mercredi, février 21, 2024
Recherches Lacan

LXVI D'un Autre à l'autre 1968 – 1969 LEÇON du 18 JUIN 1969

LEÇON du 18 JUIN 1969

Je serais d’une humeur plus excellente si je n’avais pas envie de bailler comme vous venez de me le voir faire, du fait que j’ai eu, je ne sais pourquoi, par pur hasard, une nuit courte. Mon humeur excellente se fonde sur ces choses qu’on a entre deux portes et qui s’appellent un espoir, en l’occasion, de ce qu’il serait possible, si les choses tournaient d’une certaine façon, que je sois libéré de cette sublimation hebdomadaire qui consiste dans mes relations avec vous. “Tu ne me vois pas d’où je te regarde” avais-je énoncé au cours d’un de ces séminaires des années précédentes, pour caractériser ce qu’il en est d’un type de l’objet a en tant qu’il est fondé dans le regard, qu’il n’est rien d’autre que le regard. “Tu ne me dois rien d’où je te dévore”, tel est le message que je pourrais bien recevoir de vous sous la forme que j’ai définie sous sa forme inversée en tant qu’il est le mien lui-même, et que je n’aurai plus chaque semaine à faire ici l’aller et retour autour d’un objet a qui est proprement ce que je désigne ainsi d’une formule qui, vous le sentez — devoir, dévoration — s’inscrit dans ce qu’on appelle à proprement parler la pulsion orale qu’on ferait mieux de rapporter à ce qu’elle est, la chose placentaire, ce en quoi je me plaque comme je peux sur ce grand corps que vous constituez pour constituer de ma substance quelque chose qui pourrait faire pour vous l’objet d’une satisfaction. “Oh ! ma mère Intelligence” comme disait je ne sais plus qui.

Je vais donc aujourd’hui ne tenir qu’à moitié parole par rapport à ce que je vous avais dit la dernière fois, puisque c’est seulement sous forme de devinette que je vous interroge rapidement sur ce qui peut s’ébaucher dans votre esprit sur ceci d’où peut se justifier que je ne dispose plus, à partir de l’année prochaine, de cet endroit où vous me faites l’honneur, au titre de ce que j’y produis, d’affluer. J’étais chargé de conférences par une école assez noble, celle dite des Hautes Etudes, abri m’a été offert par cette Ecole dans cette Ecole ici, Normale Supérieure, qui est un lieu préservé, qui se distingue par toutes sortes de privilèges à l’intérieur de l’Université. C’est un philosophe éminent, que je désigne, je pense, suffisamment en ces termes — un philosophe éminent, il n’y en a pas des tas — qui professe ici, qui s’est fait mon intercesseur auprès de l’administration d’ici pour que j’occupe cette salle. Est-ce cette occupation même qui peut servir de raison à ce que je rien dispose plus ? Je ne pense pas que je l’occupe à une heure où elle puisse être de quiconque enviable ? Est-ce que ce soit de ma présence qui ici engendre une sorte de confusion que mon enseignement s’autorise de l’Ecole Normale Supérieure, que je viens de caractériser ainsi par l’éminence dont elle bénéficie dans l’Université ou plus exactement exclue d’elle d’une certaine façon. Il faut ici remarquer que je ne me suis jamais autorisé ici que du champ dont j’essaie de maintenir dans son authenticité la structure et qu’à la vérité je ne me suis jamais autorisé de rien d’autre, et tout spécialement pas que ces énoncés se produisent au niveau de l’Ecole Normale. Peut-être mon voisinage a-t-il induit un certain mouvement dans l’Ecole Normale, limité d’ailleurs, court et qui en aucun cas ne semble pouvoir s’inscrire à l’étage du déficit. Les Cahiers pour l’Analyse qui sont parus, en quelque sorte induits par le champ de mon enseignement, ne peuvent pas passer pour un effet de déficit, même si on peut dire que ce n’est pas moi du tout qui y ai fait le travail.

Donc beaucoup de raisons ici pour qu’il n’y ait aucune urgence qu’on me distingue de l’Ecole Normale. Certainement il y a eu quelque part, en un endroit unique, une confusion faite à cet endroit, c’est à savoir une personne dont je vous avais signalé, au niveau du 8 janvier dernier, que dans un article, je dois dire assez comique, qui était paru dans une revue qui l’abritait fort bien, la Nouvelle Revue Française, quelqu’un faisait état de je ne sais quoi qu’on appelait extrait, voire exercice de mon style, et à ce propos j’étais qualifié, intitulé de ce qu’on appelait ma qualité de professeur, que je n’ai certainement pas, et à l’Ecole Normale encore moins.

