jeudi, mai 30, 2024
Recherches Lacan

LV LES FORMATIONS DE L'INCONSCIENT 1957-1958 Leçon du 13 Novembre 1957

Leçon du 13 Novembre 1957

Reprenons notre exposé au point où nous l’avions laissé la dernière fois, c’est – à – dire au moment où Hirsch HYACINTHE parlant à l’auteur de Reisebilder qu’il a rencontré aux bains de Lucques, lui dit : « Aussi vrai que Dieu doit me donner tout ce qu’il y a de bien, j’étais assis tout à fait comme un égal, tout à fait famillionnairement. » Voilà donc d’où nous partons, du mot « famillionnaire » qui en somme a eu sa fortune. Il est connu par le point de départ que FREUD y prend. C’est donc là que nous reprenons, et c’est là que je vais déjà essayer de vous montrer la façon dont FREUD aborde le trait d’esprit. L’analyse est importante pour notre propos. En effet, l’importance de ce point exemplaire est de nous manifester… puisque hélas il en est besoin… de façon non douteuse, l’importance du signifiant dans ce que nous pouvons appeler avec lui les mécanismes de l’inconscient. Il est évidemment tout à fait surprenant de voir déjà que l’ensemble de ceux que leur discipline n’y prépare pas spécialement… je veux dire les neurologistes… à mesure qu’ils se collettent avec ce sujet délicat de l’aphasie, c’est – à – dire du déficit de la parole, font de jour en jour des progrès remarquables quant à ce qu’il s’agit, ce qu’on peut appeler leur formation linguistique, mais que les psychanalystes… dont tout l’art et toute la technique reposent sur l’usage de la parole… n’en ont jusqu’ici pas tenu le moindre compte, alors que ce que FREUD nous montre, ce n’est pas simplement une espèce de référence humaniste… manifestant sa culture ou ses lectures… à ce qui est du domaine de la philologie, mais une référence absolument interne, organique. Puisque… j’espère !… vous avez depuis la dernière fois… pour au moins la plupart d’entre vous… entrouvert Le mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient, vous pouvez vous apercevoir que sa référence à la technique du mot d’esprit en tant que technique de langage, est très précisément ce autour de quoi pivote toujours son argumentation, et que si ce qui surgit de sens, de signification dans le mot d’esprit, est quelque chose qui lui paraît mériter d’être rapproché de l’inconscient, ce n’est… je martèlerai que tout ce que j’ai à dire sur le trait d’esprit s’y rapproche… fondé que sur sa fonction même de plaisir qui pivote et tourne toujours et uniquement en raison des analogies de structure… qui ne se conçoivent que sur le plan linguistique… des analogies de structure entre ce qui se passe dans le mot d’esprit… je veux dire le côté technique du mot d’esprit, disons le côté verbal du mot d’esprit… et ce qui se passe sous des noms divers, que FREUD a découverts, ce qui est le mécanisme propre de l’inconscient, à savoir les mécanismes tels que condensation, déplacement. Je me limite à ces deux là pour aujourd’hui. Voilà donc où nous en sommes : Hirsch HYACINTHE parlant à Henri HEINE, où Hirsch HYACINTHE… fiction de Henri HEINE,… raconte ce qui lui est arrivé. Quelque chose s’est produit au départ… pour vous en tenir à ce segment que je viens d’isoler… quelque chose de fort net, exhaussant en quelque sorte pour le mettre sur un plateau, l’exalter, ce qui va venir, cette invocation au témoin universel et aux relations personnelles du sujet à ce témoin, c’est – à – dire Dieu : « Aussi vrai que Dieu me doit tous les biens… » Ce qui est quelque chose d’incontestablement à la fois significatif par son sens, et ironique par ce que la réalité peut y montrer de défaillant, mais à partir de là l’énonciation se fait : «… j’étais assis à côté de Salomon ROTHSCHILD, tout à fait comme un égal… » Voici le surgissement de l’objet : ce « tout à fait », la totalité, c’est que nous ne sommes pas tout à fait sûrs que cette totalité soit véritablement fermée, et en effet ceci se retrouve à bien des niveaux, et je dirais même à tous les niveaux de l’usage de cette notion de totalité. Ici en effet il reprend sur ce « tout à fait », et il dit : « tout à fait… et ici se produit le phénomène, la chose inattendue, le « scandale de l’énonciation », à savoir ce message inédit, ce quelque chose dont nous ne savons pas même encore ce que c’est, que nous ne pouvons pas encore nommer, et qui est… famillionnaire. » Quelque chose dont nous ne savons pas si c’est un acte manqué ou un acte réussi, un dérapage ou une création poétique. Nous allons le voir. Ce peut être tout à la fois, mais il convient précisément de s’arrêter à la formation sur le strict plan signifiant, du phénomène de ce qui va ensuite être repris… je vais vous le dire, et je l’ai déjà annoncé la dernière fois… dans une fonction signifiante qui lui est propre en tant que « signifiant échappant au code », c’est – à – dire à tout ce qui jusque-là a été accumulé de formations du signifiant dans ses fonctions de création de signifié. Il y a là quelque chose de nouveau qui apparaît, qui peut être noué au ressort même de ce qu’on peut appeler le progrès de la langue, son changement. Il convient d’abord de nous arrêter à ce quelque chose dans sa formation même, je veux dire au point où cela se situe par rapport au mécanisme formateur du signifiant. Il convient de nous y arrêter pour pouvoir même valablement continuer sur ce qui va se montrer être les sites du phénomène, voire ses accompagnements, voire même à l’occasion ses sources, ses points d’appel. Mais le phénomène essentiel, c’est ce nœud, ce point où apparaît ce signifiant nouveau, paradoxal, ce « famillionnaire » duquel FREUD part, et auquel il revient sans cesse, sur lequel il nous prie de nous arrêter, sur lequel, vous le verrez… jusqu’à la fin de sa spéculation sur le trait d’esprit… il ne manque pas de revenir comme désignant le phénomène essentiel, le phénomène technique qui spécifie le mot d’esprit, et qui nous permet de discerner : ce qui est le phénomène central, ce par quoi il nous enseigne sur le plan qui est notre plan propre, à savoir des rapports avec l’inconscient, et ce qui nous permet aussi du même coup d’éclairer d’une nouvelle perspective tout ce qui l’entoure, tout ce qui l’amène dans ce qu’on peut appeler les tendenz… puisque c’est le terme tendenz qui est employé dans cet ouvrage… de ce phénomène de rayonnement divers, au comique, au rire… phénomènes qui peuvent rayonner de lui. Arrêtons – nous donc sur ce « famillionnaire ». Il y a plusieurs façons de l’aborder. C’est là le but, non seulement de ce schéma, mais de ce schéma pour autant qu’il vous est donné pour vous permettre d’inscrire les plans différents de l’élaboration signifiante, le mot élaboration étant choisi ici spécialement, puisque étant choisi expressément, puisque FREUD le rapporte spécialement. Arrêtons – nous sur ceci et… pour ne pas trop vous surprendre… commençons de nous apercevoir dans quel sens ceci se dirige. Que se passe – t – il quand « famillionnaire » apparaît ? On peut dire que : quelque chose s’y indique que nous sentons comme une visée qui va vers le sens, quelque chose tend à surgir de là qui est quelque chose d’ironique, voire de satirique, quelque chose aussi qui apparaît moins, mais qui se développe si on peut dire, dans les contre – coups du phénomène, dans ce qui va se propager dans le monde à la suite de là. C’est une espèce de surgissement d’un objet, lui, qui va plutôt vers le comique, vers l’absurde, vers le non – sens. C’est le famillionnaire en tant qu’il est la dérision du millionnai
