mercredi, juin 19, 2024
Recherches Lacan

LX L'angoisse 1962 – 1963 Leçon du 19 décembre 1962

Leçon du 19 décembre 1962

 

Donc ce que j’évoque ici pour vous n’est pas de la métaphysique. Je m’étais permis d’employer un terme auquel l’actualité a fait depuis quelques années un sort, je parlerai plutôt de lavage de cerveau. Ce que j’entends, c’est grâce à une méthode vous apprendre à reconnaître, à reconnaître à la bonne place ce qui se présente dans votre expérience et bien entendu l’efficacité de ce que je prétends faire ne s’éprouve qu’à l’expérience. Et si parfois on a pu objecter la présence à mon enseignement de certains que j’ai en analyse, après tout la légitimité de cette coexistence de deux rapports avec moi, celui où l’on m’entend et celui où de moi l’on se fait entendre, ne peut se juger qu’à l’intérieur et pour autant que ce qu’ici je vous apprends peut effectivement faciliter à chacun, j’entends aussi bien à celui qui travaille avec moi, l’accès à la reconnaissance de son propre chemin. À cet endroit, bien sûr, il y a quelque chose, une limite, où le contrôle externe s’arrête mais assurément ce n’est pas un mauvais signe, si l’on peut voir, que ceux-là qui participent de ces deux positions y apprendront au moins à mieux lire.

Lavage de cerveau, ai-je dit, c’est bien pour moi m’offrir à ce contrôle que je reconnaisse dans les propos de ceux que j’analyse autre chose que ce qu’il y a dans les livres. Inversement, pour eux, c’est qu’ils sachent dans les livres reconnaître au passage ce qu’il y a effectivement dans les livres. Et à cet endroit, je ne puis que m’applaudir, par exemple d’un petit signe, comme celui-ci récent, qui m’a été donné de la bouche de quelqu’un justement que j’ai en analyse, qu’au passage ne lui échappe pas la portée d’un trait comme celui-ci qu’on peut accrocher dans un livre, dont la traduction est venue récemment, combien tard, d’une œuvre de Ferenczi en français, à savoir ce livre dont le titre original est Versuch einer Genital Theorie, Recherche, très exactement, d’une théorie de la génitalité, et non pas simplement Des origines de la vie sexuelle comme on l’a ici noyé, livre assurément qui n’est pas sans inquiéter par quelque côté, que j’ai déjà, pour ceux qui savent entendre, dès longtemps pointé, comme pouvant à l’occasion participer du délire, mais qui apportant avec lui cette énorme expérience laisse tout de même en ses détours déposer plus d’un trait pour nous précieux ; et celui-ci dont je suis sûr que l’auteur lui-même ne lui donne pas tout l’accent qu’il faut justement dans son dessein, dans sa recherche, d’arriver à une notion trop harmonisante, trop totalisante de ce qui fait son objet, à savoir, la visée, la réalisation génitale.