Que si c’était en raison de cette confusion dans un article qui, par ailleurs, en marquait bien d’autres, confusions, je veux dire qui articulait mon enseignement en fonction de je ne sais quoi qui en aurait fait un commentaire de Saussure, ce qu’il n’a jamais été, j’ai pris de Saussure comme on s’empare d’un instrument, d’un appareil, et à l’usage de bien d’autres fins, du champ que je désignai tout à l’heure, qu’à ce propos il ait été fait état de je ne sais quoi qui se serait articulé de rien d’autre que du fait que je l’aurais lu, comme on dit, en diagonale, ceci montre simplement chez la personne qui avait écrit cet article une surprenante ignorance des usages que peut avoir ce mot de diagonale, puisqu’il est tout à fait clair que je n’ai pas lu de Saussure en diagonale au sens où je lis les articles du Monde en diagonale, ils sont faits pour ça, les cours de Saussure certainement pas, et que d’autre part la méthode dite diagonale est bien connue pour sa fécondité en mathématiques, à savoir pour révéler que, de toute sériation qui se prétend exhaustive on peut, par la méthode diagonale, extraire quelque autre entité qu’elle n’enserre pas dans sa série. En ce sens, j’accepterai assez volontiers d’avoir fait de de Saussure un usage diagonal. Mais qu’à partir de là, c’est-à-dire de ce qui procède d’un manque de critique, qu’on fasse état d’une inadvertance pour être bienveillant qui aille tout à fait au-delà de ce manque de critique encore, pour y trouver matière à considérer que quelque tierce instance puisse y voir la justification d’une mesure de précaution, alors qu’il suffirait très simplement, cette inadvertance, de faire remarquer que ce n’est rien d’autre, et de la part de quelqu’un qui en fait preuve assez dans le resta de son texte, il y a là quelque chose évidemment d’assez singulier et qui suggère ceci en fin de compte que l’on pourrait énoncer que la discussion sur le savoir est exclue de l’Université, puisqu’on peut admettre que si quelqu’un qui manifestement se trompe sur un point peut sur un autre avancer une qualification inexacte, ceci à soi tout seul justifie qu’on ait à rectifier par une mesure autre que de faire remarquer à la personne qu’il ne saurait y avoir de confusion, c’est bien la conclusion qu’à l’instant j’indique et qui mérite qu’on l’en tire.

Je laisserai là donc les choses, vous laissant en suspens sur le fait de pouvoir en dire plus aujourd’hui ; je vous donne expressément rendez-vous, donc, à la prochaine fois qui sera mon prochain séminaire où, en admettant qu’il est en tout cas pour cette année le dernier, je crois pouvoir en tout cas vous promettre que je vous distribuerai un certain nombre de petits papiers que j’ai dans cette serviette, déjà préparés à votre intention, qui au cas où cet accent dernier se trouverait se renforcer de la suite, marqueront au moins quelque chose qui ne sera bien entendu pas un diplôme mais un petit signe qui vous restera de votre présence ici cette année.

Là-dessus, je reprends ce que j’avais donc énoncé la dernière fois, c’est à savoir ce sur quoi pointe ce que cette année j’ai entendu articuler des termes de D’un Autre à l’autre et à quoi j’ai pu la dernière fois donner une certaine forme structurale. Je rappelle qu’en somme ce dont il s’agit est ceci que tout ce qui se laisse prendre dans la fonction du signifiant ne peut plus jamais être 2 sans que se creuse au lieu dit de l’Autre ce quelque chose auquel j’ai donné la dernière fois le statut de l’ensemble vide, pour indiquer de quelle façon, au point présent de la logique, peut s’écrire ce qui, en l’occasion et sans exclure que cela puisse s’écrire autrement, ce qui, dis-je, change le relief du réel.

