samedi, juillet 20, 2024
Recherches Lacan

LVIII Le transfert 1960 – 1961 Leçon du 26 avril 1961

Leçon du 26 avril 1961

Je me suis trouvé samedi et dimanche ouvrir pour la première fois pour moi les notes prises en différents points de mon séminaire des dernières années, pour voir si les repères que je vous y ai donnés sous la rubrique de La relation d’objet puis du désir et de son interprétation convergeaient sans trop de flottement vers ce que j’essaie cette année d’articuler devant vous sous le terme du transfert. Je me suis aperçu qu’en effet dans tout ce que je vous ai apporté et qui est là, paraît-il, quelque part dans une des armoires de la Société, il y a beaucoup de choses que vous pourrez retrouver, je pense, dans un temps où on aura le temps de ressortir ça, dans un temps où vous vous direz qu’en 1961 il y avait quelqu’un qui vous enseignait quelque chose.

 

Il ne sera pas dit que dans cet enseignement il n’y aura aucune allusion au contexte de ce que nous vivons à cette époque. Je trouve qu’il y aurait là quelque chose d’excessif. Et aussi pour l’accompagner vous lirai-je un petit morceau de ce qui fut ma rencontre ce même dimanche dernier dans ce doyen Swift dont je n’ai eu que trop peu de temps pour vous parler quand déjà j’ai abordé la question de la fonction symbolique du phallus, alors que dans son œuvre la question est en quelque sorte tellement omniprésente qu’on peut dire qu’à prendre son œuvre dans l’ensemble elle y est articulée comme telle. Swift et Lewis Carroll sont deux auteurs auxquels, sans que je puisse avoir le temps d’en faire un commentaire courant, je crois que vous ferez bien de vous reporter pour y trouver beaucoup d’une matière qui se rapporte de très près, aussi près que possible, aussi près qu’il est possible dans des œuvres littéraires, à la thématique dont je suis pour l’instant le plus proche.

 

Et dans les Voyages de Gulliver que je regardais dans une charmante petite édition du milieu du siècle dernier, illustrée par Grandville, j’ai trouvé au « Voyage à Laputa » qui est la troisième partie, qui a la caractéristique de ne pas se limiter au « Voyage à Laputa »… C’est à Laputa, formidable anticipation de station cosmonautique, que Gulliver s’en va se promener dans un certain nombre de royaumes à propos desquels il nous fait part d’un certain nombre de vues signifiantes qui gardent pour nous toute leur richesse, et nommément dans un de ces royaumes, alors qu’il vient d’un autre, il parle à un académicien et il lui dit que : dans le royaume de Tribnia, nommé Langden par les naturels, où il avait résidé, la masse du peuple se composait de délateurs, d’imputateurs, de mouchards, d’accusateurs, de poursuivants, de témoins à charge, de jureurs à gages accompagnés de tous leurs instruments auxiliaires et subordonnés, tous sous la bannière, les ordres et à la solde des ministres et de leurs adjoints – passons sur cette thématique ; mais il nous explique comment opèrent les dénonciateurs. – Ils saisissent les lettres et les papiers de ces personnes et les font mettre en prison. Ces papiers sont placés entre les mains de spécialistes experts à déceler le sens caché des mots, des syllabes et des lettres – c’est ici que commence le point où Swift s’en donne à cœur joie, et comme vous allez le voir c’est assez joli quant à la substantifique moelle. – Par exemple, ils découvriront qu’une chaise percée signifie un conseil privé ; Un troupeau d’oies, un sénat ;

Un chien boiteux, une invasion ; [Une tête de morue, un]

La peste, une armée de métier ;

Un hanneton, un premier ministre ;

La goutte, un grand prêtre ;

Un gibet, un secrétaire d’États ;

Un pot de chambre, un comité de grands seigneurs ;

Un crible, une dame de la cour ;

Un balai, une révolution ;

Une souricière, un emploi public ;

Un puits perdu, le trésor public ;

Un égout, une cour ;

Un bonnet à sonnettes, un favori ;

Un roseau brisé, une cour de justice ;

Un tonneau vide, un général ;

Une plaie ouverte, les affaires publiques.

Quand ce moyen ne donne rien, ils en ont de plus efficaces que leurs savants appellent « acrostiches » et « anagrammes ». < D’abord > ils donnent à toutes les lettres initiales un sens politique.

Ainsi, N pourrait signifier un complot ;

B, un régiment de cavalerie ;

L, une flotte de mer ;

ou bien ils transposent les lettres d’un papier suspect de manière à mettre à découvert les desseins les plus secrets d’un parti mécontent : par exemple, vous lisez dans une lettre : Votre frère [tom a] < Thomas > a les hémorroïdes ; l’habile [descripteur] < décrypteur > trouvera dans l’assemblage de ces mots indifférents une phrase qui fera entendre que tout est prêt pour une sédition.

