jeudi, septembre 28, 2023
Recherches Lacan

LXIII L'OBJET DE LA PSYCHANALYSE 1965 – 1966 Leçon du 27 avril 1966 Séminaire fermé

Leçon du 27 avril 1966 Séminaire fermé

 

Bon. Inter, comme on dit, inter en latin. C’est Saint Augustin qui commen­ce comme ça une sorte d’énoncé qui a fini par s’éroder à force de courir : inter urinas et feces nascimur. C’était un délicat. Cette remarque qui en elle-même ne semblerait pas comporter de conséquences infinies puisqu’aussi bien on en est né de ce périnée, il faut quand même bien dire qu’on court après. Il est certain que si Saint Augustin avait des raisons de s’en souvenir, c’était pour d’autres rai­sons qui nous intéressent tous, en ce sens que ce n’est pas à titre de vivant, de corps, que nous naissons inter urinas et fèces, mais à titre de sujet.

C’est bien pour ça que ça ne se limite pas à être un mauvais souvenir mais à être quelque chose qui, au moins pour nous qui sommes là, nous sollicite pré­sentement cette année, de nous intéresser vivement à l’objet dont il se trouve, qu’au moins l’un d’entre eux, se trouve en connexion avec ses environs. Au moins l’un d’entre eux et même deux, le deuxième, à savoir le pénis, se trouvant occuper dans cette détermination du sujet une place tout à fait fondamentale.

La façon dont Freud articule ce nœud introduit une grande nouveauté quant à la nature du sujet. Il est particulièrement opportun de se le rappeler quand la nécessité de l’avènement de ce sujet nous la fait venir d’un tout autre côté, à savoir du «je pense». Et vous devez bien sentir que si je prends tellement de soin de l’articuler à partir du « je pense », c’est bien sûr, pour vous ramener au terrain freudien qui vous permettra de concevoir pourquoi c’est le sujet que nous saisissons dans sa pureté au niveau du « je pense» à cette connexion étroi­te avec deux objets a si incongrûment situés.

Il faut dire d’ailleurs, que nous, qui ne sommes pas de parti-pris, nous n’avons pas de visée spéciale vers l’humiliation de l’homme, nous nous aperce­vrons qu’il y a deux autres objets a, chose curieuse, restés même dans la théo­rie freudienne à demi dans l’ombre, encore qu’ils y jouent leur rôle d’instance active, à savoir le regard et la voix. Je pense que la prochaine fois, je reviendrai sur le regard. J’ai fait deux et même trois célèbres séminaires, comme on dit, dans la première année de mes conférences ici, où j’ai tenté pour vous de vous faire sentir la dimension où s’inscrit cet objet qu’on appelle le regard. Certains d’entre vous s’en souviennent sûrement. Ceux qui viennent depuis longtemps à mon séminaire ne peuvent pas en avoir laissé passer l’importance. Et puisque j’aurai l’occasion, je pense, la prochaine fois d’y mettre tout l’accent, je vou­drais dès aujourd’hui, – à ceux qui représentent le bataillon sacré de mon assistance, à savoir vous autres, – de vous recommander d’ici-là, parce que ça rendra beaucoup plus intelligible les références que j’y ferai, ce qui est paru dans le très brillant bouquin qui vient de sortir de notre ami Michel Foucault, qui est paru dans le premier chapitre de ce livre sous le titre : « les Suivantes », chapitre 1 du livre de Michel Foucault, intitulé, pour ceux qui sont aujourd’hui durs de l’oreille, in-ti-tu-lé : Les mots et les choses. C’est un beau titre. De toute façon, ce livre ne vous décevra pas et en vous recommandant la lecture du pre­mier chapitre, je suis en tout cas bien sûr de ne pas le desservir; car il suffira que vous ayez lu ce premier chapitre pour, voracement, vous jeter sur tous les autres.

Néanmoins j’aimerais qu’au moins un certain nombre d’entre vous ait lu ce premier chapitre d’ici la prochaine fois parce qu’il est difficile de n’y pas voir inscrit en une description extraordinairement élégante ce qui est précisément cette double dimension que, si vous vous souvenez, j’avais représentée autrefois par deux triangles opposés : celui de la vision avec ici cet objet idéal qu’on appelle l’œil et qui est censé constituer le sommet du plan de la vision et ce qui dans le sens inverse s’inscrit sous la forme du regard. Quand vous aurez lu ce chapitre, vous pourrez, vous serez beaucoup plus à l’aise pour entendre ce que j’y donnerai la prochaine fois comme suite.

Autre petite lecture, genre distraction, pour lire sous la douche, comme on dit, il y a un excellent livre qui vient de paraître sous le titre : Paradoxe de la conscience, rédigé par quelqu’un que nous estimons tous, j’imagine, parce que nous avons tous ouvert, à quelque moment, quelques-uns de ses livres nourris de la plus grande érudition scientifique, qui s’appelle Monsieur Ruyer. On pro­nonce Ruyer, parait-il. Raymond Ruyer, professeur à la Faculté des lettres de Nancy, Monsieur Ruyer, qui, dans cette retraite provinciale poursuit depuis de longues années un travail d’élaboration extraordinairement important du point de vue épistémologique, vous donne là, une sorte de recueil d’anecdotes, qui, je dirai, a à mes yeux une valeur cathartique tout à fait extraordinaire : celle de réduire, en effet, ce qu’on peut appeler les paradoxes de la conscience à la forme d’une sorte d’Almanach Vermot, ce qui est tout de même assez intéressant, je veux dire, les met à leur place, à leur place en somme de bonnes histoires. Il sem­blerait que depuis un bon moment les paradoxes qui nous attirent doivent être autre chose que des paradoxes de la conscience.

Bref, sous cette rubrique, vous verrez résumer toute sorte de paradoxes dont certains extrêmement importants, justement en ceci qu’ils ne sont pas des para­doxes de la conscience mais quand on les réduit au niveau de la conscience ils ne signifient plus rien que des futilités. C’est une lecture extrêmement salubre et il semble qu’une bonne part du programme de philosophie devrait être mise défi­nitivement hors du champ de l’enseignement après ce livre qui montre l’exacte portée d’un certain nombre de problèmes qui n’en sont pas.

Que pourrais-je vous recommander encore? Il y a dans les deux derniers numéros d’Esprit, un commentaire par quelqu’un qu’on m’affirme être un révé­rend père dominicain et qui signe Jacques M. Pohier et qui se consacre à l’exa­men d’un livre auquel on a fait beaucoup d’allusion ici et auquel Monsieur Tort a donné sa sanction définitive. Il reste néanmoins que, il y a d’autre point de vue de l’aborder et que le point de vue du religieux n’est pas du tout à négliger, et je vous prie de lire cet article. Vous y verrez la façon dont, mon enseignement peut-être utilisé à l’occasion, dans une perspective religieuse quand on le fait honnêtement. Ce sera un heureux contraste avec l’usage qu’on en fait précisé­ment dans l’autre livre que je ne désigne ici que d’une façon indirecte.