Je récris le 1, ce cercle qui nous a servi d’abord à inscrire l’Autre et dans ce cercle, pris ici en fonction d’ensemble, deux éléments, le 1, et puis ceci qui, s’il est l’Autre encore, est à prendre ici au titre d’ensemble, ensemble dont pour des raisons liées à l’usage mathématique il serait abusif d’y mettre un O pour en désigner l’ensemble vide ; il est donc plus correct de le représenter selon le mode classique de la théorie des ensembles ainsi, à savoir y marquer cette barre oblique dont vous savez que par ailleurs je fais usage. Tout ce qui se laisse prendre dans la fonction du signifiant ne saurait plus être 2 sans que se creuse, et d’une façon qui ordonne le champ de cette relation duelle, d’une façon telle que rien ne puisse plus y passer sans s’obliger à faire le tour de ceci ici à l’extrême droite que j’ai appelé ensemble vide, et qui est proprement — ceci pour ceux qui ont mis du temps à l’entendre — ce que toujours, dans mes Ecrits comme aussi bien dans mes propositions, j’ai désigné de l’un-en-plus. Ceci donc veut dire, indique qu’à mesure que mon discours, si je puis dire, avançait, s’il m’a fallu dans la fonction et dans le champ de la parole et du langage, introduire ce qu’il en était de la fonction de l’inconscient en recourant à ce terme fragile et combien problématique de l’intersubjectivité, pour mettre l’accent de plus en plus sur ce qui bien entendu s’impose de la seconde topique de Freud, à savoir que rien ne s’y joue ni fonctionne ni ne s’y règle, que de ces corrélats intrasubjectifs, ici vient l’accent mis sur cette fonction comme décisive de l’un-en-plus comme extérieure au subjectif.

Considérons le dessin sur lequel déjà la dernière fois j’ai fait jouer ce que j’ai voulu vous articuler de ce propos que je reprends aujourd’hui. Un sujet, ai-je dit, en l’impliquant dans la formule qu’un signifiant le représente pour un autre signifiant, qui ne voit comment d’un Autre s’inscrit déjà dans cette formule. Ce signifiant auprès de quoi le sujet se représente est proprement cet un Autre dont il s’agit dans mon titre, cet un Autre qu’ici vous voyez inscrit en ceci qu’il est la ressource auprès de quoi, dans ce champ de l’Autre, ce qui a à fonctionner de sujet se représente. Cet un dans l’Autre comme tel ne saurait aller sans comporter l’un-en-plus . C’est pourquoi c’est seulement au moment que s’inscrivent ces trois signifiants de base, en tant qu’ils portent déjà par eux effet de signifiant et qu’ils suffisent à devoir être inscrits ainsi, comme vous le voyez d’une façon qui ne va pas de soi, qui a demandé des mois et des années d’explication, pour ceux-là même dont la pratique ne saurait un instant se soutenir sans se référer à cette structure, j’entends les psychanalystes, à soi tout seul, ces trois termes inscrits sous ce mode d’inscription, ces trois termes constituent bien, au titre de ce qu’ils impliquent déjà, avant qu’il soit question d’en faire surgir l’apparition du sujet, une structure, déjà, ils constituent par leur articulation un savoir.

Cet un Autre ici inscrit du 1 à gauche dans le cercle, se démontre pour ce qu’il est, à savoir un dans l’Autre, celui auprès de quoi le sujet trouve à se représenter de l’Un. Qu’est-ce à dire ? D’où vient-il, cet 1, cet 1 auprès de quoi le sujet va être représenté par l’1 ? Il est clair qu’il vient de la même place que cet 1 qui représente, que là est le premier temps dont se constitue l’Autre, et que si la dernière fois j’ai, ce lieu de l’Autre, je l’ai comparé à un cheval de Troie qui fonctionnerait en sens inverse, à savoir qui engloutirait chaque fois une nouvelle unité dans son ventre au lieu de les laisser dégorger sur la ville nocturne, c’est bien qu’en effet cette entrée du premier 1 est fondatrice, fondatrice en ceci qui est très simple, c’est que c’est le minimum nécessaire pour que ceci soit, que l’Autre ne saurait d’aucune façon se contenir lui-même sauf à l’état de sous-ensemble.

