lundi, avril 15, 2024
Recherches Lacan

LXVII L'ENVERS DE LA PSYCHANALYSE 1969 – 1970 Leçon du 14 Janvier 1970

Leçon du 14 Janvier 1970

Maître Hystérique Analyste Universitaire

On m’a mis de la craie rouge, fortement rouge. Du rouge sur du noir ça ne… [Rires], ça ne paraît pas évident que ce soit lisible. Je vais faire quelques lorgnettes, comme ça vous pourrez voir. En tous les cas ce ne sont pas des formules nouvelles, ce sont des formules que j’ai déjà écrites au tableau la dernière fois, ça ne semble pas avoir soulevé les mêmes protestations. Elles sont utiles à être là présentées parce qu’aussi bien… si simples soient-elles et si simples à déduire l’une de l’autre, puisqu’il s’agit simplement d’une permutation circulaire, encore les choses restant dans le même ordre… eh bien il s’avère que nos capacités de représentation mentale ne sont pas telles qu’elles suppléent au fait que ce soit ou non écrit au tableau. Nous allons donc continuer, continuer ce que je fais ici, depuis… ici ou ailleurs, enfin, un « ici » qui est toujours au même temps, le mercredi à midi trente… depuis dix-sept ans. Il vaut bien que je le réévoque au moment où tout le monde se réjouit d’entrer dans une nouvelle décennie. Ce serait pour moi plutôt l’occasion de me retourner vers ce que m’a donné la précédente. Il y a dix ans, deux de mes élèves présentaient quelque chose qui ressortait des thèses lacaniennes sous le titre L’Inconscient, étude psychanalytique. Cela se passait — mon Dieu — par ce qu’on peut appeler le fait du prince, le seul capable d’un acte libéral, étant entendu qu’un acte libéral ça veut dire un acte arbitraire, étant admis aussi que « arbitraire » ça veut dire commandé par aucune nécessité, en raison de ceci qu’aucune nécessité ne pressait sur ce point, ni dans un sens ni dans un autre, le prince… le prince, mon ami Henri Ey… mit à l’ordre du jour à certain congrès — congrès de Bonneval — L’Inconscient, en en confiant le rapport… au moins pour une part : la rédaction de ce rapport… à deux de mes élèves. Depuis ce travail fait foi en quelque sorte, et à la vérité, non sans raison, il fait bien foi de quelque chose : de la façon dont ceux-ci — mes élèves — ont pensé pouvoir atteindre, pouvoir faire entendre quelque chose au sein d’un groupe, qui s’était distingué par une sorte de consigne concernant ce que je pouvais avancer sur ce sujet intéressant, puisqu’il s’agissait de rien de moins que « L’inconscient », que c’est de là qu’au départ mon enseignement a pris son vol, disons… Eh bien, la réponse, l’intérêt pris par ce groupe à ce que j’énonçais s’était manifesté par quelque chose que quelque part récemment- je ne sais plus où- dans une petite préface, je signalais comme un interdit aux moins de 50 ans. Nous étions en 60, ne l’oublions pas. Nous étions loin… sommes-nous plus près, c’est la question… loin de toute contestation à proprement parler, d’une autorité, entre autres celle du savoir. De sorte que cet interdit, interdit aux moins de 50 ans, proféré, a quelque chose qui a de curieux caractères. En tous cas l’un d’entre eux le rendant comparable à une sorte de monopole de savoir, cet interdit fut observé, purement et simplement. C’est dire quel était le travail qui se proposait à ceux qui avaient bien voulu s’en charger : de devoir faire entendre quelque chose d’à proprement parler inouï aux oreilles en question. Le « comment ils le firent » est quelque chose dont après tout il n’est pas trop tard pour que je fasse le point, puisqu’aussi bien sur le moment il n’était pas question, pas question que je le fasse, pour la raison que c’était déjà beaucoup de voir entrer en jeu, pour des oreilles absolument non averties, qui n’avaient rien reçu du moindre de ce que j’avais pu articuler alors depuis sept ans, ce n’était évidemment pas le moment vis-à-vis de ceux-là mêmes qui se livraient à ce travail de défrichage, d’y apporter quoi que ce soit qui pût sembler y trouver à redire. Aussi bien, d’ailleurs, y avait-il là beaucoup d’éléments excellents. Ce point donc, et à propos d’une… d’une thèse récente… qui ma foi, se produit quelque part à la frontière de l’aire francophone, et je dirais là où pour en maintenir les droits on lutte vaillamment : à Louvain pour l’appeler par son nom… on a fait une thèse, une thèse mon Dieu sur ce qu’on appelle — peut-être improprement — mon « œuvre ». Dans cette thèse, bien sûr, qui est une thèse, ne l’oublions pas, universitaire, il faut bien avancer des choses qui prennent forme universitaire, et la moindre des choses qui apparaisse est que mon œuvre s’y prête mal. C’est bien pourquoi il n’est pas défavorable à l’avancée d’un tel propos — de thèse universitaire – que soit situé ce qui déjà d’universitaire a pu contribuer à être le véhicule de la dite « œuvre », toujours entre guillemets. C’est bien pourquoi aussi l’un des auteurs, de ce Rapport de Bonneval, est là aussi mis en avant, et bien sûr d’une façon alors qu’à ce titre, je ne peux manquer dans ma préface de marquer que le point, le point doit être fait, de ce qui est éventuellement traduction de ce que j’énonce, et de ce que j’ai, à proprement parler, dit. Il est clair que cette petite préface que j’ai donnée à cette thèse qui va paraître à Bruxelles… puisque… il est évident qu’une préface de moi lui… lui allège les ailes… et bien, mon Dieu, dans cette préface je