samedi, juillet 20, 2024
Recherches Lacan

LXIV La logique du fantasme 1966 – 1967 Leçon du 15 Février 1967

Leçon du 15 Février 1967

 

Il me faut avancer et démontrer dans le mouvement de quelle nature est le savoir analytique ; très exactement comment il se fait qu’il passe — ce savoir — qu’il passe dans le réel.

Cela, n’est-ce pas : qu’il passe dans le réel, nous posons que cela se produit toujours plus à mesure de la prétention toujours croissante du je à s’affirmer comme fons et origo de l’être. C’est ce que nous avons posé ; mais ceci n’élucide bien entendu rien de ce que je viens d’appeler LE PASSAGE DE CE SAVOIR DANS LE RÉEL.

Je ne fais pas ici allusion à autre chose qu’à la formule que j’ai donnée de la Verwerfung ou rejet, qui est que tout ce qui est rejeté dans le symbolique reparaît dans le réel.

Cette prévalence du je, au sommet de quelque chose qu’il est bien difficile de saisir sans prêter à malentendu… (dire : l'”époque”, dire même comme nous l’avons dit “l’ère de la science”, c’est ouvrir toujours quelque biais à une note qu’on pourrait assez bien épingler du terme de “spenglerisme”, par exemple : l’idée de “phases humaines” n’est pas là, certes, ce qui peut nous contenter et prêtre à beaucoup de malentendus)… Partons seulement de ceci : qu’il est vrai que le discours a son empire et que je crois vous avoir démontré ceci : que la psychanalyse n’est pensable qu’à mettre dans ses_précédents, le discours de la science.

Il s’agit de savoir où elle se place dans les effets de ce discours. Dedans ? Dehors ? C’est là vous le savez, que nous essayons de la saisir comme une morte de frange qui tremble, de quelque chose d’analogue à ces formes les plus sensibles où se révèle l’organisme ; je parle de ce qui est frange.

Il y a pourtant un pas à franchir avant d’y reconnaître le trait de l’animé, car la pensée telle que nous l’entendons n’est pas l’animé. Elle est l’effet du signifiant, c’est-à-dire en dernier ressort, de la TRACE.

Ce qui s’appelle la structure, c’est cela : nous suivons la pensée à la trace et à rien d’autre. Parce que la trace a toujours causé la pensée.

Le rapport de ce procédé à la psychanalyse se sent tout de suite, si peu qu’on puisse l’imaginer, voire qu’on en ait l’expérience.

Que Freud, inventant la psychanalyse, ce soit l’introduction d’une méthode à détecter une trace de pensée, là où la pensée elle-même la masque de s’y reconnaître autrement — autrement que la trace ne la désigne — voilà ce que j’ai promu. Voilà ce contre quoi ne prévaudra nul déploiement du freudisme comme idéologie. Idéologie naturaliste, par exemple. Que ce point de vue, qui est un point de vue d’histoire de la philosophie, soit mis en avant ces temps-ci, par des gens qui s’autorisent de la qualité de psychanalyste, voilà qui manifeste ce qui va donner plus de précision à la réponse que nécessite la question que j’ai posée d’abord, à savoir : comment il se fait que le savoir analytique vienne à passer dans le réel.

La voie par où ce que j’enseigne passe dans le réel n’est nulle autre, bizarrement, que la Verwerfung, que le rejet effectif — que nous voyons se produire à un certain niveau de génération — de la position du psychanalyste, en tant qu’elle ne veut rien savoir de ce qui est pourtant son seul et unique savoir.

Ce qui est rejeté dans le symbolique doit être focalisé dans un champ subjectif, quelque part, pour reparaître à un niveau corrélatif dans le réel. Où ? Ici, sans doute. Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est ce qui, ici vous touche, c’est-à-dire ce point qui est ce dont témoigne ce que les journalistes ont déjà repéré sous l’étiquette de “structuralisme” et qui n’est rien d’autre que : votre intérêt ; l’intérêt que vous prenez à ce qui, ici, se dit, intérêt qui est réel.

Naturellement, parmi vous, il y a des psychanalystes. Il y a — elle est déjà là — une génération de psychanalystes en qui s’incarnera la juste position du sujet, en tant qu’elle est nécessitée par l’acte analytique. Quand ce temps de maturité de cette génération sera venu, on mesurera la distance parcourue — à lire les choses impensables, heureusement imprimées pour qu’elles témoignent, pour qui sait lire — des préjugés d’où il aura fallu extraire le tracé que nécessite cette réalisation de l’analyse.

Parmi ces préjugés et ces choses impensables, il y aura… il y aura aussi le structuralisme, je veux dire ce qui s’intitule maintenant sous ce titre d’une certaine valeur, cotée à la bourse de la cogitation.

Si ceux d’entre vous qui ont vécu ce qui aura caractérisé le milieu de ce siècle, (ou disons sa première partie), les épreuves que nous avons traversées de manifestations étranges dans la civilisation, — si ceux-là n’avaient pas été endormis, dans ses suites, par une philosophie qui a tout simplement continué son bruit de crécelle, j’aurais maintenant moins de loisir, pour essayer de marquer les traits nécessaires, à ce que vous ne soyez pas tout à fait paumés, pour la phase de ce siècle qui va suivre immédiatement.

