentiel de cet élément signifiant dans la perversion. Aussi bien, est – ce à partir d’un fantasme isolé par FREUD dans un ensemble de huit malades… six filles et deux garçons avec des formes névrotiques assez nuancées, pas toutes d’ailleurs des névroses, mais une part assez importante statistiquement… c’est à partir de l’étude systématique et combien soigneuse… suivie avec un pas à pas, un scrupule qui est justement ce qui distingue entre toutes, ces investigations de FREUD lui – même quand c’est lui qui les fait… c’est à travers ces sujets, si divers soient – ils, par la recherche des transformations de l’économie à travers les étapes… qui sont les étapes du complexe d’Œdipe… d’un certain fantasme : ce fantasme « On bat un enfant », que FREUD commence d’articuler pleinement ce qui se développera par la suite comme étant le moment d’investigation propre des perversions dans sa pensée, et j’y insiste, qui nous montrera toujours plus l’importance dans cette économie de quelque chose qui est à proprement parler et comme tel, le jeu du signifiant. Je ne puis d’ailleurs, en passant, que pointer une chose : je ne sais pas si vous avez remarqué que les derniers écrits de FREUD, l’un de ses derniers articles : Constructions dans l’analyse montre l’importance centrale de la notion du rapport du sujet au signifiant comme étant absolument fondamentale pour concevoir tout ce que nous pouvons rassembler… et c’est un des derniers articles que FREUD aient écrits… de ce que représente en fin de compte le mécanisme de la remémoration comme tel dans l’analyse, qui est essentiellement lié comme tel à la chaîne signifiante. C’est tout à fait avéré dans cet article, et le dernier article de FREUD que nous ayons… celui qui, dans Collected Papers était traduit sous le titre de Splitting of the ego, que je traduis par : Division ou éclatement du moi dans le mécanisme du symptôme analytique, Celui dont on peut dire : sur lequel FREUD est resté, la plume lui tombant des mains… cet article inachevé… c’est la dernière œuvre qu’il nous lègue… lie étroitement tout ce qui est de l’économie de l’ego… avec cette dialectique de la reconnaissance perverse, si l’on peut dire, d’un certain thème auquel le sujet se trouve confronté… lie étroitement, en un nœud indissoluble, la fonction de l’ego et la relation imaginaire comme telle dans les rapports du sujet à la réalité, et en tant que cette relation imaginaire est utilisée et intégrée au mécanisme du signifiant. Prenons maintenant le fantasme « On bat
un enfant ». FREUD s’arrête sur le sujet de ce que signifie ce fantasme dans lequel paraît absorbée, sinon l’entièreté, du moins une partie importante des satisfactions libidinales du sujet. Il insiste : il l’a vu en grande majorité chez des sujets féminins, en moindre chez des sujets masculins, il ne s’agit pas de n’importe quel fantasme sadique ou pervers, il s’agit de ceux qui culminent et se fixent sous cette forme dont le sujet donne d’abord le thème d’une façon très réticente. Il semble qu’une assez grande charge de culpabilité se lie pour le sujet à la communication même de ce thème qui, une fois qu’il l’a révélé, donné, ne peut pas pour lui s’articuler différemment ni autrement que par « On bat un enfant ». « On bat », cela veut dire que pour le sujet, ce n’est pas lui qui bat, il est là en spectateur. FREUD commence par analyser la chose comme elle se passe dans l’imagination des filles, chez des sujets féminins qui ont eu à lui révéler cela. Il s’agit d’un personnage qui… à le considérer dans ses caractères d’ensemble… peut être considéré comme étant de la série de la lignée du « personnage qui a l’autorité ». Ce n’est pas le père. C’est à l’occasion un instituteur, un personnage tout puissant, un roi, un tyran. Quelquefois, c’est très romancé : on reconnaît, non pas le père, mais quelque chose qui en est en quelque sorte l’équivalence pour nous. Nous aurons très facilement à le situer… et ceci nous permet vraiment de le situer d’emblée dans la forme achevée du fan-tasme… à ne pas nous contenter de cette sorte d’homologie avec le père, de ne pas l’assimiler au père, de le placer dans un certain point qui est cet au – delà du père, de le situer quelque part dans cette catégorie du Nom du Père que nous prenons soin de distinguer des incidences du Père réel. Il s’agit de plusieurs enfants, d’une espèce de groupe, de foule, et ce sont toujours des garçons. Voilà qui en soulève des problèmes ! Et certes assez nombreux pour que je ne puisse même pas songer à les couvrir aujourd’hui. Je vous prie simplement de vous reporter à cet article de FREUD […] lui – même, paru dans la vieille Revue Française de Psychanalyse, tome 6, n° 3-4. Que ce soit finalement toujours des garçons qui soient battus, c’est – à – dire des sujets d’un sexe opposé à celui du sujet du fantasme, voilà quelque chose sur quoi on peut spéculer indéfiniment, essayer de le rapporter en quelque sorte d’emblée à des thèmes comme celui de la rivalité des sexes, par exemple. C’est là – dessus que FREUD achèvera son article pour montrer les apparentes justifications de la profonde incompatibilité des théories, comme par exemple celle d’ADLER, pour expliquer un résultat pareil. Ce n’est certainement pas là – dessus que nous allons ici nous introduire, l’argumentation de FREUD étant amplement suffisante, et ce n’est pas cela qui fait notre intérêt essentiel. Ce qui fait notre intérêt, c’est la façon dont FREUD procède pour aborder le problème. Il nous donne le résultat de ses analyses, et il commence par parler de ce qui se passe