suis forcé par exemple de bien marquer… c’est là sa seule utilité… que ce n’est pas la même chose de dire que : -l’inconscient est la condition du langage, — ou de dire que : le langage est la condition de l’inconscient. « Le langage est la condition de l’inconscient » c’est ce que je dis. De la façon dont… pour des raisons qui certes pourraient dans leur détail être tout à fait motivées… du strict motif universitaire… et ceci certainement mènerait loin, nous mènera peut-être assez loin pour cette année… du strict motif universitaire — dis-je – découle que la personne qui me traduit, d’être formée de ce style, de cette forme d’imposition du discours universitaire, ne peut faire autre chose… qu’elle croie ou non me commenter… que de renverser ma formule, c’est-à-dire de lui donner une portée… il faut bien le dire… strictement contraire, et à la vérité sans même aucune homologie avec ce que j’avance. D’où assurément la difficulté, la difficulté propre à me traduire en langage universitaire, qui est aussi bien ce qui frappera tous ceux qui, à quelque titre que ce soit… et à la vérité, celle dont je parle qui était animée par ailleurs d’une immense bonne volonté. Cette thèse donc, qui va donc paraître à Bruxelles n’en garde pas moins tout son prix, son prix d’exemple en elle-même, son prix d’exemple aussi par ce qu’elle promeut, ce qu’elle promeut de la distorsion, en quelque sorte obligatoire, d’une traduction en discours universitaire de ce qui est quelque chose ayant ses lois propres. Ces lois… dont je dois le dire : il me faut les frayer… celles qui prétendent donner au moins les conditions d’un discours proprement analytique. Ceci étant, bien entendu, soumis au fait que tout de même, comme je vous l’ai souligné l’année dernière, le fait qu’ici je l’énonce du haut d’une tribune comporte en effet ce risque d’erreur, cet élément de réfraction, qui fait que par quelque côté il tombe sous le coup du discours universitaire. Il y a là quelque chose qui ressortit d’une sorte de foncier porte-à-faux, celui qui fait que d’une certaine position, d’une position certes à laquelle, certes, je ne m’identifie nullement : je vous assure que chaque fois que je viens ici porter la parole, ça n’est certes pas de quoi que ce soit que « j’aie à vous dire » ou « qu’est-ce que je vais leur dire cette fois là ? » qu’il s’agit pour moi. Je n’ai à cet égard nul rôle à jouer, au sens où la fonction de celui qui enseigne est de l’ordre
du rôle, de la place à tenir, et d’une certaine place de prestige, incontestablement. Ce n’est pas là ce que je vous demande, mais plutôt quelque chose qui est d’une mise en ordre que je m’impose, de devoir la soumettre à cette épreuve. D’une mise en ordre à laquelle sans doute, comme tout un chacun, j’échapperais si je n’avais pas, devant cette mer d’oreilles [Rires]… parmi lesquelles il en est peut-être bien une paire de critiques… de devoir devant elles — avec cette redoutable possibilité — rendre compte de ce qui est le cheminement de mes actions, au regard de ceci : qu’il y a « du » psychanalyste. Que c’est même la situation qui est la mienne, et que c’est une situation dont jusqu’à présent le statut n’a été réglé d’aucune façon qui lui convienne, si ce n’est à l’imitation, à la semblance, de nombreuses autres situations établies, et dans le cas aboutissant à des pratiques frileuses de sélection : — à une certaine identification à une figure, — à une façon de se comporter, voire à un type humain dont rien ne semble rendre la forme obligatoire, –                à un rituel encore, voire à quelques autres mesures que dans un meilleur temps, un temps ancien, j’ai comparées à celles de l’« auto-école », sans provoquer d’ailleurs de quiconque aucune protestation, il y a eu même quelqu’un de très proche parmi mes élèves d’alors, qui m’a fait remarquer que c’était là, à la vérité, à proprement parler, ce qui était désiré par quiconque s’engageait dans la carrière analytique : recevoir, comme à l’« auto-école », le permis de conduire, selon des voies bien prévues et comportant le même type d’examen. Il est certes notable — je veux dire, digne d’être noté — qu’après dix ans, cette position du psychanalyste j’arrive tout de même à l’articuler, à l’articuler d’une façon qui est celle que j’appelle son discours, disons son discours hypothétique, puisque aussi bien cette année c’est ce qui est proposé à votre examen, à savoir, de ce qu’il en est de la structure de ce discours. J’arrive à l’articuler de la façon suivante : qu’elle est faite – substantiellement — de l’objet (a)… de l’objet (a) en tant qu’ici dans l’articulation que je donne de ce qui est structure de discours, structure de discours en tant qu’elle nous intéresse, disons : prise au niveau radical où elle a porté pour le discours psychanalytique… elle est substantiellement celle de l’objet (a), en tant que cet objet (a) désigne précisément ce qui des effets du discours, se présente comme le plus opaque, et — à la vérité, depuis très longtemps — méconnu, pourtant essentiel. Il s’agit de l’effet de discours qui est effet de rejet, effet de rejet dont je vais tout à l’heure essayer de pointer la place et la fonction. Voici donc ce qu’il est substantiellement, ce qu’il en est substantiellement de cette position du psychanalyste. Et cet objet se distingue d’une autre façon, de ceci qu’il vient ici à