Quand Freud introduit pour la première fois — dans son Jenseits… à lui : l’Au de-là du principe du plaisir — le concept de répétition, comme du forçage : Zwang — répétition Wiederholung, cette répétition est forcée : WiederhoZungszwang — quand il l’introduit pour donner son état définitif au statut du sujet de l’inconscient, mesure-t-on bien la portée de cette intrusion conceptuelle ?

Si elle s’appelle “au-delà du principe du plaisir”, c’est précisément en ceci qu’elle rompt avec ce qui jusque-là lui donnait le module de la fonction psychique, à savoir : cette homéostase, qui fait écho à celle que nécessite la substance de l’organisme, qui la redouble et la répète, et qui est celle que, dans l’appareil nerveux isolé comme tel, il définit par la loi de la moindre tension.

Ce qu’introduit la Wiederholungszwang est nettement en contradiction avec cette loi primitive : celle qui s’était énoncée dans le principe du plaisir. Et c’est comme telle que Freud nous la présente.

Tout de suite, nous qui — je suppose — avons lu ce texte, nous pouvons aller à son extrême, que Freud formule comme ce qu’on appelle “pulsion de mort” (traduction de Todestrieb) ; c’est à savoir : qu’il ne peut s’arrêter d’étendre ce Zwang — cette contrainte de la répétition — à un champ qui n’enveloppe pas seulement celui de la manifestation vivante, mais qui la déborde, à l’inclure dans la parenthèse d’un retour à l’inanimé. Il nous sollicite donc de faire subsister comme vivante — et il nous faut bien mettre ici ce terme entre guillemets — une tendance qui étend sa loi au-delà de la durée du vivant.

Regardons-y bien de près, puisque c’est là ce qui fait l’objection et l’obstacle devant quoi se rebelle — tant que, bien sûr la chose n’est pas comprise — se rebelle, de prime abord, une pensée habituée à donner un certain support au terme de tendance ; support, justement, qui est celui que je viens d’évoquer en mettant le mot “vivante” entre guillemets. La vie, donc, dans cette pensée, n’est plus “l’ensemble des forces qui résistent à la mort”, pour citer Bichat ; elle est : l’ensemble des forces où se signifie que la mort serait pour la vie, son RAIL.

À la vérité, ceci n’irait pas très loin, s’il ne s’agissait pas d’autre chose que de l’étant de la vie, mais de ce que nous pouvons, dans un premier abord, appeler : son SENS. C’est-à-dire de quelque chose que nous pouvons lire dans des signes qui sont d’une apparente spontanéité vitale — puisque le sujet ne s’y reconnaît pas — mais où il faut bien qu’il y ait un sujet — puisque ce dont il s’agit ne saurait être un simple effet de la… retombée, (si l’on peut dire) de la bulle vitale qui crève, laissant la place dans l’état où elle était avant — mais de quelque chose qui, partout où nous le suivons, se formule non pas comme ce simple retour, mais comme une PENSÉE de retour, comme une pensée de répétition.

Tout ce que Freud a saisi à la trace dans son expérience clinique, c’est — là où il va la chercher, là où pointe pour lui le problème, à savoir dans ce qu’il appelle “la réaction thérapeutique négative”, ou encore ce qu’il aborde à ce niveau comme un fait (point d’interrogation) de masochisme primordial, comme ceci qui, dans une vie, insiste pour rester dans un certain médium, (mettons les points sur les i) disons : de maladie ou d’échec — c’est ceci que nous devons saisir comme une pensée de répétition.

Une pensée de répétition c’est un autre domaine que celui de la mémoire.

La mémoire, sans doute, évoque la trace aussi, mais la trace de la mémoire à quoi la reconnaissons-nous ? Elle a justement pour effet : la NON — RÉPÉTITION.

Si nous cherchons à déterminer dans l’expérience, en quoi un micro-organisme est doué de mémoire, nous le verrons à ceci qu’il ne réagira pas, la seconde fois, à un excitant, comme la première. Et après tout, ceci quelquefois nous fera parler de mémoire, avec prudence, avec intérêt, avec suspension, au niveau de certaines organisations inanimées…

Mais la répétition, c’est bien autre chose ! Si nous faisons de la répétition le principe directeur d’un champ, en tant qu’il est proprement subjectif, nous ne pouvons manquer de formuler ce qui unit en matière — en manière de copule — l’identique avec le différent.

Ceci nous réimpose l’emploi, à cette fin, de ce trait unaire, dont nous avons reconnu la fonction élective à propos de l’identification.

J’en rappellerai l’essentiel en termes simples, ayant pu éprouver qu’une fonction si simple paraît étonnante dans un contexte de philosophes, ou de prétendus tels, comme, il m’est arrivé récemment d’en avoir l’expérience, et qu’on ait pu trouver obscure, voire opaque, cette très simple remarque que le trait unaire joue le rôle de repère symbolique, précisément d’exclure que ce soient ni la similitude NI DONC NON PLUS LA DIFFÉRENCE, qui se posent au principe de la différenciation.