 

Je trouve pas mal de [restituer] < resituer > à leur fond paradoxal si manifeste dans toutes sortes de traits les choses contemporaines à l’aide de ce texte qui n’est pas si ancien. Car à la vérité, pour avoir été réveillé cette nuit intempestivement par quelqu’un qui m’a communiqué ce que vous avez tous plus ou moins vu, une fausse nouvelle, mon sommeil a été un instant troublé par la question suivante : je me suis demandé si je ne méconnaissais pas à propos des événements contemporains la dimension de la tragédie. À la vérité ceci faisait pour moi problème après ce que je vous ai expliqué l’année dernière concernant la tragédie. Je n’y voyais nulle part apparaître ce que je vous ai appelé le reflet de la beauté.

 

Ceci effectivement m’a empêché de me rendormir un certain temps. Je me suis ensuite rendormi laissant la question en suspens. Ce matin au réveil la question avait un tant soit peu perdu sa prégnance. Il apparaissait que nous sommes toujours sur le plan de la farce et, à propos des questions que je me posais, le problème s’évanouissait du même coup.

 

Ceci dit, nous allons reprendre les choses au point où nous les avons laissées la dernière fois, à savoir la formule A < >f (a, a’, a’’, a’’’…) que je vous ai donnée comme étant celle du fantasme de l’obsessionnel. Il est bien clair que présentée ainsi et sous cette forme algébrique, elle ne peut être que tout à fait opaque à ceux qui n’ont pas suivi notre élaboration précédente. Je vais tâcher d’ailleurs, en en parlant, de lui restituer ses dimensions.

 

Vous savez qu’elle s’oppose à celle de l’hystérique comme ce que je vous ai écrit la dernière fois, , à savoir :  dans le rapport <, <>, > qu’on peut lire de plusieurs façons, désir de, c’est une façon de le dire, grand A. Il s’agit donc pour nous de préciser quelles sont les fonctions respectivement attribuées dans notre symbolisation à F (grand phi) et à f (petit phi).

 

Je vous incite vivement à faire l’effort de ne pas vous précipiter dans les pentes analogiques auxquelles il est toujours facile, tentant de céder et de vous dire par exemple que F (grand phi), c’est le phallus symbolique, f (petit phi), c’est le phallus imaginaire. C’est peut-être vrai dans un certain sens, mais vous en tenir là serait tout à fait vous exposer à méconnaître l’intérêt de ces symbolisations que nous ne nous plaisons nullement, croyez-le bien, à multiplier en vain et simplement pour le plaisir d’analogies superficielles et de facilitation mentale, ce qui n’est pas à proprement parler le but d’un enseignement. Il s’agit de voir ce que représentent ces deux symboles. Il s’agit de savoir ce qu’ils représentent dans notre intention. Et vous pouvez d’ores et déjà en prévoir, en estimer l’importance [de] < et > l’utilité par toutes sortes d’indices. L’année par exemple a commencé par une conférence fort intéressante de notre ami M. Georges Favez qui, vous parlant [par exemple] de ce que c’était que l’analyste et sa fonction du même coup pour l’analysé, vous disait une conclusion comme celle-ci : qu’en fin de compte l’analyste, pour l’analysé, le patient, prenait fonction de son fétiche. Telle est la formule, dans un certain aspect autour duquel il avait groupé toutes sortes de faits convergents, à laquelle sa conférence aboutissait.

 

Il est certain qu’il y avait là une vue des plus subjectives et qui, aussi bien ne le laisse pas complètement isolé dans sa formulation. C’était une formulation préparée par toutes sortes d’autres choses qu’on trouvait dans divers articles sur le transfert mais dont on ne peut pas dire qu’elle ne se présente pas sous une forme quelque peu étonnante et paradoxale. Je lui ai aussi bien dit que les choses que nous allions articuler cette année ne seraient pas sans répondre en quelque manière à la question qu’il avait là posée.

 

Quand nous lisons d’autre part, dans l’œuvre maintenant close d’un auteur qui a essayé d’articuler la fonction spéciale du transfert dans la névrose obsessionnelle, et qui en somme nous lègue une œuvre qui, partie d’une première considération des « Incidences thérapeutiques de la prise de conscience de l’envie du pénis dans la névrose obsessionnelle féminine », aboutit à une action, une théorie tout à fait généralisée de la fonction de la distance à l’objet dans le maniement du transfert, cette fonction de la distance tout spécialement élaborée autour d’une expérience qui s’exprime dans le progrès des analyses (et spécialement des analyses d’obsessionnels) comme étant quelque chose dont le ressort principal, actif, efficace dans la reprise de possession par le sujet du sens du symptôme (spécialement quand il est obsessionnel), de l’introjection imaginaire du phallus, [et] < est > très précisément incarné dans le fantasme imaginaire du phallus de l’analyste, j’entends bien qu’il y a là une question qui se présente. [dont] Déjà, spécialement à propos des travaux de cet auteur et spécialement, dirai-je, à propos de sa technique, j’ai amorcé devant vous la position < de la question > et la critique qu’aujourd’hui, [rapprochée] d’une façon plus proche de la question du transfert, nous allons pouvoir [cette critique la] resserrer encore.

