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Recherches Lacan

LXXIII LE SINTHOME 1975 – 1976 Leçon du 17 Février 1976

Leçon du 17 Février 1976

 

J’avais un espoir. Et ne vous faites pas l’idée que, qu’il s’agit de coquetterie, de titillage, comme ça. J’avais un espoir, j’avais mis un espoir dans le fait des vacances. Il y a beaucoup de monde qui s’en va. C’est vrai. Dans ma clientèle, c’est frappant, mais ici ça ne l’est pas. Je veux dire que je vois toujours les portes aussi encombrées, et pour tout dire, j’espérais que la salle serait allégée. Moyennant quoi, moyennant quoi je, et puis en plus, tout ça, tout ça m’exaspère, parce que c’est pas de très bon ton. Enfin, moyennant quoi j’espérais passer aux confidences. M’installer au milieu de, je sais pas, de, s’il y avait seulement la moitié de la salle, ça serait mieux. Il va falloir que je retourne à un amphithéâtre qui était l’amphithéâtre 3, si je me souviens bien, comme ça. Comme ça, je pourrai, je pourrai parler de façon un petit peu plus intime.

Ce serait quand même sympathique si je pouvais obtenir que, qu’on me réponde, qu’on collabore, qu’on s’intéresse. Ça me semble difficile de s’intéresser à ce qui est en somme, à ce qui devient une recherche. Je veux dire que je commence à faire ce qu’implique le mot recherche : à tourner en rond. Il y avait un-temps où j’étais un peu, un peu claironnant comme ça, je disais comme Picasso — parce que c’est pas de moi — : je ne cherche pas, je trouve; mais j’ai plus de peine maintenant à frayer mon chemin.

Bon, alors je vais quand même rentrer dans ce que je suppose —c’est une pure supposition, j’en suis réduit à supposer —, à ce que je suppose que vous avez entendu la dernière fois. Et pour entrer dans le vif, je l’illustre (Fig. 51).

Voilà un nœud.

Alors, c’est le nœud qui se déduit de ce qui n’est pas un nœud, car le nœud borroméen, contrairement à son nom qui, comme tous les noms, reflète un sens, il a le sens qui permet dans la chaîne, dans la chaîne borroméenne, de situer quelque part le sens.

Il est certain que, que si ceci, (Fig.52) nous appelons

cet élément de la chaîne l’Imaginaire et cet autre le Réel et celui-là, le Symbo1iquc, le sens sera là. Nous ne pouvons pas espérer mieux, espérer de le placer ailleurs, parce que tout ce que nous pensons, nous en sommes réduits à l’imaginer. Seulement nous ne pensons pas sans mots, contrairement à ce que des psychologues, ceux de l’école de Würzburg, ont avancé.

Bon, comme vous le voyez, je suis un peu déçu, et j’ai de la peine à démarrer. Alors, je vais entrer dans le vif, et dire ce qui peut arriver, ce qui peut arriver à ce qui fait nœud. Pour ce qui fait nœud, c’est-à-dire, au minimum, le nœud à trois, celui dont je me contente puisque c’est le nœud qui se, qui se déduit de ceci que les trois ronds, les ronds de ficelle, comme autrefois j’avais avancé cette image, les ronds de ficelle de 1’ Imaginaire et du Réel et du Symbolique, ben il est clair que, qu’ils font nœud. Qu’ils font nœud, c’est à savoir que ils ne se contentent pas de pouvoir isoler, déterminer un certain nombre de champs de coincement, d’endroits où si on met le doigt, on se pince. On se pince aussi dans un nœud. Seulement le nœud est d’une nature différente.

Alors, si vous vous souvenez bien — naturellement je n’en espère pas autant —, si vous vous souvenez bien, j’ai avancé la dernière fois cette remarque, cette remarque qui ne va pas de soi, qu’il suffit qu’il y ait une erreur quelque part dans le nœud à trois; supposez, par exemple, qu’au lieu de passer au-dessous, ici, ça passe au-dessus (Fig. 51). Ben, ça suffit à faire, bien sûr, ça va de soi parce que chacun sait qu’il n’y a pas de nœud à deux, il suffit donc qu’il y ait une erreur quelque part, pour que ceci, je pense que ça vous saute aux yeux, se réduise à un seul rond.