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, en tendant à prendre forme de figure, et il n’y aurait pas beaucoup à faire pour vous indiquer dans quelle direction en effet il tend à s’incarner. D’ailleurs FREUD nous signale au passage que quelque part aussi, Henri HEINE redoublant son mot d’esprit, appellera le millionnaire le « millionnarr », ce qui en allemand veut dire le « fou – fou millionnaire », ou… comme nous pourrions le traduire d’ailleurs en français dans la suite et la ligne de substantivation du « famillionnaire » dont je vous parlais tout à l’heure… le « fat – millionnaire » avec un trait d’union. Ceci pour vous dire que voilà l’approche qui fait que nous ne restons pas inhumains. Ne nous y avançons pas beaucoup plus loin, parce qu’à vrai dire ce n’est pas le moment, c’est justement le genre de pas qu’il s’agit de ne pas précipiter, à savoir de ne pas trop vite comprendre parce que, en comprenant trop vite, on ne comprend absolument rien du tout. Ceci n’explique toujours pas le phénomène qui vient de se passer devant lui, à savoir en quoi il se rattache à ce que nous pouvons appeler « l’économie générale de la fonction de signifiant ». Là – dessus il faut quand même que j’insiste pour que vous tous vous preniez connaissance de ce que j’ai écrit dans ce que j’ai appelé L’instance de la lettre dans l’inconscient, à savoir les exemples que j’ai donné dans ce texte des deux fonctions que j’appelle les fonctions essentielles du signifiant… en tant qu’elles sont celles par où, si l’on peut dire, le soc du signifiant creuse dans le réel ce qu’on appelle le signifié, littéralement l’évoque, le fait surgir, le manie, l’engendre… à savoir les fonctions de la métaphore et de la métonymie. Il paraît qu’à certains c’est mon style, disons, qui barre l’entrée de cet article. Je le regrette. D’abord je n’y peux rien, mon style est ce qu’il est. Je leur demande à cet endroit de faire un effort, mais je voudrais simplement ajouter que quelles que soient les déficiences qui puissent y intervenir de mon fait personnel, il y a aussi quand même dans les difficultés de ce style… peut – être peuvent – ils l’entrevoir… quelque chose qui doit répondre à l’objet même dont il s’agit. S’il s’agit en effet, à propos des fonctions créatrices qu’exerce le signifiant sur le signifié, d’en parler d’une façon valable, à savoir non pas simplement de parler de la parole, mais de parler dans le fil de la parole si l’on peut dire, pour évoquer ses fonctions mêmes, peut – être la suite de mon exposé de cette année vous montrera qu’il y a des nécessités internes de style, la concision par exemple, l’allusion, voire la pointe qui sont peut – être des éléments essentiels tout à fait décisifs pour entrer dans un champ dont elles commandent non seulement les avenues, mais toute la texture. Nous y reviendrons donc dans la suite à propos justement d’un certain style que nous n’hésiterons pas même d’appeler par son nom… si ambigu qu’il puisse apparaître… à savoir le maniérisme, et dont j’essayerai de vous montrer qu’il a derrière lui, non seulement une grande tradition, mais une fonction irremplaçable. Ceci n’est qu’une parenthèse pour revenir à mon texte. Dans ce texte dont vous y verrez que ce que j’appelle, après d’autres… c’est Roman JAKOBSON qui l’a inventée… « la fonction métaphorique et métonymique du langage » est liée à quelque chose qui s’exprime très simplement dans le registre du signifiant, les caractéristiques du signifiant étant celles… comme je l’ai déjà plusieurs fois énoncé au cours des années précédentes… de l’existence d’une chaîne articulée, et ajoutai – je dans cet article, tendant à former des groupements fermés, c’est – à – dire formés d’une série d’anneaux se prenant les uns dans les autres pour former les chaînes, lesquelles elles – mêmes se prennent dans d’autres chaînes à la façon d’anneaux, ce qui est un peu évoqué aussi par la forme générale de ce schéma, mais qui n’est pas directement présenté. L’existence de ces chaînes dans leur double dimension implique ceci que les articulations ou liaisons du signifiant comportent deux dimensions : celle qu’on peut appeler de la combinaison, de la continuité, de la concaténation de la chaîne, et celle des possibilités de substitution toujours impliquées dans chaque élément de la chaîne. Ce deuxième élément absolument essentiel est cet élément qui… dans la définition linéaire que FREUD donnait du rapport du signifiant et du signifié… est ce qui est omis. En d’autres termes, dans tout acte de langage la dimension diachronique est essentielle, mais il y a une synchronie impliquée, évoquée par la possibilité permanente de substitution inhérente à chacun des termes du signifiant. En d’autres termes, ce sont les deux rapports que je vais vous indiquer : f (S… S1) S2 = S (–) s : diachronie – métonymie f (S/S1) S2 = S (+) s : synchronie – métaphore L’une donnant le lien de la combinaison du lien du signifiant, et l’autre l’image du rapport de substitution toujours implicite dans toute articulation signifiante. Il n’est pas besoin d’avoir d’extraordinaires possibilités d’intuition pour s’apercevoir qu’il doit au moins y avoir quelque rapport entre ce que nous venons de voir se produire et ce que FREUD nous schématise de la formation du « famillionnaire ». C’est à savoir sur deux lignes différentes : «… j’étais assisd’une façon tout à fait familière… » et en dessous : « millionnaire ». FREUD complète : qu’est – ce que ça peut vouloir dire ? Cela peut vouloir dire qu’il y a quelque chose qui est tombé, qui est éludé, cela veut dire pour autant qu’on peut le permettre, ou que l’on peut le réaliser ou le réussir, un millionnaire, quelque chose est tombé dans l’articulation du sens, quelque chose est resté, le millionnaire. Quelque chose s’est produit qui a comprimé, embouti l’un dans l’autre, le « familière » et le « millionnaire » pour produire le « famillionnaire ». Il