 

Ceci, c’est incontestable, nécessite que nous entrions dans une articulation tout à fait précise de ce qu’est la fonction du phallus, et nommément dans le transfert. C’est celle-ci que nous essayons d’articuler à l’aide des termes ici symbolisés, F (grand phi) et f (petit phi). Et, parce que nous entendons bien qu’il ne s’agit jamais dans l’articulation de la théorie analytique de procéder d’une façon déductive – de haut en bas si je puis dire – car il n’y a rien qui <ne> parte plus du particulier [dans] <que> l’expérience analytique, quelque chose reste valable dans une articulation comme celle de l’auteur, à laquelle j’ai fait allusion tout à l’heure. C’est bien <parce> que sa théorie du transfert, la fonction de l’image phallique dans le transfert part d’une expérience tout à fait localisée qui, peut-on dire, par certains côtés peut en limiter la portée, mais exactement dans la même mesure qu’elle lui donne son poids, c’est parce qu’il est parti de l’expérience des obsessionnels, et d’une façon tout à fait aiguë et accentuée, que nous avons à le retenir et à discuter ce qu’il en a conclu.

 

C’est aussi bien de l’obsessionnel que nous partirons aujourd’hui et c’est pour ça que j’ai produit, en tête de ce que j’ai à vous dire, la formule où j’essaie d’articuler son fantasme.

 

Je vous ai déjà dit pas mal de choses de l’obsessionnel, il ne s’agit pas de les répéter. Il ne s’agit pas de simplement répéter ce qu’il y a de foncièrement substitutif, de perpétuellement éludé, de cette sorte de passez-muscade qui caractérise toute la façon dont l’obsessionnel procède dans sa façon de se situer par rapport à l’Autre, plus exactement de n’être jamais à la place où sur l’instant il semble se désigner. Ce à quoi fait très précisément allusion la formulation du second terme du fantasme de l’obsessionnel, A<>f (a, a’, a’’, a’’’), c’est ceci que les objets, pour lui, en tant qu’objets de désir, sont en quelque sorte mis en fonction de certaines équivalences érotiques, ce qui est précisément dans ce quelque chose que nous avons l’habitude d’articuler en parlant de l’érotisation de son monde, et spécialement de son monde intellectuel, ce à quoi tend précisément cette façon de noter cette mise en fonction par f (petit phi) qui désigne ce quelque chose. [qu’] Il suffit de recourir à une observation analytique, quand elle est bien faite par un analyste, pour nous apercevoir que le f (petit phi) – nous verrons peu à peu ce que ça veut dire – c’est justement ce qui est sous-jacent à cette équivalence instaurée entre les objets sur le plan érotique. [que] Le f (petit phi) est en quelque sorte l’unité de mesure où le sujet accommode la fonction petit a, la fonction des objets de son désir.

 

Pour l’illustrer, je n’ai vraiment rien d’autre à faire qu’à me pencher sur l’observation princeps de la névrose obsessionnelle, mais vous la retrouverez aussi bien dans toutes les autres pour peu que ce soit des observations valables. Rappelez-vous ce trait de la thématique du Rattenmann, de « l’homme aux rats ». Pourquoi d’ailleurs est-il appelé l’homme au rats, au pluriel, par Freud alors que dans le fantasme où Freud approche pour la première fois cette espèce de vue interne de la structure de son désir, dans cette sorte d’horreur saisie sur son visage d’une jouissance ignorée, il n’y a pas des rats, il n’y a qu’un rat dans le fameux supplice turc sur lequel j’aurai à revenir tout à l’heure.

 

Si on parle de l’homme au rats, c’est bien parce que le rat poursuit sous une forme multipliée sa course dans toute l’économie de ces échanges singuliers, ces substitutions, cette métonymie permanente dont la symptomatique de l’obsessionnel est l’exemple incarné. La formule, qui est de lui, tant de rats, tant de florins, ceci à propos du versement des honoraires dans l’analyse, n’est là qu’une des illustrations particulières de cette équivalence en quelque sorte permanente de tous les objets saisis [tout à l’heure] <tour à tour> dans cette sorte de marché. Ce métabolisme des objets dans les symptômes s’inscrit d’une façon plus ou moins latente dans une sorte d’unité commune, d’une unité-or, unité-étalon, [qui, si] <qu’ici> le rat symbolise, tenant proprement la place de ce quelque chose que j’appelle f (petit phi), en tant qu’il est un certain état, un certain niveau, une certaine forme de réduire, de dégrader d’une certaine façon – nous verrons en quoi nous pouvons l’appeler dégradation – la fonction d’un signifiant : F (grand phi).