Ça ne va pas de soi, parce que si, par exemple, vous prenez le nœud à cinq, celui-là (Fig. 53), comme il y a un nœud à quatre qui est bien connu, qui s’appelle le nœud de Listing (Fig. 54), j’ai appelé celui-là comme ça, idée loufoque, le nœud de Lacan (Fig. 53). C’est en effet celui qui convient le mieux. Mais je vous dirai ça une autre fois. C’est en effet celui qui convient le mieux. Ouaih C’est absolument sublime; comme chaque fois qu’on dessine un nœud, on risque ce se tromper, tout à l’heure, tout à l’heure au moment où je dessinais ces choses pour vous les présenter, j’ai eu affaire à quelque chose d’analogue, qui a forcé Gloria à remettre ici une pièce. Et comme c’est quelque chose d’analogue, parce que, en dessinant comme ça, on se trompe.

Donc, ce nœud-là, si vous vous trompez en un de ces deux points, c’est la même chose que pour le nœud à trois le tout se libère. Il est manifeste ici que ça ne fait qu’un rond.

Si, par contre, vous vous trompez en un de ces trois points-la 1, 2, 3, vous pouvez constater que ça se maintient comme nœud, c’est-à-dire que ça reste un nœud à trois. Ceci pour vous dire que ça ne va pas de soi qu’en se trompant en un point d’un nœud, tout le nœud s’évapore, si je puis m’exprimer ainsi.

Bon, alors, ce que j’ai dit la dernière fois est ceci, faisant allusion au fait que le symptôme, ce que j’ai appelé cette année le sinthome, que le sinthome est ce qui, dans le borroméen, la chaîne borroméenne, est ce qui permet, dans cette chaîne borroméenne, si nous n’en faisons plus chaîne, c’est à savoir si, ici (Fig. 55), nous faisons ce que j’ai appelé une erreur. Ici et aussi ici.

C’est-à-dire du même coup si le Symbolique se libère, comme je l’ai autrefois bien marqué, nous avons un moyen de réparer ça, c’est de faire ce que, pour la première fois j’ai défini comme le sinthome. A savoir le quelque chose qui permet au Symbolique, à l’Imaginaire et au Réel, de continuer de tenir ensemble, quoique là aucun ne tient plus avec l’autre, ceci grâce à deux erreurs.

Je me suis permis de définir comme sinthome ce qui, non pas permet au nœud, au nœud à trois, de faire encore nœud à trois mais ce qu’il conserve dans une position telle qu’il- ait l’air de faire nœud à trois. Voilà ce que j’ai avancé tout doucement la dernière fois. Et, je vous le réévoque incidemment, j’ai pensé — faites-en ce que vous voudrez de ma pensée —, j’ai pensé que c’était là la clé de ce qui était arrivé à Joyce. Que Joyce a un symptôme qui part, qui part de ceci que son père était carent : radicalement carent, il ne parle que de ça.

J’ai centré la chose autour du nom, du nom propre. Et j’ai pensé que — faites-en ce que vous voulez de cette pensée — et j’ai pensé que c’est de se vouloir un nom que Joyce a fait la compensation de la carence paternelle. C’est tout au moins ce que j’ai dit. Parce que je pouvais pas dire mieux. J’essaierai d’articuler ça d’une façon plus précise. Mais il est clair que l’art de Joyce est quelque chose de, de tellement particulier, que le terme sinthome est bien ce qui lui, ce qui lui convient.