y a donc là quelque chose qui est une sorte de cas particulier de la fonction de substitution, cas particulier dont il reste en quelque sorte des traces. La condensation, si vous voulez est une forme particulière de ce qui peut se produire au niveau de la fonction de substitution. Il serait bon que dès maintenant vous ayez à la pensée le long développement que j’ai fait autour d’une métaphore, celle autour de la gerbe de Booz : « Sa gerbe n’était pas avare ni haineuse… » montrant comme quoi : c’est le fait que « sa gerbe » remplace le terme « Booz » qui constitue là la métaphore, et que grâce à cette métaphore quelque chose autour de la figure de BOOZ surgit qui est un sens, le sens de l’avènement à sa paternité, avec même tout ce qui autour peut rayonner et en rejaillir du fait qu’il y vient, mais… vous vous en souvenez bien… d’une façon invraisemblable, tardive, imprévue, providentielle, divine, que c’est précisément cette métaphore qui est là pour montrer cet avènement d’un nouveau sens autour du personnage de BOOZ qui en paraissait exclus, forclos, et que c’est aussi dans un rapport de substitution essentiellement que nous devons voir le ressort créateur, la force créatrice, la force d’engendrement… c’est le cas de le dire… de la métaphore. Ceci est une fonction tout à fait générale
, je dirais même : que c’est par là, que c’est par cette possibilité de substitution que se conçoit l’engendrement même… si on peut dire… du monde, du sens, que toute l’histoire de la langue… à savoir les changements de fonction grâce auxquels une langue se constitue… que c’est là et pas ailleurs que nous avons à le saisir, que si jamais il y avait la possibilité pour nous de donner une espèce de modèle ou d’exemple de ce qui est la genèse de l’apparition d’une langue, dans ce monde inconstitué que le monde pourrait être avant qu’on parle, il nous faut supposer quelque chose d’irréductible et d’originel qui est assurément le minimum de chaînes signifiantes, mais un certain minimum sur lequel je n’insisterai pas aujourd’hui, encore qu’il conviendrait d’en parler. Mais je vous ai déjà donné suffisamment d’indications là – dessus, sur ce certain minimum [α β γ δ], étant donné que c’est par la voie de la métaphore… à savoir du jeu de la substitution d’un signifiant à un autre, à une certaine place… que se crée non seulement la possibilité de développement du signifiant, mais la possibilité de surgissement de sens toujours nouveaux, allant toujours à ratifier, à compliquer et à approfondir, à donner son sens de profondeur, à ce qui dans le réel n’est que pure opacité. Je voulais chercher un exemple de ceci pour vous l’illustrer, ce qu’on peut appeler ce qui se passe dans l’évolution du sens, et combien toujours plus ou moins nous y retrouvons ce mécanisme de la substitution. Comme d’habitude dans ces cas là j’attends mes exemples du hasard. Il n’a pas manqué bien entendu de m’être fourni dans mon entourage proche, par quelqu’un qui, en proie à une traduction, avait eu à chercher dans le dictionnaire le sens du mot « atterré », et qui était demeuré surpris à la pensée qu’il n’avait jamais bien compris le sens du mot « atterré », en s’apercevant que contrairement à ce que cette personne croyait, « atterré » n’a pas originairement et dans beaucoup de ses emplois, le sens de frappé de terreur, mais de mis à terre. Dans BOSSUET, « atterré » veut littéralement dire « mettre à terre », et dans d’autres textes un tout petit peu postérieurs, nous voyons se préciser cet espèce de poids de terreur. Quant à nous, nous dirons incontestablement que les puristes contaminent, dévient, le sens du mot « atterré ». Il n’en reste pas moins qu’ici les puristes ont tout à fait tort, il n’y a aucune espèce de contamination, et même si tout d’un coup après vous avoir rappelé ce sens du mot étymologique, du mot « atterré », certains d’entre vous peuvent avoir l’illusion qu’« atterrer » ce n’est évidemment pas autre chose que tourner vers la terre, que faire toucher terre, ou que mettre aussi bas que terre, consterner en d’autres termes, il n’en reste pas moins que l’usage courant du mot implique cet arrière plan de terreur. Qu’est – ce que cela veut dire ? Cela veut dire que si nous partons de quelque chose qui a un certain rapport avec le sens originaire par pure convention… parce qu’il n’y a pas d’origine nulle part du mot « atterré »… mais que ce soit le mot « abattu », pour autant qu’il évoque en effet ce que le mot « atterré » – dans ce sens prétendu pur – pourrait nous évoquer. Le mot « atterré » qui lui est substitué d’abord comme une métaphore qui n’a pas l’air d’en être une, parce que nous partons de cette hypothèse qu’originairement ils veulent dire la même chose : jeter à terre ou contre terre, c’est bien là ce que je vous prie de remarquer, c’est que ce n’est pas pour autant qu’« atterré » change en quoi que ce soit le sens d’« abattu », qu’il va être fécond, générateur d’un nouveau sens, à savoir ce que veut dire quelqu’un d’« atterré ». En effet, c’est un nouveau sens, c’est une nuance, ce n’est pas la même chose qu’« abattu » et, si impliquant de terreur que ce soit, ce n’est pas non plus « terrorisé », c’est quelque chose de nouveau, se cette nuance nouvelle de terreur que cela introduit dans le sens psychologique et déjà métaphorique qu’à le mot « abattu », parce que psychologiquement nous ne sommes ni « atterrés » ni « abattus », il y a quelque chose que nous ne pouvons pas dire tant qu’il n’y a pas de mots, et ces mots procèdent d’une métaphore, à savoir ce qui se passe quand un arbre est abattu, ou quand un lutteur est mis à terre, « atterré », deuxième métaphore. Mais remarquez : que ce n’est pas du tout parce qu’originairement… c’est cela qui est l’intérêt de la chose… que le « ter » qui est dans atterré veut dire terreur, que la terreur est introduite, qu’en d’autres termes la métaphore n’est pas une injection de sens comme si c’était possible, comme si les sens étaient quelque part, où que ce soit, dans un réservoir. Le mot « atterré » n’apporte pas le sens en tant qu’il a une signification, mais en tant que signifiant, c’est – à – dire qu’ayant le phonème « ter », il a le même phonème qui est dans « terreur » : c’est par la voie signifiante, c’est par la voie de l’équivoque, c’est par la voie de l’homonymie, c’est – à – dire de la chose la plus non – sens qui soit,… qu’il vient engendrer cette nuance de sens, qu’il va introduire, qu’il va injecter dans le sens déjà métaphorique de « abattu », cette nuance de terreur.

En d’autres termes, c’est dans le rapport S/S’…  c’est–à–dire d’un signifiant à un signifiant  …que va s’engendrer un certain rapport S/s,  c’est à dire signifiant sur signifié.