 

Il s’agit de savoir ce que représente F (grand phi), à savoir la fonction du phallus dans sa généralité, à savoir chez tous les sujets qui parlent et qui de ce fait ont un inconscient, de l’apercevoir à partir du point qui nous est donné dans la symptomatologie de la névrose obsessionnelle. Ici, nous pouvons dire que nous la voyons émerger sous ces formes que j’appelle dégradées, émerger, observez-le bien d’une façon dont nous pouvons dire conformément à ce que nous savons et que l’expérience nous montre d’une façon très manifeste dans la structure de l’obsessionnel – au niveau du conscient. Cette mise en fonction phallique n’est pas refoulée, c’est-à-dire profondément cachée, comme chez l’hystérique. Le f (phi), qui est là en position de mise en fonction de tous les objets à la place du petit f d’une formule mathématique, est perceptible, avoué dans le symptôme, conscient, vraiment parfaitement visible. Conscient, conscius, veut dire foncièrement, originellement, la possibilité de complicité du sujet avec lui-même donc aussi d’une complicité à l’autre qui l’observe. L’observateur n’a presque pas de peine à en être complice.

 

Le signe de la fonction phallique émerge de toutes parts au niveau de l’articulation des symptômes. C’est bien à ce propos que peut se poser la question de ce que Freud essaie, non sans difficultés, de nous imager quand il articule la fonction de la Verneinung. Comment les choses peuvent-elles être à la fois aussi dites et aussi méconnues ! Car en fin de compte, si le sujet n’était rien d’autre que ce que veut un certain psychologisme qui, vous le savez, même au sein de nos Sociétés maintient toujours ses droits, si le sujet c’était voir l’autre [vouloir] <vous voir>, si ce n’était que ça, comment pourrait-on dire que la fonction du phallus est chez l’obsessionnel en position d’être [connue] <méconnue> ? Car elle est parfaitement patente et pourtant on peut dire que même sous cette forme patente elle participe de ce que nous appelons refoulement en ce sens que, si avouée, qu’elle soit, elle ne l’est pas par le sujet sans l’aide de l’analyste, et sans l’aide du registre freudien <elle n’est ni> reconnue ni même reconnaissable. C’est bien là que nous touchons du doigt qu’être sujet c’est autre chose que d’être un regard devant un autre regard, selon la formule que j’ai appelée tout à l’heure psychologiste, et qui va jus qu’à inclure dans ses caractéristiques aussi bien la théorie sartrienne existante.

 

Être sujet c’est avoir sa place dans grand A, au lieu de la parole. Et ici c’est faire apercevoir cet accident possible qu’au niveau de grand A s’exerce cette fonction que désigne la barre dans le grand A <A>, à savoir qu’il se produise ce manque de parole de l’Autre comme tel au moment précis justement où le sujet ici se manifeste comme la fonction de f (phi) par rapport à l’objet. Le sujet s’évanouit en ce point précis, ne se reconnaît pas, et c’est là précisément comme tel au défaut de la reconnaissance que la méconnaissance se produit automatiquement, en ce point de défaut où se trouve couverte, unterdrückt, cette fonction du phallicisme. [à quoi le sujet se] Se produit à la place ce mirage de narcissisme que j’appellerai vraiment frénétique chez le sujet obsessionnel, cette sorte d’aliénation du phallicisme qui se manifeste si visiblement chez l’obsessionnel dans des phénomènes qui peuvent s’exprimer [ainsi si vous voulez, nommément] par exemple dans ce qu’on appelle les difficultés de la pensée chez le nommément névrosé obsessionnel, d’une façon parfaitement claire, articulée, avouée par le sujet, senties comme telles : « Ce que je pense », vous dit le sujet, d’une façon implicite dans son discours très suffisamment articulé pour que le trait puisse se tirer et l’addition se faire de sa déclaration, « ce n’est pas tellement parce que c’est coupable que cela m’est difficile de m’y soutenir, d’y progresser, c’est parce qu’il faut absolument que ce que je pense soit de moi, et jamais du voisin, d’un autre ». Combien de fois entendons-nous cela ! non seulement dans les situations typiques de l’obsessionnel, dans ce que j’appellerai les relations obsessionnalisées que nous produisons en quelque sorte artificiellement dans une relation aussi spécifique que celle justement de l’enseignement analytique comme tel.

 

J’ai parlé quelque part, nommément dans mon rapport de Rome, de ce que j’ai désigné par le [biais] <pied> du mur du langage. Rien n’est plus difficile que d’amener l’obsessionnel au pied du mur de son désir. Car il y a quelque chose dont je ne sache pas que cela ait déjà été vraiment mis en relief et qui pourtant est un point fort éclairant, je prendrai pour l’éclairer le terme dont vous savez que j’ai déjà fait plus d’un usage, le terme introduit par Jones d’une façon dont j’ai marqué toutes les ambiguïtés, d’aphanisis, disparition comme vous le savez c’est le sens du mot en grec – disparition du désir.