Au passage, le voici qui s’exprime ainsi : « Le développement de la sexualité génitale, dont nous venons, dit-il, chez l’homme — c’est en effet ce qu’il y a chez l’homme mâle, le mâle — de schématiser les grandes lignes, subit chez la femme par » ce qu’on a traduit par « une interruption plutôt inattendue », traduction tout à fait impropre puisqu’il s’agit en allemand d’« eine ziemlich unvermittelte Unterbrechung », d’une interruption, ça veut dire le plus souvent qu’elle est sans médiation, qu’elle ne fait donc pas partie de ce que Ferenczi qualifie d’amphimixie, et qui n’est en fin de compte qu’une des formes naturalisées de ce que nous appelons thèse, antithèse, synthèse, de ce que nous appelons progrès dialectique si je puis dire. Ce qui sans doute n’est pas le terme qui, dans l’esprit de Ferenczi est valorisé, mais ce qui anime effectivement toute sa construction ; c’est bien ce qu’il note, c’est que unvermittelte, c’est-à-dire latéral par rapport à ce procès, — et n’oublions pas ce qu’il s’agit de trouver — de la synthèse et de l’harmonie génitale, est donc à traduire ici par plutôt « en impasse », « en dehors des progrès de la médiation ». « Cette interruption », dit-il « est caractérisée — et il ne fait la qu’accentuer ce que nous dit Freud -par le déplacement de l’érogénéité du clitoris (pénis féminin) à la cavité vaginale. L’expérience analytique nous incline cependant à supposer que, chez la femme, non seulement le vagin, mais aussi d’autres parties du corps, peuvent se génitaliser, comme l’hystérie en témoigne également, en particulier le mamelon et la région qui l’entoure ». Comme vous le savez, il y a bien d’autres zones encore dans l’hystérie. D’ailleurs aussi bien la traduction ici, faute de suivre effectivement le précieux de ce qui ici nous est apporté comme matériel, traduction en quelque sorte littérale, il y a simplement, non pas : « en témoigne également », mais « nach Art der Hysterie » en allemand.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce que ça veut dire, pour quelqu’un qui a appris, que ce soit ici ou ailleurs, à entendre, si ce n’est que l’entrée en fonction du vagin comme tel, dans la relation génitale, est un mécanisme strictement équivalent à tout autre mécanisme hystérique ? Et, ici, pourquoi nous étonner ? Pourquoi nous en étonner à partir du moment où, par notre schéma de la place du lieu vide, dans la fonction du désir, vous êtes tout prêt à reconnaître quelque chose dont le moins qu’on puisse dire est que, pour vous, pourra au moins se situer ce paradoxe, ce paradoxe qui se définit ainsi, c’est que le lieu, la maison de la jouissance se trouve normalement, puisque naturellement placé justement en un organe que vous savez de la façon la plus certaine, par l’expérience comme par l’investigation anatamo-physio-logique, comme insensible au sens qu’il ne saurait même s’éveiller à la sensibilité pour la raison qu’il est énervé, que le lieu, le lieu dernier de la jouissance, de la jouissance génitale, est un endroit — après tout, ce n’est pas un mystère — où l’on peut déverser des déluges d’eau brûlante, et à une température telle qu’elle ne saurait être supportée par aucune autre muqueuse, sans provoquer des réactions sensorielles actuelles, immédiates.

Qu’est-ce à dire, si ce n’est qu’il y a tout lieu pour nous de repérer de telles corrélations, avant d’entrer dans le mythe diachronique d’une prétendue maturation, qui ferait du point, sans doute, nécessaire, d’arrivée, d’achèvement, d’accomplissement de la fonction sexuelle dans la fonction génitale, autre chose qu’un procès de maturation, qu’un lieu de convergence, de synthèse, de tout ce qui a pu se présenter jusque-là de tendances partielles et qu’à reconnaître, non seulement la nécessité de cette place vide, en un point fonctionnel du désir, mais de voir que même c’est là que la nature elle-même, que la physiologie va trouver son point fonctionnel le plus favorable, nous nous trouvons ainsi dans une position plus claire, à la fois délivrés de ce poids de paradoxe qui va nous faire imaginer tant de constructions mythiques autour de la prétendue jouissance vaginale ; non pas, bien sûr, que quelque chose ne soit pas indicable au-delà, et c’est, si vous vous en souvenez bien, ceux qui ont assisté à notre Congrès d’Amsterdam ce dont ils peuvent se souvenir qu’à l’entrée de ce Congrès, j’ai indiqué, ce qui, faute d’appareil, faute de ce registre structural dont j’essaie ici de vous donner les articulations, n’a même pas pu, au cours d’un congrès où beaucoup de choses, et méritoires, se sont dites, être effectivement articulé et repéré comme tel. Et pourtant combien précieux pour nous est de savoir, puisque aussi bien tous les paradoxes concernant la place à donner à l’hystérie dans ce qu’on pourrait appeler l’échelle des névroses, cette ambiguïté notamment qui fait que du fait de ces analogies évidentes et dont là le vous pointe la pièce maîtresse, la pièce majeure avec le mécanisme hystérique, nous sommes appelés à la mettre dans une échelle diachronique, comme la névrose la plus avancée parce que la plus proche de l’achèvement génital qu’il nous faut, cette conception diachronique, la mettre au terme de la maturation infantile et que par le renversement que la clinique nous montre, au contraire, il nous faut bien, dans l’échelle névrotique, la considérer au contraire comme la plus primaire, celle sur laquelle nommément, par exemple, les constructions de la névrose obsessionnelle s’édifient, que les relations de l’hystérie, pour tout dire, avec la psychose elle-même, avec la schizophrénie, sont évidentes.