la place d’où s’ordonne le discours, parce que c’est de là que s’en émet, si je pui dire, « la dominante ». Vous sentez bien la réserve qu’il y a dans cet emploi. Dire « la dominante », ça veut dire exactement ce dont finalement je désigne, pour les distinguer, chacune de ces structures de discours, les désignant différemment… de l’Universitaire, du Maître, de l’Hystérique et de l’Analyste… par des positions diverses de ces termes radicaux. Disons que j’appelle « dominante »… faute tout de suite de pouvoir donner à ce terme autre chose que ceci… que c’est ce qui me sert en quelque sorte à les dénommer. « Dominante » n’implique pas la dominance, au sens où cette dominance spécifierait — ce qui n’est pas sûr — le discours du Maître. Disons que par exemple on peut donner des substances différentes à cette dominante selon les discours, que si nous appelions par exemple la dominante du discours du Maître… en ceci que S1 en occupe la place… la Loi, nous ferions quelque chose qui a toute sa valeur suggestive, et qui ne manquerait pas de pouvoir ouvrir la porte à un certain nombre d’aperçus intéressants. Est-ce que la Loi… entendons la Loi en tant qu’articulée… cette Loi même dans les murs de laquelle nous recevons abri, et cette Loi qui constitue le droit et et qui n’est certes pas quelque chose dont il doit être tenue que c’est là l’homonyme de ce qui peut s’énoncer ailleurs au titre de la justice. Et que certes l’ambiguïté, l’habillement que cette Loi reçoit de s’autoriser de la justice, est là très précisément un point dont notre discours peut, peut-être, faire mieux sentir où sont les véritables ressorts : –  j’entends ceux qui permettent l’ambiguïté, –    j’entends ceux qui font que la loi reste quelque chose qui est d’abord et avant tout, inscrit dans la structure. Et qu’il n’y a pas « trente-six façons » de faire des lois… que la bonne intention, l’inspiration de la justice les animent ou pas… il y a peut-être des lois de structure qui font que la loi sera toujours la Loi, située à cette place que j’appelle « dominante » dans le discours du Maître. Au niveau du discours de l’hystérique, il est bien clair que cette dominante, nous la voyons apparaître sous la forme du symptôme, que c’est autour du symptôme que se situe, que s’ordonne ce qu’il en est du discours de l’hystérique. Et certes, c’est là occasion de nous apercevoir que si cette place est la même, c’est peut-être pour ça qu’à une lumière… dont il ne suffit pas de dire que ce soit celle de l’époque pour en rendre raison… il se peut que cette place dominante soit en ce cas… celle du symptôme, ou quelque chose de portée à nous faire questionner comme étant celle du symptôme… la même place quand elle sert dans un autre discours. C’est bien en effet ce que nous voyons à notre époque : la Loi mise en question comme symptôme. J’ai dit tout à l’heure que cette même place, cette même place dominante, peut être occupée, quand il s’agit de l’analyste, en ce que l’analyste lui-même, ici de quelque façon a à représenter l’effet de rejet du discours, soit l’objet (a). Est-ce à dire qu’il nous sera aussi aisé de caractériser cette place, la place dite dominante quand il s’agit du discours universitaire… pour lui donner un autre nom… un nom qui de quelque façon nous permettrait cette sorte d’équivalence que nous venons de poser comme existant au moins au niveau de la question, cette sorte d’équivalence entre la loi et le symptôme, voire le rejet à l’occasion, en tant que dans l’acte psychanalytique c’est bien la place à quoi est destiné l’analyste ? Eh bien justement, notre embarras à répondre sur ce qui fait l’essence, la dominante, du discours universitaire est là quelque chose qui doit nous avertir que notre recherche… car ce que je trace devant vous, ce sont les voies mêmes autour desquelles, quand je m’interroge, vague, erre, ma pensée, avant de trouver les points sûrs… c’est là qu’en quelque sorte l’idée pourrait nous venir de chercher ce qui, dans chacun de ces discours, pour désigner au moins une place, nous paraîtrait tout à fait sûr, aussi sûr que le symptôme quand il s’agit de l’hystérique. Est-ce que… puisque déjà je vous ai déjà laissé voir que dans le discours du Maître le (a), il est précisément identifiable au terme, à ce qu’enfin une pensée travailleuse, celle de MARX, a sorti, à savoir ce qu’il en était, symboliquement et réellement, de la fonction de la plus-value… nous serions donc déjà en présence de deux termes, d’où il me resterait peut-être simplement à modifier légèrement, à donner une traduction plus aisée, à transposer des autres registres. La suggestion ici se forme que puisqu’il y a en somme 4 places à caractériser, peut-être que chacune des 4 de ces permut
ations nous livrerait, au sein d’elle-même, celle qui est la plus saillante, disons, à constituer un pas dans un ordre de découverte qui n’est rien d’autre que celui qui s’appelle la structure. Eh bien, une telle idée aura pour conséquence de vous faire toucher du doigt, de quelque façon que vous la mettiez à l’épreuve, ceci, qui ne vous apparaît peut-être pas au premier abord, c’est à savoir : qu’essayez simplement… indépendamment de toute cette fin que je vous suggérais pouvoir être celle qui nous intéresse… essayez, dans chacune… disons, appelons-les « figures »… dans chacune de ces figures, de vous obliger simplement à ceci : que dans chacune la place… définie en fonction du terme « place » : en haut, en bas, à droite ou à gauche… que dans chacune la place soit différente, eh bien, vous n’arriverez pas à ce que… quelle que soit la façon dont vous vous y preniez… à ce qu’elles soient chacune occupées par une lettre différente.      Maître Hystérique Analyste Universitaire