 

On n’a jamais me semble-t-il pointé cette chose toute simple, et tellement tangible dans les histoires de l’obsessionnel, spécialement dans ses [formes] <efforts>, quand il est sur une certaine voie de recherche autonome, d’auto-analyse si vous voulez, quand il est situé quelque part sur le chemin de cette recherche qui s’appelle sous une forme quelconque réaliser son fantasme, il semble qu’on ne se soit jamais arrêté à la fonction tout à fait impossible à écarter du terme d’aphanisis. Si on l’emploie, c’est qu’il y a une aphanisis tout à fait naturelle et ordinaire qui est limitée par le pouvoir qu’a le sujet de ce qu’on appelle tenir, tenir l’érection. Le désir a un rythme naturel et, avant même d’évoquer les extrêmes de l’incapacité du tenir, les formes les plus inquiétantes de la brièveté de l’acte, on peut remarquer ceci, c’est que ce à quoi le sujet a affaire comme à un obstacle, comme à un écueil [est] <où> littéralement quelque chose qui est profondément foncier de son rapport à son fantasme vient se briser, c’est à proprement parler ce qu’<il y> a en fin de compte chez lui de toujours terminer, c’est que, dans la ligne de l’érection puis de la chute du désir, il y a un moment où l’érection se dérobe.

 

Très exactement, précisément ce moment signale que, mon Dieu, dans l’ensemble, il n’est pas pourvu de plus ni de moins que ce que nous appellerons une génitalité fort ordinaire – plutôt même assez douillette ai-je cru remarquer – et que pour tout dire, si c’était de quelque chose qui se situât à ce niveau qu’il s’agît dans les avatars et les tourments qu’infligent à l’obsessionnel les ressorts cachés de son désir, ce serait ailleurs qu’il conviendrait de faire porter notre effort. Je veux dire que j’évoque toujours en contrepoint ce dont justement nous ne nous occupons absolument pas, mais dont on s’étonne – pourquoi on ne se demande pas pourquoi nous ne nous en occupons pas – de la mise au point de palestres pour l’étreinte sexuelle, de faire vivre les corps dans la dimension de la nudité et de la prise au ventre. Je ne sache pas qu’à part quelques exceptions, une d’entre elles dont vous savez bien combien elle fut réprouvée, celle de Reich nommément, je ne sache pas que ça soit un champ où se soit jamais étendue l’attention de l’analyste. [Donc] <Dans> ce à quoi l’obsessionnel a affaire il peut [s’entendre] <s’attendre> plus ou moins à ce soutien, à ce maniement de son désir. C’est une question en somme de mœurs dans une affaire où les choses, analyse ou pas, se maintiennent dans le domaine du clandestin, et où par conséquent les variations culturelles n’ont pas grand-chose à faire. Ce dont il s’agit se situe donc bien ailleurs, se situe au niveau du discord entre ce fantasme (pour autant justement où il est lié à cette fonction du phallicisme) et l’acte, par rapport à cela qui tourne toujours trop court, où il aspire à l’incarner. Et naturellement, c’est du côté des effets du fantasme, ce fantasme qui est tout phallicisme, que se développent toutes ces conséquences symptomatiques qui sont faites pour y prêter, et pour lesquelles justement il inclut tout ce qui s’y prête dans cette forme d’isolement si typique, si caractéristique comme mécanisme, et qui a été mise en valeur comme mécanisme dans la naissance du symptôme.

 

Si donc il y a chez l’obsessionnel cette crainte de l’aphanisis que souligne Jones, c’est précisément pour autant et uniquement pour autant qu’elle est la mise à l’épreuve, qui tourne toujours en défaite, de cette fonction F (grand phi) du phallus en tant que nous essayons pour l’instant de l’approcher. Pour tout dire, [que] le résultat est que l’obsessionnel ne redoute en fin de compte rien tant que ce à quoi il s’imagine qu’il aspire, la liberté de ses actes et de ses gestes, et l’état de nature si je puis m’exprimer ainsi. Les tâches de la nature ne sont pas son fait, ni non plus quoi que ce soit qui le laisse [le mettre à son port] <seul maître à son bord>, si je puis m’exprimer ainsi, avec Dieu, à savoir les fonctions extrêmes de la responsabilité, la responsabilité pure, celle qu’on a vis-à-vis de cet Autre où s’inscrit ce que nous articulons.

 

Et, je le dis en passant, ce point que je désigne n’est nulle part mieux illustré que dans la fonction de l’analyste, et très proprement au moment où il articule l’interprétation. Vous voyez qu’au cours de mon propos d’aujourd’hui je ne cesse pas d’inscrire, corrélativement au champ de l’expérience du névrosé, celui que nous découvre très spécialement l’action analytique, pour autant que forcément c’est le même puisque c’est là qu’ « il faut y aller ».