Il se trouve que, vendredi, à ma présentation de quelque chose qu’on considère généralement comme un cas, un cas de folie assurément. Un cas de folie qui, qui a commencé par le sinthome : paroles imposées. C’est tout au moins ainsi que le patient articule lui-même ce quelque chose qui paraît tout ce qu’il y a de plus censé dans l’ordre, dans l’ordre d’une articulation que je peux dire être lacanienne. Comment est-ce que nous ne sentons pas tous que des paroles dont nous dépendons, nous sont en quelque sorte imposées ? C’est bien en quoi ce qu’on appelle un malade va quelquefois plus loin que ce qu’on appelle un homme bien portant. La question est plutôt de savoir pourquoi est-ce qu’un homme normal, dit normal, ne s’aperçoit pas que la parole est un parasite ? Que la parole est un placage. Que la parole est la forme de cancer dont l’être humain est affligé. Comment est-ce qu’il y en a qui vont jusqu’à le sentir? –

Il est certain que, que là-dessus, Joyce nous donne un petit soupçon. Je veux dire que je n’ai pas parlé la dernière fois de sa fille, Lucia, puisqu’il a donné à ses enfants des noms italiens, je n’ai pas parlé de la fille Lucia par, par un dessein de ne pas donner dans, dans ce qu’on peut appeler la petite histoire. La fille Lucia vit encore. Elle est dans une maison de santé, en Angleterre. Elle est ce qu’on appelle, comme ça, couramment, une schizophrène.

Mais la chose m’a été, lors de ma dernière présentation de cas, rappelée, en ceci que le cas que je présentais avait subi une aggravation. Après avoir eu le sentiment, sentiment que je considère, quant à moi, comme censé, le sentiment de paroles qui lui étaient imposées, les choses se sont aggravées. Et qu’il a eu le sentiment, non seulement que des paroles lui étaient imposées, mais qu’il était affecté de ce qu’il appelait lui-même télépathie. Qui n’était pas ce qu’on appelle couramment de ce mot, à savoir d’être averti de choses qui arrivent aux autres, mais que par contre tout le monde était averti de ce qu’il se formulait lui-même, à part lui; à savoir ses réflexions les plus intimes, et tout à fait spécialement les réflexions qui lui venaient en marge des fameuses paroles imposées. Car il entendait quelque chose : sale assassinat politique par exemple. Ce qu’il faisait équivalent à sale assistanat politique. On voit bien que là le signifiant se réduit à ce qu’il est, à l’équivoque, à une torsion de voix. Mais à sale assistanat ou à sale assassinat dit politique, il se disait à lui-même, en réponse, quelque chose, à savoir quelque chose qui commençait par un mais et qui était sa réflexion à ce sujet; et ce qui le rendait tout à fait affolé, c’était la pensée que ce qui se faisait comme réflexion en plus, en plus de ce qu’il considérait comme des paroles qui lui étaient imposées, c’était cela qui était aussi connu de tous les autres. Il était donc, comme il s’exprime, télépathe émetteur. Autrement dit, il n’avait plus de secret. Et, cela-même, c’est cela qui lui a fait commettre une tentative d’en finir; la vie lui étant de ce fait, de ce fait de n’avoir plus de secret, de n’avoir plus rien de réservé, qui lui a fait commettre ce qu’on appelle une tentative de suicide, qui était aussi bien ce pourquoi il était là et ce pourquoi j’avais, en somme, à m’intéresser à lui.

Ce qui m’a, me pousse aujourd’hui à vous parler de la fille Lucia, est très exactement ceci, je m’en étais bien gardé la dernière fois, pour ne pas tomber dans la petite histoire, c’est que Joyce, Joyce qui a défendu farouchement sa fille, sa fille la schizophrène, ce qu’on appelle schizophrène, contre la prise des médecins, Joyce n’articulait qu’une chose, c’est que sa fille était une télépathe. Je veux dire que, dans les lettres qu’il écrit à son propos, il formule qu’elle est beaucoup plus intelligente que tout le monde, qu’elle l’informe, miraculeusement est le mot sous-entendu de tout ce qu’il arrive à un certain nombre de gens, que pour elle ces gens n’ont pas de secrets.