Entendons-nous bien. Peut-on dire qu’ici cet Autre se contient lui-même, si cet ensemble vide, je le meuble de ceci qui répète ces éléments, un 1 d’abord, et l’ensemble vide ? Il n’est pas vrai qu’on puisse dire que c’est là se contenir soi-même, car cet ensemble ainsi transformé, il s’inscrit des éléments que nous venons de dire, et la totalité de ces éléments n’est pas ce qui ici se reproduit du couple d’abord inscrit comme celui du premier ensemble Ei, à savoir l’élément 1, puis l’ensemble vide, l’ensemble vide où maintenant est reproduit l’élément 1, l’ensemble vide. Il n’y a donc pas de question de l’ensemble de tous les ensembles qui ne se contiendraient pas eux-mêmes, pour la simple raison qu’au niveau de l’ensemble, il n’y a jamais d’ensembles qui se contiennent eux-mêmes. Ce n’est pas pour constituer un ensemble que de parler de l’ensemble de tous les ensembles qui ne se contiennent pas eux-mêmes. Mais il est clair que la question de savoir si l’ensemble peut, oui ou non, se contenir lui-même ne se pose, ne peut se poser qu’à avoir absorbé cet un Autre pour qu’en son inclusion apparaisse comme l’un-en-plus l’ensemble vide, pour la raison qui fonde l’ensemble vide comme ne pouvant en aucun cas être 2. Il n’y a pas d’ensemble vide qui contienne un ensemble vide. Il n’y a pas deux ensembles vides.

L’inclusion donc du premier 1 est ce qui nécessite ceci qu’au champ de l’Autre, la formule la plus simple à ce que s’inscrive 2 est l’1, élément, et l’ensemble vide, pour autant qu’il n’est rien que ce qui se produit dans un ensemble à un élément, à en distinguer les sous-ensembles. Le 1 à soi tout seul a longtemps suffi, qui a fait dire que l’Autre, c’était 1’1, confusion en ceci qu’était méconnue la structure de l’ensemble, et que même dans l’ensemble à un élément posé comme tel, il sort à titre de sous-ensemble cet un-en-plus qu’est l’ensemble vide. En d’autres termes l’Autre a besoin d’un autre pour devenir l’un-en-plus, c’est-à-dire ce qu’il est lui-même. Ce qui se produit donc de l’un à l’autre, en tant que c’est un deuxième, c’est un autre signifiant, et dans l’Autre, c’est proprement ceci qui fait que ce n’est qu’au niveau du second 1, de S2 si vous voulez ainsi l’écrire, que le sujet vient à être représenté. L’intervention du premier 1, du Si comme représentation de sujet n’implique l’apparition du sujet comme tel qu’au niveau de S2, du second 1. Et dès lors, ce que j’ai fait remarquer l’autre jour, c’est à savoir que l’un-en-plus , l’ensemble vide, c’est S(A) c’est-à-dire le signifiant de l’Autre, A inaugural.

Ce que ceci nous montre, c’est qu’il va, dans la structure ainsi définie, que le rapport du 1 inscrit dans le premier cercle de l’Autre à ce second cercle de l’un-en-plus qui peut lui-même contenir l’1 + l’un-en-plus qui se distingue de ce rapport, à cet 1, et seulement par-là de n’être pas le même ensemble vide, mais qui peut répéter la même structure indéfiniment, cette même structure indéfiniment répétée du 1, cercle 1, cercle 1, et ainsi de suite, c’est cela qui définit l’Autre, à savoir c’est cela même qui constitue l’instance comme telle de l’objet a . C’est indispensable qu’il y ait au moins un élément réduit à l’élément 1 dans l’Autre, c’est ce qui longtemps a fait prendre l’Autre pour 1. Je vous l’ai dit, il y a une structure psychique qui restaure, si je peux dire, l’intégrité apparente du A, qui fonde dans une relation effective le S(A) comme non marqué de ce que désigne la barre du haut à gauche de notre graphe, S(A) qui n’est rien d’autre que l’identification de cette structure indéfiniment répétée que désigne l’objet a . A la vérité, l’apparente restauration de l’intégrité de l’Autre en tant qu’il est l’objet a, emploierai-je cette métaphore pour la désigner comme structure perverse, qu’elle est en quelque sorte le moulage imaginaire de la structure signifiante.

Nous allons voir tout à l’heure en effet ce qui, dans le jeu de l’identification psychique, remplit la place de ce A. Pour tout dire, voyons-le tout de suite, épelons les textes, prenant le premier cas à se présenter sous la figure de l’hystérique, à celui dont nous allons voir comment, celui, Freud, qui donne à cette économie sa première raison, lui emboîte le pas, comment, à propos de Anna O., ne pas s’interroger sur ce qu’il en est du rapport de ces récits, de cette talking cure, comme c’est elle-même qui l’énonce, qui en invente le terme, avec ce dont il s’agit au regard de ce symptôme particulièrement clair à désigner dans le cas de l’hystérique, quelque chose au niveau du corps qui se vide, un champ où la sensibilité disparaît, un autre connexe ou pas dont la motricité devient absente sans que rien d’autre qu’une unité signifiante puisse en rendre raison. L’anti-anatomisme du symptôme hystérique a été suffisamment mis en relief par Freud lui-même, c’est à savoir que si un bras hystérique est paralysé, c’est au titre de ce qu’il s’appelle bras et de rien d’autre, car rien dans une distribution réelle quelconque des influx ne rend raison de la limite qui en désigne le champ. C’est bien le corps ici qui vient à servir de support dans un symptôme originel, le plus typique à ce que, pour qu’il soit à l’origine de l’expérience analytique elle-même, nous l’interrogions.