Que vous conseiller encore? Ben, mon Dieu, je crois que c’est là toutes mes petites ressources. Tout de même, vous allez voir qu’aujourd’hui nous allons mettre à l’ordre du jour l’examen d’un article de Jones car l’intérêt de ces sémi­naires fermés, c’est de nous livrer à des travaux d’étude et de commentaire pour autant qu’ils peuvent fournir matériau, référence et aussi quelquefois initiation de méthode à notre recherche, et cet article de Jones que nous allons voir, aujourd’hui qui s’appelle « Développement précoce de la sexualité féminine », et qui est paru en 1927, je vous signale, je vous signale parce que Jones a commis deux autres articles aussi importants que celui-ci, et que le second comme ce premier, non pas le troisième mais après tout, on peut s’en passer, ont été tra­duit, – cela m’a été rappelé d’une façon qui m’a paru assez heureuse, car je l’avais complètement oublié, – ont été traduit dans le numéro 7 de La psycha­nalyse consacré à la sexualité féminine, numéros qui ne sont peut-être pas épui­sés, de sorte que, mon Dieu, pour ceux d’entre vous qui n’ont pas une trop grande familiarité avec la langue anglaise, ceci vous facilitera rétrospectivement, je pense, pour ceux qui n’ont pas encore lu le premier article, de bien saisir ce que nous arriverons à dire aujourd’hui sur cet article, et lisant l’autre, d’y trou­ver l’amorce de travaux futurs que j’espère, puisque j’espère que j’obtiendrai autant de bonnes volontés pour les prochains séminaires fermés que j’en ai obtenues pour celui-ci, en m’y prenant d’une façon un peu à court terme qui mérite d’être soulignée ici pour introduire les personnes qui ont bien voulu, sur ma demande, s’y dévouer.

Vous y trouverez, en outre, dans ce numéro sur la sexualité féminine, sous le titre de « La féminité en tant que mascarade », qui est exactement la traduction du titre anglais, un excellent article d’une excellente psychanalyste, qui s’appel­le Madame Joan Riviere, qui a toujours pris les positions les plus pertinentes sur tous les sujets de la psychanalyse et tout à fait spécialement, je vous le dis en pas­sant, sur le sujet de la psychanalyse d’enfant.

Vous voyez que vous ne manquez pas d’objets de travail, le plus pressé étant de lire le Michel Foucault pour la prochaine fois. Alors, comme je tiens beau­coup à cette collaboration, from the floor, comme on dit, d’un séminaire fermé, je vais donner la parole tout de suite à Mademoiselle Muriel Drazien qui a bien voulu faire à votre usage une sorte de présentation, d’introduction de cet article de Jones qui s’appelle « Développement précoce » ou « Premier développement, – comme il vous conviendra, – de la sexualité féminine ». Vous allez voir d’abord de quoi il retourne et j’espère que) ‘arriverai à vous montrer l’usage que j’entends en faire.

 

Mademoiselle M. Drazien – [écrit au tableau: unseen man, unseeing man] C’est un terme, unseen man, qui est présent dans le texte original de Jones et qui est tra­duit en français très exactement mais qui, forcément, manque un petit peu de… piquant. Qu’y a-t-il chez la femme qui corresponde à la crainte de castration chez l’homme? Qu’est-ce qui différencie le développement de la femme homosexuel­le de celui de la femme hétérosexuelle? Voilà les deux questions qu’Ernest Jones se pose et que son article « Early development of female sexuality », paru dans The International Journal of Psychoanalysis en 1927, vise à élucider.

Très vite, dans le fait de cerner la première question, Jones centre le problè­me autour du concept de castration et c’est en ce point qu’il s’arrête pour essayer d’élaborer un concept plus concret et plus satisfaisant au déroulement d’un certain fil conducteur de cet article qui est annoncé dès le premier para­graphe. C’est là que Jones évoque des notions de mystification et de préjugés chez les auteurs écrivant au sujet de la sexualité féminine, que les analystes dimi­nuaient l’importance de l’organe génital féminin et avaient donc adopté une position phallocentrique, comme il dit, à propos de ces questions. Que ces fils conducteurs soient pour Jones l’occasion de remettre en question tout le concept de castration en faisant jaillir ces points où il est lui-même insatisfait de la formulation donnée alors de ce concept n’empêchera pas que Jones s’y prend lui-même dans ce fil, aux divers moments où il parle de la réalité biologique comme fondamentale, quand il souligne le rôle primordial de l’organe sexuel mile, the all important part normally played in male sexuality by the genital organ, quand il parle de la menace partielle que représente la castration,

« La castration n’est qu’une menace partielle, si importante soit-elle, de la perte de capacité à l’acte sexuel et du plaisir sexuel »,

 

quand il fait remarquer que la femme est sous une dépendance étroite à l’égard de l’homme en ce qui concerne sa gratification.

« Pour des raisons physiologiques évidentes, la femme est beaucoup plus dépendante à l’égard de son partenaire pour sa gratification que l’hom­me à l’égard du sien. Vénus a eu beaucoup plus d’ennui avec Adonis que Pluton n’a eu avec Perséphone. »

 

Enfin quand il précise ce qui est pour lui la condition même de la sexualité normale,

« Pour ces deux cas, (en parlant des inversions) la situation primordiale­ment difficile, c’est l’union, simple mais fondamentale, entre le pénis et le vagin. »

 

Le parti-pris inconscient, comme l’appela Karen Horney, a contribué nous dit Jones, à considérer les questions touchant la sexualité beaucoup trop du point de vue masculin et a donc jeté dans une position de méconnu ce qu’il appelle les conflits fondamentaux

« En essayant de répondre à cette question, c’est-à-dire de rendre comp­te du fait que les femmes souffrent de cette terreur au moins autant que les hommes, j’en vins à la conclusion que le concept de castration a, par certains côtés, entravé notre appréciation des conflits fondamentaux».

Le concept incontestablement plus général et plus abstrait auquel Jones aboutit est celui d’aphanisis.

« Cet aphanisis sera la disparition totale, irrévocable, de toute capacité à l’acte sexuel ou au plaisir de cet acte. Ce serait donc la crainte (dread en anglais qui est encore plus…) la crainte de cette situation qui est commu­ne aux deux sexes».

A propos d’aphanisis, nous avons pensé que ce terme pouvait correspondre, au niveau clinique, à rien d’autre que la disparition du désir, tel que nous l’en­tendons. A ce moment-là, la crainte d’aphanisis se traduirait par la crainte de la disparition du désir ce qui nous parait l’envers d’une de ces médailles ou bien désir de ne pas perdre le désir, ou bien désir de ne pas désirer. En tout cas Jones n’ira pas plus loin dans le développement de ce concept qu’il applique à ces fins utiles et nous pouvons supposer qu’il ne suffisait pas, ni à lui-même, ni à une formulation plus rigoureuse, de ce que représente la castration féminine.

Nous suivons Jones jusqu’à la deuxième question maintenant, qu’il abor­de par un aperçu du développement normal de la fille, le stade oral, le stade anal, l’identification à la mère au stade bouche-anus-vagin; suivi bientôt, comme il dit, par l’envie du pénis. En précisant la distinction d’envie de pénis pré et post-œdipienne, ou auto – et allo – érotique, Jones rappelle la fonc­tion dans la régression comme défense contre une privation à ce dernier stade, privation à ne jamais partager un pénis avec son père dans le coït, ce qui renverrait la petite fille à sa première envie de pénis, c’est-à-dire d’avoir son propre pénis à elle.