Mais la distinction des deux est essentielle :  c’est dans le rapport de signifiant à signifiant, dans quelque chose qui lie le signifiant d’ici  au signifiant qui est là…  c’est–à–dire dans quelque chose qui est le rapport purement signifiant,  c’est–à–dire homonymique de « terre » et de « terreur »  …que va pouvoir s’exercer l’action qui est l’engendrement de signification, à savoir nuancement par la terreur de ce qui déjà existait comme sens  sur une base déjà métaphorique.  Ceci donc nous exemplifie ce qui se passe au niveau de la métaphore.  Je voudrais simplement vous indiquer quelque chose qui va vous montrer comment ceci rejoint par une amorce de sentier, quelque chose qui va tout à fait nous intéresser du point de vue de ce que nous voyons se passer dans l’inconscient… pour autant que,  au niveau des phénomènes de création de sens normal, par la voie substitutive, par la voie métaphorique qui préside à l’évolution et à la création de  la langue, mais en même temps à la création et à l’évolution du sens comme tel, je veux dire du sens en tant qu’il est non seulement perçu,  mais que le sujet s’y inclut, c’est–à–dire  en tant que le sujet enrichit notre vie.   Je veux simplement vous faire remarquer ceci :  je vous ai déjà indiqué que la fonction essentielle de signifiant du crochet « ter », c’est–à–dire  de quelque chose qu’il nous faut considérer comme purement signifiant, de la réserve homonymique  avec laquelle travaille… que nous le voyons ou que nous ne le voyons pas …la métaphore.  Que se passe-t–il aussi ? Je ne sais pas si  vous allez tout de suite bien le saisir, mais vous le saisirez mieux quand vous verrez le développement.   Ce n’est qu’une amorce d’une voie essentielle.  C’est que dans toute la mesure où s’affirme,  où se constitue la nuance de signification « atterré », cette nuance, remarquez–le, implique une certaine domination et un certain apprivoisement de la terreur.   Cette terreur-là est non seulement nommée, mais elle est tout de même atténuée, et c’est ce qui permet de conserver d’ailleurs, pour que vous continuiez à la maintenir dans votre esprit, l’ambiguïté du mot « atterré ».   Après tout, vous vous dites qu’« atterré » a en effet bien rapport avec la terre, que la terreur n’y est pas complète, que l’abattement au sens où il est  pour vous sans ambiguïté, garde sa valeur prévalente,  que ce n’est qu’une nuance, que pour tout dire la terreur est dans une demi–ombre à cette occasion. En d’autres termes, c’est dans toute la mesure  où la terreur n’est pas remarquée en face,  est prise par le biais intermédiaire de la dépression,  que ce qui se passe est complètement oublié  jusqu’au moment où – je vous l’ai rappelé – le modèle est tout à fait, lui, en tant que tel, hors du circuit.   Autrement dit, dans tout la mesure où la nuance « atterré » s’est établie dans l’usage où elle est devenue sens et usage de sens, le signifiant lui est présentifié, disons le mot : le signifiant est refoulé à proprement parler.   Dans tous les cas, dès que s’est établi…  dans sa nuance actuelle  …l’usage du mot « atterré », le modèle… sauf recours au dictionnaire, au discours savant …n’est plus à votre disposition.  À propos du mot « atterré » il est comme « terre », « terra », refoulé.   Je vais là un tout petit peu trop en avant,  parce que c’est un mode de pensée auquel vous n’êtes pas encore très habitués, mais je crois que cela nous évitera un retour. Vous allez voir à quel point  ce que je vous appelle là l’amorce des choses,  est confirmé par l’analyse des phénomènes.  Revenons à notre « famillionnaire », au point donc de jonction  ou de condensation métaphorique où nous l’avons vu se former. À ce niveau-là, séparer la chose de son contexte,  à savoir du fait que c’est Hirsch HYACINTHE,  c’est–à–dire l’esprit de Henri HEINE qui l’a engendré, nous irons le chercher ultérieurement beaucoup plus loin dans sa genèse, dans les antécédents  de Henri HEINE avec la famille ROTHSCHILD.   Il faudrait même relire toute l’histoire de la famille ROTHSCHILD pour être bien sûr de ne pas faire d’erreur, mais ce n’est pas là que nous en sommes.   Nous en sommes pour l’instant à « famillionnaire ». Isolons–le un instant. Rétrécissons tant que nous  le pouvons le champ de vision de la caméra  autour de ce « famillionnaire ».  Après tout il pourrait être né ailleurs  que dans l’imagination de Henri HEINE :  peut–être que Henri HEINE l’a fabriqué à un autre moment qu’au moment où il était devant son papier blanc et la plume en main,  peut–être que c’est un soir d’une de ses déambulations parisiennes que nous évoquerons, que cela lui est venu comme ça.  Il y a même toutes les chances pour que ce soit à un moment de fatigue, de crépuscule.  Pour tout dire, ce famillionnaire pourrait être aussi un lapsus, c’est même tout à fait concevable.  J’ai déjà fait état d’un lapsus que j’avais recueilli fleurissant sur la bouche d’un de mes patients…  j’en ai d’autres, mais je reviens à celui–là  parce qu’il faut toujours revenir sur les mêmes choses jusqu’à ce que ce soit bien usé,  et après on passe à autre chose …c’est le patient qui, au cours du racontage de  son histoire sur mon divan, ou de ses associations, évoquait le temps où avec sa femme…  qu’il avait fini par épouser par devant « Monsieur le Maire » …il ne faisait que vivre « maritablement ».   Vous avez tous déjà vu que cela peut s’écrire maritalement, ce qui veut dire qu’on n’est pas marié, et en dessous quelque chose dans lequel se conjoint parfaitement  la situation des mariés et des non–mariés : misérablement ».  Cela fait « maritablement ».   Ce n’est pas dit, c’est beaucoup mieux que dit.  Vous voyez là à quel point le message dépasse,  non pas celui que j’appellerais le messager,  car c’est vraiment le messager des dieux qui parle par la bouche de cet innocent, mais dépasse  le support de la parole.   Le contexte – comme dirait FREUD – exclut tout à fait que mon patient ait fait un mot d’esprit, et en effet, vous ne le connaîtriez pas si je n’en avais pas été  à cette occasion l’Autre avec un grand A c’est–à–dire l’auditeur, et l’auditeur non seulement attentif  mais l’auditeur entendant, au sens vrai du terme.   Il n’en reste pas moins que mis à sa place, justement dans l’Autre, c’est un mot d’esprit particulièrement sensationnel et brillant.   Ce rapprochement entre le trait d’esprit et le lapsus,  FREUD nous en donne dans la Psychopathologie de la vie quotidienne [1] d’innombrables exemples…  et à l’occasion il le souligne lui–même  …et justement montre qu’il s’agit de quelque chose qui est tellement voisin du mot d’esprit,  qu’il est forcé lui–même de dire… et nous sommes forcés de l’en croire sur parole …que le contexte exclut que le ou que la patiente  ait fait cette création au titre de mot d’esprit.  Quelque part dans la Psychopathologie de la vie quotidienne,  FREUD donne l’exemple de cette femme qui, parlant de la situation réciproque des hommes et des femmes, dit :   « Pour qu’une femme intéresse les hommes, il faut qu’elle soit jolie… 