Où est donc, au regard du progrès opéré par la cure parlante, la talking cure, comment ne pas rester au plus près du texte et sans même en savoir plus long – ce qui n’est plus le cas car nous en savons beaucoup plus, je veux dire qu’il s’impose d’ordonner autrement cette structure – comment ne pas voir que Freud ici est à la place du 1, ici placé comme intérieur, que c’est au niveau de Freud que s’instaure un certain sujet, que sans l’auditeur Freud, la question est de savoir comment il put se soumettre à cette fonction de pendant un an, deux ans, écouter tous les soirs, au moment qu’un état second marquait la coupe, la coupure dont une Dora, dont une Anna symptomatique se séparait de son propre sujet, comment ne pas s’interroger sur la relation cachée qui fait que simplement, à prendre les choses comme elles se présentent, c’est de ce qu’un sujet vienne à savoir quelque chose qui est un trait, rappelez-vous de cette observation, un trait d’ailleurs suivi à la façon d’une reprise historique, non pas perdu dans les ténèbres de je ne sais quoi d’oublié, simplement de coupé de l’année juste avant, et qui, à mesure qu’avec ce retard qui à lui tout seul doit pour nous avoir un sens, fait que Freud en étant informé, le symptôme dont le rapport n’est que lointain, n’est que forcé au regard de ce qui s’articule, le symptôme se lève.

Cette assise d’un sujet fait savoir dans un champ qui est celui de l’Autre, et son rapport avec ce quelque chose fait creux au niveau du corps, telle est la première ébauche qui, quand nous l’avons après des décades élaborée assez pour pouvoir, de cette structure en son unicité faire le rassemblement, au titre de ce qui fonctionne comme objet dit a, qui est cette structure même, nous puissions dire qu’au regard de ce corps vidé pour faire fonction de signifiant, il y a ce quelque chose qui peut s’y mouler et cette métaphore nous aidera à concevoir comme statue à proprement parler ce qui, au niveau du pervers, vient à fonctionner comme ce qui restitue comme plénitude, comme A sans barre, ce A. Pour apprécier la relation imaginaire de ce dont il s’agit dans la perversion, il suffit, cette statue dont je parle, de la saisir au niveau de la contorsion baroque qui n’est sensible à ce qu’elle représente d’incitation au voyeurisme qu’en tant même que celui-ci représente l’exhibition phallique. Comment ne pas voir qu’utilisée par une religion soucieuse de reprendre son empire sur les âmes au moment où il est contesté, la statue baroque, quelle qu’elle soit, quelque saint ou sainte qu’elle représente, voire la vierge Marie, est proprement ce regard qui est fait pour que devant, l’âme s’ouvre. Le rapprochement que j’ai fait d’un seul trait de la structure perverse avec je ne sais quelle capture qu’il faut bien appeler idolâtre de la foi, si elle nous met au cœur de ce qui s’est présentifié en notre Occident d’une querelle des images, est quelque chose d’exemplaire et dont nous avons à faire notre profit.