chez la fille pour les nécessités de l’exposition, pour n’avoir pas perpétuellement à faire des ouvertures doubles, des alternatives : ceci chez la fille, ceci chez le garçon. Puis ensuite il prend… ce pourquoi il a d’ailleurs moins de matériel… ce qui se passe chez le garçon. Que nous dit – il ? Il constate des constances. Ces constances il nous les rapporte. Ce qui lui paraît essentiel, c’est l’avatar de ce fantasme… je veux dire les transformations que l’investigation analytique, les antécédents aussi que l’investigation analytique permettent de donner à ce fantasme, pour tout dire l’histoire de ce fantasme, les sous – jacences de ce fantasme… et là il y reconnaît un certain nombre d’états dans lesquels : quelque chose change, quelque chose reste constant. Il s’agit de tirer de ceci enseignement, de voir ce que pour nous, peut représenter cette sorte de résultat de cette investigation minutieuse, qui porte la même marque de précision et d’insistance, de retour, de travail de son matériel, jusqu’à ce qu’il ait vraiment détaché ce qui lui apparaît les articulations irréductibles, qui fait l’originalité d’à peu près tout ce qu’a écrit FREUD. Mais nous, spécialement, ce que nous voyons dans les Cinq Grandes Psychanalyses… dans cet admirable Homme aux loups où il revient sans cesse sur ce même thème qui est de rechercher strictement la part de ce qu’on peut appeler l’origine symbolique et l’origine réelle de ce qui est la chaîne primitive dans l’histoire du sujet… c’est cela même. Là de même, il nous détache trois étapes, trois temps : une première étape, nous dit – il, qu’on trouve toujours dans cette occasion chez les filles, qui est ceci : l’enfant qui est battu, à un moment donné de l’analyse, dévoile dans tous les cas, nous dit – il, son existence et son vrai visage : C’est un germain, c’est – à – dire un frère ou une sœur. Donc c’est un petit frère ou une petite sœur que le père bat. La signification de ceci, nous dit FREUD, se place très nettement sur deux plans. Quelle est la signification, nous dit – il, de ce fantasme ? Il est tout à fait frappant de voir sous la plume de FREUD sortir à ce moment cette affirmation qu’il y a là quelque chose dont nous ne pouvons dire s’il s’agit de quelque chose de sexuel, de quelque chose de sadique. C’est, nous dit – il… évoquant là comme il le fait, une référence littéraire, celle d’une réponse d’une des sorcières dans Macbeth à BANQUO… c’est quelque chose qui est fait de la même matière dont tous les deux, le sexuel et le sadique, sortent. Nous nous trouvons bien là dans ce que… dans un article qui paraîtra peu après : Le problème économique du masochisme… FREUD nous définit comme vraiment lié à cette étape première où il faut que nous concevions qu’il y a quelque part… ceci est absolument nécessité par le point où nous en sommes, nous sommes en 1923, c’est – à – dire après l’Au – delà du principe du plaisir… comme ce point où nous devons penser qu’il y a primitivement, au moins pour une part importante, fusion des instincts, liaison des instincts libidinaux, des instincts de vie avec les instincts de mort et que cette fusion est quelque chose dont nous devons admettre l’état primitif, de sorte que nous sommes amenés à concevoir l’évolution instinctuelle comme comportant une part plus ou moins précoce de défusion de cet instinct. Que c’est à la précocité de la défusion de cet instinct, de l’isolement par exemple de l’instinct de mort que nous devons attribuer certaines prévalences ou certains arrêts dans l’évolution du sujet. Mais en même temps FREUD souligne que c’est au niveau archaïque que se situe la signification de ce fantasme primitif. C’est pour autant que du père, de la part du père… il ne se trouve pas d’étape plus élevée du fantasme, je veux dire étape archaïque antérieure… c’est pour autant que de la part du père est refusée, déniée à cet enfant… au petit frère ou à la petite sœur qui subit, dans le fantasme, les sévices de la part du père… c’est pour autant qu’il y a dénonciation de la relation d’amour, humiliation, que ce sujet est visé, dans ce fantasme, dans son existence de sujet qu’il est l’objet de sévices et que ces sévices consistent à le dénier comme sujet, à réduire à rien son existence comme désirante, à le réduire à quelque chose qui, en tant que sujet, tend à l’abolir. C’est cela le sens du fantasme primitif : Mon père ne l’aime pas, et c’est cela qui fait plaisir au sujet, le fait que l’autre n’est pas aimé, c’est – à – dire n’est pas établi dans la relation, elle, proprement symbolique. C’est par ce nerf, par ce biais que l’intervention du père ici pren
d sa valeur pour le sujet, première, essentielle, celle dont va dépendre toute la suite. Le deuxième temps, nous dit FREUD… et ceci n’est pas moins important à considérer que l’articulation du premier temps, ce premier temps est retrouvé dans l’analyse, l’autre, nous dit – il, n’y est jamais… doit être reconstruit. Ce sur quoi je mets l’accent et ce sur quoi je vous prie de vous arrêter, c’est sur les énormités de la déduction freudienne, de l’assertion de FREUD, parce que c’est cela qui est l’important. Ce n’est pas simplement de nous laisser conduire, de le suivre les yeux plus ou moins bandés, c’est de nous apercevoir de la portée de ce qu’il dit : ce deuxième temps, il doit être reconstruit. Ne nous arrêtons pas pour l’instant à savoir si c’est légitime ou pas. Il est très important pour nous de nous apercevoir de ce que fait FREUD, et de ce qu’il nous dit de faire, grâce à quoi toute sa construction à lui peut se continuer. Ce