Ce qui n’est pas donné à tout le monde,  implique–t–elle dans sa phrase.  …mais pour un homme, il suffit qu’il ait ses cinq membres droits. » [ Ch.5, Lapsus ]  Ce n’est pas toujours pleinement traduisible  de telles expressions, je suis souvent obligé  de faire une transposition complète,  c’est–à–dire de recréer le mot en français.   Là il faudrait presque employer le terme « tout raide ». Le mot « droit » n’est pas d’un usage courant,  tellement peu courant qu’il ne l’est pas non plus  en allemand.   Il faut que FREUD fasse une glose entre les 4 membres et les 5 membres, tout juste pour expliquer la genèse de la chose qui vous donne pourtant la tendance  un tant soit peu grivoise qui n’est pas douteuse.   Ce que FREUD en tout cas nous montre, c’est que  le mot ne va pas tellement directement au but,  pas plus en allemand qu’en français où on le traduit par cinq membres droits, et que d’autre part il donne ceci pour textuel que le contexte exclut que la femme apparaisse aussi crue. C’est bel et bien un lapsus,  mais vous voyez comme ça ressemble à un mot d’esprit.  Donc nous le voyons :   cela peut être un mot d’esprit,   cela peut être un lapsus, je dirais même plus :   cela peut être purement et simplement une sottise, une naïveté linguistique. Après tout quand je qualifie cela chez mon patient qui était un homme particulièrement sympathique,  ce n’était même pas chez lui véritablement un lapsus,  le mot « maritablement » faisait bel et bien partie  pour lui de son lexique, il ne croyait pas du tout dire quelque chose d’extraordinaire.   Il y a des gens comme cela qui se promènent  dans l’existence, qui ont des situations quelquefois très élevées, et qui sortent des mots dans ce genre.  Un producteur de cinéma célèbre en produisait  comme cela, paraît–il, au kilomètre toute la journée. Il disait par exemple en concluant quelques-unes  de ses phrases impérieuses :   « Et puis c’est comme ça, c’est signé qua non. »  Ce n’était pas un lapsus, c’était simplement un fait d’ignorance et de sottise.  Je veux simplement vous montrer qu’il convient  de nous arrêter un peu au niveau de cette formation, et puisque nous avons en somme parlé de lapsus…  qui de tout cela est ce qui  nous touche au plus près  …voyons un peu ce qui se passe au niveau des lapsus.  De même que nous avons parlé de « maritablement », revenons sur le lapsus par lequel nous sommes passés  à plusieurs reprises pour souligner justement  cette fonction essentielle du signifiant, le lapsus – si je puis dire – originel, à la base de la théorie freudienne, celui qui inaugure la Psychopathologie de la vie quotidienne,  après avoir été d’ailleurs la première chose publiée en tirage premier, qui est l’oubli du nom.  Au premier abord, ce n’est pas la même chose un oubli  et les choses dont je viens de vous parler,  mais si ce que je suis en train de vous expliquer  a sa portée, à savoir si c’est bel et bien le mécanisme,  le métabolisme du signifiant qui est au principe  et au ressort des formations de l’inconscient, nous devons  les y retrouver toutes, et ce qui se distingue  à l’extérieur doit retrouver son unité à l’intérieur.   Alors maintenant au lieu d’avoir « famillionnaire »,  nous avons le contraire :  nous avons quelque chose qui nous manque.  Qu’est–ce que nous montre l’analyse que fait FREUD  de l’oubli du nom, du nom propre, étranger ?  Ceci ce sont des amorces de choses sur lesquelles  je reviendrai, et auxquelles je donnerai leur développement plus tard, mais je dois vous signaler au passage la particularité de ce cas tel que FREUD nous le présente.  Le nom propre est un nom étranger.  Nous lisons la Psychopathologie de la vie quotidienne  comme nous lisons le journal, et nous en savons tellement  que nous pensons que cela ne mérite pas que nous nous arrêtions à des choses qui ont pourtant été les pas de FREUD, or chacun de ces pas mérite d’être retenu, parce que chacun de ces pas est porteur d’enseignements et riche de conséquences.  Je vous signale donc à ce propos… parce que nous aurons à y revenir  …qu’à propos d’un nom, et d’un nom propre,  nous sommes au niveau du message.  C’est quelque chose dont nous aurons à retrouver  la portée par la suite. Je ne peux pas tout vous dire  à la fois, comme « les psychanalystes d’aujourd’hui »  qui sont si savants qu’ils disent tout à la fois,  qui parlent du « je » et du moi comme de choses  qui n’ont aucune complexité, et qui mélangent tout.  Ce qui est important, c’est que nous nous arrêtions  à ce qui se passe. Que ce soit aussi un nom étrangerceci est autre chose que le fait que ce soit un nom propre.  C’est un nom étranger pour autant que ses éléments sont étrangers à la langue de FREUD, à savoir que « Signor » n’est pas un mot de la langue allemande.   Mais si FREUD le signale, c’est bien justement  que nous sommes là dans une autre dimension que  celle du nom propre comme tel, qui, si l’on peut dire,  ne serait absolument pas propre et particulier, n’aurait pas de patrie.   Ils sont tous plus ou moins rattachés à des signes cabalistiques, et FREUD nous souligne que ce n’est pas sans importance. Il ne nous dit pas pourquoi, mais le fait qu’il l’a isolé dans un chapitre initial, prouve qu’il pense que c’est un point particulièrement sensible de la réalité qu’il aborde.  Il y a une autre chose que FREUD met aussi en valeur…  et tout de suite …et sur laquelle nous sommes habitués à ne pas  nous arrêter, c’est ce qui lui a paru remarquable dans l’oubli des noms tels qu’il commence par  les évoquer pour aborder la Psychopathologie de la vie quotidienne :   c’est que cet oubli n’est pas un oubli absolu,          un trou, une béance,  c’est qu’il se présente autre chose à la place, d’autres noms.   C’est là que débute ce qui est le commencement  de toute science, c’est–à–dire l’étonnement.  On ne saurait vraiment s’étonner que de ce que l’on a déjà commencé un tant soit peu de recevoir, sinon on ne s’y arrête pas du tout parce qu’on ne voit rien.  Mais FREUD précisément prévenu par son expérience  des névrosés, voit là quelque chose, voit que  dans le fait qu’il se produit des substitutions,  quelque chose mérite qu’on s’y arrête.  Là il faut que je précipite un peu mon pas,  et que je vous fasse remarquer toute l’économie  de l’analyse qui va être faite de cet oubli du nom,  de ce lapsus au sens où nous donnerions au mot lapsus  que le nom est tombé.  Tout va se centrer autour de ce qu’on peut appeler une approximation métonymique.  Pourquoi ?  Parce que ce qui va d’abord ressurgir, ce sont  des noms de remplacement : BOTTICELLI, BOLTRAFFIO.   Comment FREUD nous montre–t–il qu’il les comprend d’une façon métonymique ?   Nous allons le saisir en ceci, et c’est pour cela  que je fais ce détour par l’analyse d’un oubli,  c’est que la présence de ces noms, leur surgissement à la place du SIGNORELLI oublié, se situe au niveau d’une formation, elle non plus de substitution,  mais de combinaison.   Il n’y a aucun rapport perceptible dans l’analyse  que FREUD ferait du cas entre SIGNORELLI, BOLTRAFFIO et BOTTICELLI, que des rapports indirects  liés uniquement à ces phénomènes de signifiant.   BOTTICELLI nous dit–il, et je me tiens d’abord  à ce qu’il nous dit.   Je dois dire que c’est une des démonstrations les plus claires que FREUD ait jamais donné de