J ‘ai déjà, ici, assez souligne que l’usage du Un, — qui est ce Un que je distingue du Un-unifiant, à être l’Un-comptable — est de pouvoir fonctionner, à désigner comme autant de “Un” des objets aussi hétéroclites qu’une pensée, un voile ou n’importe quel objet qui soit ici à notre portée — et, puisque j’en ai énuméré trois, à compter cela trois. C’est-à-dire à tenir pour nulle jusqu’à leur plus extrême différence de nature à instaurer leur différenciation d’autre chose.

Voilà qui nous donne la fonction du nombre et tout ce qui s’instaure sur l’opération de la récurrence, dont vous savez que la démonstration s’appuie sur ce module unique : que tout ce qui étant démontré pour vrai… pour n… que ce que… Étant démontré pour vrai que ce qui est vrai de n + 1, l’est de n, il nous suffit de savoir ce qu’il en est pour n = 1, pour que la vérité d’un théorème soit assurée. Ceci fonde un être de vérité, qui est tout entier de glissement. Cette sorte de vérité est, si je puis dire, l’ombre du nombre, elle reste sans prise sur aucun réel. Mais si nous descendons, si je puis dire, dans le temps, ce qui est… ce qui vous est aujourd’hui demandé, pour reprendre le schéma identificatoire de l’aliénation et voir comment il fonctionne : nous remarquerons que le Un basal de l’opération de la récurrence n’est pas déjà là, qu’il ne s’instaure que de la répétition elle-même.

Reprenons. Nous n’avons pas ici à remarquer que la répétition ne saurait dynamiquement se déduire du principe du plaisir. Nous ne le faisons que pour vous faire sentir le relief de ce dont il s’agit. À savoir que le maintien de la moindre tension, comme principe du plaisir, n’implique nullement la répétition. Au contraire, la retrouvaille d’une situation de plaisir dans sa mêmeté ne peut être la source que d’opérations toujours plus coûteuses, que de suivre simplement le biais de la tension la moindre. À la suivre comme une ligne isotherme, si je puis m’exprimer ainsi, elle finira bien par mener, de situation de plaisir en situation de plaisir, au maintien désiré de la moindre tension. Si elle implique quelque bouclage ou quelque retour, ce ne peut être que par la voie, si l’on peut dire, d’une structure externe, qui n’est nullement impensable, puisque j’évoquais tout à l’heure l’existence d’une ligne isotherme. Ce n’est nullement ainsi et du dehors que s’implique l’existence du Zwang dans la Wiederholung freudienne, dans la répétition.

Une situation qui se répète, comme situation d’échec par exemple, implique des coordonnées non de plus et de moins de tension, mais d’identité signifiante du plus ou moins comme signe de ce qui DOIT être répété. Mais ce signe n’était pas porté comme tel par la situation première. ¡Entendez bien que celle-ci n’était pas marquée du signe de la répétition, sans cela, elle ne serait pas première ! Bien plus, il faut dire qu’elle devient — qu’elle DEVIENT — la situation répétée et que, de ce fait, elle est perdue comme situation d’origine : qu’il y a quelque chose de perdu de par le fait de la répétition. Et ceci non seulement est parfaitement articulé dans Freud, mais il l’a articulé BIEN AVANT d’avoir été porté à l’énoncé de 1″‘au-delà du principe du plaisir”.

Dès les Trois essais sur la sexualité, nous voyons surgir, surgir comme impossible, le principe de la retrouvaille. Qu’il y ait, dans le métabolisme des pulsions, cette fonction de l’objet perdu comme tel, déjà le simple abord de l’expérience clinique en avait suggéré à Freud la trouvaille et la fonction. Elle donne le sens même de ce qui surgit sous la rubrique de l’Urverdrängung. C’est pourquoi il faut bien reconnaître que loin qu’il y ait là, dans la pensée de Freud, saut ni rupture, il y a plutôt préparation- par une signification entrevue — préparation de quelque chose qui trouve enfin son statut logique dernier sous la forme d’une loi constituante — encore qu’elle ne soit pas réflexive — constituante du sujet lui-même et qui est la répétition.

Le graphe — si l’on peut dire — de cette fonction, je pense que, tous, vous en avez eu, vu passer, la forme telle que je l’ai donnée comme support intuitif, imaginatif, de cette topologie de retour, pour qu’elle solidarise la part — qui est aussi importante que son effet directif, à cet effet lui-même imagé — à savoir son effet rétroactif : ce que j’ai appelé, à l’instant : ce qui se passe quand par l’effet du répétant, ce- qui était à répéter devient le répété.

Le trait dont se sustente ce qui est répété, en tant que répétant, doit se boucler, doit se retrouver à l’origine : celui (ce trait) qui, de son fait, dès lors marque le répété comme tel.