deuxième temps est ceci : le fantasme qui est né ainsi dans ce rapport triangulaire, qui je vous le répète, doit être considéré comme archaïque, primitif et pourtant n’est pas entre le sujet et la mère et l’enfant, mais entre le sujet – l’enfant petit frère ou petite sœur – et le père. Nous sommes avant l’œdipe, et pourtant le père est là. Le deuxième temps est lié à la relation de l’œdipe comme telle – je dis pour la petite fille – et a ce sens d’une relation privilégiée de la petite fille avec son père. C’est elle qui est battue, et autour de cela : la convergence du matériel analytique qui nécessite de reconstruire cet état du fantasme, mais ce fantasme n’est jamais sorti, nous dit FREUD, dans le souvenir. Par contre le temps, chez la petite fille, du désir d’être l’objet du désir de son père, avec ce que ceci comporte de culpabilité, FREUD admet que ce peut être le retour coupable de ce désir œdipien qui nécessite qu’elle se fasse elle – même, dans ce fantasme uniquement reconstruit, l’objet du châtiment. FREUD parle aussi à ce propos de régression, c’est – à – dire que pour autant que ce message ne peut être retrouvé dans la mémoire du sujet, pour autant qu’il est refoulé, un mécanisme corrélatif qu’il appelle à ce propos régression, peut faire que ce soit à cette relation antérieure que le sujet recourt pour exprimer dans un fantasme qui n’est jamais mis au jour, cette relation que le sujet a à ce moment – là avec le père, relation franchement libidinale, déjà structurée sur le mode œdipien. Dans un troisième temps, et après la sortie de l’œdipe, il ne restera rien d’autre que ce schéma général où une nouvelle transformation se sera introduite qui est double : la figure du père est dépassée, transposée, renvoyée à la forme générale du personnage qui peut battre, qui est en posture de battre, personnage omnipotent et despotique, et le sujet lui – même sera là présenté sous la forme de ces enfants multipliés qui ne sont même plus de son propre sexe, qui sont une espèce de série neutre d’enfants. Quelque chose qui est en quelque sorte maintenu, fixé, mémorisé pourrait – on dire, dans cette forme dernière du fantasme, est ce quelque chose qui va rester par la suite pour le sujet investi de cette propriété de constituer l’image privilégiée sur laquelle ce que le sujet pourra éprouver à proprement parler de satisfactions génitales trouvera son appui, son support. Voilà, semble – t – il, quelque chose qui tout de même mérite notre arrêt et notre réflexion. Qu’est – ce que dans le schéma, les termes dont j’ai essayé de vous apprendre ici le premier usage peuvent venir représenter ? Je reprends mon triangle imaginaire et mon triangle symbolique. Toute la première dialectique de la symbolisation du rapport de l’enfant à la mère est essentiellement faite pour ce qui est signifiable, c’est – à – dire pour ce qui nous intéresse. Il y a d’autres choses au – delà : il y a l’objet en effet que peut présenter la mère comme étant la porteuse du sein, et celle qui peut apporter certaines satisfactions immédiates à l’enfant. Mais s’il n’y avait que cela, il n’y aurait aucune espèce de développement ni de dialectique de rapport du sujet à la mère, ni aucune ouverture dans l’édifice. Dans la suite, le rapport du sujet à la mère n’est pas simplement fait d’un rapport de satisfaction ou de frustration : il est fait de cette découverte de ce qui est l’objet du désir de la mère, il est essentiel à toute compréhension, et toute la suite de ce que je vous dirai, sera faite pour le démontrer. Il est fait d’abord d’une reconnaissance de ce qui est le désir de la mère. C’est pour autant que… d’une façon qui pour toute l’histoire analytique, pour la théorie comme pour la pratique… il fait problème de savoir pourquoi, en ce point privilégié de ce qui fait l’objet du désir de la mère… c’est – à – dire le monde du signifié tel qu’il se présente à partir du sujet, de celui qui a à se constituer dans son aventure humaine, de ce petit enfant dont nous parlions, de la découverte qu’il a à faire… c’est de la fonction privilégiée dans ce qui pour la mère signifie son désir, de la fonction privilégiée du phallus. Quand vous lirez l’article de JONES sur la Phallic phase, vous verrez les difficultés insondables qui naissent de cette affirmation de FREUD, que pour les deux sexes il y a comme une étape absolument originale, essentielle de ce qui est étroitement lié à leur développement sexuel, cette étape où, pour l’un comme pour l’autre sexe, le thème de l’autre comme autre désirant, est absolument lié à la possession du phallus. C’est cela qui ne peut pas littéralement être compris dans un certain registre, par à peu près tous les gens qui entourent FREUD, encore qu’ils se contorsionnent pour le faire entrer quand même, parce que les faits le leur imposent dans leur articulation de quelque chose, de l’histoire de ce qui se passe chez le sujet. C’est faute de comprendre que ce que FREUD pose là, c’est un signifiant pivot autour duquel tourne toute la dialectique de ce que le sujet doit conquérir de lui – même, de son propre être, moyennant quoi, faute de comprendre qu’il s’agit là d’un signifiant et pas d’autre chose, les commentateurs s’exténuent à retrouver… sous forme de mille traces qui, bien entendu, corres-pondent à leurs expériences diverses… quelque chose qui en est l’équivalent, à savoir la réalité contre laquelle quelque part le sujet se défend sous la forme de cette croyance au phallus, et bien entendu, à ce propos recueillent un tas de faits extrêmement valables, mais n’en font jamais