C’est à ce moment que la fille doit choisir, point de bifurcation entre son atta­chement incestueux au père et sa propre féminité. Elle doit renoncer ou bien à son objet ou bien à son sexe, souligne Jones. Il lui est impossible de garder les deux. Je crois que ça mérite, à ce moment-là, de vous lire le paragraphe où il pré­cise

« Il n’existe que deux possibilités d’expression de la libido dans cette situation et ces deux voies peuvent être empruntées l’une et l’autre. La fille doit choisir grosso modo entre abandonner son attachement érotique au père et l’abandon de sa féminité, c’est-à-dire son identification anale à la mère. Elle doit changer d’objet ou de désir. Il lui est impossible de garder les deux. Elle doit renoncer soit au père, soit au vagin, y compris les vagins pré-génitaux; dans le premier cas, les désirs féminins s’épa­nouissent à un niveau adulte, c’est-à-dire charme érotique diffus, narcis­sisme, attitude vaginale positive envers le coït, culminant dans la gros­sesse et l’accouchement et sont transférés à des objets plus accessibles. » Dans le second cas, le lien avec le père est conservé mais cette relation d’objet est transformée en identification, c’est-à-dire en complexe du pénis. Les filles qui renoncent à l’objet poursuivent un développement normal tandis que dans le deuxième cas, où le sujet abandonne son sexe, le non-abandon de l’objet se transforme en identification et c’est celui-ci le cas de l’homosexuelle. La divergence mentionnée qui, y a-t-il besoin de le dire, est toujours une question de degré entre celles qui renoncent à leur libido d’objet (le père) et celles qui renoncent à leur libido de sujet (le sexe), se retrouve dans le champ de l’homosexualité féminine ».

 

Donc, Jones opère une division à l’intérieur du groupe homosexuel. On peut y distinguer deux grands groupes

1 – les femmes qui conservent leur intérêt pour les hommes mais qui ont à coeur de se faire accepter par les hommes comme étant des leurs. A ce groupe appartient un certain type de femmes qui se plaignent sans cesse de l’injustice du sort de la femme et du mauvais traitement des hommes à leur égard.

2 – celles qui n’ont que peu ou pas d’intérêt pour les hommes mais dont la libido est centrée sur les femmes. L’analyse montre que cet intérêt pour les femmes est un moyen substitutif de jouir de la féminité.

Elles utilisent simplement d’autres femmes comme exhibées à leur place.

 

C’est nous qui soulignons maintenant que par la première division que Jones opère, ce sont dans ces deux sous-groupes d’homosexuelles, toutes des femmes ayant choisi de garder leur objet (le père) et de renoncer à leur sexe. C’est ici qu’il faut suivre attentivement l’exposé de Jones pour voir ce qui se passe

« Il est facile de voir que le premier groupe, ainsi décrit, recouvre le mode spécifique des sujets qui avaient préféré abandonner leur sexe; tandis que le deuxième groupe correspond au sujet ayant abandonné l’objet (le père) et se substitue à lui par identification. (Alors, je répète) : tandis que le deuxième groupe correspond au sujet ayant abandonné l’objet: (le père). Les femmes appartenant au second groupe s’identifient aussi avec l’objet d’amour mais cet objet perd alors tout intérêt pour elles. Leur relation d’objet externe à l’autre femme est très imparfaite car elle ne représente dès lors que leur propre féminité au moyen de l’identification et leur but est d’en obtenir par substitution la gratification de la part d’un homme qui leur reste invisible, le père incorporé en elle. »

 

Et voilà l’homme qui leur reste invisible : unseen man. D’après ces descriptions, on ne peut que remarquer que cet intérêt pour les femmes, en quelque sorte fuyant, semble porter sur un attribut sans qu’il y ait de véritable relation d’objet. Que pourrait-on y comprendre s’il s’agit là d’une identification double, d’une part, au père, d’autre part à l’amante? Nous proposons qu’il s’agit dans cet exemple d’une opération symbolique :

1 – que l’amante est le symbole de la féminité perdue plutôt que la fémi­nité à laquelle le sujet aurait renoncé,

2 – cet homme qui lui est invisible, the unseen man, ce qui ne veut pas dire the unseeing man, le père ou plutôt ce qui de lui voit, ce qui de lui est seeing, l’œil, symbole déjà évoqué par Jones dans sa théorie

du symbolisme et précisée par lui en ce lieu comme phallique, est le véritable objet car sa présence est nécessaire, voire indispensable, à l’accomplissement du rite destiné à rendre au père ce qu’il n’a pas donné.

 

Pour vous laisser une image très saisissante de ce type de relation, je voudrais vous lire un épisode qui est vu par le narrateur, Marcel, dans Du côté de chez Swann, dans un moment où lui, par le hasard, si on veut, est aussi unseen d’ailleurs, c’est-à-dire, s’il est caché, il est caché par les circonstances et la scène se déroule devant lui sans qu’on sache qu’il est là. Évidemment, toute la scène est intéressante. Je vous rapporte simplement quelques lignes

«Dans l’échancrure de son corsage de crêpe Mademoiselle Vinteuil sen­tit que son amie piquait un baiser. Elle poussa un petit cri, s’échappa et elles se poursuivirent en sautant, faisant voleter leurs larges manches comme des ailes et gloussant et piaillant comme des oiseaux amoureux. Puis Mademoiselle Vinteuil finit par tomber sur le canapé recouverte par le corps de son amie. Mais celle-ci tournait le dos à la petite table sur laquelle était placé le portrait de l’ancien professeur de piano.,»

 

Docteur J. Lacan – Qui était son père.

 

Mlle M. Drazien –

« Mademoiselle Vinteuil comprit que son amie ne le verrait pas si elle n’attirait pas sur lui son attention et elle lui dit, comme si elle venait seu­lement de le remarquer: “Oh, ce portrait de mon père qui nous regarde. Je ne sais pas qui a pu le mettre là ? J’ai pourtant dit vingt fois que ce n’était pas sa place “. Je me souviens que c’était les mots que Monsieur Vinteuil avait dit à mon père à propos du morceau de musique. Ce por­trait leur servirait sans doute habituellement pour des profanations rituelles car son amie lui répondit par ces paroles qui devaient faire partie de ses réponses liturgiques : “Mais laisse le donc où il est. Il n’est plus là pour nous embêter. Crois-tu qu’il pleurnicherait et qu’il voudrait te mettre ton manteau s’il te voyait là la fenêtre ouverte, ce vilain singe”, Mademoiselle Vinteuil répondit par des paroles de reproche. “Voyons, voyons… “»

 

Et plus loin

«… Elle ne put résister à l’attrait du plaisir qu’elle éprouverait a être trai­tée avec douceur par une personne si implacable envers un mort sans défense. Elle sauta sur les genoux de son amie et lui tendit chastement son front à baiser comme elle aurait pu le faire si elle avait été sa fille, sen­tant avec délice qu’elles allaient ainsi toutes deux au bout de la cruauté en ravissant à Monsieur Vinteuil, jusque dans le tombeau, sa paternité. »

 

Et plus loin, c’est le narrateur qui parle :

«Je savais maintenant, pour toutes les souffrances que pendant sa vie Monsieur Vinteuil avait supportées à cause de sa fille, ce qu’après la mort, il avait reçu d’elle en salaire. »

 

Docteur J. Lacan – Merci Mademoiselle. Bon. Mademoiselle Drazien, en somme, vous a donné une introduction, une introduction, ma foi rapide. Elle n’est pas… et après tout nous n’avons nullement à lui en faire reproche puisque c’est une introduction. Elle a mis deux choses très importantes en relief concer­nant cet article qui, quoique court, comporte par exemple certains détours qu’elle a cru devoir élider sur l’idée de privation et celle de frustration qui s’en­suit, les rapports de la privation à la castration, tous termes qui sont pour nous, – ceux tout au moins qui se souviennent de ce que j’enseigne, – d’une assez grande importance.