mécanismes d’analyse d’un phénomène de formation et de déformation lié à l’inconscient.   Cela ne laisse absolument rien à désirer comme clarté. Je suis forcé pour la clarté de mon exposé  de vous le présenter de façon indirecte en disant :  c’est ce que FREUD dit.  Ce que FREUD dit s’impose dans sa rigueur, en tout cas ce qu’il dit est de cet ordre, c’est à savoir  que BOTTICELLI est là parce que c’est le reste,  dans sa dernière moitié, de « ELLI » de SIGNORELLI décomplété par le fait que le « SIGNOR » est oublié.  « Bo » est le reste, le décomplété de Bosnie Herzégovine, pour autant que le « HERR » est refoulé.   De même pour Boltraffio, c’est le même refoulement  du « Herr » qui explique que Boltraffio associe le « Bo » de Herzégovine à Travoï qui est une localité immédiatement antécédente des aventures de ce voyage, celle où il a appris le suicide de l’un de ses patients pour raison d’impuissance sexuelle.   C’est–à–dire le même terme que celui qui a été évoqué dans la conversation qui précédait immédiatement  avec la personne qui est dans le train entre Raguse et Herzégovine, et qui lui évoque ces Turcs,  ces musulmans qui sont des gens si sympathiques qui, lorsque le médecin n’a pas réussi à les guérir,  leur disent :   « Herr ! (Monsieur) Nous savons que vous avez fait tout ce que vous avez pu, néanmoins… »   Le « Herr », le poids propre, l’accent significatif, à savoir ce quelque chose qui est à la limite  du disible, ce « Herr » absolu qui est la mort,  cette mort comme dit LA ROCHEFOUCAULD :   « …qu’on ne saurait plus comme le soleil regarder en face. »   et qu’effectivement FREUD, pas plus que d’autres,  ne peut plus regarder en face. Alors, qu’elle lui soit présentifiée par sa fonction de médecin d’une part, par une certaine liaison aussi manifestement présente, elle, d’autre part, a un accent tout personnel.  Cette liaison à ce moment là d’une façon indubitable dans le texte, justement entre la mort et quelque chose qui a un rapport très étroit avec la puissance sexuelle,  n’est très probablement pas uniquement dans l’objet, c’est–à–dire dans ce qui lui présentifie  le suicide de son patient. Cela va certainement plus loin.  Qu’est–ce que cela veut dire ? Cela signifie  que tout ce que nous trouvons sont les ruines métonymiques…  à propos d’une pure et simple combinaison  de signifiants : Bosnie Herzégovine …sont les ruines métonymiques de l’objet dont il s’agit  qui est derrière les différents éléments particuliers qui sont venus jouer là, et dans un passé immédiat qui est derrière cela : le « Herr » absolu, la mort.   C’est pour autant que le « Herr » absolu passe ailleurs, s’efface, recule, est repoussé, est à très proprement parler unterdrückt, qu’il y a deux mots avec lesquels FREUD joue d’une façon ambiguë.   Cet « unterdrückt » je vous l’ai déjà traduit comme  « tombé dans les dessous » pour autant que le « Herr » ici,  au niveau de l’objet métonymique, a filé par là,  et pour une très bonne raison, c’est qu’il risquait d’être un peu trop présent à la suite de ces conversations, que comme « ersatz », nous retrouvons les débris,  les ruines de l’objet métonymique, à savoir ce « Bo » qui vient là se composer avec l’autre ruine du nom qui est  à ce moment-là refoulé – à savoir « ELLI » – pour ne pas apparaître dans l’autre nom de substitution qui est donné.  Ceci c’est la trace, c’est l’indice que nous avons  du niveau métonymique qui nous permet de retrouver  la chaîne du phénomène dans le discours, dans ce qui peut être encore présentifié dans ce point où,  dans l’analyse, est situé ce que nous appelons l’association libre, pour autant que cette association libre  nous permet de pister le phénomène inconscient.   Mais ce n’est pas tout, il n’en reste pas moins que ni le SIGNORELLI, ni le « SIGNOR », n’ont jamais été…   là où nous trouvons les traces …les fragments de l’objet métonymique brisé.   Puisqu’il est métonymique il est déjà brisé. Tout ce qui se passe dans l’ordre du langage est toujours déjà accompli. Si l’objet métonymique se brise déjà si bien, c’est parce que déjà en tant qu’objet métonymique  il n’est qu’un fragment  de la réalité qu’il représente.  Si le « SIGNOR », lui, n’est pas évocable,  si c’est lui qui fait que FREUD ne peut pas retrouver le nom de SIGNORELLI, c’est qu’il est dans le coup.   Il est dans le coup bien évidemment d’une façon indirecte parce que pour FREUD le « Herr » qui a été effectivement prononcé dans un moment particulièrement significatif de la fonction qu’il peut prendre comme « Herr absolu », comme représentant de cette mort qui est  à cette occasion unterdrücktt, c’est que le « Herr »  peut simplement se traduire par « SIGNOR ».  C’est ici que nous retrouvons le niveau substitutif, car la substitution est l’articulation, le moyen signifiant où s’instaure l’acte de la métaphore.   Mais cela ne veut pas dire que la substitution soit la métaphore.   Si je vous apprends ici à procéder dans tous ces chemins d’une façon articulée ce n’est pas précisément pour que vous vous livriez tout le temps à des abus de langage.   Je vous dis que la métaphore se produit dans le niveau de la substitution, cela veut dire que la substitution est une possibilité d’articulation du signifiant, et que la métaphore  s’y exerce avec sa fonction de création de signifié  à cette place où la substitution peut se produire.   Ce sont deux choses différentes.  De même la métonymie et la combinaison  sont deux choses différentes.  Je vous le précise au passage parce que c’est dans ces non–distinctions que s’introduit ce qu’on appelle un abus de langage qui est typiquement caractérisé  par ceci que, dans ce qu’on peut définir en termes logico–mathématiques comme un ensemble ou un sous–ensemble, quand il n’y a qu’un seul élément, il ne faut pas confondre l’ensemble en question, ou le sous–ensemble, avec cet élément particulier.   Ceci peut servir aux personnes qui ont fait la critique de mes histoires de α β γ δ, l’année dernière.  Revenons donc à ce qui se passe au niveau  de « SIGNOR » et de « Herr » :  simplement quelque chose d’aussi simple que cela, c’est évidemment ce qui se passe dans toute traduction : la liaison substitutive dont il s’agit  est une substitution qu’on appelle « hétéronymie ».   La traduction d’un terme dans une langue étrangère sur le plan de l’acte substitutif, dans la comparaison nécessitée par l’existence au niveau du phénomène  de langage de plusieurs systèmes linguistiques, s’appelle « substitution hétéronyme ».   Vous allez me dire que cette substitution hétéronyme n’est pas une métaphore. Je suis d’accord, je n’ai besoin  que d’une chose, c’est qu’elle soit une substitution.   Je ne fais que suivre ce que vous êtes forcé d’admettre en lisant le texte.  En d’autres termes, je veux vous faire tirer de votre savoir précisément ceci : que vous le sachiez.  Bien plus, je n’innove pas, tout ceci vous devez l’admettre si vous admettez le texte de FREUD.