Est-ce qu’il n’y a pas là quelque chose de saisissant ? Non pas du tout que je pense que Lucia fût effectivement une télépathe, qu’elle sût ce qui arrivait à des gens dont elle n’avait pas de, sur lesquels elle n’avait pas plus d’informations qu’une autre. Mais que Joyce, lui, attribue cette vertu sur un certain nombre de signes, de déclarations que lui, il entendait d’une certaine façon, c’est bien le quelque chose où je vois que pour défendre, si on peut dire, sa fille, il lui attribue quelque chose qui est dans le prolongement de ce que j’appellerai momentanément son propre symptôme. C’est à savoir — il est difficile dans son cas de ne pas évoquer, de ne pas évoquer mon propre patient tel que chez lui ça avait commencé —, c’est à savoir qu’à l’endroit de la parole, on ne peut pas dire que quelque chose n’était pas à Joyce imposé. Je veux dire que dans le progrès en quelque sorte continu qu’a constitué son art, à savoir cette parole, parole qui vient à être écrite, de la briser, de la démantibuler, de faire qu’à la fin ce qui, à la lire, paraît un progrès continu — depuis l’effort qu’il faisait dans ses premiers essais critiques, puis ensuite, dans le Portrait de l’Artiste, et enfin dans Ulysse pour terminer par Finnegan’s Wake —, il est difficile de ne pas voir qu’un certain rapport à la parole lui est de plus en plus imposé. Imposé au point qu’il finit par, par dissoudre le langage même, comme l’a noté fort bien Philippe Sollers, je vous ai dit ça au début de l’année, imposer au langage même une sorte de brisure, de décomposition qui fait que il n’y a plus d’identité phonatoire.

Sans doute y a-t-il là une réflexion au niveau de l’écriture. Je veux dire que c’est par l’intermédiaire de l’écriture que la parole se décompose en s’imposant. En s’imposant comme telle. A savoir dans une déformation dont reste ambigu de savoir si c’est de se libérer du parasite, du parasite parolier dont je parlais tout à l’heure, qu’il s’agit, ou au contraire de quelque chose qui se laisse envahir par les propriétés d’ordre essentiellement phonémiques de la parole, par la polyphonie de la parole.

Quoiqu’il en soit que Joyce articule à propos de Lucia, pour la défendre, qu’elle est une télépathe, me paraît — en raison de ce malade dont je considérais le cas la-dernière fois que j’ai fait ce qu’on appelle ma présentation à Ste Anne —, me paraît certainement indicatif. Indicatif de quelque chose dont je dirai que Joyce, que Joyce témoigne en ce point même (Fig. 56), qui est le point que j’ai désigné comme étant celui de la carence du père. Ce que je voudrais marquer, c’est que ce que j’appelle, ce que je désigne, que je supporte du sinthome qui est ici marqué d’un rond, d’un rond de ficelle, ce qui est censé, par moi, se produire à la place même où, disons, le tracé du nœud fait erreur.

Il nous est difficile de ne pas voir que le lapsus est ce sur quoi, en partie, se fonde la notion de l’Inconscient. Que le mot d’esprit en soit aussi, il n’est, il est à verser au même compte si je puis dire. Car, après tout, le mot d’esprit, il n’est pas impensable qu’il résulte d’un lapsus. C’est tout au moins ainsi que Freud lui-même l’articule, c’est à savoir que c’est un court-circuit; que, comme il l’avance, c’est une économie au regard d’un plaisir, d’une satisfaction. Que ce soit à la place où le nœud rate, où il y a une sorte de lapsus du nœud lui-même, est quelque chose qui est bien fait pour nous retenir, que je, moi-même, il m’arrive comme je l’ai montré ici, de rater à l’occasion, c’est bien ce qui, en quelque sorte, confirme, qu’un nœud ça se rate. Ça se rate, tout aussi bien que l’Inconscient est là pour nous montrer que c’est à partir, c’est à partir de sa consistance à lui, à l’Inconscient, qu’il y a des tas de ratés.