Mais elle n’a pas mal fait néanmoins puisque pour vous, qui êtes dans la posi­tion toujours difficile de l’auditeur, ce qui est mis en relief ce sont deux termes; d’une part la notion d’aphanisis et d’autre part, la façon dont Freud, non ! dont Jones dans le souci qu’il a de chercher ce qu’il en est de la castration chez la femme, se voit reporter sur certaines positions qui comportent des références qu’on peut qualifier, à proprement parler, de références de structure. Ces réfé­rences de structure, il est clair, – vous vous reporterez à cet article – qu’il ne sait pas les organiser. Il ne sait pas les organiser en raison du même souci qui est celui qui guide son article sur le symbolisme, à savoir de pointer d’une façon qui soit rigoureuse et valable, ce qui constitue les amarres de la théorie freudienne de l’inconscient.

Le symbolisme a pris toute une série de fils qui se sont détachés du tronc freudien principal, la valeur de quelque chose qui permet l’utilisation symbo­lique, au sens courant du terme, des éléments mis en valeur par le maniement de l’inconscient. Cette utilisation symbolique, celle qui fait que Jung voit dans le serpent le symbole de la libido, par exemple, c’est quelque chose à quoi Freud s’est opposé de la façon la plus ferme, en disant que le serpent est, s’il est le sym­bole de quelque chose, il est la représentation du phallus. Moyennant quoi Freud… Jones – deux fois que je fais le lapsus, – Jones fait de grands efforts pour nous montrer la métaphore, puisqu’en fin de compte c’est bien à cette réfé­rence linguistique qu’il est obligé pour nous montrer la métaphore se dévelop­pant dans deux sens.

Dans un sens, de toujours plus grande légèreté de contenu, on ne peut pas se référer à un autre registre, encore que ce ne soit pas le terme qu’il emploie mais il est forcé d’en employer tellement d’autres qui sont toutes, qui sont tous du même ordre, à savoir d’une sorte de raréfaction, de vidage ou d’abstraction, ou de généralisation, bref, de respect dans cette sorte d’ordonnance, de hiérarchie concernant la consistance de l’objet qui est celle d’une théorie enfin classique de la connaissance que – on voit bien que ce dont il s’agit, – c’est de nous mon­trer que le symbole n’a en aucun cas cette fonction. Que le symbole tout au contraire est ce quelque chose qui nous ramène à ce qu’il appelle, dans son lan­gage et comme il peut, les idées primaires, à savoir quelque chose qui se dis­tingue par un caractère à la fois de concret, de particulier, d’unique, d’intéres­sant la totalité, si on peut dire, et la spécificité de l’individu dans sa vie même, dirons-nous, pour ne pas employer le terme que bien entendu il évite, qui n’est autre que le terme d’être.

Il est bien clair pourtant que quand il fait référence à ces idées primaires et qu’il y inscrit justement des termes concernant ce qui est l’être, à savoir la nais­sance, la mort, les relations avec les proches par exemple, il désigne lui-même quelque chose qui n’est pas un donné biologique, mais bien au contraire une articulation qui transcende, qui transpose, qui transcrit ce donné biologique à l’intérieur de conditions d’existence qui ne se situent que dans des relations d’être.

Toute l’ambiguïté de l’article sur le symbolisme de Jones tient là. Néanmoins ce qu’il vise et son effort, principalement pour montrer que ce dont il s’agit dans le symbolisme, cerne quelque chose qu’il ne sait pas désigner mais qu’il cerne tout de même en quelque sorte du mouvement propre de son élan, de son expé­rience à lui, concrète, de ce dont il s’agit dans l’analyse, il arrive à ce résultat de mettre d’une façon tellement unique des symboles du phallus, qu’il nous force bien à nous poser la question, en fin de compte, de ce que c’est que le phallus dans l’ordre symbolique. Il ne nous convainc pas, loin de là, que le phallus est purement et simplement le pénis. Mais il laisse ouverte la question de la valeur centrale qu’ont un certain nombre d’entités dont le phallus est celle qui se pré­sente avec le maximum d’incarnation quoique ne se présentant que derrière un voile, voile qu’il n’a pas levé.

C’est pour ceci, je ferai reprendre cet article par quelqu’un qui l’a préparé pour aujourd’hui mais qui préfère en somme de lui-même le remettre à une étape ultérieure, c’est-à-dire disons à notre prochain séminaire fermé, je repren­drai, à l’occasion, en commentaire, les détails de cet article sur « La théorie du symbolisme », mais je vous ai averti d’ores et déjà qu’il y a un article de moi qui est paru, si mon souvenir est bon, dans La psychanalyse, n° 6. C’est le numéro 6 où c’est paru ?

 

M. Safouan – Cinq.

 

Docteur J. Lacan – … Cinq, « Sur la théorie du symbolisme chez Jones ». Ce que nous faisons aujourd’hui a, par rapport à ce que j’aurai à développer donc dans les prochaines séminaires sur la fonction de l’objet a, une certaine valeur de – je ne dirai pas d’anticipation, – mais d’horizon. Car, en fin de compte, il y a un rapport entre la place de l’objet a en tant qu’elle est fondamentale, qu’el­le nous permet dans un certain mode de structure qui n’a pas d’autre nom que celui du fantasme de comprendre la fonction déterminante, déterminante à la manière d’un support ou d’une monture, ai-je dit, qu’a dans la détermination de la refente a.

Cet objet a, comme je vous l’ai indiqué dans mon discours de tout à l’heure et bien sûr ce n’est pas une nouveauté, se présente sous, non pas quatre formes, mais disons quatre versants, en raison de la façon dont il s’insère sur deux ver­sants d’abord, la demande et le désir, sur le versant de la demande ce sont les objets que nous connaissons sous les espèces du sein, au sens et dans la fonction qu’on lui donne dans la psychanalyse, et de l’excrément ou encore, comme on s’exprime, fèces.

L’autre versant est celui qu’a la relation du désir; c’est donc une fonction d’un degré plus élevé car je le fais remarquer en passant: la lecture tout à l’heu­re du texte français qu’a faite Mademoiselle Drazien y révèle une inexactitude, ce qui était traduit par le désir à une certaine place, à savoir que l’homosexuelle était amenée à renoncer à son désir pour l’objet, pour ne pas renoncer à son sexe, est inexact. En anglais, c’est the wish, et du moment que c’est the wish, ce n’est pas le désir, c’est le vœu ou la demande.

Le désir, nous en avons ici situé la place topologique suffisamment par rap­port à la demande pour que vous conceviez ce que je veux dire quand je dis, je parle d’un autre versant, à propos de la fonction de deux objets a, à savoir du regard et de la voix. Dans les deux couples se fait une opposition qui, du sujet à l’Autre peut se situer ainsi : demande de l’Autre, c’est l’objet a, fèces; demande à l’Autre : c’est l’objet a, sein. Eh bien, la même opposition existe, quoiqu’elle ne puisse que vous paraître encore plus obscure, puisque je ne vous l’ai pas expliquée. Il y a aussi quelques formes : non pas! l’obscurité n’est pas sur le désir de l’Autre, que vous sentirez déjà immédiatement supporté par la voix, que ce désir à l’Autre qui représente une dimension que j’espère, à propos du regard, pouvoir vous ouvrir.