La seule chose qui puisse nous permettre de ne pas aussi éternellement, selon les besoins, et les observateurs nous rapportent les points de vue que nous avons à aborder sur l’hystérie, la mettre ainsi, soit à la fin, soit au début des prétendues phases évolutives, c’est avant tout, et d’abord, de la rapporter à ce qui prévaut, à savoir la structure, la structure synchronique du désir (fig.1) c’est d’isoler, dans la structure constituante du désir comme tel, ce qui fait que je désigne cette place, la place du blanc, la place du vide, comme jouant toujours une fonction essentielle et que cette fonction soit mise en évidence de la façon majeure, dans la structure achevée, terminale, de la relation génitale, c’est à la fois la confirmation du bien-fondé de notre méthode, c’est aussi l’amorce d’une vision plus claire, déblayée de ce dans quoi nous avons à nous repérer concernant les phénomènes proprement du génital. Sans doute y a-t-il obstacle, objection à ce que nous le voyions directement puisqu’il nous faut passer pour y atteindre, par une voie un peu détournée. Cette voie de détour, c’est l’angoisse, et c’est pour ça que nous y sommes cette année.

Le point où nous sommes en ce moment, où s’achève avec l’année une première phase de notre discours consiste donc à bien vous dire qu’il y a une structure de l’angoisse, et l’important, le vif de la façon dont, dans ces premiers entretiens, je l’ai annoncée, amenée, abordée pour vous, est assez dans cette image, je veux dire dans ce qu’elle apporte d’arêtes vives qui est à prendre dans tout son caractère spécifié. Je dirais même jusqu’à un certain point qu’elle ne montre pas encore assez, sous cette forme tachygraphique, où, je vous le répète au tableau depuis le début de mon discours, il faudrait insister sur ceci, que ce trait, c’est quelque chose que vous voyez par la tranche et qui est un miroir. Un miroir ne s’étend pas à l’infini, un miroir a des limites, et ce qui vous le rappelle, c’est si vous vous rapportez à l’article [Remarque sur le rapport de Daniel Lagache, Écrits pp. 647 à 684] dont ce schéma est extrait, que ces limites du miroir, j’en fais état. On peut voir quelque chose dans ce miroir à partir d’un point situé, si l’on peut dire, quelque part dans l’espace du miroir d’où il n’est pas, pour le sujet, aperceptible. Autrement dit, je ne vois pas forcément moi-même mon œil dans le miroir, même si le miroir m’aide à apercevoir quelque chose que je ne verrai pas autrement. Ce que je veux dire par la, c’est que la première chose à avancer concernant cette structure de l’angoisse, c’est quelque chose que vous oubliez toujours dans les observations où elle se révèle, fascinés par le contenu du miroir, vous oubliez ses limites, et que, l’angoisse est encadrée.