Mais, si ici se renouvelle la notion de faute, est-ce que la faute, ce dont la conscience fait le péché, est de l’ordre du lapsus ? L’équivoque du mot est aussi bien ce qui permet de, de le penser; de passer d’un sens à l’autre. Est-ce qu’il y a dans la faute, cette faute première dont Joyce nous fait tellement d’état, est-ce qu’il y a quelque chose de l’ordre du lapsus? Ceci, bien sûr, n’est pas sans évoquer tout un imbroglio. Mais nous en sommes là, nous sommes dans le nœud, et du même coup dans l’embrouille.

Ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’à vouloir corriger le lapsus au point même où il se produit, qu’est-ce que ça ‘veut dire qu’il se produise là ? Il y a équivoque puisque en deux autres points, nous avons la conséquence du lapsus qui s’est produit’ ailleurs Le frappant est que, ailleurs, ça n’a pas les mêmes conséquences. C’est ce que j’illustre de la façon qu’ici (Fig. 57) j’ai essayé de dessiner.Vous pouvez, si vous faites attention, vous pouvez voir d’une façon dont le nœud répond, vous pouvez voir que à réparer par un sinthome au point même où le lapsus s’est produit, vous n’obtenez pas le même nœud en mettant le sinthome à la place même où s’est produite la faute, ou bien en corrigeant de même par un sinthome la chose en les deux autres points. Car en corrigeant la chose, le lapsus, dans les deux autres points, ce qui est aussi concevable, puisque ce dont il s’agit, c’est de faire que quelque chose subsiste de la primitive structure du nœud à trois. Le quelque chose qui subsiste du fait de l’intervention du sinthome est différent quand ça se produit au point même du lapsus, est différent de ce qui se produit si, de la même façon, corrigée, dans les deux autres points du nœud à trois par un sinthome.

Chose frappante, il y a quelque chose de commun dans la façon dont se nouent, se nouent les choses, il y a quelque chose qui se marque à une certaine direction, à une certaine orientation, à une certaine, disons, dextrogyrie, de la compensation, mais il n’en reste pas moins clair qu’ici (Fig. 59), ce qui résulte de la compensation nouée, de la compensation par le sinthome, est différente de ce qui se produit ici et là. La nature de cette différence est ceci, c’est que entre ceci et ceci, à savoir le sinthome et la boucle qui se fait ici, si je puis dire, spontanément, est inversible de ceci à cela, à savoir le huit, disons, rouge et le rond vert, est strictement équivalent.

A l’inverse, vous n’avez qu’à prendre un nœud de huit, fait ainsi, vous obtiendrez très aisément l’autre forme. Il n’y a rien de plus simple.

C’est même imaginable. Il vous suffit de concevoir que vous tirez les choses de telle sorte, je parle sur le rouge, de sorte à faire que le rouge fasse ici un rond. Rien de plus facile que devoir, de sentir qu’il y a toutes les chances que ce qui est alors d’abord rond vert deviendra un huit vert. Et à l’usage, vous verrez que c’est un huit exactement de la même forme, de la même dextrogyrie. I ly a donc strictement équivalence et il n’est, après ce que j’ai frayé autour du rapport sexuel, il n’est pas difficile de suggérer que, quand il y a équivalence, c’est bien en cela qu’il n’y a pas de rapport.

Si, pour un instant, nous supposons que ce qu’il en est de ce qui, dès lors, est un ratage du nœud, du nœud à trois, ce ratage est strictement équivalent, il n’y a pas besoin de le dire, dans les deux sexes. Et si ce que nous voyons ici comme équivalent est supporté du fait que, aussi bien dans un sexe que dans l’autre, il y a eu ratage, ratage du nœud, il est clair que le résultat est ceci, que les deux sexes sont équivalents. A ceci près, pourtant, que si la faute est réparée à la place même (Fig.60) les deux sexes, ici symbolisés par les deux couleurs, les deux sexes ne le sont plus, équivalents. Car vous voyez ici ce qui correspond à ce que j’ai appelé tout à l’heure l’équivalence, ce qui y correspond est ceci qui est loin d’être équivalent. Si, ici, une couleur peut être remplacée par l’autre, inversement ici, vous voyez que le rond vert est, si je puis dire, interne à l’ensemble de ce qui est ici supporté par le double huit rouge et qui, ici, se retrouve dans le double huit vert.(Fig.59?)