Essayez, dans le sens contraire, de vous donner comme condition du jeu de choisir dans chacune de ces quatre formules une lettre différente, eh bien,  vous n’arriverez pas à ce que chacune de ces lettres occupe une place différente. Faites-en l’essai.   C’est très aisé à réaliser…  sur un bout de papier, et aussi si on se sert de cette petite grille qui s’appelle une matrice  …de voir tout de suite qu’avec un si faible nombre de combinaisons, le dessin exemplaire suffit immédiatement à illustrer la chose de façon parfaitement évidente.  Mais si nous pensons qu’il y a là une certaine liaison signifiante, et qu’on peut poser comme tout à fait radicale, c’est là aussi occasion d’illustrer, de ce simple fait, ce que c’est que la structure.   Qu’à poser d’une certaine façon la formalisation  du discours, et à l’intérieur de cette formalisation, de s’accorder à soi-même quelques règles destinées,  – cette formalisation – à la mettre à l’épreuve,  se rencontre un tel élément d’impossibilité.   Voilà ce qui est proprement à la base, à la racine, ce qui est fait de structure, et dans la structure  ce qui nous intéresse au niveau de l’expérience analytique.   Ceci pas du tout parce qu’ici nous sommes à un degré déjà élevé…   au moins dans ses prétentions …élevé d’élaboration, ceci dès le départ, puisqu’aussi bien si nous sommes, si nous sommes à nous étreindre avec ce maniement du signifiant et son articulation éventuelle, c’est bien que, il est dans les données de la psychanalyse, je veux dire : dans ce qui, à un esprit aussi peu – je dirais – introduit à cette sorte d’élaboration qu’a pu l’être un FREUD… étant donné la formation que nous lui connaissons, qui est une formation du type « sciences para-physiques » : physiologie armée des premiers pas de la physique, et de la thermodynamique spécialement …si FREUD est amené à suivre la veine, le fil de son expérience,  à formuler, dans un temps qui pour être second dans son énonciation, n’en a que plus d’importance… puisqu’après tout, rien ne semblait l’imposer dans le premier temps, celui de l’articulation de l’inconscient …si FREUD dans un second temps, celui donc où est pour lui acquis ceci, ceci que l’inconscient permet de situer le désir… c’est là le sens du premier pas de FREUD, déjà tout entier, non pas impliqué, mais proprement articulé, développé dans la Traumdeutung …si dans ce second temps, celui qu’ouvre  l’Au-delà du principe du plaisir, FREUD articule que nous devons tenir compte de cette fonction qui s’appelle  – qui s’appelle quoi ? — la répétition.  La répétition, qu’est-ce que c’est ?  Lisons son texte, voyons ce qu’il articule. Ce qui nécessite la répétition, c’est la jouissance,  le terme est désigné en propre.   C’est en tant qu’il y a recherche de la jouissance  en tant que répétition, que se produit ceci, qui est en jeu dans ce pas, le franchissement freudien,  que ce quelque chose qui nous intéresse en tant que répétition, et qui s’inscrit d’une dialectique de  la jouissance, c’est proprement ce qui va contre la vie.   C’est au niveau de la répétition que FREUD se voit  en quelque sorte contraint… et ceci de par même la structure du discours  …contraint d’articuler cette sorte d’hyperbole, d’extrapolation fabuleuse…  et à la vérité qui reste scandaleuse pour quiconque prendrait au pied de la lettre l’identification de l’inconscient et de l’instinct …va à articuler cet « instinct de mort » à savoir ceci :  que la répétition n’est pas seulement fonction des cycles, des cycles que la vie comporte… cycles du besoin et de la satisfaction …mais quelque chose d’autre qu’un cycle qui aussi bien emporte la disparition de cette vie comme telle, le retour à l’inanimé : certainement point d’horizon, point idéal, point hors de l’épure, mais dont le sens à l’analyse précisément structurale s’indique, s’indique parfaitement de ce qu’il en est de la jouissance.  Si nous partons déjà du principe du plaisir pour savoir :

– que ce principe du plaisir n’est rien que le principe de moindre tension, de la tension minimale à maintenir pour que la vie se maintienne, ce qui démontre qu’en soi-même, la jouissance le déborde, et que ce que le principe du plaisir maintient, c’est la limite quant à la jouissance,