J’ai dit que j’aborderai aujourd’hui ce qu’il en est de la névrose et, vous l’avez entendu, je l’ai amorcé au niveau de l’obsessionnel, en articulant que rien de l’obsessionnel ne se conçoit que référé à une structure qui est celle dans laquelle, pour le maître, en tant qu’il fonctionne comme 1, un signifiant qui ne subsiste que d’être représenté auprès du second 1 qui est dans l’Autre, en tant que celui-ci figure l’esclave où seule réside la fonction subjective du maître, entre l’un et l’autre, rien de commun sinon ce que j’ai dit avoir été d’abord articulé par Hegel comme la mise en jeu au niveau du maître, de sa vie, à lui. En ceci consiste l’acte de maîtrise, le risque de vie. J’ai quelque part, dans ce livret qui est sorti au titre du premier numéro de Scilicet, cru devoir relever dans les propos miraculeux d’un enfant ce que, de la bouche de son père, j’avais recueilli au titre de ceci qu’ il lui avait dit qu’il était un “tricheur de vie”. Prodigieuse formule, comme celles qu’assurément on ne saurait voir fleurir que de la bouche de ceux pour qui encore personne n’a brouillé les traces. Le risque de vie, voici où est l’essentiel de ce qu’on peut appeler l’acte de maîtrise, et son garant n’est autre que ce qui est, dans l’Autre, l’esclave au titre de signifiant auprès de quoi seulement se supporte le maître comme sujet, son appui n’étant rien d’autre que le corps de l’esclave en tant qu’il est, pour employer une formule dont ce n’est pas pour rien qu’elle est venue au premier plan de la vie spirituelle, perinde ac cadaver. Mais il n’est ainsi que dans le champ dont se supporte le maître comme sujet. Il reste quelque chose hors des limites de tout cet appareil, et qui est justement ce que Hegel, à tort, y fait rentrer, la mort. La mort, l’a-t-on assez remarqué, ici ne se profile que de ce qu’elle ne conteste l’ensemble de cette structure qu’au niveau de l’esclave. Dans toute la phénoménologie du maître et de l’esclave, il n’y a que l’esclave de réel. Et c’est bien ce que Hegel a aperçu et qui suffirait à ce que rien n’aille plus loin dans cette dialectique. La situation est parfaitement stable. Si l’esclave meurt, il n’y a plus rien. Si le maître meurt, chacun sait que l’esclave est toujours esclave. De mémoire d’esclave, ça n’est jamais la mort du maître qui a libéré quiconque de l’esclavage.

Telle est, je vous prie de le noter, la situation où ‘C’est le névrosé qui introduit la dialectique. Car ce n’est qu’à partir du moment où nous supposons quelque part le sujet supposé savoir qu’en effet, avec cet horizon et pour cause, tel le lapin dans le chapeau, il est mis au départ, nous pouvons voir progresser alors dans une dialectique ce qui s’énonce des rapports du maître et de l’esclave et où ? Au niveau de l’esclave lui-même, vers un savoir absolu. Le sujet, c’est en tant que le maître est représenté au niveau de l’esclave que toute la dialectique se poursuit et aboutit à cette fin qui n’est rien d’autre que ce qui y est déjà mis sous la fonction du savoir, fonction précisément en tant qu’elle n’est pas critiquée, qu’il n’est nulle part interrogé l’ordre de sous-jacence du sujet dans le savoir. Cette chose qui saute pourtant aux yeux, c’est que le maître lui-même ne sait rien. Chacun sait que le maître est un con. Il ne serait jamais entré dans toute cette aventure avec ce que l’avenir lui désigne comme résolution de sa fonction s’il avait un instant été pour lui le sujet que, par cette sorte de facilité de l’énonciation, Hegel lui impute. Comme si pouvait s’instaurer cette fonction de la lutte dite à mort, de la lutte de pur prestige, pour autant qu’elle le fait dépendre aussi substantiellement de son partenaire, si le maître n’était pas autre chose que proprement ce que nous appelons l’inconscient, à savoir l’insu du sujet comme tel, je veux dire cet insu dont le sujet est absent et dont le sujet n’est représenté qu’ailleurs.

Tout ceci n’est fait que pour introduire le pas suivant de ce que j’ai aujourd’hui à articuler. Précédemment, j’ai parlé, à propos de l’hystérique, de l’analogue qu’elle prenait de sa référence à la femme, de même que j’ai dit que l’obsessionnel, rien de ce qui s’articule de lui ne le fait qu’à, dans la dialectique du sujet-maître, introduire ce que nécessite ceci qui l’appelle à savoir la vérité de ce processus et, sur la voie de cette vérité, la susception, la mise en jeu du sujet supposé savoir.

Je reprends ceci au niveau de l’autre névrose, de l’hystérique. Et pour mettre en son cœur l’appareil analogue, le modèle dont il s’agit, à quoi l’obsessionnel se réfère, je l’ai dit déjà, l’hystérique, de même qu’on peut dire que l’obsessionnel ne se prend pas pour le maître mais suppose que le maître sait ce qu’il veut, de même, l’hystérique pour la femme -non pas que l’hystérique soit pour autant obligatoirement une femme pas plus que l’obsessionnel est obligatoirement un homme, il s’agit de la référence au modèle du maître-, de même, l’hystérique, son modèle, c’est ce que je vais maintenant énoncer de ce qu’il en est du modèle où la femme instaure ce quelque chose de combien plus central, vous allez le voir, à notre expérience analytique.