Ceci, ce tracé, n’est autre que celui de la double boucle, ou encore de ce que j’ai appelé, la première fois que je l’ai introduit, le “huit inversé” et que nous écrirons comme ceci : le voilà qui revient sur ce qu’il répète et c’est ce qui — dans l’opération première, fondamentale, initiatrice comme telle de la répétition — donne cet effet rétroactif qu’on ne peut en détacher, qui nous force à penser le rapport tiers, qui — de l’Un au Deux qui constitue le retour — revient en se bouclant vers ce Un pour donner

cet élément non numerable que j’appelle l’ Un-en-plus, et qui, justement — pour n’être pas réductible à la série des nombres naturels, ni additionnable ni soustrayable, à ce Un et à ce Deux qui se succèdent — mérite encore ce titre de l’ Un-en-trop, que j’ai désigné comme essentiel à toute détermination signifiante et toujours prête d’ailleurs, non seulement à apparaître, mais à se faire appréhender, fuyante, détectable dans le vécu, dès que le sujet comptant (c.o.m.p.t.a.n.t) a à se compter entre d’autres.

Observons que c’est là la forme topologique la plus radicale et qu’elle est nécessaire pour introduire ce qui, dans Freud, se fait valoir sous ces formes polymorphes que l’on connaît sous le terme de régression — qu’elles soient topique, temporelle ou formelle ce n’est pas-là régression homogène — leur racine commune est à trouver dans ce retour, dans cet effet de retour de la répétition.

Certes, ce n’est pas sans raison que j’ai pu retarder aussi longtemps l’examen de ces fonctions de régression. Il suffirait de se reporter à un récent article, paru quelque part sur un terrain neutre, médical — un article sur la régression — pour voir la véritable béance qu’il laisse ouverte, quand une pensée, habituée à pas trop de lumière, essaie de conjoindre la théorie avec ce que lui suggère la pratique psychanalytique. La sorte de curieuse valorisation que la régression reçoit dans certaines des études théoriques les plus récentes, répond sans doute à quelque chose, dans l’expérience de l’analyse, par où, en effet, mérite d’être interrogé ce que peut comporter d’effet progressif la régression, qui, comme chacun sait, est essentielle au procès même de la cure comme telle.

Mais il suffit de voir, de toucher du doigt, la distance, qui en quelque sorte laisse véritablement ouvert tout ce qui est à ce propos réévoqué des formules de Freud, avec ce qui en est déduit quant à l’usage de la pratique (qu’on se reporte à cet article qui est dans le dernier numéro de l’ Evolution Psychiatrique), pour qu’on sente à quel point la régression dont il s’agit ici est de nature à nous suggérer la question de savoir s’il ne s’agit pas de rien d’autre que d’une régression théorique.

A la vérité, c’est bien là le mode majeur de ce rejet que je désigne comme essentiel à telle position présente du psychanalyste.

À reprendre telles ou telles questions, de nouveau, à leur origine, comme si elles n’avaient pas déjà quelque part été tranchées, on fait durer le plaisir ! Ce n’est assurément pas, dans l’affaire, celui de ceux dont nous prenons la responsabilité. Je reviendrai là-dessus en son temps, car si, bien sûr, il y a dans tous ces effets, quelque chose de l’ordre de la maladresse, ceci n’est pas pour autant lever toute référence possible à quelque chose de l’ordre de la malhonnêteté, si de telle formules se trouvent conjoindre et légitimer une finalité du traitement qui se trouve couvrir les illusions du moi les plus grossières, c’est-à-dire ce qui est le plus opposé à la rénovation analytique.

Que veut dire ce que nous avons apporté sous le terme d’aliénation, quand nous commençons de l’éclairer par cet appareil de l’involution signifiante (si je puis l’appeler ainsi) de la répétition ?

Nous avons avancé d’abord que l’aliénation, c’est le signifiant de l’Autre, en tant qu’il fait de l’Autre (avec un grand A) un champ marqué de la même finitude que le sujet lui-même : le S (A) S, parenthèse ouverte : A barré. De quelle finitude s’agit-il ? De celle que définit, dans le sujet, le fait de dépendre des effets du signifiant.

L’Autre comme tel — je dis : ce lieu de l’Autre, pour autant que l’évoque le besoin d’assurance d’une vérité — l’Autre comme tel est, si je puis dire, si vous permettez ce mot à mon improvisation : FRACTURE. De la même façon où nous le saisissons dans le sujet lui-même — très précisément, de la sorte où le marque la double boucle topologique de la répétition — l’Autre aussi se trouve sous le coup de cette finitude.