Mais, au cœur de cette fonction de l’objet a, il est clair que nous devons trou­ver ce qui est tout à fait central à l’institution, à l’instauration de la fonction du sujet. C’est à très proprement parler la fonction que vient occuper à la même place le phallus qui, précisément, n’a absolument pas le même caractère concer­nant ce qu’on pourrait appeler comme une question commune englobant dans sa parenthèse l’ensemble des objets en question. Il n’a pas, il n’entre pas comme organe, puisqu’en fin de compte dans tous ces cas, et si matériels que puissent vous paraître deux d’entre eux, il s’agit bel et bien dans tous les cas d’un repré­sentant organique.

Assurément, il semble déjà moins substantiel, moins saisissable, au niveau du regard et de la voix mais ça n’est néanmoins pas en raison simplement d’une sorte de différence d’échelle, de différence scalaire, comme on dirait, dans le caractère insaisissable que nous trouvons ici le phallus. Le phallus entre, comme tel, dans une certaine fonction qu’il s’agit maintenant de définir et qui à pro­prement parler ne peut se définir que dans la référence du signifiant. La double dimension qui se révèle ici est, vous le verrez, quelque chose qui différencie le caractère se dérobant, le caractère insaisissable de la substantialité de l’objet a quand il s’agit du regard et de la voix, ce caractère se dérobant, caractère insai­sissable n’est absolument pas de la même nature quant à ces deux objets et quant au phallus.

Que se passe-t-il quand quelqu’un comme Monsieur Jones, je le dis, nourri, inspiré du style même le plus pur de la première recherche analytique dans la valeur de découverte qu’avaient les réalités de l’expérience, ne pouvait encore d’aucune façon être réduit à n’avoir pas pu être peu à peu réaspiré dans une série de voies, de traces qui représentent à proprement parler, par rapport à cette expérience, une rationalisation et qui est toute celle qui a fait se développer la psychanalyse dans une voie qui, à quelque titre, mérite d’être située dans quelque parallélisme par rapport à la réduction, si l’on peut dire, éducative qu’Anna Freud a faite de la psychanalyse au niveau des enfants ?

Toute masquée que puisse être telle inflexion de la psychanalyse au regard de l’adulte, nous pouvons dire que tout ce qui fait intervenir dans l’état actuel des choses et tel que ceci a été exprimé, quelque référence que ce soit à la réalité ou encore à l’institution d’un moi meilleur, moins distordu, plus fort comme on dit, tout ceci ne consiste qu’à l’avoir fait rentrer dans des voies que l’analyse nous a permis d’imaginer: dans le registre du développement dans le sens d’une orthopédie fondamentalement qui dissipe à proprement parler le sens de l’ex­périence psychanalytique. Jones n’en est certes pas là et le fait de ce qu’il pro­duit devant nous représente bien quelque chose qui tend à retrouver des points d’appui dans un certain nombre de références reçues. C’est à ceci que Mademoiselle Drazien a fait allusion en parlant d’un certain nombre de recours à ce qu’on peut appeler un certain nombre de préjugés scientifiques : primauté, par exemple, de la référence biologique, pourquoi primauté ? Il n’est absolu­ment pas, bien entendu, question de la négliger, ni même de ne pas dire qu’en fin de compte elle est première, mais assurément la poser premièrement comme première, c’est là qu’est toute l’erreur car ce dont il s’agit, à l’occasion, c’est de la prouver. Or, elle n’est pas prouvée. Elle n’est pas prouvée au départ au moins quand nous nous trouvons devant un phénomène aussi paradoxal que la géné­ralité du complexe de castration pour autant que généralité veut dire aussi inci­dence dans les deux sexes, les deux sexes ne se trouvant pas par rapport à ce quelque chose qui se présente d’abord et d’une façon fondamentale, comme dessinant la structure de ce complexe de castration, comporte quelque chose qui se rapporte à une partie et à une partie seulement de l’appareil génital, dans la partie qui vient s’offrir de façon manifeste et visible et en quelque sorte pré­gnante et d’un point de vue de Gestalt qui est chez l’homme, le pénis. Non pas privilège mais privilège qui prend une valeur, si l’on peut dire, de phanie, de manifestation et où c’est comme tel, semble-t-il tout au moins au premier abord, qu’il s’introduit avec une valeur prévalente.

Tel est en d’autres termes la fonction que va prendre le complexe de castra­tion, si nous l’examinons sous un certain biais. Eh bien, il est excessivement remarquable que la première démarche de Jones aille dans le sens d’une subjec­tivation. Je donne à ce mot le poids qu’il peut prendre ici étant donné ce que j’énonce de la définition du sujet depuis déjà presque deux ans et depuis beau­coup plus longtemps, bien sûr, pour ceux qui viennent ici depuis plus ou moins toujours.

Nous ne pouvons pas ne pas voir, si nous sommes déjà un peu rompus à cette perspective, la relation qu’a l’introduction par Jones du terme d’aphanisis, à propos du complexe de castration, avec ce que je vous ai représenté de l’essen­ce du sujet, à savoir ce fading, ce perpétuel mouvement d’occultation derrière le signifiant ou d’émergence intervallaire qui définit comme tel le sujet dans son fondement, dans son statut, dans ce qui constitue l’être du sujet. Il y a quelque chose de tordu qui permet d’aborder d’une façon toute diffé­rente la relation être/non-être. Non pas d’une façon qui en quelque sorte s’en extrait comme si un jugement pouvait quelque part saisir la relation de l’être et du non-être. Mais d’une façon qui y est, en quelque sorte profondément impli­quée, nous fait saisir que nous ne saurions d’aucune façon spéculer, raisonner, structurer tout ce qu’il en est du sujet, sans partir de ceci que nous-mêmes comme sujet, soyons impliqués dans cette profonde duplicité qui est la même chose que le cogito cartésien dégage en se fixant sur un point de plus en plus réduit à l’idéal jusqu’à être, lui, de néant qui est le je pense. Je pense ne voulant rien dire à lui tout seul, ce qui permet d’écarter, de diviser, de montrer, à quelle torsion il faut que nous supposions que soit en quelque sorte soumis cette sub­sistance du sujet pour qu’il puisse apparaître dans une telle perspective que l’être est dissocié entre l’être antérieur à la pensée et l’être que la pensée fait sur­gir : l’être du je suis de celui qui pense, l’être qui est amené à l’émergence du fait que celui qui pense dit : donc je suis.

L’aphanisis de Jones n’est absolument concevable que dans la dimension d’un tel être. Car, comment lui-même nous l’articule-t-il ? Quel pourrait être le recul de quoi que ce soit qui ne soit pas de l’ordre du sujet par rapport à une crainte de perdre la capacité de ce qui est dit en anglais

1 – capacity

2 – le terme sexual enjoyment.

Je sais qu’il est très difficile de donner un support qui soit équivalent à notre mot français jouissance à ce qu’il désigne en anglais. Enjoyment n’a pas les mêmes résonances que jouissance et il faudrait en quelque sorte le combiner avec le terme de Lust qui serait peut-être un peu meilleur. Quoi qu’il en soit, cette dimension de la jouissance dont je vous ai marqué la dernière fois que nous allions l’introduire, qu’elle est en quelque sorte un terme qui pose par lui-même des problèmes essentiels que nous ne pouvions véritablement introduire qu’après avoir donné son statut au je suis du je pense.