– que si la répétition … comme tout nous l’indique dans les faits, l’expérience, la clinique …si la répétition est fondée sur un retour de la jouissance, et que ce qui proprement à ce propos est – dans FREUD, et par FREUD lui-même – articulé, c’est à savoir que dans cette répétition même, c’est là, c’est là que se produit ce quelque chose qui est défaut, échec.   À savoir que, ici, en son temps j’ai pointé la parenté avec les énoncés de KIERKEGAARD   :  ce qui se répète ne saurait…   au titre même de ceci qu’il est expressément  et comme tel répété, qu’il est marqué de la répétition …ne saurait être autre chose que ce qui… par rapport à ce que cela répète …est en quelque sorte « en perte », en perte de ce que vous voudrez, en perte de vitesse !   Il y a quelque chose qui est perte, et que sur cette perte, dès l’origine, dès l’articulation de ce  que ici je résume, FREUD insiste :  que dans la répétition même, il y a déperdition de jouissance.  C’est là que prend origine dans le discours freudien la fonction de l’objet perdu. Cela c’est FREUD.   Ajoutons-y qu’il n’est pas tout de même besoin de rappeler que c’est expressément autour du masochisme, conçu seulement sous cette dimension de la recherche de cette jouissance ruineuse, que tourne tout le texte de FREUD.   Maintenant vient ici ce qu’apporte LACAN.   Cette répétition, cette identification de la jouissance,  et là j’emprunte…  j’emprunte pour lui donner un sens qui n’est pas pointé dans le texte de FREUD …la fonction du trait unaire, c’est-à-dire de la forme  la plus simple de marque, c’est-à-dire ce qui est,  à proprement parler, l’origine du signifiant.   Et j’avance, ceci qui n’est pas dans le texte de FREUD… j’avance ceci qui n’est pas vu dans le texte de FREUD, et qui ne saurait d’aucune façon être écarté, évité, rejeté, par le psychanalyste …c’est que c’est du trait unaire que prend son origine tout ce qui nous intéresse,  nous analystes, comme savoir.  Car la psychanalyse prend son départ d’un tournant qui est celui où le savoir s’épure, si je puis dire, de tout ce qui peut faire ambiguïté, être pris d’un savoir naturel, de je ne sais quoi qui nous guiderait dans le monde qui nous entoure, à l’aide de je ne sais quelles papilles qui, en nous, sauraient  – de naissance – s’y orienter. Non certes qu’il n’y ait rien de pareil.   Et bien sûr, quand un savant psychologue écrit de nos jours… enfin je veux dire, il n’y a pas si longtemps, quarante ou cinquante ans …quelque chose qui s’appelle La Sensation, guide de vie  ,  il ne dit, bien sûr, rien d’absurde. Mais s’il peut l’énoncer ainsi, c’est justement que toute l’évolution d’une science nous fait apercevoir qu’il n’y a nulle co-naturalité de cette sensation à ce qui par elle, pénètre d’appréhension d’un prétendu monde.   Si l’élaboration proprement scientifique, l’interrogation des sens de la vue, voire de l’ouïe, nous démontrent quelque chose, c’est que rien, sinon quelque chose que nous devons recevoir tel qu’il est, avec exactement, le coefficient de facticité sous lequel il se présente.   Que parmi les vibrations lumineuses, il y ait  un ultraviolet dont nous n’ayons aucune perception  — et pourquoi n’en aurions-nous pas ? – à l’autre bout, l’infrarouge, c’est la même chose, et qu’il en est de même pour l’oreille :  qu’il y a des sons que nous cessons d’entendre, et qu’on ne voit pas beaucoup pourquoi cela s’arrête là plutôt que plus loin.  Et qu’à la vérité, rien d’autre n’est saisissable précisément d’être éclairé d’une certaine façon,  que ceci : qu’il y a après tout des filtres,  et qu’avec ces filtres on se débrouille.  Si on croit que la fonction crée l’organe,  c’est bien l’organe dont on se sert comme on peut !   Il n’y a rien de commun entre ce quelque chose  sur quoi a voulu construire et raisonner – quant aux mécanismes de la pensée – toute une philosophie traditionnelle, qui s’est efforcée d’édifier  par les voies que vous savez… le compte rendu de ce qui se fait au niveau de l’abstraction, de la généralisation …cette chose qui s’édifie sur une sorte de réduction, de passage au filtre, ce qu’il en est d’une sensation considérée comme basale :   « Nihil fuerit in intellectu quod non prius… »  etc., vous savez la suite : « …in sensu ».    Est-ce que c’est ce sujet-là… ce sujet déductible au titre de sujet de la connaissance, ce sujet constructible d’une façon qui nous paraît maintenant si artificielle, à partir de bases, qui sont bien en effet des bases d’appareils, d’organes vitaux dont on voit mal en effet ce que nous pourrions faire à nous en passer  …est-ce que c’est cela dont il s’agit, quand il s’agit de cette articulation signifiante, celle qui…  dont les premiers termes d’épellation…  qui sont ceux que nous tentons ici …peuvent commencer de jouer : des termes les plus élémentaires, ceux qui nouent, comme je l’ai dit,  un signifiant à un autre signifiant, et qui déjà portent effet,  effet déjà en ceci que, il n’est maniable ce signifiant, dans sa définition, qu’à ceci :  que ça ait un sens, qu’il représente pour un autre signifiant un sujet, un sujet et rien d’autre.    Il n’y a pas moyen d’échapper à cette formule extraordinairement réduite :   qu’il y a quelque chose dessous [ ὑποχείμενον  [ upokeimenon ] , sub-jectum  ].   Mais justement, que nous ne pouvons pas désigner d’aucun terme de « quelque chose » :  ça ne saurait être un « etwas » [ quelque chose ],  c’est simplement un en dessous, si vous voulez, un sujet,  un ὑποχείμενον  [ upokeimenon ], ceci que même à une pensée aussi investie de la contemplation des exigences… celles-là primaires, non pas du tout construites …de l’idée de connaissance, que celle d’ARISTOTE,  la seule approche de la logique, le seul fait qu’il l’ait introduite dans le circuit du savoir, lui impose de distinguer sévèrement ὑποχείμενον [ upokeimenon ] de toute οὐσἰα [ ousia ]  en soi-même, de quoi que ce soit qui soit essence.  Le signifiant donc s’articule de représenter un sujet auprès d’un autre signifiant. C’est de là que nous partons pour donner sens à cette répétition inaugurale en tant qu’elle est répétition visant à jouissance.   