qu’un cas ou qu’un cheminement particulier qui n’explique toujours pas pourquoi cet élément privilégié, spécial, est pris comme centre et pivot de la défense. Si vous lisez particulièrement ce que JONES donne comme la fonction de cette croyance au phallus dans le développement du garçon, vous vous apercevrez que ce qu’il fait à ce sujet, c’est très spécialement ce qui se passe au niveau du développement de l’homosexuel : c’est – à – dire que loin d’être le développement général. Il s’agit ici de la forme en effet la plus générale, et cette forme la plus générale n’est concevable que pour autant que l’on donne à ce phallus la fonction… Permettez – moi une formule qui va vous paraître bien audacieuse, mais nous n’aurons jamais à y revenir si vous voulez bien l’admettre pour l’instant, sous sa forme ramassée, pour son usage opérationnel Je vous ai dit qu’en quelque sorte à l’intérieur du système signifiant, le Nom du Père a la fonction de l’ensemble du système signifiant, celui qui signifie, qui autorise le système signifiant à exister, qui en fait la loi. Je vous dirai que fréquemment dans le système signifiant, nous devons considérer que le phallus entre en jeu à partir
du moment où le sujet a à symboliser comme tel… dans cette opposition du signifiant au signifié… le signifié, je veux dire la signification. Ce qui importe au sujet, ce qu’il désire, le désir en tant que désiré, le désiré du sujet, quand le névrosé ou le pervers a à le symboliser, en dernière analyse, c’est littéralement à l’aide du phallus. Le signifiant du signifié en général, c’est le phallus. Ceci est essentiel : si vous partez de là, vous comprendrez beaucoup de choses, si vous ne partez pas de là vous en comprendrez beaucoup moins, et vous serez forcés de faire des détours considérables pour comprendre des choses excessivement simples. Ce phallus, c’est d’ores et déjà ce qui entre en jeu comme tel dès le premier abord du sujet avec le désir de la mère. Ce phallus est voilé et restera voilé jusqu’à la fin des siècles pour une simple raison : c’est qu’il est un signifiant dernier dans le rapport du signifiant au signifié. Il y a en effet peu de chance qu’en fin de compte il ne se dévoile autrement que sous sa nature de signifiant, c’est – à – dire qu’il ne se révèle vraiment jamais, lui, qu’en tant que signifiant, il signifie. Néanmoins nous arrivons à ceci : pensez à ce qui se passe dans ce cas… qui est proprement celui envisagé par FREUD et que nous n’avons pas envisagé jusqu’ici… si à cette place intervient quelque chose de beaucoup moins facile à articuler, à symboliser que quoi que ce soit d’imaginaire… c’est – à – dire à cette phase première qui est bien celle que nous désigne FREUD… un sujet réel. Le désir de la mère ici n’est plus simplement l’objet d’une recherche énigmatique où le sujet a, au cours de son développement, à tracer ce signe, le phallus, pour ensuite bien entendu, que ce phallus entre dans la danse du symbolique, c’est – à – dire soit ensuite l’objet précis de la castration, puis lui soit rendu sous une autre forme, c’est – à – dire fasse ce que d’abord il est question qu’il soit. Il l’est, mais nous sommes tout à l’origine ici, nous sommes au moment où il est confronté avec la place imaginaire où se situe le désir de la mère, et cette place est occupée. Nous ne pouvons pas parler de tout à la fois, et d’ailleurs il était très heureux que nous ne pensions pas tout de suite à cela. Si nous y avions pensé tout de suite, à ce rôle dont nous savons tous qu’il est d’importance décisive dans le déclenchement des névroses… il suffit d’avoir la moindre expérience dans l’analyse pour savoir combien l’apparition d’un petit frère ou d’une petite sœur a un rôle vraiment carrefour dans l’évolution de quelque névrose que ce soit… seulement, si nous nous arrêtons d’abord là, cela a chez nous exactement le même effet dans notre pensée que ça en a pour le sujet dans sa névrose, c’est – à – dire que si nous nous arrêtons tout de suite dans ce rapport de réalité, cela nous masque complètement la fonction de ce rapport. À savoir que c’est pour autant que ce rapport vient à la place de ce qui nécessite un tout autre développement, un développement de symbolisation, et que cela le complique et nécessite une solution tout à fait différente. C’est pour cela que cette relation au frère ou à la petite sœur, au rival quelconque, prend sa valeur décisive. Or ici, que voyons – nous dans le cas de la solution fantasmatique liée au fantasme, dans cette occasion dit masochiste ? Nous voyons quelque chose dont FREUD nous a articulé la nature : ce sujet est aboli sur le plan symbolique. C’est en tant qu’il est un rien du tout… qu’il est quelque chose à quoi on refuse toute considération en tant que sujet… que l’enfant trouve dans ce cas particulier le fantasme de fustigation. C’est à ce titre, et pour autant que l’enfant va réussir cette solution du problème à ce niveau. Nous n’avons qu’à nous limiter au cas où c’est comme cela, mais à comprendre ce qui se passe dans le cas où c’est comme cela. C’est effectivement d’un acte symbolique qu’il s’agit, et FREUD le souligne bien : ce qui se passe chez cet enfant arrive chez le sujet lui – même, qui se croit quelqu’un dans la famille. Une seule taloche, nous dit FREUD, suffit souvent à le précipiter du faîte de sa toute puissance. Il s’agit bien d’un acte symbolique, et je dirai que la forme même qui entre en jeu dans le fantasme, à savoir le fouet, la baguette, a quelque chose qui porte en soi le caractère et la nature de je ne sais quelle chose