La jouissance, pour nous, ne peut être qu’identique à toute présence des corps. La jouissance ne s’appréhende, ne se conçoit que de ce qui est corps. Et d’où jamais ne pourrait-il surgir d’un corps quelque chose qui serait la crainte de ne plus jouir? S’il y a quelque chose que nous indique le principe de plaisir, c’est que s’il y a une crainte, c’est une crainte de jouir. La jouissance étant à pro­prement parler une ouverture dont ne se voit pas la limite et dont ne se voit pas non plus la définition. De quelque façon qu’il jouisse, bien ou mal, il n’appar­tient qu’à un corps de jouir ou de ne pas jouir, c’est tout au moins la définition que nous allons donner de la jouissance. Car pour ce qu’il en est de la jouissan­ce divine, nous reporterons, si vous le voulez bien, cette question à plus tard. Non pas qu’elle ne se pose pas. Il nous semble qu’il y a un défilé qu’il est impor­tant de saisir; c’est ceci : comment peuvent s’établir les rapports de la jouissan­ce et du sujet?

Car le sujet dit: je suis. Le centre que je ne dirais pas implicite, parce qu’aus­si bien il est formulé, il est dit en clair dans Freud, le centre de la pensée analy­tique, c’est qu’il n’y a rien qui ait plus de valeur pour le sujet que l’orgasme. L’orgasme est l’instant où est réalisé un sommet privilégié, unique, de bonheur. Ceci mérite réflexion. Car en plus, il n’est pas moins frappant qu’une pareille affirmation comporte en quelque sorte par elle-même une dimension d’accord. Même ceux qui font quelque réserve sur le caractère plus ou moins satisfaisant de l’orgasme dans les conditions où il nous est donné d’y atteindre, n’en iront pas pour autant à ne pas penser que si cet orgasme est insuffisant, il n’y en a pas un plus vrai, plus substantiel qu’ils appellent de quelque nom qu’il s’agisse union, voie unitive, effusion, totalité, perte de soi, quoi que vous voudrez, ce sera toujours de l’orgasme qu’il s’agira.

Est-ce qu’il ne nous est pas possible, même à garder accroché à quelque point d’interrogation ce qui est là pris comme point de départ, est-ce qu’il ne nous est pas possible dès maintenant de saisir ceci que nous pouvons considérer l’orgas­me dans cette fonction, disons même provisoire comme représentant un point de croisement, ou encore un point d’émergence, un point où précisément la jouissance, je dirais, fait surface ? Ceci prend pour nous un sens privilégié de ceci que là où elle fait surface, à la surface par excellence, celle que nous avons définie, que nous essayons de saisir, comme structurale, comme celle du sujet. je vous indique aussitôt les repères que ceci peut prendre dans, pourquoi pas, ce que nous appellerons notre système. je ne refuse pas le mot système à condition que vous appeliez système la façon dont je systématise les choses et qui est pré­cisément faite de références topologiques.

Nous pouvons bien considérer la jouissance, celle qui est dans l’orgasme, comme quelque chose qui s’inscrira par exemple d’une forme particulière qu’en prendrait notre tore, si notre tore c’est le cycle du désir qui s’accomplit par la suite des boucles répétées d’une demande, il est clair qu’en fonction de certaines définitions de l’orgasme, comme point terminal, comme point de rebrousse­ment, comme vous voudrez, ce sera d’un tore à peu près fait ainsi qu’il s’agira mais ici il a une valeur punctiforme, en d’autres termes toute demande s’y réduit à zéro, mais il n’est pas moins clair qu’il blouse le désir.

C’est la fonction, si l’on peut dire, idéale et naïve de l’orgasme. Pour qui­conque essaie de la définir à partir de données introspectives, c’est ce court moment d’anéantissement, moment d’ailleurs punctiforme, fugitif, que repré­sente dans la dimension de tout ce qui peut être le sujet dans son déchirement, dans sa division, que ce moment de l’orgasme, j’ai dit de l’orgasme, se situe.

Il est clair que c’est au titre de jouissance, dont pour nous il ne suffit pas de constater que dans ce moment d’idéal, j’insiste sur idéal, il est réalisé dans la conjonction sexuelle, pour que nous disions qu’il est immanent en la conjonc­tion sexuelle et, la preuve, c’est que ce moment d’orgasme est exactement équi­valent dans la masturbation.

je dis en tant qu’il représente ce point du terme du sujet. Nous n’en retenons donc, dans cette fonction, que le caractère de jouissance et jouissance qui n’est point encore définie ni motivée. Mais ceci nous permettra de comprendre à condition de nous apercevoir de l’analogie qu’il y a entre la forme de la bouteille de Klein, si j’ose dire, – si tant est qu’on puisse parler de la forme, mais enfin, puisque je la dessine, elle a la forme, je la représente sous la forme inversée par rapport à ce que vous voyez d’habitude dans le dessin que j’ai appelé son ouver­ture, son cercle de reversion, la bouteille de Klein apparaît en haut comme le point de tout à l’heure – et ce cercle de reversion où je vous ai déjà appris à trouver le point nodal de ces deux versants du sujet tels qu’ils peuvent se conjoindre de l’affrontement de la couture de l’être de savoir à l’être de vérité. je vous ai aussi dit que c’était là la place où nous devons inscrire, précisément comme conjonction de l’un à l’autre, ce que nous appelons le symptôme et c’est un des fondements les plus essentiels à ne pas oublier de ce que Freud a toujours dit de la fonction du symptôme, c’est qu’en lui-même le symptôme est jouis­sance.

Il y a donc d’autres modes d’émergence structuralement analogues de la jouissance au niveau du sujet que l’orgasme. je n’ai pas besoin, ce serait facile mais le temps m’en empêche, de vous rapporter le nombre de fois où Freud a mis en valeur l’équivalence de la fonction de l’orgasme avec celle du symptôme. Qu’il ait tort ou raison est une autre question que de savoir ce qu’il veut dire en cette occasion, ce que, nous, nous pouvons là-dessus en construire. Alors, il conviendrait peut-être d’y regarder à deux fois avant de faire équivaloir l’orgas­me et la jouissance sexuelle. Que l’orgasme soit une manifestation de la jouissance sexuelle chez l’homme et singulièrement compliquée de la fonction qu’il vient occuper dans le sujet, c’est bien ce à quoi nous avons à faire et nous aurions tout à fait tort de collaber, en quelque sorte, comme une seule et même réalité, ces trois dimensions. Car c’est ça qui est à proprement parler réintro­duire, sous une forme dangereusement masquée et par-dessus le marché ridicu­le, les vieilles implications du mysticisme auxquelles j’ai fait allusion tout à l’heure, dans le domaine d’une expérience qui ne les nécessite nullement.

Un poète autrefois, qui a dit «post coïtum animal triste », ajoutait « praeter (parce que ça, on l’oublie toujours) mulierem gallumque » : mis à part la femme et le coq. Chose curieuse, depuis que, ce que j’appelle, la mystique psychanaly­tique existe, on n’est plus triste après le coït. je ne sais pas si vous avez jamais remarqué ça mais c’est un fait. Les femmes, bien sûr, déjà n’étaient pas tristes puisque les hommes l’étaient, c’est curieux qu’ils ne le soient plus. Par contre, quand les femmes ne jouissent pas, elles deviennent extraordinairement dépri­mées, alors que jusque là elles s’en accommodaient extrêmement bien. Voilà ce que j’appelle l’introduction de la mystique psychanalytique.