Ce qui nous permet de concevoir ceci :  que si le savoir à un certain niveau, est dominé, articulé de nécessités purement formelles,  des nécessités de l’écriture… ce qui aboutit de nos jours à un certain type de logique, qui est en soi maniement, et avant tout, maniement de l’écriture …que si ce savoir auquel nous pouvons, nous pouvons donner le support d’une expérience qui est celle de la logique moderne, que ce type de savoir, c’est celui-là qui est en jeu quand il s’agit de mesurer dans la clinique analytique l’incidence de la répétition.   En d’autres termes, le savoir qui nous paraît le plus épuré… encore qu’il soit bien clair que nous ne pouvions le tirer d’aucune façon de l’empirisme par épuration  …c’est ce même savoir qui se trouve être dès l’origine introduit, qui montre sa racine, en ceci que, dans la répétition, et sous la forme du trait unaire pour commencer, ce savoir se trouve être le moyen de la jouissance.   De la jouissance précisément en tant qu’elle dépasse les limites imposées, sous le terme de « plaisir » aux tensions usuelles de la vie.   Et c’est ici que, pour continuer de suivre LACAN,  ce qui apparaît de ce formalisme… si nous avons dit tout à l’heure, qu’il y a  perte de jouissance, que c’est à la place de cette perte, de ce quelque chose qu’introduit la répétition,  que nous voyons surgir la fonction de l’objet perdu,  de ce que j’appelle le (a).  …eh bien, qu’est-ce q
ue ça nous impose, sinon cette formule : que le savoir, travaillant … au niveau le plus élémentaire, au niveau de cette imposition du trait unaire …eh bien, le savoir, travaillant produit…  ça ne va pas être beaucoup pour nous surprendre  …produit, disons, une entropie, ce qui – entre nous – s’écrit e,n,t,r,o…, [ Rires ] parce que vous pourriez aussi écrire a,n,t,h,r,o…, ce serait d’ailleurs un joli jeu de mots.   C’est pas pour nous étonner, parce que figurez-vous quand même que l’énergétique, ça n’est absolument pas autre chose… quoi qu’en croient…  les cœurs ingénus d’ingénieurs [ Rires ]  … ça n’est absolument pas autre chose que le placage sur le monde, du réseau des signifiants.   Je vous défie de prouver d’aucune façon… en tous cas mettez-vous y à l’ouvrage et vous verrez, vous aurez la preuve du contraire  …que c’est absolument la même chose de descendre  un poids de 80 kilos sur votre dos, de 500 mètres et,  une fois que vous l’aurez remonté des 500 mètres suivants, qu’il y a eu zéro, aucun travail. [ Rires ]  Faites l’essai !   Mais enfin si vous plaquez là-dessus les signifiants…  c’est-à-dire si vous entrez  dans la voie de l’énergétique …il est absolument certain qu’il n’y a eu aucun travail.  Bon, alors nous n’avons donc pas à être surpris  de voir quelque chose apparaître…  quand le signifiant s’introduit comme appareil de la jouissance …de voir apparaître quelque chose qui a rapport avec l’entropie, puisque là où on a défini l’entropie c’est quand on a commencé par plaquer sur le monde physique cet appareil de signifiants.  Et ne croyez pas que je plaisante !  Parce que quand vous… quand vous construisez une usine, n’importe où, naturellement vous en recueillez                   de l’énergie, même vous pouvez en accumuler.   Eh bien c’est quand une usine, et les appareils tout au moins qui sont mis en jeu pour que fonctionnent ces sortes de turbines jusqu’à ce qu’on puisse mettre l’énergie en pot, c’est bien parce que ces appareils sont fabriqués avec cette même logique dont je suis en train de parler, à savoir la fonction du signifiant.   De nos jours, une machine, ça n’a rien à faire avec un outil, il n’y a aucune généalogie de la pelle à  la turbine, et la preuve c’est que vous pouvez très légitimement appeler machine un petit dessin que vous faites sur ce papier.   Il suffit d’un rien, il suffit simplement que vous ayez une encre qui sera conductrice pour que ce soit une très très efficace machine.   Et pourquoi ne serait-elle pas conductrice, puisque  la marque est déjà en soi-même conductrice de volupté ?  S’il y a quelque chose que nous apprend l’expérience analytique, sur ce monde du fantasme…  Dont à la vérité, s’il ne semble pas qu’on l’ait  – plus tôt que l’analyse – abordé, c’est bien qu’on ne savait absolument pas comment s’en dépêtrer, sinon selon le recours à la « bizarrerie », à l’« anomalie »,  d’où partent ces termes, ces épinglages de noms propres, qui nous font appeler masochisme ceci, sadisme cela.   Nous sommes au niveau de la zoologie  quand nous mettons ces « ismes ».   Mais enfin, il y a tout de même quelque chose de tout à fait radical, c’est l’association, dans ce qui est à la base, à la racine même du fantasme, de cette « gloire » – si je puis m’exprimer ainsi – « de la marque »,  de la marque sur la peau, où s’inspire dans ce fantasme, ceci qui n’est rien d’autre qu’un sujet qui s’identifie comme étant objet de jouissance.   Le mot de jouissance dans cette pratique érotique  qui est celle que j’évoque…  la flagellation pour l’appeler par son nom et puis au cas où où il y aurait ici des archi-sourds …le fait que le jouir prend ici l’ambiguïté même  par quoi c’est à son niveau… à son niveau et à nul autre …que se touche l’équivalence du geste qui marque et du corps.   Objet de jouissance de qui ?   De celle qui porte ce que j’ai appelé « la gloire de la marque » ?   Est-il sûr que cela veuille dire « jouissance de l’Autre » ? Certes !   