Ceux qui ont entendu mon intervention aux Journées Provinciales concernant le fantasme, – intervention dont après deux mois et une semaine, j’attends toujours qu’on me remette le texte – peuvent se rappeler que je me suis servi comme métaphore, d’un tableau qui vient se placer dans l’encadrement d’une fenêtre, technique absurde sans doute, s’il s’agit de mieux voir ce qui est sur le tableau, mais comme je l’ai aussi expliqué, ce n’est pas de cela justement qu’il s’agit, c’est, quel que soit le charme de ce qui est peint sur la toile, de ne pas voir ce qui se voit par la fenêtre. Ce que le rêve inaugural dans l’histoire de l’analyse vous montre dans ce rêve de L’homme aux loups, dont le privilège est que, comme il arrive incidemment et d’une façon non ambiguë, c’est qu’il est l’apparition dans le rêve d’une forme pure schématique du fantasme, c’est parce que le rêve à répétition de L’homme aux loups est le fantasme pur dévoilé dans sa structure, qu’il prend toute son importance, et que Freud le choisit pour faire, dans cette observation, qui n’a pour nous ce caractère inépuisé, inépuisable que parce qu’il s’agit essentiellement et de bout en bout du rapport du fantasme au réel. Qu’est-ce que nous voyons dans ce rêve  ? La béance soudaine, et les deux termes sont indiqués, d’une fenêtre. Le fantasme se voit au-delà d’une vitre et par une fenêtre qui s’ouvre, le fantasme est encadré et ce que vous voyez au-delà, vous y reconnaîtrez, si vous savez bien sûr vous en apercevoir, vous y reconnaîtrez, sous ses formes les plus diverses, la structure qui est celle que vous voyez ici dans le miroir de mon schéma. Il y a toujours les deux barres d’un support plus ou moins développé et de quelque chose qui est supporté; il y a les loups, sur les branches de l’arbre, il y a sur tel dessin de schizophrène – je n’ai qu’à ouvrir n’importe quel recueil pour le ramasser, si je puis dire, à la pelle – aussi, à l’occasion, quelque arbre, avec au bout par exemple, pour prendre mon premier exemple dans le rapport que Jean Bobon a fait au dernier Congrès d’Anvers’, sur le phénomène de l’expression, avec au bout de ses branches, quoi  ? Ce qui pour un schizophrène remplit le rôle que les loups jouent dans ce cas borderline qu’est L’homme aux loups. Ici, un signifiant, c’est au-delà des branches de l’arbre que le schizophrène en question écrit la formule de son secret : « lo sono sempre vista », à savoir ce qu’elle n’a jamais pu dire, jusque-là, « Je suis toujours vue ». Encore ici, faut-il que je m’arrête pour vous faire apercevoir qu’en italien comme en français vista a un sens ambigu; ce n’est pas seulement un participe passé, c’est aussi la vue avec ses deux sens subjectif et objectif, la fonction de la vue et le fait d’être vue, comme on dit la vue du paysage, celle qui est prise la comme jet sur une carte postale. Je reviendrai, bien sûr, sur tout cela.

Ce que je veux seulement, aujourd’hui, ici accentuer c’est que l’horrible, le louche, l’inquiétant, tout ce par quoi nous traduisons, comme nous pouvons en français, ce magistral unheimlich, se présente par des lucarnes, que c’est encadré que se situe pour nous le champ de l’angoisse. Ainsi, vous retrouvez ce par quoi pour vous j’ai introduit la discussion, à savoir le rapport de la scène au monde.

Soudain, tout d’un coup, toujours ce terme vous le trouverez, au moment de l’entrée du phénomène de l’unheimlich. La scène qui se propose dans sa dimension propre, au-delà sans doute, nous savons, que ce qui doit s’y référer, c’est ce qui dans le monde ne peut se dire, c’est ce que nous attendons toujours au lever du rideau, c’est ce court moment vite éteint de l’angoisse, mais qui ne manque jamais à la dimension par où nous faisons plus que de venir installer dans un fauteuil plus ou moins chèrement payé, nos derrières, qui est le moment des trois coups, qui est le moment du rideau qui s’ouvre. Et sans ça, ce temps introductif vite élidé de l’angoisse, rien ne saurait même prendre sa valeur de ce qui va se déterminer comme tragique ou comme comique, ce qui ne peut pas, la encore, toutes les langues ne vous donnent pas les mêmes ressources, ce n’est pas de können qu’il s’agit; bien sûr, beaucoup de choses peuvent se dire, matériellement parlant; c’est d’un pouvoir dürfen que traduit mal le permis ou pas permis, dürfen se rapportant à une dimension plus originelle. C’est même parce que man darf nicht que cela ne se peut pas que man kann, qu’on va tout de même pouvoir et que, la, agit le forçage, la dimension de détente, que constitue à proprement parler, l’action dramatique.