Ainsi se trouve posée la division au cœur des conditions de la vérité. Complication, disons, apportée à toute exigence — de type leibnizien — de réservation de la susdite, je veux dire : de la vérité. Le salva veritate, essentiel à tout ordre de la pensée philosophique, est pour nous — et pas seulement            du fait de la psychanalyse- manifeste en tous points de cette élaboration qui se fait au niveau de la logique mathématique — est pour nous un peu plus compliqué. Il exclut en tout cas, tout à fait, toute forme d’absoluité intuitive ; l’attribution, par exemple, au champ de l’Autre, de la dimension — qualifiée aussi spinoziennement que vous voudrez — de l’Eternel, par exemple…

Cette déchéance permanente de l’Autre est inextirpable du donné de l’expérience subjective. C’est elle qui met au cœur de cette expérience le phénomène de la croyance dans son ambiguïté, constituée de ceci : que ce n’est point par accident, par ignorance, que la vérité se présente dans la dimension du contestable. Phénomène, donc, qui n’est pas à considérer comme fait de défaut, mais comme fait de structure, et que c’est là, pour nous, le point de prudence. Le point où nous sommes sollicités de nous avancer du pas le plus discret, je veux dire le plus discernant, pour désigner le point substantiel de cette structure, pour ne pas prêter à la confusion dans laquelle on se précipite, non innocemment sans doute, en suggérant-là une forme renouvelée de positivisme.

Bien plutôt devrions-nous trouver nos modèles dans ce qui reste si incompris et pourtant si vivant de ce que la tradition nous a légué de fragmentaire des exercices du scepticisme, en tant qu’ils ne sont pas simplement ces jongleries étincelantes entre doctrines opposées, mais au contraire véritables exercices spirituels, qui correspondaient sûrement à une praxis éthique, qui donne sa véritable densité à ce qui nous reste de théorique sous ce chef et sous cette rubrique.

Disons qu’il s’agit maintenant pour nous de rendre compte en termes de notre logique, du surgissement nécessaire de ce lieu de l’Autre en tant qu’il est ainsi divisé. Car, pour nous, c’est là qu’il nous est demandé de situer non pas simplement ce lieu de l’Autre, le répondant parfait de ceci que la vérité n’est pas trompeuse, mais bien plus précisément, aux différents niveaux de l’expérience subjective que nous impose la clinique, comment est possible que s’y insèrent – dans cette expérience – des instances qui ne sont pas articulables autrement que comme demandes de l’Autre – c’est la névrose…

Et ici nous ne pouvons manquer de dénoncer à quel point est abusif l’usage de tels termes que nous avons introduits, mis en valeur, comme celui par exemple de la demande, quand nous le voyons repris sous la plume de tel novice à s’exercer sur le plan de la théorie de l’analyse et à marquer combien est essentiel (le jeunot montre ici sa perspicacité) de mettre au centre et au départ de l’aventure une demande – dit-il – d’exigence actuelle”.

C’est ce que depuis toujours on avance, en faisant tourner l’analyse autour de “frustration et gratification”. L’usage ici du terme de demande, qui m’est emprunté, n’est là que pour brouiller les traces de ce qui en fait l’essentiel, qui est que le sujet vient à l’analyse non pas pour demander quoi que ce soit d’une exigence actuelle, mais pour savoir ce qu’il demande. Ce qui le mène, très précisément, à cette voie de demander que l’Autre lui demande, quelque chose.

Le problème de  la demande se situe au niveau de l’Autre: Le désir du névrosé tourne autour de la demande de l’Autre et le problème logique est de savoir comment nous pouvons situer cette fonction de la demande de l’Autre, sur ce support : que l’Autre pur et simple, comme tel, est : A barré (A).

Bien d’autres termes sont aussi à évoquer comme devant trouver dans l’Autre leur place : l’ angoisse de l’ Autre – vraie racine de la position du sujet comme position masochique. Disons encore : comment nous devons concevoir ceci : qu’ UN POINT DE JOUISSANCE EST ESSENTIELLEMENT REPERABLE COMME JOUISSANCE DE L’AUTRE ; point sans lequel il est impossible de comprendre ce dont il s’agit dans la perversion. Point, pourtant, qui est le seul référent structural qui puisse donner raison de ce qui dans la tradition s’appréhende comme Selbstbewusstsein. Rien d’autre dans le sujet ne se traverse réellement soi-même, ne se perfore, si je puis dire, comme tel – j’essaierai d’en dessiner pour vous, un jour, quelque modèle enfantin  – rien d’autre, sinon ce point qui, de la jouissance, fait la jouissance de l’Autre.

Ce n’est pas d’un pas immédiat que nous nous avancerons dans ces problèmes. Il nous faut aujourd’hui tracer la conséquence à tirer du rapport de ce graphe de la répétition, avec ce que nous avons scandé comme le choix fondamental de l’aliénation.

Il est facile de voir, à cette double boucle, que plus elle collera à elle-même, plus elle tendra à se diviser. A supposer qu’ici (figure 1) se réduise la distance d’un bord à l’autre, il est facile de voir que ce seront deux rondelles qui viendront à s’isoler.» : Quel rapport y a-t-il entre ce passage à l’acte de l’aliénation et la répétition elle-même ? Eh bien, très précisément, ce qu’ on peut et ce qu’on doit appeler l’ ACTE .