Personne n’a encore définitivement prouvé qu’il faille à tout prix qu’une femme ait un orgasme pour remplir son rôle de femme. Et la preuve c’est qu’on en est encore à ergoter sur ce qu’il est ce fameux orgasme chez elle. Néanmoins, cette métaphysique a pris une telle valeur, je connais un très grand nombre de femmes qui sont malades de ne pas être sûres qu’elles jouissent vraiment, alors qu’en somme elles ne sont pas si mécontentes de ce qu’elles ont et que si on ne leur avait pas dit que c’était pas ça, elles ne s’en préoccuperaient pas.

Ceci nécessite qu’on mette un petit peu les points sur les i, concernant ce qu’il en est de la jouissance sexuelle. Si on pose d’abord que ce qui nous intéresse au premier plan, c’est de savoir ce qu’il en est au niveau du sujet, c’est une premiè­re façon d’assainir la question. Mais on pourrait aussi se poser la question de savoir ce qu’il en est au niveau de la conjonction sexuelle, parce que là, il est très remarquable que c’est un phénomène bien étrange que nous parlons toujours comme si, du seul fait que la différence sexuelle existe chez le vivant avec ce qu’elle nécessite de conjonction, l’accomplissement de la conjonction s’accom­pagne d’une jouissance en quelque sorte univoque et univoque en ce sens que nous devrions tout simplement l’extrapoler de ce que, nous, les humains, ou si vous voulez, les primates plus particulièrement évolués, nous en connaissons de cette jouissance.

Eh bien, je ne vais pas entrer dans ce chapitre aujourd’hui parce qu’il est très curieux qu’il ne soit jamais traité. Enfin c’est un fait qu’il ne l’est pas. Mais enfin il est tout à fait clair que tout d’abord il est impossible de définir, de saisir, quelques signes de ce qu’on pourrait appeler orgasme chez la plupart des femelles dans le domaine animal. Pour une ou deux espèces où on le peut, qui ne font justement que montrer qu’on pourrait trouver des signes s’il y en avait puisque quelquefois on en trouve, il est tout à fait clair que partout ailleurs on n’en trouve pas, en tout cas de signes objectifs de l’orgasme chez la femelle. Alors, puisqu’on pourrait en trouver et qu’on n’en trouve pas, c’est quand même quelque chose de nature à vous jeter un petit doute sur les modalités de la jouissance dans la conjonction sexuelle. Je ne dis pas, je ne vois pas pourquoi j’excepterais la conjonction sexuelle de la dimension de la jouissance qui me paraît une dimension absolument coextensive à celle du corps. Mais que ce soit celle de l’orgasme, ça ne semble nullement obligé. C’est peut-être d’une nature toute différente et, la preuve d’ailleurs, c’est justement là où elle est la plus impressionnante, la conjoncture sexuelle, là où elle dure une dizaine de jours entre les grenouilles par exemple, qu’on voit bien que ce dont il s’agit, c’est d’autre chose que de l’orgasme. C’est quand même très important.

Nous sommes ici pleins de métaphores : la tumescence, la détumescence est une de celles qui paraissent les plus extravagantes. Il s’agit de manifester dans la suite des comportements de ce qu’on pourrait appeler par rapport à la conjonc­tion un comportement ascendant ou comportement d’approche, suivi d’un comportement de résolution des charges après lequel se produira la séparation.

Au mode de l’existence d’un organe érectile qui est très loin d’être universel, il y a des animaux, – je ne vais pas m’amuser à faire ici pour vous de la biolo­gie mais je vous prie d’ouvrir les gros traités de zoologie – il y a des animaux qui réalisent la conjonction sexuelle à l’aide d’organes de fixation parfaitement non tumescibles puisque ce sont purement et simplement des crochets. Il paraît bien que l’orgasme dans ces cas, s’il existe, doit prendre même chez le mâle une toute autre apparence dont rien ne dit, par exemple, qu’il serait susceptible de quelque subjectivation. Ces distinctions me paraissent importantes à introduire parce que si Jones, au départ en quelque sorte, s’écarte et s’étonne et c’est ainsi qu’il introduit sa notion d’aphanisis, le caractère distinct, en somme, qu’il y a entre l’idée de la castration telle qu’elle se substantifie dans l’expérience, à savoir la disparition du pénis et de quelque chose qui lui paraisse tout ce qu’il y a de plus important, à savoir une disparition mais qui n’est pas celle du pénis, qui pour nous ne peut être que celle du sujet et qu’il s’imagine pouvoir être la crain­te de la disparition du désir, alors que ceci est en quelque sorte une contradic­tion dans les termes. Car le désir précisément se soutient de la crainte de se perdre lui-même, qu’il ne saurait y avoir d’aphanisis du désir, qu’il ne saurait y avoir dans un sujet de représentation de cette aphanisis pour la raison que le désir en est soutenu. Le persévérer dans l’être spinozien est le même texte et le même thème qui dit : « le désir est l’essence de l’homme ». L’homme persévère dans l’être comme désir. Et il ne saurait s’évader d’aucune façon de ce soutien du désir. Il y a précisément l’ambiguïté de pouvoir comporter sa propre retenue et sa propre crainte, d’être face de défense en même temps que face de suspen­sion vers la jouissance.

Alors est-ce que ne prend pas ici toute sa valeur l’autre bout de l’arc, de la trajectoire qu’accomplit Jones pour nous quand très fermement, et à combien juste titre puisqu’il s’agit d’introduire les choses au niveau du sujet, il nous met, -pour ce qui est de la femme puisque c’est d’elle qu’il s’agit, – au cœur de la façon dont peut se présenter pour elle l’impasse subjective?

Opposé au couple fils-mère, d’où est partie, non sans raison toute l’explora­tion analytique, il nous parle du couple père-fille. Et que nous dit-il? Tout part ici d’une privation. L’inceste père-fille… nous savions quant à nous de toute notre expérience, qu’il [l’inceste mère-fils] est par ses conséquences analytiques, – je ne peux pas les définir autrement – disons névrosantes mais le terme n’est pas suffisant puisque ça va jusqu’à avoir des conséquences psychosantes… il est infiniment moins dangereux, il l’est même, dangereux, au degré zéro au regard de l’inceste mère-fils qui a toujours les conséquences ravageantes auxquelles je fais allusion.

Au niveau du couple père-fille, la fonction de l’interdit, telle qu’elle s’exerce dans ses conséquences dialectiques, dans ce qu’on appelle l’interdit fondamen­tal de l’inceste qui est l’interdit de la mère, prend une forme simplifiée qui met bien en valeur la fonction privilégiée de la femme au regard de la conjonction sexuelle. Car si la spécificité d’une certaine sorte de vivant est qu’un organe à la fois érectile et comme tel privilégié comme support de la jouissance, en soit l’ambocepteur, eh bien, qu’est-ce que ça veut dire ? C’est que pour elle, il n’y a pas de problème. Faire l’amour, si les choses avaient une valeur absolue, bien sûr est forcément alloplastique, si je puis dire, implique qu’elle aille à celui qui l’a. Si elle n’avait pas quelques-unes des propriétés du petit bonhomme, il n’y aurait aucun problème. Le petit bonhomme en a d’autres précisément en ceci qu’il peut jouir de lui-même exactement comme un petit singe.