Je n’ai pas besoin de plus pour vous dire que   si le « Herr » a filé par là [γ → β’],  le « SIGNOR » – comme la direction des flèches l’indique – a filé par là [γ → α]  . Non seulement il a filé par là, mais nous pouvons admettre… jusqu’à ce que j’y sois revenu …que c’est là qu’il se met à tourner,  c’est–à–dire qu’il est renvoyé comme une balle  entre le code  et le message, qu’il tourne en rond  dans ce qu’on peut appeler…  rappelez–vous ce que je vous ai laissé entrevoir autrefois comme possibilité du mécanisme de l’oubli, et du même coup de la remémoration analytique …comme étant quelque chose que nous devons concevoir comme extrêmement apparenté aux mémoires d’une machine,  de ce qui est dans la mémoire d’une machine, c’est–à–dire  de « ce qui tourne en rond jusqu’à ce que ça reparaisse »,  jusqu’à ce qu’on en ait besoin, et qui est forcé  de tourner en rond pour constituer une mémoire.   On ne peut pas réaliser autrement la mémoire d’une machine, c’est quelque chose dont nous trouvons très curieusement l’application dans ce fait que si « SIGNOR » nous pouvons le concevoir comme tournant indéfiniment jusqu’à ce qu’il soit retrouvé entre le code et le message, vous voyez là du même coup la nuance que nous pouvons établir entre :   l’unterdrückt d’une part,   et le Verdrängt de l’autre.   Car si l’unterdrückt ici n’a besoin de se faire  qu’une fois pour toutes, et dans des conditions auxquelles l’être ne peut pas descendre… c’est–à–dire au niveau de sa condition mortelle …d’un autre côté il est clair que c’est d’autre chose qu’il s’agit, c’est–à–dire que si ceci est maintenu dans le circuit sans pouvoir y rentrer pendant un certain temps, il faut bien que nous admettions ce que FREUD admet, l’existence d’une force spéciale qui l’y contient et qui l’y maintient, c’est–à–dire à proprement parler d’une Verdrängung.  Néanmoins, après avoir indiqué là où je veux en venir sur ce point précis et particulier, je vous indique que bien qu’en effet il n’y ait là que substitution,  il y a aussi métaphore. Chaque fois qu’il y a substitution,  il y a effet ou induction métaphorique.   Ce n’est pas tout à fait la même chose pour quelqu’un qui est de langue allemande, de dire « SIGNOR »  ou de dire « Herr », je dirai même plus : c’est tout à fait différent que nos patients qui sont bilingues ou qui simplement savent une langue étrangère, et ayant à un moment donné quelque chose à dire,  nous le disent dans une autre langue.   Ça leur est toujours, soyez–en certains, beaucoup plus commode. Ce n’est jamais sans raison  qu’un patient passe d’un registre dans un autre.  S’il est vraiment polyglotte, ça a un sens.  S’il connaît imparfaitement la langue à laquelle  il se réfère, ça n’a naturellement pas le même sens.  S’il est bilingue de naissance, ça n’a pas non plus le même sens.   Mais dans tous les cas ça en a un, et en tout cas ici, provisoirement, dans la substitution de « SIGNOR »  à « Herr » il n’y avait pas métaphore mais simplement substitution hétéronyme.  Je reviens là–dessus pour vous dire que, dans cette occasion, « SIGNOR », au contraire pour tout le reste du contexte auquel il s’attache, à savoir SIGNORELLI :   c’est–à–dire précisément la fresque d’Orvieto,  c’est–à–dire, comme FREUD le dit lui–même, l’évocation des choses dernières historiquement, représente précisément la plus belle des élaborations qui soit de cette réalité impossible à affronter qu’est la mort.   C’est très précisément en nous racontant mille fictions…  en prenant fiction ici dans le sens le plus véridique  …sur le sujet des fins dernières que nous métaphorisons, que nous apprivoisons, que nous faisons rentrer  dans ce langage, cette confrontation à la mort.   Il est donc bien clair que le « SIGNOR » ici,  en tant qu’il est attaché au contexte de SIGNORELLI, est ce quelque chose qui représente bien une métaphore. Voici donc ce à quoi nous arrivons.   Nous arrivons à ceci que nous approchons de quelque chose qui nous permet de réappliquer point par point, puisque nous leur trouvons une topique commune,  le phénomène du Witz, la production positive  du « famillionnaire » au point où il s’est produit,  et un phénomène de lapsus, de trou.   Je pourrais en prendre un autre et vous refaire  la démonstration, je pourrais vous donner comme devoir de vous référer à l’exemple suivant donné par FREUD  à propos de la phrase latine évoquée par un de  ses interlocuteurs :   «   Exoriar(e) ex nostris ossibus ultor ! ». [2]  En rangeant un peu les mots parce que le ex est entre nostris et ossibus, et laissant tomber le second mot indispensable à la scansion, aliquis,  c’est pourquoi il ne peut pas faire surgir aliquis.
Vous ne pourriez vraiment le comprendre  qu’à le reporter à cette même grille,  à cette même ossature, avec ses deux niveaux :   son niveau combinatoire avec ce point élu                                où se produit l’objet métonymique comme tel,   et son niveau substitutif avec ce point élu                            où  il se produit à la rencontre des deux chaînes, du discours d’une part, et d’autre part de la chaîne signifiante à l’état pur, au niveau élémentaire,  et qui constitue le message.  Nous l’avons vu, le « SIGNOR » est refoulé ici dans le circuit message–code, le « Herr » est unterdrückt au niveau du discours, car c’est le discours qui a précédé, qui a capté ce « Herr », et ce que vous retrouvez,  ce qui vous permet de vous remettre sur les traces  du signifiant perdu, ce sont les ruines métonymiques de l’objet.

Voilà ce que nous livre l’analyse de l’exemple  de l’oubli du nom dans FREUD.   Dès lors va nous apparaître plus clairement  ce que nous pouvons penser du « famillionnaire ».   Le « famillionnaire » est quelque chose qui, nous l’avons vu, en lui–même a quelque chose d’ambigu et tout à fait  du même ordre que celui de la production d’un symptôme.   S’il est reportable, superposable, à ce qui se passe dans l’économie signifiante de la production  d’un symptôme de langage : l’oubli d’un nom,  nous devons trouver à son niveau ce qui complète,  ce que je vous ai fait entendre tout à l’heure  de sa double fonction :   sa fonction de visée du côté du sens,   sa fonction néologique bouleversante, troublante du côté de quelque chose que l’on peut appeler  « une dissolution de l’objet », à savoir, non plus :   « Il m’a admis à ses côtés comme un égal, d’une façon tout à fait famillionnaire. »  …mais ce quelque chose d’où surgit ce que nous pouvons appeler « le famillionnaire » pour autant que… personnage fantastique et dérisoire …il s’apparente à une de ces créations comme une certaine poésie fantastique qui nous permet d’imaginer quelque chose d’intermédiaire entre le « fourmilionnaire » et  le « mille–pattes », qui serait quand même aussi une sorte de type humain tel qu’il s’en imagine, qui passent, vivent et croissent dans les interstices des choses, un Myrmeleon ou quelque chose d’analogue.   Mais sans même aller aussi loin, quelque chose qui peut passer dans la langue à la façon dont, depuis quelque temps, une « respectueuse » veut dire une putain.  Ces sortes de créations sont quelque chose  qui a sa valeur propre en nous introduisant  dans quelque chose jusqu’alors d’inexploré.   Elles font surgir ce quelque chose que nous pourrions appeler « un être verbal »… mais « un être verbal » c’est aussi bien un être tout court  …et qui tend de plus en plus à s’incarner.   Aussi bien le « famillionnaire » est quelque chose qui joue, me semble–t–il, ou qui a joué assez de rôles, non pas simplement dans l’imagination des poètes, mais dans l’histoire.   Je n’ai pas besoin de vous évoquer que bien des choses iraient encore plus près que ce « famillionnaire ».   