C’est aujourd’hui, d’une situation logique de l’acte en tant que tel, que je veux avancer les prémisses. Cette double boucle du tracé de la répétition : si elle nous impose une topologie, c’est que ce n’est pas sur n’importe quelle surface qu’elle peut avoir fonction de bord. Essayez de la tracer sur la, surface d’une sphère, je l’ai montré  depuis longtemps – vous m’en direz des nouvelles ! – (fig. 2 faites-la revenir- ici et essayez de la boucler de façon à ce qu’elle soit un bord, c’est-à-dire qu’elle ne se recoupe pas elle-même, ceci est impossible. Ce ne sont [des choses possibles] – je l’ai déjà depuis longtemps fait remarquer – que sur un certain type de surfaces (celles qui sont ici dessinées, par exemple) telles le tore que j’ai appelé dans son temps, le cross-cap ou le plan projectif, ou encore la tierce bouteille de Klein dont vous savez, je pense, si vous vous souvenez encore, du petit dessin dont on peut l’imager (il est bien entendu que la bouteille de Klein n’a rien qui la lie spécialement à cette représentation particulière). L’important est de savoir ce qui dans chacune de ces surfaces, résulte de la coupure constituée par la double boucle.

Sur le tore, cette coupure donnera une surface à deux bords. Sur le cross-cap, elle donnera une coupure à un seul bord.

Ce qui est important, c’est quelle est la structure des surfaces ainsi instaurées.

Les images qui sont à gauche – et que j’ai déjà introduites la dernière fois pour que vous puissiez en prendre le dessin – vous représentent ce qui constitue la surface la plus caractéristique pour nous imager la fonction que nous donnons à la double boucle. C’est (en haut et à gauche ) la bande de Moebius, dont le bord – c’est-à-dire tout ce qui est dans ce dessin (sauf ceci, qui est un profil, qui n’est là, en quelque sorte, inscrit que pour faire surgir dans votre imagination l’image du support de la surface elle-même, à savoir qu’ici la surface tourne de l’autre côté, mais ceci ne fait partie bien sûr d’aucun bord) – il ne reste donc que la double boucle, qui est le bord – le bord unique de la surface en question.

Nous pouvons prendre cette surface pour symbolique du sujet, à condition que vous considériez bien -sûr, que seul le bord constitue cette surface ; comme il est facile de le démontrer en ceci : c’est que -si vous faites une coupure par le milieu de cette surface, cette coupure elle-même concentre en elle l’essence de la double boucle. Etant une coupure qui, si je puis dire, se “retourne” sur elle-même, elle est elle-même – cette coupure unique – à elle toute seule, toute la surface de Moebius. Et la preuve c’est qu’aussi bien, quand vous l’avez faite, cette coupure médiane, il n’y a plus de surface de Moebius du tout ! La coupure, si je puis dire “médiane”, l’a retirée de ce que vous croyez voir, là, sous la forme d’une surface. C’est ce que vous montre la figure qui est à droite, qui vous montre qu’une fois coupée par le milieu, cette surface, qui auparavant n’avait ni endroit ni envers, n’avait qu’une seule face, comme elle n’avait qu’un seul bord, a maintenant un endroit et un envers, que vous voyez ici marqué de deux couleurs différentes ; il vous suffit bien sûr, d’imaginer que chacune de ces couleurs passe à l’envers de l’autre, là où du fait de la coupure elles se continuent. Autrement dit, après la coupure il n’y a plus de surface de Moebius, mais, par contre, quelque chose qui est applicable sur un tore. Ce que vous démontrent les deux autres figures: à savoir que si vous faites d’une certaine façon glisser cette surface – celle qui est obtenue après la coupure – à l’envers d’elle-même, si je puis m’exprimer ainsi, ce qui est tout à fait bien imagé dans la figure présente – vous pouvez, en cousant – si je puis dire – d’une autre façon les bords dont il s’agit, constituer ainsi une nouvelle surface qui est la surface d’un tore, sur laquelle est marquée toujours la même coupure, constituée par la double boucle fondamentale de la répétition.

Ces faits topologiques sont pour nous extrêmement favorables à imager quelque chose qui est ce dont il s’agit. A savoir que, de même que l’aliénation s’est imagée dans deux sens d’opérations différentes – où l’un représente le choix nécessaire du je ne pense pas écorné de l’Es de la structure logique, l’autre – élément qu’on ne peut choisir, de l’alternative – qui oppose, qui conjoint le noyau de l’inconscient, comme étant ce quelque chose où il ne s’agit pas d’une pensée d’aucune façon attribuable au je institué de l’unité subjective, et qui le conjoint à un je ne suis pas, bien marqué dans ce que, dans la structure du rêve, j’ai défini comme l’immixtion des sujets à savoir comme le caractère infixable, indéterminable, du sujet assumant la pensée de l’inconscient – la répétition nous permet de mettre en corrélation, en correspondance, deux modes sous lesquels le sujet peut apparaître différent – peut se manifester, dans son conditionnement temporel – de façon qui corresponde aux deux statuts définis comme celui du je de l’aliénation et comme celui que révèle la position de l’inconscient dans des conditions spécifiques, qui ne sont autres que celles de l’analyse.