Nous ne saurions trop nous attarder aux nuances de cet encadrement de l’angoisse. Allez-vous dire que je la sollicite dans le sens de la ramener à l’attente, à la préparation, à un état d’alerte, à une réponse qui est déjà de défense à ce qui va arriver ? Cela oui, c’est l’Erwartung, c’est la constitution de l’hostile comme tel, c’est le premier recours au-delà de l’Hilflosigkeit.

Mais l’angoisse est autre chose. Si, en effet, l’attente peut servir, entre autres moyens, pour son encadrement, pour tout dire, nul besoin de cette attente l’encadrement est toujours là ! L’angoisse est autre chose, l’angoisse, c’est quand apparaît dans cet encadrement ce qui était déjà là beaucoup plus près, à là maison, Heim, l’hôte, allez-vous dire ? En un certain sens, bien sûr, cet hôte inconnu qui apparaît de façon inopinée, a tout à fait à faire avec ce qui se rencontre dans l’unheimlich, mais c’est trop peu que de le désigner ainsi car, comme le terme vous l’indique, alors pour le coup, fort bien, en français, cet hôte, dans son sens ordinaire, est déjà quelqu’un de bien travaillé par l’attente. Cet hôte, c’est déjà ce qui était passé dans l’hostile, dans l’hostile par quoi j’ai commencé ce discours de l’attente. Cet hôte, au sens ordinaire, ce n’est pas le heimlich, ce n’est pas l’habitant de là maison, c’est de l’hostile amadoué, apaisé, admis. Ce qui de l’heim, ce qui est du Geheimnis, n’est jamais passé par ces détours, en fin de compte, n’est jamais passé par ces réseaux, par ces tamis, par ces tamis de la reconnaissance, il est resté unheimlich, moins inhabitable qu’inhabitant, moins inhabituel qu’inhabitué.

C’est ce surgissement de l’heimlich dans le cadre qui est le phénomène de l’angoisse, et c’est pourquoi il est faux de dire que l’angoisse est sans objet. L’angoisse a une autre sorte d’objet que toute appréhension préparée, structurée, structurée par quoi ? Par la grille de la coupure, du sillon, du trait unaire, du c’est ça qui toujours, en opérant si l’on peut dire, ferme les lèvres – je dis la lèvre ou les lèvres – de cette coupure qui devient lettre close sur le sujet, pour, comme je vous l’ai expliqué la dernière fois, le renvoyer sous pli fermé à d’autres traces. Les signifiants font du monde un réseau de traces, dans lequel le passage d’un cycle à l’autre est dès lors possible. Ce qui veut dire quoi  ? Ce que je vous ai dit la dernière fois, le signifiant engendre un monde, le monde du sujet qui parle dont la caractéristique essentielle est qu’il est possible d’y tromper.

L’angoisse, c’est cette coupure même sans laquelle la présence du signifiant, son fonctionnement, son entrée, son sillon dans le réel est impensable. C’est cette coupure qui s’ouvre et qui laisse apparaître ce que maintenant vous entendez mieux quand je vous dirai l’inattendu, la visite, la nouvelle, ce que si bien exprime le terme de pressentiment qui n’est pas simplement à entendre comme pressentiment de quelque chose, mais aussi le « pré » du sentiment, ce qui est avant la naissance d’un sentiment. Tous les aiguillages sont possibles à partir de quelque chose qui est l’angoisse, ce qui est en fin de compte ce que nous attendions et qui est la véritable substance de l’angoisse, le ce qui ne trompe pas, le hors de doute, car, ne vous laissez pas prendre aux apparences, ce n’est pas parce que le lien peut vous paraître cliniquement sensible, bien sûr, de l’angoisse au doute, à l’hésitation au jeu, dit ambivalent de l’obsessionnel, que c’est la même chose.

L’angoisse n’est pas le doute. L’angoisse c’est la cause du doute. Je dis la cause du doute, ce n’est pas la première fois et ce ne sera pas la dernière que j’aurai ici à revenir sur ceci que si se maintient, après tant de siècles d’appréhension critique, la fonction de la causalité, c’est bien parce qu’elle est ailleurs que là où on la réfute et que, s’il y a une dimension où nous devons chercher la vraie fonction, le vrai poids, le sens du maintien de la fonction de la causalité, c’est dans cette direction de l’ouverture de l’angoisse. Le doute, donc, vous dis-je, n’est fait que pour combattre l’angoisse et justement, tout ce que le doute dépense d’effort, c’est contre des leurres. C’est dans la mesure où ce qu’il s’agit d’éviter, c’est ce qui, dans l’angoisse, se tient d’affreuse certitude.