qui, sur le plan symbolique, s’exprime par une raie, par quelque chose qui barre le sujet. C’est avant d’être quoi que ce soit d’autre… une […], une […] quelconque, quelque chose qui puisse s’attribuer à un rapport en quelque sorte physique du sujet avec celui qui souffre… c’est avant tout de quelque chose qui le raye, qui le barre, qui l’abolit, que quelque chose de signifiant intervient. Ceci est si vrai que lorsque l’enfant, plus tard… tout cela est dans l’article de FREUD, je le suis ligne par ligne… rencontre effectivement l’acte de battre, à savoir quand à l’école il voit devant lui un enfant battu… dit FREUD, et ceci simplement sur le texte de son expérience des mêmes sujets desquels il a extrait l’histoire de ce fantasme… il ne trouve pas cela drôle du tout. Je veux dire que cela lui inspire quelque chose de l’ordre de l’imagination… c’est mal traduit en français… c’est – à – dire une aversion, un détournement de la tête. Le sujet est forcé de le supporter, mais il n’y est pour rien, il s’en tient à distance. Le sujet est bien loin de participer à ce qui se passe réellement quand il est confronté avec une scène effective de fustigation. Et aussi bien dans les fantasmes… FREUD y vient aussi et l’indique très précisément… le plaisir même de ce fantasme est manifestement lié à son caractère peu sérieux, inopérant : que ça n’attente pas à l’intégrité, si on peut dire, réelle, ni physique du sujet. C’est bien son caractère symbolique comme tel qui est érotisé, et ceci dès l’origine. Le deuxième temps… et ceci a son importance pour la valorisation de ce schéma que je vous ai introduit la dernière fois… est ceci : ce fantasme, dans le deuxième temps va prendre une tout autre valeur, et c’est bien cela qui est l’énigme, qui est toute l’énigme. C’est l’essence du masochisme. C’est dans le changement de sens de ce fantasme comme tel, à savoir comment : ce quelque chose qui a servi à dénier l’amour, est ce quelque chose même qui va servir à le signifier. Quand il s’agit du sujet, il n’y a pas moyen de sortir de cette impasse, et je ne vous dis pas que ce soit là quelque chose qui soit facile à saisir comme expliqué, comme déplié. Il faut que nous nous tenions d’abord au fait, à savoir que c’est comme cela, et après cela que nous tâchions de comprendre pourquoi cela peut être comme cela. En d’autres termes, pourquoi l’introduction de ce signifiant radical qui se divise en deux choses : un message : « l’enfant battu », le sujet reçoit la nouvelle, le petit rival est un enfant battu, c’est – à – dire un rien du tout, quelque chose sur lequel on peut s’asseoir et puis – de cela – un signifiant qu’il faut bien isoler comme tel, à savoir : avec quoi on fait cela. Le caractère fondamental dans cette existence effective du fantasme masochiste chez le sujet existant est, non pas je ne sais quelle espèce de reconstruction, modèle idéal de l’évolution des instincts. Le caractère fondamental est l’existence du fouet, c’est quelque chose qui en soi mérite de retenir notre attention pour que nous fassions de cela quelque chose qui est un signifiant, qui est quelque chose qui dans la série de nos hiéroglyphes, mérite d’avoir une place privilégiée pour une simple raison, d’abord c’est que si vous remarquez les hiéroglyphes, vous verrez qu’il a une place privilégiée : celui qu
i tient le fouet a été depuis toujours le directeur, le governator, le maître. Et il s’agit de cela, il s’agit de ne pas le perdre de vue, que ceci existe, et que nous avons affaire à ceci. Ceci, au deuxième temps, manifeste donc dans sa duplicité également le message, mais un message « Mon père me bat » qui ne parvient pas au sujet. C’est comme cela qu’il faut entendre ce que dit FREUD à ce moment – là, le message qui à un moment a voulu dire : « Le rival n’existe pas, il n’est rien du tout » c’est le même qui veut dire : « Toi tu existes, et même tu es aimé ». C’est ce qui sert à ce moment – là, sous la forme, disons régressive ou refoulée, mais peu importe, c’est tout de même cela qui sert de message, mais de message qui ne parvient pas. Il convient de nous arrêter sur ce temps énigmatique, parce que, comme nous le dit FREUD : c’est toute l’essence du masochisme. Et à partir du moment où FREUD a abordé, attaqué fondamentalement le problème du masochisme comme tel… c’est – à – dire l’Au – delà du principe du plaisir,… à partir du moment où il a cherché quelle était la valeur radicale du masochisme, de ce masochisme qu’il rencontre comme une opposition et un ennemi radical, il a été forcé de le poser en divers termes, et nous trouvons là quelque chose où ce n’est certainement pas pour rien que trois ans après avoir fait l’Au – delà du principe du plaisir, il dit que là est toute l’essence du masochisme. Cela vaut la peine que nous nous y arrêtions. Même si nous y allions justement en faisant des pas, il faut commencer par voir le paradoxe, et par voir où il est. Nous avons donc là le message, celui qui ne parvient pas à la place du sujet, et la seule chose qui reste comme un signe par contre, c’est le matériel du signifiant, cet objet, le fouet, lui, reste. Il reste comme un signe jusqu’à la fin et au point… restant comme un signe… de devenir le pivot, je dirai presque le modèle du rapport avec le désir de l’autre, puisque ensuite le fantasme dernier, celui qui reste… dont le caractère de généralité nous est assez bien indiqué par la démultiplication indéfinie à ce moment – là des sujets… veut dire ceci, à savoir : mon rapport avec l’autre, les autres, les petits autres, avec le petit a, mon rapport avec