Nous avons, correspondant au niveau du schéma temporel, ceci : que le passage à l’acte est ce qui est permis dans l’opération de l’aliénation; que, correspondant à l’autre terme – terme, en principe, impossible à choisir dans l’alternative aliénante – correspond l’acting-out. Qu’est-ce que ceci veut dire ? L’acte, j’entends l’acte et non pas quelque manifestation de mouvement. Le mouvement, la décharge motrice (comme on s’exprime au niveau de la théorie), voilà ce qui ne suffit d’aucune façon à constituer un acte si vous me permettez une image grossière : un réflexe n’est pas un acte.

Mais enfin, c’est, bien entendu, bien au-delà qu’il faut prolonger cette aire du ne pas-acte . Ce qu’on sollicite dans l’étude de l’intelligence d’un animal supérieur, la conduite du détour par exemple – le fait qu’un singe s’aperçoive de ce qu’il faut faire pour saisir une banane quand une vitre l’en sépare – n’a absolument rien à faire avec un acte. Et à la vérité, un très grand nombre de vos mouvements, vous n’en doutez pas – de ceux que vous exécuterez d’ici la fin de la journée – n’ont rien à faire bien sûr avec de l’acte.

Mais comment définir ce qu’est un acte ?

Il est impossible de le définir autrement que sur le fondement de la double boucle, autrement dit : de la ` répétition. Et c’est précisément en cela que l’acte est fondateur du sujet.

L’acte est, précisément, l’équivalent de la répétition, par lui-même. Il est cette répétition en un seul trait, que j’ai désignée tout à l’heure par cette coupure qu’il est possible de faire au centre de la bande de Moebius. Il est en lui-même : double boucle du signifiant. On pourrait dire, mais ce serait se tromper, que dans son cas le signifiant se signifie lui-même. Car nous savons que c’est impossible. Il n’en est pas moins vrai que c’est aussi proche que possible de cette opération. Le sujet – disons: dans l’acte – est équivalent à son signifiant. Il n’en reste pas moins divisé.

Tachons d’éclairer un peu ceci et mettons-nous au niveau de cette aliénation où le je se fonde d’un je ne pense pas d’autant plus favorable à laisser tout le champ à l’Es de la structure logique.

“Je ne pense pas” … si je suis d’autant plus que je ne pense pas (je veux dire : si je ne suis que le je qu’instaure la structure logique), le médium, le trait, où peuvent se conjoindre ces deux termes, c’est le : j’agis; ce j’agis qui n’est pas, comme je vous l’ai dit, effectuation motrice. Pour que “je marche” devienne un acte, il faut que le fait que je marche signifie que je marche en fait et que je le dise comme tel.

Il y a répétition intrinsèque à tout acte, qui n’est permise que par l’effet de rétroaction – qui s’exerce du fait de l’incidence signifiante qui est mise en son cœur – et rétroaction de cette incidence signifiante sur ce qu’on appelle “le cas” dont il s’agit, quel qu’il soit. Bien sûr, il ne suffit pas que je proclame que je marche ! C’est quand même, déjà, un début d’action. C’est une action d’opérette : “Marchons, marchons…” C’est ce qu’on appelle, dans une certaine idéologie aussi l’engagement, c’est ce qui lui donne le caractère comique bien connu.

L’important à détecter sur ce qu’il en est de l’acte, est à chercher là où la structure logique nous livre – et nous livre en tant que structure logique – la-possibilité de transformer en acte ce qui, de premier abord, ne saurait être autre chose qu’une pure et simple passion “Je tombe par terre” ou “je trébuche”, par exemple réfléchissez à ceci, que ce fait de redoublement signifiant, à savoir que dans mon “je tombe par terre” il y a l’affirmation que je tombe par terre ; “je tombe par terre” devient, transforme ma chute, en quelque chose de signifiant. Je tombe par terre et je fais par-là l’acte où je démontre que je suis, comme on dit : atterré. De même, “je trébuche” – même “je trébuche” qui porte en soi si manifestement la passivité du ratage – peut être, s’il est repris et redoublé de l’affirmation “je trébuche”, l’indication d’un acte, en tant que j’assume moi-même le sens, comme tel, de ce trébuchement.

Il n’y a rien-là, qui aille contre l’inspiration de Freud, si vous vous rappelez qu’à telle page de la Traumdeutung et très précisément dans celle où il nous désigne les premiers linéaments de sa recherche sur l’identification, il souligne bien lui-même – légitimant par avance les intrusions que je fais de la formule cartésienne dans la théorie de l’inconscient – la remarque que Ich a deux sens différents dans la même phrase, quand on dit “Ich denke was gesundes Kind Ich war” : “Je pense” – ou : Ich bedenke, comme il l’a dit exactement : je médite, je réfléchis, je me gargarise – “à la pensée de quel enfant bien portant – Ich bin… Ich war – j’étais.

Le caractère essentiellement signifiant comme tel, et redoublé de l’acte, l’incidence répétitive et intrinsèque de la répétition dans l’acte, voilà qui nous permet de conjoindre d’une façon originelle – et de façon telle qu’elle puisse ensuite satisfaire à l’analyse de toutes ses variétés – la définition de l’acte.