Je pense que la vous m’arrêterez pour me dire ou me rappeler ce que j’ai plus d’une fois avancé sous des formes aphoristiques, que toute activité humaine s’épanouit dans la certitude, ou encore qu’elle engendre la certitude, ou d’une façon générale que la référence de la certitude, c’est essentiellement l’action. Eh ! bien, oui, bien sûr, et c’est justement ce qui me permet d’introduire maintenant le rapport essentiel de l’angoisse à l’action comme telle, c’est justement peut-être de l’angoisse que l’action emprunte sa certitude.

Agir, c’est arracher à l’angoisse sa certitude. Agir, c’est opérer un transfert d’angoisse. Et si je me permets d’avancer ceci, ce discours, en fin de trimestre, peut-être un peu vite, c’est pour combler ou presque combler les blancs que je vous ai laissés dans le tableau de mon premier séminaire. Je pense que vous vous en souvenez, celui qui s’ordonne ainsi

 

Inhibition, symptôme, angoisse, empêcher, qui l’a complété de l’embarrasser, de l’émotion et ici de l’émoi. Je vous ai dit, ici qu’est-ce qu’il y a ? Deux choses, le passage à l’acte et l’acting-out. J’ai dit presque compléter parce que je n’ai pas le temps de vous dire pourquoi le passage à l’acte est à cette place et l’acting-out à une autre mais je vais tout de même vous faire avancer dans ce chemin en vous faisant remarquer, dans le rapport le plus étroit à notre propos ce matin, l’opposition de ce qui était déjà impliqué, et même exprimé dans ma première introduction de ces termes, et dont je vais maintenant souligner la position, à savoir, ce qu’il y a d’en trop dans l’embarras, ce qu’il y a d’en moins dans ce que je vous ai, par un commentaire étymologique dont vous vous souvenez, je pense, tout au moins ceux qui étaient la, souligné du sens de l’émoi.

 

L’émoi, vous ai-je dit, est essentiellement l’évocation du pouvoir qui fait défaut, esmayer, l’expérience de ce qui vous manque dans le besoin. C’est dans la référence à ces deux termes dont la liaison est essentielle en notre sujet, car cette liaison en souligne l’ambiguïté; si c’est en trop, ce à quoi nous avons affaire, alors, il ne nous manque pas, s’il vient à nous manquer, pourquoi dire qu’ailleurs il nous embarrasse, prenons garde ici de ne pas céder aux illusions les plus flatteuses.

En nous attaquant ici nous-mêmes à l’angoisse, que voulons-nous, que veulent tous ceux qui en ont parlé scientifiquement ? Parbleu, ce qui était pur besoin, qui était pour moi exigé que je pose au départ, comme nécessaire à la constitution d’un monde, c’est ici que ça se révèle n’être pas vain, et que vous en avez le contrôle. Ça se voit mieux parce qu’il s’agit justement de l’angoisse. Et ce qui se voit, c’est quoi  ? Et vouloir proprement en parler scientifiquement, c’est montrer qu’elle est quoi ? une immense duperie. On ne s’aperçoit pas que tout ce sur quoi s’étend la conquête de notre discours revient toujours à montrer que c’est une immense duperie.