 

[Au fond] <A l’horizon> de l’expérience de l’obsessionnel, il y a ce que j’appellerai une certaine crainte toujours de se dégonfler qui est à proprement parler en rapport avec quelque chose que nous pourrions appeler l’inflation phallique en tant que d’une certaine façon cette fonction chez lui du phallus F (grand phi) ne saurait mieux être illustrée que par celle de la fable de « La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf » : La chétive personne, comme vous le savez, s’enfla si bien qu’elle en creva. C’est un moment d’expérience sans cesse renouvelé dans la butée réelle à quoi l’obsessionnel est porté sur les confins de son désir. Et il me semble qu’il y a intérêt à le souligner, non pas seulement dans le sens d’accentuer une phénoménologie dérisoire, mais aussi bien pour vous permettre d’articuler ce dont il s’agit dans cette fonction F (grand phi) du phallus en tant qu’elle est celle qui est cachée derrière son monnayage au niveau de la fonction f (phi).

 

Déjà cette fonction F (grand phi) du phallus, j’ai commencé de l’articuler la dernière fois en formulant un terme qui est celui de la présence réelle. Ce terme, je pense que vous avez l’oreille assez sensible pour vous être aperçus entre quels guillemets je le mettais. Aussi bien ne l’ai-je pas introduit seul, et ai-je parlé « d’insulte à la présence réelle » de façon à ce que déjà nul ne s’y trompe, et nous n’avons point ici à faire à une réalité neutre.

 

Cette présence réelle, il serait bien étrange que si elle remplit la fonction qui est celle, radicale, que j’essaie ici de vous faire approcher, elle n’ait pas déjà été repérée quelque part. Et bien sûr je pense que vous avez déjà tous perçu son homonymie, son identité avec ce que le dogme religieux [qui est] (celui auquel nous avons accès, si je puis dire de naissance, dans notre contexte culturel) appelle de ce nom. La présence réelle, ce couple de mots en tant qu’il fait signifiant, nous sommes habitués, proches ou lointains, à l’entendre depuis longtemps murmuré à notre oreille à propos du dogme catholique apostolique et romain de l’Eucharistie.

 

Et je vous assure qu’il n’y a pas besoin de chercher loin pour nous apercevoir que c’est là tout à fait à fleur de terre dans la phénoménologie de l’obsessionnel. Je vous assure que ce n’est pas ma faute [si puisque] j’ai parlé tout à l’heure de l’œuvre de quelqu’un qui s’est occupé de focaliser la recherche de la structure obsessionnelle sur le phallus, je prends son article princeps, celui dont j’ai donné tout à l’heure le titre [sous le terme] : « Les incidences thérapeutiques de la prise de conscience de l’envie du pénis dans la névrose obsessionnelle féminine ». Je commence de lire, et bien sûr, dès les premières pages, se lèveront pour moi toutes les possibilités de commentaire critique concernant par exemple nommément que : comme l’obsessionnel masculin, la femme a besoin de s’identifier sur un mode régressif à l’homme pour pouvoir se libérer des angoisses de la petite enfance ; mais alors que le premier s’appuiera sur cette identification, pour transformer l’objet d’amour infantile en objet d’amour génital, elle, la femme, se fondant d’abord sur cette même identification, tend à abandonner ce premier objet et à s’orienter vers une fixation hétérosexuelle, comme si elle pouvait procéder à une nouvelle identification féminine, cette fois sur la personne de l’analysteEt plus loin que – peu après que le désir de possession phallique, et corrélativement de castration de l’analyste, est mis à jour, et que de ce fait, les effets de détente précités ont été obtenus, cette personnalité de l’analyste masculin est assimilée à celle d’une mère bienveillanteTrois lignes plus loin, nous retomberons sur cette fameuse pulsion [destructrice] <destructive> initiale dont la mère est l’objet, c’est-à-dire sur les coordonnées majeures de l’analyse de l’imaginaire dans l’analyse présentement conduite.

 

Je n’ai fait que ponctuer au passage dans cette thématique, uniquement les difficultés et les sauts que suppose franchis cette interprétation [générale] <initiale> en quelque sorte résumée ici en exorde de tout ce qui, par la suite, va être censément illustré. Mais je n’ai plus besoin que de franchir une demi-page pour entrer dans la phénoménologie de ce dont il s’agit et dans ce que cet auteur (dont c’est là le premier écrit et qui était un clinicien) trouve à nous dire, à nous raconter dans les fantasmes de sa patiente ainsi située comme obsessionnelle. Et il n’y a vraiment rien d’autre avant. La première chose qui vient aux yeux est ceci : elle se représentait imaginativement des organes génitaux masculins, on précise, sans qu’il s’agisse de phénomènes hallucinatoires. Nous n’en doutons pas. En effet, tout ce que nous voyons nous habitue en cette matière à bien savoir qu’il s’agit de tout autre chose que de phénomènes hallucinatoires… se représentait <en outre> imaginativement des organes génitaux masculins, à la place de l’hostie. C’est dans la même observation que, plus loin, nous avons la dernière fois emprunté les fantasmes sacrilèges qui consistent précisément, non seulement à surimposer de la façon aussi claire les organes génitaux masculins – ici on nous le précise sans qu’il s’agisse de phénomènes hallucinatoires, c’est-à-dire bel et bien comme tels en forme signifiante – à les surimposer à ce qui est aussi pour nous, de la façon symbolique la plus précise, identifiable à la présence réelle. <Mais encore> que ce dont il s’agisse ce soit, cette présence réelle, de la réduire en quelque sorte, de la briser, de la broyer dans [le mécanisme] <la mécanique> du désir, c’est ce que les fantasmes subséquents, ceux que j’ai déjà cités la dernière fois, souligneront assez.