GIDE, dans Prométhée mal enchaîné[3], fait tourner toute son histoire autour de ce qui n’en est pas véritablement le dieu, mais la machine, le banquier, ZEUS  qu’il appelle le « Miglionnaire »… dont je vous montrerai dans FREUD quelle est  la fonction essentielle dans la création  du mot d’esprit  …sans qu’on sache s’il faut prononcer le « Miglionnaire » de GIDE à l’italienne ou à la française, je crois pour ma part qu’il doit être prononcé à l’italienne. Bref, si nous nous penchons sur « famillionnaire »,  nous voyons alors… dans la direction que je vous indique, qui n’est pas atteinte au niveau du texte de HEINE à ce moment–là  …que HEINE ne lui donne pas du tout sa liberté,  son indépendance à l’état de substantif :  si même tout à l’heure je l’ai traduit par  « …tout à fait famillionnairement. » c’est bien pour vous indiquer que nous restons là au niveau de l’adverbe.   Puisque – même – on peut jouer sur les mots, solliciter la langue à propos de « la manière d’être »,  et en coupant les choses entre les deux vous voyez  la différence qu’il y a entre « la manière d’être » et ce que j’étais en train de vous indiquer comme direction,  à savoir « une sorte d’être ».   Nous ne sommes pas allés jusque-là, mais vous voyez que les deux sont continus.   HEINE reste au niveau de « la manière d’être »,  et lui–même a pris soin…  en traduisant son propre terme …de le traduire justement, non pas d’une façon  tout à fait « famillionnaire », mais comme je l’ai fait tout à l’heure : « …tout à fait famillionnairement ».   Qu’est–ce que ce « …tout à fait famillionnairement » supporte ?  Quelque chose qui est… sans que nous aboutissions d’aucune façon à cet être de poésie …quelque chose d’extraordinairement riche, fourmillant, pullulant à la façon dont justement les choses  se passent au niveau de la décomposition métonymique.   Ici la création d’Henri HEINE mérite d’être remise dans son texte… dans le texte des Bains de Lucques …dans le texte de cette familiarité effective  dans laquelle vit ce Hirsch HYACINTHE avec le baron Christophoro DI GUMPELINO, devenu un homme  fort à la mode qui se répand en toutes sortes de courtoisies et d’assiduités auprès des belles dames, et à laquelle s’ajoute la familiarité fabuleuse, étonnante, de Hirsch HYACINTHE accroché à ses trousses.  La fonction de parasite, de serviteur, de domestique, de commissionnaire de ce personnage, nous évoque  tout d’un coup une autre décomposition possible  du mot « famillionnaire », sans compter que derrière ce mot je ne veux pas faire allusion à la fonction désolante et déchirante des femmes dans la vie de ce banquier caricatural que nous sort à cette occasion HEINE  mais assurément le côté affamant du succès, la faim qui n’est plus le auri sacra fames[4], mais la faim de satisfaire quelque chose qui, jusqu’à ce moment d’accession  aux plus hautes sphères de sa vie, lui a été refusé.  Cela nous permettrait de tracer encore d’une autre façon la décomposition possible, la signification possible de ce mot « fat–millionnaire ».   Le « fat–millionnaire » c’est à la fois Hirsch HYACINTHE et le marquis de Cristoforo DI GUMPELINO et c’est bien autre chose, parce que derrière cela  il y a toutes les relations de la vie de Henri HEINE,  et aussi ses relations avec les ROTHSCHILD, singulièrement « famillionnaires ».  L’important c’est que vous voyez dans ce mot d’esprit lui–même ces deux versants de la création métaphorique :   dans un sens, dans le sens du sens, dans le sens où ce mot porte, émeut, est riche de signification psychologique, et sur le moment fait mouche et nous retient par son talent à la limite de la création poétique,   et comme – d’autre part – dans une sorte d’envers qui n’est pas, lui, forcément tout de suite aperçu, le mot, par la vertu de combinaisons que nous pourrions étendre ici indéfiniment, fourmille de tout ce qui autour d’un objet pullule de besoins dans cette occasion.  J’ai fait allusion à fames, il y aurait aussi fama,  à savoir le besoin d’éclat et de renommée qui talonne le personnage du maître de Hirsch HYACINTHE. Il y aurait aussi l’infamie foncière de cette familiarité servile qui aboutit, dans la scène de ces Bains de Lucques, au fait que Hirsch HYACINTHE donne précisément  à son maître une de ces purges dont il a le secret, et qui le plonge dans les affres de la colique  au moment précis où enfin il reçoit le billet de  la dame aimée qui lui permettrait dans une autre circonstance, de parvenir au comble de ses vœux.  Cette énorme scène bouffonne donne, si l’on peut dire, « les dessous » de cette familiarité infâme,  et est quelque chose qui donne vraiment son poids, son sens, ses attaches, son endroit et son envers, son côté métaphorique et son côté métonymique,  à cette formation du mot d’esprit, et qui n’en est pourtant pas l’essence, car maintenant que no
us en avons vu les deux faces, les tenants et les aboutissants,  la création de sens de « famillionnaire » implique aussi  un déchet et quelque chose qui est refoulé.   C’est forcément quelque chose qui est du côté  de Henri HEINE, quelque chose qui va se mettre…  comme le « SIGNOR » de tout à l’heure  …à tourner entre le code et le message.

Quand d’autre part, nous avons aussi du côté de la chose métonymique [ β’] toutes ces chutes de sens qui sont toutes les étincelles, toutes les éclaboussures qui se produisent autour de la création  du mot famillionnaire, et qui constituent son rayonnement, son poids, ce qui en fait pour nous la valeur littéraire.  Il n’en reste pas moins que la seule chose qui importe est le centre du phénomène, à savoir ce qui s’est produit au niveau de la création signifiante, que ce qui fait que cela est un trait d’esprit, justement cela,  et non pas tout ce qui est là qui se produit autour.  Ce qui nous met sur la voie de sa fonction  en tant que centre de gravité de tout ce phénomène,  ce qui fait son accent et son poids, doit être recherché au centre même du phénomène, c’est–à–dire :   au niveau de la conjonction des signifiants d’une part,  au niveau d’autre part, je vous l’ai déjà indiqué, de la sanction qui est donnée par l’Autre à cette création elle–même : par ceci que c’est l’Autre qui donne à cette création signifiante valeur de signifiant  en elle–même, valeur de signifiant   par rapport au phénomène de la création signifiante.  C’est en cela qu’est la distinction du trait d’esprit  par rapport à ce qui est pur et simple phénomène, relation de symptôme par exemple. C’est dans le passage à la fonction seconde que gît le trait d’esprit lui–même.   Mais d’autre part s’il n’y avait pas tout cela  que je viens de vous dire aujourd’hui… c’est–à–dire ce qui se passe au niveau de la conjonction signifiante qui est son phénomène essentiel, et de ce qu’elle développe comme tel, pour autant qu’elle participe des dimensions essentielles du signifiant, à savoir la métaphore et la métonymie  …il n’y aurait aucune sanction possible,  aucune autre distinction possible du trait d’esprit.   Par exemple : par rapport au comique il n’y en aurait aucune de possible,  ou par rapport à la plaisanterie,  ou par rapport à un phénomène brut de rire.  Pour comprendre ce dont il s’agit dans le trait d’esprit  en tant que phénomène de signifiant, il faut  que nous ayons isolé ses faces, ses particularités,  ses attaches, ses tenants et ses aboutissants,  au niveau du signifiant.   Et le fait que le S, quelque chose qui est au niveau si élevé de l’élaboration signifiante, FREUD l’ait arrêté pour y voir un exemple particulier des formations de l’inconscient, c’est aussi cela qui nous retient, c’est aussi cela dont vous devez commencer d’entrevoir l’importance, quand je vous ai montré à ce propos comment il nous permet d’avancer d’une façon rigoureuse dans un phénomène lui–même psychopathologique comme tel, à savoir le lapsus.



[1]   Sigmund Freud : Psychopathologie de la vie quotidienne, Petite bibliothèque Payot, 2004.

[2]  Exoriare  aliquis nostris ex ossibus ultor (Virgile  Énéide, IV 625) in Psychopathologie de la vie quotidienne Ch.2, op. cit.

 

[3]  André Gide : Le Prométhée mal enchaîné, Gallimard, Coll. Blanche, 1925.

[4]   auri sacra fames : Virgile (Énéide, III, 57), « Soif sacrée de l’or »

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