Maîtriser par la pensée le phénomène c’est toujours montrer comment on peut le refaire d’une façon trompeuse, c’est pouvoir le reproduire, c’est-à-dire pouvoir en faire un signifiant. Un signifiant de quoi ? Le sujet en le reproduisant peut falsifier le livre des comptes, ce qui n’est pas fait pour nous étonner, s’il est vrai, comme je vous l’enseigne, que le signifiant, c’est la trace du sujet dans le cours du monde. Seulement, si nous croyons pouvoir continuer ce jeu avec l’angoisse, eh ! bien, nous sommes sûrs de manquer l’affaire, puisque justement j’ai posé tout d’abord que l’angoisse c’est ce qui regarde, ce qui échappe à ce jeu. Donc c’est cela dont il nous faut nous garder au moment de saisir ce que veut dire ce rapport d’embarras au signifiant en trop, de manque au signifiant en moins. Je vais l’illustrer, si vous ne l’avez déjà fait, ce rapport; s’il n’y avait pas l’analyse, bien sûr, je ne pourrais pas en parler, mais l’analyse l’a rencontré au premier tournant. Le phallus par exemple, Le petit Hans, logicien autant qu’Aristote, pose l’équation, tous les êtres animés ont un phallus. Je suppose bien sûr que je m’adresse à des gens qui ont suivi mon commentaire de l’analyse du petit Hans; qui se souviendront ici à ce propos, je pense, de ce que j’ai pris soin d’accentuer l’année dernière concernant la proposition dite affirmative universelle. J’ai dit le sens sur ce que je voulais par-là vous produire, à savoir que l’affirmation dite universelle, universelle positive, n’a de sens que de définition du Réel, à partir de l’impossible. Il est impossible qu’un être animé n’ait pas un phallus, ce qui, comme vous le voyez, pose la logique dans cette fonction essentiellement précaire de condamner le Réel à trébucher éternellement dans l’impossible. Et nous n’avons pas d’autre moyen de l’appréhender, nous avançons de trébuchement en trébuchement. Exemple il y a des êtres vivants, maman par exemple, qui n’ont pas de phallus, alors c’est qu’il n’y a pas d’être vivant, d’où angoisse.

Et le pas suivant est à faire. Il est certain que le plus commode, c’est de dire que, même ceux qui n’en ont pas, en ont. C’est bien pourquoi c’est celle à laquelle nous nous en tenons dans l’ensemble. C’est que les êtres vivants qui n’ont pas de phallus en auront envers et contre tout. C’est parce qu’ils auront un phallus que nous autres, psychologues, appellerons irréel, ce sera simplement le phallus signifiant qu’ils seront vivants.

Ainsi, de trébuchement en trébuchement, progresse je n’ose pas dire la connaissance, mais assurément la compréhension. Je ne peux pas résister au plaisir au passage de vous faire part d’une découverte que le hasard, le bon hasard, ce qu’on appelle le hasard, qui l’est si peu, une trouvaille que j’ai faite pour vous, pas plus tard que ce week-end, dans un dictionnaire de slang. Mon dieu ! j’aurais mis du temps à y venir, mais la langue anglaise est vraiment une belle langue. Qui donc ici sait que déjà depuis le quinzième siècle, le slang anglais a trouvé cette merveille de remplacer à l’occasion I understand you perfectly, par exemple, par I understumble ? C’est-à-dire – je l’écris, puisque la phonétisation vous a permis peut-être d’éviter la nuance – ce que je viens de vous expliquer, non pas ce que veut dire understand, je vous comprends, mais quelque chose d’intraduisible en français puisque tout le prix de ce mot de slang est le fameux stumble qui veut justement dire ce que je suis en train de vous expliquer, le trébuchement. Je vous comprends, ça me rappelle que cahin-caha, c’est toujours s’avancer dans le malentendu.

Aussi bien, si l’étoffe de l’expérience se composait, comme on nous l’enseigne en psychologie classique, du réel et de l’irréel, et pourquoi pas, comment ne pas rappeler à ce propos ce que cela nous indique d’avoir à profiter quant à ce qu’est proprement la conquête freudienne, et que c’est nommément ceci, c’est que si l’homme est tourmenté par l’irréel dans le réel, il serait tout à fait vain d’espérer s’en débarrasser pour la raison qui est ce qui, dans la conquête freudienne, est bien justement l’inquiétant, c’est que dans l’irréel, c’est le réel qui le tourmente. Son souci, Sorge, nous dit le philosophe Martin Heidegger. Bien sûr ! Mais nous voilà bien avancés. Est-ce là le terme dernier qu’avant de s’agiter, de parler, de se mettre au boulot, le souci est présupposé ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Et ne voyons-nous pas que nous sommes déjà là au niveau d’un art du souci ? L’homme est évidemment un gros producteur de quelque chose qui, le concernant, s’appelle le souci. Mais alors, j’aime mieux l’apprendre d’un livre saint, qui est en même temps le livre le plus profanateur qui soit, qui s’appelle l’Ecclésiaste. Je pense que je m’y référerai dans l’avenir. Cet Ecclésiaste qui est la traduction, vous le savez, grecque, par les Septantes du terme Qoheleth, terme unique, employé dans cette occasion, qui vient de Qahal, assemblée, Qoheleth, en étant à la fois une forme abstraite et féministe, étant à proprement parler la vertu assemblante, la remeutante, l’ecclesia, si on veut, plutôt que l’Ecclésiaste.