 

Je pense que vous ne vous imaginez pas que cette observation soit unique. Je vous citerai parmi des dizaines d’autres, parce que l’expérience d’un analyste ne va jamais dans un domaine qu’à dépasser la centaine, le fantasme suivant survenu chez un obsessionnel en un point de son expérience – ces tentatives d’incarnation désirante [qui] peuvent chez eux aller jusqu’à un extrême d’acuité érotique, dans des conjonctures où ils peuvent rencontrer chez le partenaire quelque complaisance délibérée ou fortuite à ce que comporte précisément cette thématique de dégradation du grand Autre en petit autre dans le champ de laquelle se situe le développement de [son] <leur> désir. Dans le moment même où le sujet croyait pouvoir se tenir à cette sorte de relation qui chez eux est toujours accompagnée de tous les corrélatifs d’une culpabilité extrêmement menaçante, et qui peut être en quelque sorte équilibrée par l’intensité du désir, le sujet fomentait le fantasme suivant avec une partenaire qui représentait pour lui, du moins momentanément, ce complémentaire si satisfaisant : faire jouer un rôle à l’hostie sainte en tant que, mise dans le vagin de la femme, elle se trouverait chapeauter le pénis du sujet, le sien propre, au moment de la pénétration. Ne croyez pas là que ce soit un de ces raffinements tels qu’on ne les trouve que dans une littérature spéciale, c’est vraiment dans son registre monnaie courante. C’est ainsi dans la fantaisie, spécialement obsessionnelle.

 

Alors comment ne pas retenir… de précipiter tout cela dans le registre d’une banalisation telle que celle d’une prétendue distance à l’objet pour autant que l’objet dont il s’agit serait l’objectivité (c’est bien ce qu’on nous décrit, l’objectivité du monde telle qu’elle est enregistrée par la combinaison plus ou moins harmonieuse de l’énumération parlée avec les rapports imaginaires communs, l’objectivité de la forme telle qu’elle est spécifiée par les dimensions humaines) et <de> nous parler des frontières de l’appréhension du monde extérieur comme menacées d’un trouble qui serait celui de la délimitation du Moi avec ce qu’on peut appeler les objets de la communication commune… comment ne pas retenir qu’il y a là autre chose d’une autre dimension : [que] cette présence réelle il s’agit de la situer quelque part et dans un autre registre que celui de l’imaginaire.

 

Disons que c’est pour autant que je vous apprends à situer la place du désir par rapport à la fonction de l’homme en tant que sujet qui parle, que nous entrevoyons, nous pouvons désigner, décrire ce fait que chez l’homme le désir vient habiter la place de cette présence réelle comme telle et la peupler de ses fantômes. Mais alors que veut dire le F (grand phi) ? Est-ce que je le résume à désigner cette place de la présence réelle en tant qu’elle ne peut apparaître que dans les intervalles de ce que couvre le signifiant, que de ces intervalles, si je puis m’exprimer ainsi, c’est de là que la présence réelle menace tout le système signifiant ? C’est vrai, il y a du vrai là-dedans, et l’obsessionnel vous le montre en tous les points de ce que vous appelez ses mécanismes de projection ou de défense, ou plus précisément phénoménologiquement, de conjuration – cette façon qu’il a de combler tout ce qui peut se présenter d’entre deux dans le signifiant, cette façon qu’a l’obsessionnel de Freud, le Rattenmann, de s’obliger à compter jusqu’à tant entre la lueur du tonnerre et son bruit. Ici se désigne dans sa structure véritable ce que veut dire ce besoin de combler l’intervalle signifiant en tant que tel, par là peut s’introduire tout ce qui va dissoudre toute la fantasmagorie.

 

Appliquez cette clé à vingt-cinq ou à trente des symptômes dont le Rattenmann et toutes les observations des obsessionnels fourmillent littéralement, et vous touchez du doigt la vérité dont il s’agit, et bien plus, du la fonction de l’objet phobique qui n’est pas autre même coup, vous si chose que la forme la plus simple de ce comblement.

 

Ici, ce que je vous ai rappelé l’autre fois à propos du petit Hans, le signifiant universel que réalise l’objet phobique c’est cela, pas autre chose. Ici c’est à l’avant-poste vous ai-je dit, bien avant de s’approcher du trou, de la béance réalisée dans l’intervalle où menace la présence réelle qu’un signe unique empêche le sujet de s’approcher. C’est pourquoi le rôle, le ressort et la raison de la phobie n’est pas, comme ce que croient ceux qui n’ont que le mot de peur à la bouche, un danger [génital] <vital> ni même narcissique. C’est très précisément, au gré de certains développements privilégiés de la position du sujet par rapport au grand Autre (dans le cas du petit Hans, à sa mère) ce point où ce que le sujet redoute de rencontrer c’est une certaine sorte de désir de nature à faire rentrer dans le néant [d’avance] <d’avant> toute création tout le système signifiant.