ceux – là, pour autant que ce rapport est un rapport libidinal, est lié à ceci, que les êtres humains sont comme tels tous sous la férule, que pour l’être humain entrer dans le monde du désir c’est bel et bien et tout d’abord subir de la part de ce quelque chose qui existe au – delà… que nous l’appelions le père, ici, n’a plus d’importance, peu importe… c’est la Loi. Voilà ce que chez un sujet déterminé… sans doute entrant dans l’affaire par des voies particulières… comment une certaine ligne d’évolution se définit, et quelle est la fonction du fantasme terminal : de manifester un rapport essentiel du sujet au signifiant. Et maintenant allons un peu plus loin et rappelons – nous ce que FREUD nous apporte concernant le masochisme. Rappelons – nous en quoi consiste ce qu’introduit de nouveau l’Au – delà du principe du plaisir dans l’évolution de la pensée freudienne. Il repose essentiellement sur cette remarque : que si nous considérons le mode de résistance ou d’inertie du sujet à une certaine intervention curative, normative, normalisante, nous sommes amenés à articuler d’une façon absolue le principe du plaisir comme cette tendance de tout ce qui est la vie à retourner à l’inanimé. Le dernier ressort de l’évolution libidinale, c’est de retourner au repos des pierres. Voilà ce que FREUD… pour le plus grand scandale d’ailleurs de tous ceux pour qui la notion de libido avait fait jusque-là la loi de leur pensée… apporte, et qui se présente à la fois comme paradoxalement nouveau… voire scandaleux quand c’est exprimé comme je viens de le faire… ne se présentant d’ailleurs que comme une espèce d’ex-tension de ce qui avait été donné comme la loi même du principe du plaisir, à savoir le plaisir étant caractérisé par le retour à zéro de la tension. Il n’y a en effet pas de plus radical retour à zéro que la mort. Simplement vous pouvez remarquer en même temps qu’ici c’est cette formulation que nous donnons au principe dernier du plaisir. Nous sommes tout de même forcés de l’appeler un au – delà du principe du plaisir, pour le distinguer. C’est là un des problèmes les plus singuliers de sa vie et de sa personne : FREUD avait une relation à la femme, sur laquelle sans doute peut – être un jour nous aurons l’occasion de revenir, une tendance assez déplorable à recevoir [des avis, conseils, suggestions ?] de la constellation féminine qu’il a eue en somme autour de lui, dans les continuatrices ou les aides de sa pensée, constellation qui d’ailleurs est bien conforme à son existence elle – même, donc très privée de femmes ou s’en privant. On ne connaît guère à FREUD que deux femmes : la sienne et puis cette belle – sœur [Minna Bernays] qui vivait dans l’ombre du couple. On n’a vraiment pas trace d’autre chose qui soit une relation proprement amoureuse. Par contre il suffit qu’une personne comme Barbara LOW propose un terme – j’ose le dire – aussi médiocrement adapté que le terme de Nirvana principle, pour que FREUD lui donne sa sanction. Le rapport qu’il y a entre le Nirvana et cette notion de retour à la nature inanimée est un tant soit peu approximatif, et FREUD s’en est contenté. Contentons – nous en aussi… Si le Nirvana principle est donc la règle et la loi même de l’évolution vitale comme telle, FREUD le reconnaît, il doit y avoir donc quelque part un truc pour que, de temps en temps au moins, ce ne soit pas la chute du plaisir qui fasse plaisir, mais au contraire sa montée. C’est donc là qu’il s’exprime. Il dit cela : « Nous ne sommes absolument pas fichus de dire pourquoi. » Ce doit être quelque chose dans le genre d’un rythme temporaire, d’une espèce de convenance des termes. Il laisse apparaître à l’horizon des possibilités de recourir à des explications qui, si elles pouvaient être données, ne seraient certainement pas vagues, mais en tout cas très loin de notre portée, enfin, c’est plutôt dans le sens de la musique, de l’harmonie des sphères et des pulsations. En tout cas, il faut remarquer qu’il faut tout de même… à partir du moment où nous avons admis que le principe du plaisir c’est de retourner à la mort… que le plaisir effectif, celui auquel nous avons affaire concrètement, nécessite donc un autre ordre d’explications qui ne peut être que dans quelque truc de la vie, à savoir de faire croire aux sujets, si on peut dire, que c’est bien pour leur plaisir qu’ils sont là, c’est – à – dire que l’on retourne dans la plus grande banalité philosophique, à savoir que le voile de Maya ne nous conserve en vie que grâce au fait qu’il nous leurre. Et puis alors, au – delà, la possibilité… pour atteindre soit ce plaisir, soit des plaisirs… de faire toutes sortes de détours par le principe de réalité. Ceci c’est l’Au – delà du principe du plaisir, et il ne faut à FREUD rien moins que cela pour modifier, justifier de l’existence de ce qu’il appelle la réaction thérapeutique négative. Mais tout de même ici nous devons quand même nous arrêter un instant, parce qu’enfin la réaction thérapeutique négative ne se produit pas au niveau d’une espèce de réaction d’atonie du sujet, elle se manifeste par toutes sortes de choses extraordinairement gênantes, encombrantes et articulées, de crises qu’il nous fait à nous et à son entourage. Autrement dit, ce processus paraît être encore un des meilleurs sorts, pour ce qui est advenu à l’être. Ce sur quoi s’est terminé le drame œdipien, c’est quelque chose d’articulé. Je dirai qu’au moment où ŒDIPE finit par l’articuler comme le terme et la fi