Ceux-là, et c’est intentionnellement que je l’ai inscrit de cette façon, c’est pour que vous les reconnaissiez comme tels, le vert, à ce double huit, est interne, ici, le rouge est externe (Fig.57). C’est même là-dessus que j’ai fait travailler notre cher Jacques-Alain Miller qui était à ma maison de campagne, en même temps que je cogitais ceci. Je lui ai, à juste titre, contrairement à ce que je lui ai dit, je lui ai avancé cette forme en le priant de découvrir l’équivalence qui aurait pu se produire. Mais il est clair que l’équivalence ne peut pas se produire comme il apparaît de ceci, c’est que le vert, au regard du double huit et du huit rouge, est quelque chose qui ne saurait franchir, si je puis dire, la bande externe de ce double huit rouge. (Fig.61?)

Il n’y a donc pas au niveau du sinthome, il n’y a pas équivalence du rapport du vert et du rouge, pour nous contenter de cette désignation simple. C’est dans la mesure où il y a sinthome qu’il n’y a pas équivalence sexuelle, c’est-à-dire qu’il y a rapport. Car il est bien sûr que si nous disons que le non-rapport relève de l’équivalence, c’est dans la mesure où il n’y a pas équivalence que se structure le rapport. Il y a donc à la fois rapport sexuel et pas rapport. A ceci près que là où il y a rapport, c’est dans la mesure où il y a sinthome. C’est-à-dire où, comme je l’ai dit, c’est du sinthome qu’est supporté l’autre sexe.

Je me suis permis de dire que le sinthome, c’est très précisément le sexe auquel je n’appartiens pas, c’est-à-dire une femme. Si une femme est un sinthome pour tout homme, il est tout à fait clair qu’il y a besoin de trouver un autre nom pour ce qu’il en est de l’homme pour une femme; puisque justement le sinthome se caractérise de la non-équivalence. On peut dire que l’homme est pour une femme tout ce qui vous plaira, à savoir une affliction, pire qu’un sinthome, vous pouvez bien l’articuler comme il vous convient, un ravage même, mais, s’il n’y a pas d’équivalence, vous êtes forcés de spécifier ce qu’il en est du sinthome.

Il n’y a pas d’équivalence, c’est la seule chose, c’est le seul réduit où se supporte ce qu’on appelle chez le parlêtre, chez l’être humain, le rapport sexuel. Est-ce que ce n’est pas ce que nous démontre ce qu’on appelle, c’est un autre usage du terme, la clinique, c’est le cas de le dire, le lit ? Quand nous voyons les êtres au lit, c’est quand même là, pas seulement dans les lits d’hôpital, c’est tout de même là que nous pouvons nous faire une idée de ce qu’il en est de ce fameux rapport. Ce rapport se lie, c’est le cas de le dire, l-i-e, cette fois-ci, ce rapport se lie à quelque chose dont je ne saurais avancer, et c’est bien ce qui résulte, mon Dieu, de tout ce que j’entends sur un autre lit, sur le fameux divan où on m’en raconte à la longue, c’est que le lien, le lien étroit du sinthome, c’est ce quelque chose dont il s’agit de situer ce qu’il a à faire avec le Réel, avec le Réel de l’Inconscient, si tant est que l’Inconscient soit réel.

Comment savoir si l’Inconscient est réel ou imaginaire ? C’est bien là la question. Il participe d’une équivoque entre les deux, mais de quelque chose dans quoi, grâce à Freud, nous sommes dès lors engagés, et engagés à titre, à titre de sinthome. Je veux dire que désormais, c’est au sinthome que nous avons affaire dans le rapport lui-même, tenu par Freud pour naturel, ce qui ne veut rien dire, le rapport sexuel.

C’est là-dessus que je vous laisserai aujourd’hui, puisque aussi bien il faut que je marque d’une façon quelconque ma déception de ne pas vous avoir ici rencontrés plus rares.

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