 

Mais alors, pourquoi le phallus à cette place et dans ce rôle ? C’est là que je veux encore aujourd’hui avancer assez pour vous en faire sentir ce que je pourrais appeler la convenance, non pas la déduction puisque c’est l’expérience, la découverte empirique qui nous assurent qu’il est là, quelque chose qui nous fasse apercevoir que ça n’est pas irrationnel comme expérience. Le phallus donc, c’est l’expérience qui nous le montre, mais cette convenance que je désire pointer, je veux mettre l’accent sur ce fait qu’elle est à proprement parler déterminée pour autant que le phallus, ai-je dit, en tant que l’expérience nous le révèle n’est pas simplement l’organe de la copulation mais est pris dans le mécanisme pervers comme tel.

 

Entendez bien ce que je veux dire. Ce qu’il s’agit maintenant d’accentuer c’est que, du point qui comme structural représente le défaut du signifiant, quelque chose, le phallus, F (grand phi), peut fonctionner comme le signifiant. Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce qui définit comme signifiant quelque chose dont nous venons de dire que par hypothèse, définition et au départ, c’est le signifiant exclu du signifiant, donc qui ne peut y rentrer que par artifice, contrebande et dégradation et c’est bien pourquoi nous ne le voyons jamais qu’en fonction du f (petit phi) imaginaire. Qu’est-ce qui nous permet alors d’en parler comme signifiant et d’isoler F (grand phi) ? c’est le mécanisme pervers.

 

Si nous faisons du phallus le schéma suivant, naturel, qu’est-ce qu’est le phallus ? Le phallus, sous la forme organique du pénis, n’est pas dans le domaine animal un organe universel. Les insectes ont d’autres manières de s’accrocher entre eux et, sans aller si loin, les rapports entre les poissons ne sont pas des rapports phalliques. Le phallus se présente au niveau humain entre autres comme le signe du désir, c’en est aussi l’instrument, et aussi la présence. Mais je retiens ce signe pour vous arrêter à un élément d’articulation essentiel à retenir : est-ce par là simplement qu’il est un signifiant ? Ce serait franchir une limite un petit peu trop rapidement de dire que tout se résume à cela car il y a tout de même d’autres signes du désir. Il ne faut même pas croire que ce que nous constations dans la phénoménologie, à savoir la projection plus facile du phallus en raison de sa forme plus prégnante sur l’objet du désir, sur l’objet féminin par exemple, qui nous a fait articuler maintes fois dans la phénoménologie perverse la fameuse équivalence d’une girl dans sa forme la plus simple, dans l’édification du phallus, dans la forme érigée du phallus… cela ne suffit pas, encore que nous concevions cette sorte de choix profond dont nous rencontrons partout les conséquences comme suffisamment motivé.

 

Un signifiant, est-ce que c’est simplement représenter quelque chose pour quelqu’un, [est-ce que c’est là] <soit> la définition du signe ? C’est cela mais non pas simplement cela, car j’ai ajouté autre chose la dernière fois quand j’ai pour vous rappelé la fonction du signifiant, c’est que ce signifiant n’est pas simplement, si je puis dire, faire signe à quelqu’un, mais dans le même moment du ressort signifiant, de l’instance signifiante, faire signe de quelqu’un. Faire que le quelqu’un pour qui le signe désigne quelque chose s’assimile ce quelqu’un, que le quelqu’un devienne lui aussi ce signifiant. Et c’est dans ce moment que je désigne comme tel, expressément comme pervers, que nous touchons du doigt l’instance du phallus. Car, si le phallus qui se montre a pour effet de produire chez le sujet à qui il est montré aussi l’érection du phallus, ce n’est pas là condition qui satisfasse en quoi que ce soit à quelque exigence naturelle.

 

C’est ici que se pointe et se désigne ce que nous appelons d’une façon plus ou moins confuse l’instance homosexuelle. Et ce n’est pas pour rien qu’à ce niveau étiologique c’est toujours au niveau du sexe mâle que nous le pointons. C’est pour autant que le résultat, c’est que le phallus comme signe du désir se manifeste en somme comme objet du désir, comme objet d’attrait pour le désir, c’est dans ce ressort que gît sa fonction signifiante comme quoi il est capable d’opérer à ce niveau dans cette zone, dans ce secteur où nous devons à la fois l’identifier comme signifiant et comprendre ce qu’il est ainsi amené à désigner. Ce n’est rien qui soit signifiable directement, c’est ce qui est au-delà de toute signification possible – et nommément cette présence réelle sur laquelle aujourd’hui j’ai voulu attirer vos pensées pour en faire la suite de notre articulation.

Print Friendly, PDF & Email