n de sa tragédie, de nous donner le sens où vient en fin de compte culminer toute l’aventure tragique, c’est quand même quelque chose qui, bien loin de l’abolir, l’éternise, pour la simple raison que si ŒDIPE ne pouvait pas arriver à le prononcer, il ne serait pas ce héros suprême qu’il est, et c’est justement en tant qu’il l’articule finalement qu’il est ce héros, c’est – à – dire en tant qu’il se pérennise pour tout dire. Ce dont il s’agit dans ce que FREUD nous découvre comme l’Au – delà du principe du plaisir, c’est qu’il y a peut – être en effet ce terme dernier de l’aspiration au repos et à la mort éternelle. Mais je vous ferai remarquer… et cela a été tout le sens de ma seconde année de séminaire… que ce en quoi nous avons affaire à cela, c’est en tant que cela se fait reconnaître : que cela s’articule dans les dernières résistances auxquelles nous avons affaire chez ces sujets plus ou moins caractérisés par le fait d’avoir été des enfants non désirés : dans cette irrésistible pente au suicide, dans ce caractère tout à fait spécifique de la réaction thérapeutique négative. Du fait que c’est à mesure même que mieux pour eux s’articule ce qui doit les faire s’approcher de leur histoire de sujet, que de plus en plus ils refusent d’entrer dans le jeu, ils veulent littéralement en sortir. Ils n’acceptent pas d’être ce qu’ils sont, ils ne veulent pas de cette chaîne signifiante dans laquelle ils n’ont été admis par leur mère qu’à regret. Mais ceci est quelque chose qui n’est là, pour nous analystes, qu’en tant qu’exactement comme ce qu’il est dans le reste : C’est là comme, non pas seulement désir de reconnaissance, mais reconnaissance d’un désir : quelque chose qui s’articule. Le signifiant en est la dimension essentielle, et plus le sujet s’affirme à l’aide du signifiant comme voulant en sortir, plus il rentre et s’intègre à cette chaîne signifiante et devient lui – même un signe de cette chaîne signifiante. S’il s’abolit, il est plus signe que jamais, pour la simple raison que c’est précisément à partir du moment où le sujet est mort qu’il devient un signe éternel pour les autres, et les suicidés plus que d’autres. C’est bien pour cela que le suicide a, à la fois cette « beauté horrifique » qui le fait si terriblement condamner par les hommes, et cette beauté contagieuse qui fait que les épidémies de suicide sont quelque chose qui dans l’expérience est tout ce qu’il y a de plus donné et de plus réel. Une fois de plus donc, dans l’Au – delà du principe du plaisir, ce sur quoi FREUD met l’accent, c’est sur le désir de reconnaissance comme tel, comme faisant le fond de ce qui fait notre relation au sujet. Et après tout, y a – t – il même autre chose que cela dans ce que FREUD appelle l’Au – delà du principe du plaisir, à savoir ce rapport fondamental du sujet à la chaîne signifiante ? Parce que si vous réfléchissez bien, au point où nous en sommes cette idée court à une prétendue inertie de la nature inanimée pour nous donner le modèle de ce à quoi aspirait la vie. Je veux dire qu’en fait de modèle de ce à quoi aspirerait la vie… et c’est quelque chose qui doit légèrement nous faire sourire… je veux dire qu’en fait de modèle de retour au néant, rien n’est moins assuré. Et FREUD lui – même, d’ailleurs, à l’occasion… dans une toute petite parenthèse que je vous prierai de retrouver dans Le problème économique du masochisme quand il réévoque son propre Au – delà du principe du plaisir… nous l’indique : pour autant que la nature inanimée c’est ce quelque chose qui est effectivement concevable comme le retour au plus bas niveau de la tension et du repos. En effet, au point où nous en sommes, nous en savons un petit peu quelque chose : cette prétendue vue… qui serait la réduction au rien de ce quelque chose qui se serait levé et qui serait la vie… rien ne nous indique que là – dedans aussi, si on peut dire, ça ne remue pas et que la douleur d’être qui est là au fond, je ne la fais pas surgir, je ne l’ex-trapole pas. Elle est indiquée par FREUD comme étant ce quelque chose qu’il faut considérer comme le résidu dernier de la liaison de Θάνατος [Thanatos] avec Ἔρως [Éros]. Sans aucun doute Θάνατος [Thanatos] trouve à se libérer par l’agressivité motrice du sujet vis – à – vis de ce qui l’entoure. La nature est là, mais il y a quelque chose qui reste bien lié à son intérieur, cette douleur d’être est quelque chose qui lui paraît vraiment fondamental, comme liée à l’existence même de l’être vivant. Rien ne nous prouve que cette douleur d’être est quelque chose qui s’arrête aux vivants, d’après tout ce que nous savons d’une nature qui est autrement fermentante, croupissante, bouillonnante, animée, voire explosive, que nous pouvions jusqu’à présent l’imaginer. Mais le rapport du sujet au signifiant, en tant qu’il est prié de se constituer dans le signifiant et que de temps en temps il s’y refuse, il dit « Non, je ne serai pas un élément de la chaîne », cela par contre, est quelque chose que nous touchons du doigt, et qui est bel et bien le fond, mais le fond, l’envers, là, ici, est exactement la même chose que l’endroit. Car qu’est – ce qu’il fait à chaque instant où il se refuse en quelque sorte à payer une dette qu’il n’a pas contractée ? Il ne fait rien d’autre que la perpétuer ! À savoir, par ses successifs refus de faire rebondir la chaîne de celle [la dette] d’être toujours plus lié à cette chaîne signifiante. C’est bel et bien à travers la nécessité éternelle de répéter le même refus que FREUD nous montre le rôle dernier de tout ce qui, de l’inconscient, se manifeste sous la forme de la reproduction symptomatique. Nous voyons donc là, et il ne faut