Je ne peux ici qu’indiquer en passant – car nous aurons à y revenir – que l’important n’est pas tellement dans la définition de l’acte, que dans ses suites-. Je veux dire : de CE QUI RESULTE DE L’ACTE COMME CHANGEMENT DE LA SURFACE. Car si j’ai parlé tout à l’heure de l’incidence de la coupure dans la surface topologique – que je dessine comme celle de la bande de Moebius – si après L’acte la surface est d’une autre structure dans tel cas, si elle est d’une structure encore différente dans tel autre ou si même dans certains cas elle peut ne pas changer, voilà qui va, pour nous, nous proposer modèles ( si vous voulez ) à distinguer ce qu’il en est de l’incidence de l’acte, non pas tant dans la détermination que dans les mutations du sujet.

Or, il est un terme que depuis quelque temps j’ai laissé aux tentatives et gustations de ceux qui m’entourent, sans jamais franchement répondre à l’objection qui m’est faite – et qui m’est faite depuis longtemps – que la Verleugnung – puisque c’est le terme dont il s’agit – est le terme auquel il faudrait référer les effets que j’ai réservés à la Verwerfung. J’ai assez parlé de cette dernière, depuis le discours d’aujourd’hui, pour n’avoir pas y revenir. Je pointe simplement ici que ce qui est de l’ordre de la Verleugnung est Toujours ce qui a affaire à l’ambiguïté qui résulte des effets de l’acte comme tel.

Je franchis le Rubicon. Ça peut se faire … tout seul il suffit de prendre le train à Cesene dans la bonne direction, une fois que vous êtes dans le train, vous n’y pouvez plus rien : vous franchissez le Rubicon. Mais ce n’est pas un acte. Ce n’est pas un acte non plus quand vous franchissez le Rubicon en pensant à César, c’est l’imitation de l’acte de César. Mais vous voyez déjà que l’imitation prend, dans la dimension de l’acte, une toute autre structure que celle qu’on lui suppose d’ordinaire. Ce n’est pas un acte, mais ça peut quand même en être un ! Et il n’y a même aucune autre définition possible à des suggestions, autrement aussi exorbitantes, que celles qui s’intitulent l’Imitation de Jésus-Christ, par exemple.

Autour de cet acte – qu’il soit imitation ou pas – qu’il soit l’acte même original, celui dont les historiens de César nous disent bien le sens indiqué par le rêve, qui précède le franchissement du Rubicon – qui n’est autre que le sens de l’inceste – il s’agit de savoir, à chacun de ces niveaux, quel est l’effet de l’acte.

C’est le labyrinthe propre à la reconnaissance de ces effets par un sujet qui ne peut le reconnaître, puisqu’il est tout entier – comme sujet – transformé par l’acte, ce sont ces effets-là que désigne, partout où le terme est justement employé, la rubrique de la Verleugnung.

L’acte donc est le seul lieu où le signifiant a l’apparence – la fonction en tout cas – de se signifier lui-même. C’est à dire de fonctionner hors de ses possibilités.

Le sujet est, dans l’acte, représenté comme division pure : la division, dirons-nous, est son Repräsentanz. Le vrai sens du terme Repräsentanz est à prendre à ce niveau, car c’est à partir de cette représentance du sujet comme essentiellement divisé, qu’on peut sentir comment cette fonction de Repräsentanz peut affecter ce qui s’appelle représentation ; ce qui fait dépendre la Vorstellung d’un effet de Repräsentanz.

L’heure nous arrête… Il va être pour nous question, la prochaine fois, de savoir comment il est possible que soit présentifié l’élément impossible à choisir de l’aliénation. La chose vaut bien la peine d’être rejetée à un discours qui lui soit réservé, puisqu’il ne s’agit-là de rien d’autre que du statut de l’Autre, là où il est évoqué pour nous de la façon la plus urgente, à ne pas prêter à précipitation et erreur, à savoir : la situation analytique. Mais ce modèle que nous donne l’acte comme division et dernier support du sujet ; point de vérité qui – disons-le avant de nous quitter, entre parenthèses – est celui qui motive la montée au sommet de la philosophie, de la fonction de l’existence, qui n’est assurément rien d’autre que la forme voilée sous laquelle, pour la pensée, se présente le caractère originel de l’acte dans la fonction du sujet.

Pourquoi cet acte, dans son instance, est-il resté voilé, et ceci dans ceux qui en ont su le mieux marquer l’autonomie – contre Aristote, qui n’avait pas de ceci, et pour cause ! la moindre idée– je veux dire : Saint Thomas ?

C’est sans doute parce que l’autre possibilité de coupure nous est donnée, dans la partie impossible à choisir de l’aliénation (pourtant mise à notre portée par le biais de l’analyse) la même coupure intervenant à l’autre sommet, celui ici désigné, qui correspond à la conjonction inconscient – je ne suis pas c’est ce qui s’appelle l’acting-out et c’est ce dont nous essaierons la prochaine fois de définir le statut.

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