C’est par là, c’est une des voies d’entrée de l’Autre dans son monde, et assurément, elle, non réfutable.    Mais l’affinité de la marque avec la jouissance  du corps même, c’est là précisément où s’indique  que c’est seulement de la jouissance, et nullement d’autres voies, que s’établit la division dont se distingue le narcissisme, de la relation à l’objet.   La chose n’est pas ambiguë, c’est au niveau de  l’Au-delà du principe du plaisir que FREUD marque avec force  que ce qui fait, au dernier terme, le vrai soutien,  la consistance de l’image spéculaire de l’appareil du moi, c’est qu’il est soutenu à l’intérieur, il ne fait qu’habiller cet objet perdu qui est ce par quoi s’introduit… dans la dimension de l’être du sujet …ce par quoi s’introduit la jouissance.   Car il est clair si la jouissance est interdite,  ce n’est que d’un premier hasard, d’une éventualité, d’un accident, que la jouissance entre en jeu. L’être vivant qui tourne, qui tourne normalement, ronronne dans le plaisir.   Si la jouissance est remarquable, et si elle s’entérine d’avoir cette sanction :

– du trait unaire,

– de la répétition,

– de ce qui l’institue dès lors comme marque,   …si ceci se produit, ce ne peut être que d’un très faible écart dans le sens de la jouissance que cela s’origine.   Ces écarts après tout, ne sont jamais extrêmes,  même dans les pratiques que j’évoquais tout à l’heure.  Ce dont il s’agit ce n’est pas d’une transgression, d’une irruption dans un champ interdit de par les rodages des appareils vitaux régulateurs,  c’est qu’en fait, c’est seulement dans cet effet d’entropie, dans cette déperdition, que la jouissance prend statut,  qu’elle s’indique, et c’est pour cela que je l’ai introduite d’abord du terme de Mehrlust, de plus-de- jouir.   C’est justement d’être aperçu dans la dimension de la perte que quelque chose se nécessite à compenser,  si je puis dire, ce qui est d’abord nombre négatif sur ce je ne sais quoi qui est venu frapper, résonner sur les parois de la cloche, qui a fait jouissance, et jouissance à répéter. C’est seulement cette dimension de l’entropie qui fait prendre corps à ceci, qu’il y a un plus-de- jouir à récupérer.  C’est là la dimension dont se nécessite que  le travail, le savoir travaillant, et comme tel,  en tant que – qu’il le sache ou pas – il relève premièrement, du trait unaire, et à sa suite, de tout ce qui va pouvoir s’articuler de signifiant.    C’est à partir de là que cette dimension de la jouissance… si ambiguë chez l’être parlant …peut aussi bien théoriser, faire religion, de vivre dans l’apathie – car l’apathie c’est l’hédonisme –  il peut aussi bien faire religion de cela,  et pourtant chacun sait que la masse même… Massenpsychologie intitule un de ses écrits FREUD,  à la même époque …dans sa masse même ce qui l’anime, ce qui le travaille,  ce qui le fait d’un autre ordre de savoir  que ces savoirs harmonisants qui lient l’Innenwelt à l’Umwelt, c’est la fonction du plus-de- jouir comme tel.  C’est là le creux, la béance que sans doute  et d’abord viennent remplir un certain nombre d’« objets » qui sont en quelque sorte par avance adaptés,  faits pour servir de « bouchon » [ a’ ].

C’est là sans doute que toute pratique analytique classique s’arrête, à mettre en valeur ces noms,  ces termes divers : oral, anal, scopique, voire vocal,  ces noms divers dont nous pouvons désigner comme objet ce qu’il en est du (a).   Mais le (a) est proprement ceci qui découle de ce que le savoir se présente, d’abord et dans son origine, – un certain savoir – se réduit à l’articulation signifiante.  Ce savoir est moyen de jouissance, et je le répète, quand il travaille ce qu’il produit c’est de l’entropie, et cette entropie, c’est le seul point, le seul point régulier, ce point de perte, par où nous ayons accès à ce qu’il en est de la jouissance.   En ceci se traduit, se boucle et se motive, ce qu’il en est de l’incidence du signifiant dans la destinée de l’être parlant. Ça a peu affaire avec sa parole,  ça a affaire avec la structure, laquelle s’appareille du fait que l’être humain… qu’on appelle ainsi sans doute parce  qu’il n’est que l’humus du langage [ Rires ] …n’a qu’à s’apparoler à cet appareil-là.  Avec quelque chose d’aussi simple que mes quatre petits signes, j’ai pu vous faire toucher tout à l’heure que : il suffit que ce trait unaire nous lui donnions compagnie, compagnie d’un autre trait :  S2 après S1, pour que nous puissions situer,  ce signifiant aussi licite :

– ce qu’il en est de son sens d’une part,

– de son insertion dans la jouissance de l’Autre, de ce par quoi il est le moyen de la jouissance.  À partir de là commence le travail : c’est avec  le savoir en tant que moyen de la jouissance que se produit  ce travail qui a un sens, un sens obscur qui est celui de la vérité.  Sans doute, si déjà ces termes n’avaient pas été  par moi abordés sous divers jours qui les éclairent,  je n’aurais – certainement – pas l’audace de les introduire ainsi, mais un travail a été fait,  déjà considérable : que quand je vous parle du savoir comme ayant son lieu premier dans le discours du Maître au niveau de l’esclave, qui – sinon HEGEL – nous a montré que le travail de l’esclave, ce qu’il va nous livrer, c’est la vérité du Maître, sans doute celle qui le réfute ?   