rien de moins que cela pour comprendre ce en quoi, à partir du moment où le signifiant est introduit, sa valeur est fondamentalement double. Je veux dire comment le sujet peut, en tant que lui – même, se sentir affecté comme désir, parce qu’après tout, là c’est lui, ce n’est pas l’Autre, l’Autre avec le fouet, et il est aboli, mais « lui » au contact du fouet imaginaire et bien entendu signifiant, il se sent, comme désir, rebuté par ce qui comme tel le consacre et le valorise en le profanant. Même, il y a toujours dans le fantasme masochique ce côté dégradant, ce côté profanatoire qui en même temps indique la dimension de la reconnaissance. Et ce mode de relation avec le sujet interdit, relation avec le sujet paternel, c’est bien ce qui fait le fond de la partie méconnue du fantasme du sujet. Observons que ceci va avoir ce côté radicalement à double sens du signifiant, à partir du moment où il s’introduit, et ici encore facilité à l’accès du sujet par ceci que je n’ai pas fait entrer en ligne de compte ni mis en jeu jusqu’à présent dans le schéma pour ménager vos petites têtes. Parce que la dernière fois il y a eu des complications effroyables à partir du moment où j’ai introduit la ligne parallèle i → m, à savoir l’existence… à un moment donné quelconque… de l’image propre du corps avec le moi du sujet. Il est pourtant bien certain que nous ne pouvons pas le méconnaître, c’est à savoir que bien entendu ce rival ici n’est pas intervenu purement et simplement dans une relation triangulaire : l’obstacle radical à la mère, de ce quelque chose qui dans le texte… les Confessions de Saint AUGUSTIN… provoque chez le jeune nourrisson, voyant son frère de lait au sein de la mère, cette pâleur mortelle dont nous parle Saint AUGUSTIN. Il y a en effet quelque chose de radical, de véritablement tuant pour le sujet, qui est bien exprimé dans ce passage, mais il y a aussi le terme d’identification à l’autre. En d’autres termes, le caractère fondamentalement ambigu qui lie le sujet à toute image de l’au
tre, forme là l’introduction toute naturelle pour le sujet. Cette introduction à la place du rival, à la même place où ensuite, à lui… en tant que c’est lui qui est là… à partir de ce moment – là le même message parviendra avec un sens tout à fait opposé pour autant simplement qu’il est le message. Ce que nous verrons alors c’est ceci, qui nous fait comprendre mieux ce dont il s’agit : c’est que c’est pour autant qu’une partie de la relation vient entrer en liaison avec le moi du sujet comme tel, que peuvent prendre leur organisation et leur structure, les fantasmes consécutifs. Je veux dire que ce n’est pas pour rien que c’est ici, dans cette dimension – là… celle qui est toute la gamme des intermédiaires où se constitue la réalité entre l’objet maternel primitif et l’image du sujet… que viennent se situer tous ces autres en tant qu’ils sont le support de l’objet significatif, c’est – à – dire du fouet. À ce moment – là le fantasme dans sa signification… je veux dire le fantasme en tant qu’enfant battu, en tant qu’il devient à partir de ce moment – là la relation à l’Autre, avec l’Autre dont il s’agit d’être aimé en tant qu’en somme lui – même n’est pas reconnu comme tel… se situe quelque part par-là dans la dimension symbolique entre le père et la mère, entre lesquels d’ailleurs il oscille effectivement. Je vous ai fait parcourir aujourd’hui un chemin qui n’était pas moins difficile que le chemin que je vous ai fait parcourir la dernière fois. Attendez pour en contrôler la valeur et la validité ce que je pourrai vous en dire par la suite. Pour terminer sur quelque chose qui peut introduire une petite note suggestive dans les applications de ces termes, je vous ferai remarquer ceci : c’est qu’il va comme une chose courante dans l’analyse que la relation de l’homme à la femme… et de la femme à l’homme spécialement… est une relation dont on dit, sans plus, qu’elle comporte de la part de la femme un certain masochisme. Ceci représente un de ces types d’erreur de perspective caractéristique auquel nous conduit tout le temps je ne sais quel glissement dans une sorte de confusion ou d’ornière de notre expérience. Ce n’est pas parce que les masochistes manifestent dans leurs rapports à leur partenaire certains signes ou fantasmes d’une position typiquement féminine, qu’inversement la relation de la femme à l’homme est une relation masochiste. Je veux dire par là que la notion des rapports de la femme à l’homme comme étant de quelqu’un qui reçoit des coups, c’est quelque chose qui peut bien être une perspective de sujet masculin, pour autant que la position féminine l’intéresse. Mais ce n’est pas parce que le sujet masculin, dans certaines perspectives… que ce soit les siennes ou que ce soit celles de son expérience clinique… aperçoit une certaine liaison entre la prise de position féminine et quelque chose qui a plus ou moins de rapport avec le signifiant de la position du sujet, pour qu’effectivement ce soit là une position radicalement et constitutivement féminine. Je vous fais cette remarque au passage : à propos de ce qu’on appelle et de ce par quoi FREUD, dans cet article sur le problème économique du masochisme, introduit lui – même sous le terme de masochisme féminin, il est extrêmement important de faire une correction semblable. Je n’ai pas du tout eu le temps d’approcher ce que j’avais à vous dire à propos des rapports du phallus et de la comédie. Je le regrette, mais je le remettrai à notre prochaine rencontre.

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