Quand je l’ai, quelque part du côté d’un 21 mai, avancé, quelqu’un ici s’est trouvé pour me poser la question : mais sait-on ce que c’est que la femme ? Bien sûr, pas plus qu’on ne sait ce qu’est le maître. Mais ce qu’on peut dessiner, c’est l’articulation dans le champ de l’Autre de ce qu’il en est de la femme. C’est aussi con que le maître, c’est bien le cas de le dire. je ne parle pas des femmes pour l’instant, je parle du sujet “la femme”. Est-ce que l’on ne voit pas ce qu’il en est de ces deux 1 quand il s’agit de la femme ? Le 1 intérieur, le S2, c’est le cas de le dire, ce qu’il s’agit de voir s’ériger ne me paraît pas douteux et il devient dès lors tout à fait clair, c’est de savoir pourquoi le 1 dont se supporte le sujet femme est si ordinairement le Phallus, avec un grand P. C’est au niveau de l’1 qu’il s’agit de susciter que l’identification de la femme dans le mirage duel pour autant qu’à son horizon est cet Autre, l’ensemble vide, c’est à savoir un corps, un corps ici vidé de quoi ? De la jouissance . Là où le sujet-maître engage un risque de vie, dans le pari inaugural de cette dialectique, la femme – je n’ai pas dit l’hystérique, j’ai dit la femme car l’hystérique, tel que fait l’obsessionnel tout à l’heure, ne s’explique qu’en raison de ces références – elle risque, elle parie cette jouissance dont chacun sait qu’elle est pour la femme inaugurale et existante, et telle que sans aucun de ces efforts, de ces détours qui caractérisent l’autoérotisme chez l’homme, non seulement elle l’obtient mais que toujours elle subsiste distincte et parallèle de celle qu’elle prend à être la femme de l’homme, celle qui se satisfait de la jouissance de l’homme.

Cette jouissance de l’homme à quoi la femme se prend, se captive comme le maître le fait à l’esclave, voilà qui est l’enjeu de la partie et qui donne l’origine radicale de ce qu’il en est de ce qui ici joue le même rôle que la mort pour l’obsessionnel et est aussi inaccessible, c’est à savoir que, que la femme s’y identifie – j’ai dit la femme – est aussi faux, est aussi vain que le maître s’identifie à la mort, et que par contre, comme l’esclave y est noué et de la même façon, je veux dire ne subsiste que de sa relation à la mort et fasse avec cette relation subsister tout le système, le rapport de l’homme à la castration est aussi ce qui, ici, fait tenir tout l’appareil. Et aussi bien, si tout à l’heure j’ai parlé du perinde ac cadaver, évoquerai-je ici ceci d’assez remarquable que cette dimension existe de l’être pris dans le champ du signifiant, qui s’appelle nécrophilie, autrement dit l’érotisme et très proprement appliqué à un corps mort. Evoquerai-je ici à l’horizon la figure de Jeanne la Folle et des quinze jours de trimballage du cadavre de Philippe le Beau ?

Ce n’est qu’au regard de ces structures, de ces fonctions inaugurantes en tant que seules elles répondent de l’introduction de ce qui est proprement les dépendances du signifiant tel que l’expérience analytique nous a permis de l’articuler, que nous pouvons voir qu’ici, comme pour l’obsessionnel, l’hystérique s’introduit de ne pas se prendre pour la femme. En quoi ne se prend-elle pas pour la femme ? Précisément de ceci qu’elle suppose que, dans cette structure, ce que je viens d’articuler comme étant celle du sujet femme, ce sujet, au niveau de Si du départ, elle le fait supposer savoir. En d’autres termes, elle est captivée, intéressée – souvenez-vous de Dora – par la femme en tant qu’elle croit que la femme est celle qui sait ce qu’il faut pour la jouissance de l’homme. Or, ce qui résulte de ceci qui est absent dans le modèle, la fonction sujet-femme, Dieu soit loué, c’est le cas de le dire, ne sait pas ce qu’elle soutient qui aboutit à la castration de l’homme.