À vrai dire, nous sommes en état peut-être de pouvoir avancer d’autres formes ou schéma de discours, d’apercevoir où bée, où reste béante, clôturée  d’une façon forcée, la construction hégélienne.  Assurément s’il a quelque chose que toute notre approche délimite… et assurément elle a été par l’expérience analytique renouvelée …c’est que nulle évocation de la vérité ne peut se faire qu’à indiquer qu’elle nous est accessible que  d’un mi-dire, qu’elle ne peut se dire tout entière,  pour la raison qu’au-delà de sa moitié, il n’y a rien à dire.   Tout ce qui peut se dire est cela, et par conséquent, ici, le discours s’abolit.  On ne parle pas de l’indicible, quelque plaisir  que cela semble faire à certains.  Il n’en reste pas moins que ce nœud du mi-dire que  j’ai la dernière fois illustré, d’indiquer comment  il faut en accentuer ce qu’il en est proprement de l’interprétation, que j’ai articulé de l’énonciation sans énoncé, ou l’énoncé avec réserve de l’énonciation, dont j’ai indiqué que c’était là les points d’axe, les points de balance, les axes de gravité propres de l’interprétation,  est quelque chose dont notre avancée doit profondément renouveler ce qu’il en est de la vérité.  L’amour de la vérité est ce quelque chose qui se cause de ce manque à être de la vérité, ce manque à être que nous pouvons aussi appeler autrement : ce manque d’oubli.   Ce qui se rappelle à nous dans les formations de l’inconscient,  ce n’est rien qui soit de l’ordre de l’être,  d’un être plein d’aucune façon.  Qu’est-ce c’est que ce « désir indestructible » dont parle FREUD pour conclure les dernières lignes de sa Traumdeutung ?   Qu’est-ce que c’est que ce désir que rien ne peut changer, ni fléchir, quand tout change ?   Ce manque d’oubli c’est la même chose que le manque à être,  car être ce n’est rien d’autre que d’oublier.   Cet amour de la vérité, c’est cet amour de cette faiblesse, cette faiblesse dont nous avons su levé le voile, et ceci que la vérité cache, et qui s’appelle la castration.  Je ne devrais pas avoir besoin de ces rappels, [ Rires ] qui sont en quelque sorte tellement livresques.   Il semble que chez les analystes, et particulièrement chez eux, au nom de ces quelques mots « tabou »  dont on barbouille son discours, ce soit justement là qu’on s’aperçoive jamais de ce que c’est que la vérité : l’impuissance, et que c’est là-dessus que s’édifie tout ce qu’il en est de la vérité.   Qu’il y ait amour de la faiblesse, sans doute est-ce là l’essence de l’amour, et comme je l’ai dit : l’amour c’est bien donner ce qu’on n’a pas,  à savoir ce qui pourrait réparer cette faiblesse originelle.  Et du même coup se conçoit, s’entrouvre ce rôle…  je ne sais si je dois l’appeler  plus mystique, ou mystificateur …qui a été donné de tout temps, dans une certaine veine, à l’amour même.   Car cet amour universel, comme on dit, dont on nous brandit le chiffon pour nous calmer, cet amour universel c’est précisément ce dont nous faisons voile,  voire obstruction, à ce qui est la vérité.  Ce qui est demandé au psychanalyste… je l’ai indiqué déjà  la dernière fois dans mon discours …ce n’est certes pas ce qui ressortit à ce sujet supposé savoir, dont, à m’entendre…  comme on le fait d’ordinaire : un tout petit peu à côté …j’ai cru pouvoir fonder le transfert.   J’ai souvent insisté sur ceci, que nous sommes  supposés savoir pas grand-chose.   Ce que l’analyste dresse, ce que l’analyse instaure, institue c’est ceci, qui est tout le contraire,  c’est que l’analyste dit à celui qui va commencer :   « Allez-y, dites n’importe quoi, ce sera merveilleux ».[ Rires ]   C’est lui qui est institué comme sujet supposé savoir,  et après tout, ce n’est pas tellement de mauvaise foi, parce que, dans le cas présent, il ne peut pas  se fier à quelqu’un d’autre. [ Rires ]   Et le transfert se fonde sur ceci, qu’il y a un type qui, à moi – : pauvre con ! – à moi, me dit de me comporter comme si je savais de quoi il s’agissait.  Il peut dire n’importe quoi, ça donnera toujours quelque chose. Il y a de quoi causer le transfert.[ Rires ] Ça n’arrive pas tous les jours.  Ce qui définit l’analyste, c’est comme je l’ai dit…  je l’ai toujours dit, depuis toujours, simplement personne n’a jamais rien compris, [ Rires ] et puis en plus, c’est naturel, c’est pas ma faute … j’ai dit depuis toujours : « l’analyse, c’est ce qu’on attend d’un psychanalyste ».   « Ce qu’on attend d’un psychanalyste »… il faudrait évidemment essayer de comprendre  ce que ça veut dire, c’est tellement là, comme ça,  à portée de la main. j’ai tout de même le sentiment… c’est le travail… le plus-de-jouir, c’est pour vous …« Ce qu’on attend d’un psychanalyste » c’est… c’est, comme je l’ai dit la dernière fois …de faire fonctionner son savoir en terme de vérité.   C’est bien pour cela qu’il se confine à un mi-dire, comme je le disais la dernière fois, et comme j’aurai à y revenir, parce que ça a des conséquences.  C’est à lui que s’adresse, et seulement à lui,  cette formule que j’ai si souvent commentée du :    « Wo es war, soll Ich werden. »   Si l’analyste peut occuper cette place en haut à gauche qui détermine son discours, c’est justement  de n’être absolument pas là pour lui-même.   « Là où c’était…  le plus de jouir, le jouir de l’Autre,  …c’est là que moi…  en tant que je profère l’acte psychanalytique  …je dois venir ».

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