La question serait donc toute simple mais il ne s’agit pas de ça précisément parce qu’il y a le langage et la loi, le père est [un] interdit, et par cette voie entre en fonction le problème. Or, qu’est-ce que nous dit Jones ? Qu’est-ce qu’il nous crie à tue-tête en nous rendant compte de son expérience ? Qu’est-ce qu’il nous dit si ce n’est que, là encore, la femme va garder son avantage, va être gagnante, mais il faut voir comment et pour voir comment, il ne faut pas garder en la tête tous ces préjugés.

Voyons ce qu’il nous dit. Il faut que la femme choisisse entre son sexe et son objet. Elle renonce à l’objet paternel et elle va garder son sexe. Il n’existe que deux possibilités d’expression de la libido dans cette situation et ces deux voies peuvent être empruntées l’une et l’autre. Grosso modo, entre abandonner son attachement érotique au père et l’abandon de sa féminité, elle doit changer d’ob­jet ou de désir. Et que va-t-il nous dire de ce qu’il en est à ce niveau ? Voyons, décrivez-nous exactement, Mademoiselle Drazien, dites-moi exactement la place du paragraphe où il nous décrit… Voilà :

«Dans le premier cas, les désirs féminins s’épanouissent à un niveau adulte, c’est-à-dire, charme érotique diffus, (il souligne) narcissisme ».

 

Qu’est-ce à dire ? C’est que Freud, ici de son expérience, la première chose qu’il a à mettre en avant quant à ce qui résulte du choix que je ne qualifierai pas de normal mais de légal, c’est que celui qui renonce à l’objet paternel pour conserver son sexe en somme, c’est de cela qu’il s’agit, eh bien, ceci veut dire qu’il ne sert à rien de renoncer à l’objet pour conserver quelque chose puisque ce quelque chose qu’on veut conserver au prix d’une renonciation, c’est préci­sément cela qu’on perd.

Car, qu’est-ce qu’a à faire avec l’essence de la féminité le charme érotique dif­fus qui consiste dans le maniement de l’attirail narcissique ? Sinon très précisé­ment ce que Madame Joan Rivière a épinglé comme la féminité au titre de mas­carade et ceci doit bien refléter quelque chose, c’est que précisément à partir d’un tel choix, la femme a à prendre la place, pour des raisons qu’il s’agit pour nous de préciser, de l’objet a. Dans la perspective paternelle, et patriarcalisante, la femme née d’une côte de l’homme est un objet a. Se soumettre à la loi pour conserver son sexe non seulement ne lui évite pas de le perdre, mais le nécessi­te.

Au contraire, ce n’est pas moi qui le dit, c’est Jones, dans l’autre cas, [celui de la] conservation de l’objet, c’est-à-dire du père, quel va être le résultat? Le résultat c’est le choix homosexuel. Je le répète. Je ne puis faire plus aujourd’hui que de dire : c’est Jones qui le dit. Et après tout, toute notre expérience derriè­re, y compris l’épinglage un petit peu incomplet parce qu’élidé de toute la pré­sence de Proust qui lie ce cas, avec tout le caractère divinatoire qu’a son intui­tion et son art mais qu’importe! C’est dans l’autre cas, à savoir pour autant que l’objet père est conservé que la femme trouve quoi ? Ce que dit Jones donc : à savoir sa féminité. Car dans toute attitude ou fonction homosexuelle, ce que la femme trouve à la place de l’objet et on dit que c’est à la place de l’objet pri­mordial, c’est sa féminité.

Et alors, deuxième temps de ce qui se passe à l’intérieur de ce second choix. Ici, les termes de Jones, malgré lui, ne sont pas équivoques. C’est de l’ac­centuation de la fonction de ce dont il s’agit à savoir un certain objet, et cet objet comme perdu, que le choix va se faire, soit que cet objet devienne objet de revendication et que la prétendue homosexuelle devienne une femme en rivali­té avec les hommes et revendiquant d’avoir comme eux le phallus, soit que dans le cas de l’amour homosexuel, ce soit au titre de ne pas l’avoir qu’elle aime, c’est-­à-dire, de réaliser ce qui est en somme le sommet de l’amour, de donner ce qu’el­le n’a pas. De sorte qu’en fin de compte, nous n’aurions, et après tout pourquoi ne pas l’admettre, de jouissance de la féminité comme telle que de ce départ homosexuel qui ne fait simplement qu’illustrer la fonction médiatrice que prend ce phallus qui alors nous permet de désigner sa place.

Car si ce dont il s’agit quant au statut du sujet, c’est de savoir ce que l’être perd à être celui qui parle ou qui pense, il s’agit aussi de savoir ce qui vient prendre la place de cette perte quand il s’agit de jouir. Et que l’organe privilégié de la jouissance y soit employé, quoi de plus naturel, c’est, si j’ose dire, ce que l’homme a sous la main. Mais alors, les choses se passent à deux degrés. Cet organe, comme tout organe, on l’emploie à une fonction. Loin que la fonction crée l’organe, il y a un tas d’animaux qui ont des organes dont ils n’ont certai­nement pendant longtemps jamais su que faire jusqu’à ce qu’ils aient trouvé un truc pour l’utiliser. je vous en donnerai de nombreux exemples. Naturellement, ce n’est pas des organes absolument comme le foie ou le cœur. Il y en a un qui a une petite scie dans l’œsophage; il faut se donner tellement de mal pour com­prendre ce qu’il peut en faire qu’on admire que lui ait réussi à en faire quelque chose. Ben, c’est pareil.

C’est avec ce pénis qu’on va faire quelque chose de beaucoup plus intéressant à savoir un signifiant, un signifiant de la perte qui se produit au niveau de la jouissance de par la fonction de la loi. Et ce qui est important, ça n’est pas sa fonction comme signifiant. Quand vous aurez regardé d’un petit peu plus près, que la plupart de vous ne le font, ce qu’on appelle dans le langage des mor­phèmes, vous saurez la fonction qu’il y a à ce qu’on appelle le cas de la forme du non marqué. Il pourrait y avoir là une désinence ou une flexion qui indi­querait que c’est le futur, le passé, le substantif, le partitif ou le torsif. Et que ça a un sens qu’il n’y ait justement pas de marque à cette place. Là est l’essence de la fonction de signifiance et si la femme garde, conserve, porté à une puissance supérieure ce que lui donne de n’avoir pas le phallus, c’est justement de pouvoir faire de cette fonction du phallus le parfait accomplissement de ce qu’est au cœur de la castration le mot phallus, c’est-à-dire la castration elle-même, c’est de pouvoir en porter la fonction de signifiance en ce point d’être non marquée.

C’est là-dessus que je terminerai aujourd’hui, certainement forcé d’abré­ger étant donné l’heure. je pense tout au moins pour ceux qui sont ici et dont je désire qu’ils saisissent tout particulièrement où va nous mener la réémergence de ce complexe de castration dont plus personne ne parle car il est assez frap­pant que dans le dernier article auquel je vous ai dit de vous reporter ce soit un père dominicain ni analysé, ni analyste lui non plus, qui fasse remarquer que dans un certain livre, on ne parle absolument pas du complexe de castration. Ce n’est pas étonnant. je ne lui ai pas appris ce que c’était. Il ne peut pas le savoir. Mais j’espère qu’avec, je pense, suffisamment de temps, c’est-à-dire pas plus que la fin de l’année, nous y aurons un peu avancé.

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