Mais, par contre, l’hystérique n’en ignore rien et c’est pour cela qu’elle s’interroge au-delà de ce que déjà j’ai articulé à propos de Dora, centré sur un premier abord que j’ai fait du transfert, au-delà, relisez l’observation, et aussi bien n’omettez pas tout ce qui, dans les observations antérieures, celles des Etudes sur l’Hystérie, nous permet simplement ceci, de voir la corrélation qu’il y a entre ceci que, pour l’hystérique, la femme suppose, c’est son savoir de ce que, dans le modèle, c’est inconsciemment qu’elle le fait. C’est pour cela que les deux modèles ne pouvant se distinguer de ce facteur introduit qui réunit sous le chef de la névrose aussi bien un type que l’autre, vous pouvez constater que le corrélat de la mort est en jeu dans ce que l’hystérique aborde de ce qu’il en est de la femme.

L’hystérique fait l’homme qui supposerait la femme savoir. C’est bien pourquoi elle est introduite dans ce jeu par quelque biais où la mort de l’homme est toujours intéressée. Est-il besoin de dire que toute l’introduction d’Anna O. au champ de son hystérie n’est rien d’autre que tournant autour de la mort de son père. Faut-il rappeler le corrélat, dans les deux rêves de Dora, de la mort en tant qu’impliquée par la boîte à bijoux de la mère. “Je ne veux pas, dit le père, que moi et mes enfants nous périssions dans les flammes à cause de cette boîte” et dans le second rêve de ceci qu’il s’agit de la mise en terre du père. Des vérités cachées, les névroses les supposent sues. Il faut les dégager de cette supposition pour que eux, les névrosés, cessent de représenter en chair cette vérité.

C’est pour autant que l’hystérique, si l’on peut dire, est déjà psychanalysante, c’est-à-dire déjà sur le chemin d’une solution, d’une solution qu’elle cherche à partir de ceci que ce à quoi elle se réfère, elle y implique le sujet supposé savoir, et c’est pour cela qu’elle rencontre la contradiction. C’est que, tant que l’analyste ne pratique pas la coupure entre ceci qui est la structure inconsciente, à savoir les modèles que j’ai proprement ici articulés du 1, 1, ensemble vide, tant au niveau du maître qu’au niveau de la femme, tant que ceci n’est pas coupé de la supposition du sujet supposé savoir, c’est-à-dire de ce qui a fait naturellement le névrosé psychanalysant parce que d’ores et déjà constituant en soi-même et avant toute analyse le transfert, la coalescence de la structure avec le sujet supposé savoir, voilà ce qui témoigne chez le névrosé ceci qu’il interroge la vérité de ses structures et qu’il devient lui-même en chair cette interrogation, et que si quelque chose peut faire tomber ceci qu’il est lui-même symptôme, c’est précisément par cette opération qui est celle de l’analyste de pratiquer la coupure grâce à quoi d’un côté cette supposition du sujet supposé savoir est détachée, est séparée de ce dont il s’agit, à savoir la structure qu’elle repère juste, à ceci près que ni le maître, ni la femme, ne peuvent être supposés savoir ce qu’ils font.

Le jeu de la cure analytique tourne autour de cette coupure qui est coupure subjective, car assurément, tout ce que nous disons d’un désir inconscient, c’est toujours, bien entendu, supposer qu’un sujet finit par savoir ce qu’il veut. Et qu’est-ce à dire ? Est-ce que là encore, nous ne conservons pas toujours à énoncer de telles formules, ce quelque chose qui voudrait dire qu’il y a savoir et ce qu’on veut. Assurément il y a un lieu où les deux termes se distinguent. C’est quand il s’agit de dire oui ou de dire non à ce que j’ai appelé ce qu’on veut. C’est cela qu’on appelle la volonté. Mais savoir ce qu’il veut, c’est pour le maître, comme pour la femme, le désir même, de même que tout à l’heure j’unissai les trois mots de l’un-en-plus , le savoir-ce-qu’il-veut qu’ici j’entends, c’est le désir lui-même. Ce que l’hystérique suppose, c’est que la femme sait ce qu’elle veut, au sens où elle le désirerait, et c’est bien pourquoi l’hystérique ne parvient à s’identifier à la femme qu’au prix d’un désir insatisfait. De même, au regard du maître, qui lui sert au jeu de cache-cache de prétendre que la mort ne peut atteindre que l’esclave, l’obsessionnel est celui qui, du maître, n’identifie que ceci qui est le réel, que son désir est impossible.

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