Et qu’est-ce qu’il nous apprend, ce livre que j’ai appelé livre sacré et le plus profane. Le Philosophe ici ne manque pas d’y trébucher, à y lire, je ne sais plus quel écho, j’ai lu ça, épicurien ! Épicurien, parlons-en à propos de l’Ecclésiaste ! Je sais bien qu’Epicure depuis longtemps a cessé de nous calmer, comme c’était, vous le savez, son dessein. Mais dire que l’Ecclésiaste a eu, un seul moment, une chance de nous produire le même effet, c’est vraiment pour ne l’avoir jamais même entrouvert ! « Dieu me demande de jouir », textuel dans la Bible, c’est tout de même la parole de Dieu. Et même si ce n’est pas la parole de Dieu, pour vous, je pense que vous avez déjà remarqué la différence totale qu’il y a du Dieu des juifs au Dieu de Platon. Même si l’histoire chrétienne a cru devoir, à propos du Dieu des Juifs, trouver près du Dieu de Platon sa petite évasion psychotique, il est tout de même temps de se souvenir de la différence qu’il y a entre le Dieu, moteur universel d’Aristote, le Dieu souverain bien, conception délirante de Platon, et le Dieu des Juifs, c’est-à-dire un Dieu avec qui on parle, un Dieu qui vous demande quelque chose et qui, dans l’Ecclésiaste vous ordonne Jouis. Ça, c’est vraiment le comble ! Car jouir aux ordres, c’est quand même quelque chose dont chacun sent que s’il y a une source, une origine de l’angoisse, elle doit tout de même se trouver quelque part par là. A cet ordre « Jouis ! », je ne peux répondre qu’une chose, c’est, J’ouis. Bien sûr, mais naturellement, je ne jouis pas si facilement pour autant.

Tel est le relief, l’originalité, la dimension, l’ordre de présence, dans lequel s’active pour nous le Dieu qui parle, celui qui nous dit expressément qu’il est ce qu’il est. Pour m’avancer, pendant qu’il est la à ma portée, dans le champ de ses demandes, et parce que vous allez voir que c’est très proche de notre sujet, j’introduirai, c’est le moment, ce que vous pensez bien que ce n’est pas d’hier que j’ai en effet remarqué, c’est à savoir que, parmi ces demandes du Dieu à son peuple élu, privilégié, il y en a de tout à fait précises et dont il semble que ce dieu n’ait pas eu besoin d’avoir la prescience de mon séminaire pour préciser bien les termes. Il y en a une qui s’appelle la circoncision. Il nous ordonne de jouir, et en plus il entre dans le mode d’emploi. Il précise la demande, il dégage l’objet. C’est en quoi, je pense, à vous comme à moi, n’a pas pu ne pas apparaître depuis longtemps l’extraordinaire embrouillamini, le cafouillage de l’évocation analogique qu’il y a dans la prétendue référence de la circoncision à la castration. Bien sûr que ça a un rapport avec l’objet de l’angoisse. Mais dire que la circoncision c’en soit la cause, soit de quelque façon que ce soit le représentant, l’analogue de ce que nous appelons la castration et son complexe, c’est là une grossière erreur. C’est ne pas sortir du symptôme justement, à savoir de ce qui, chez tel sujet circoncis peut s’établir de confusion concernant sa marque avec ce dont il s’agit éventuellement dans sa névrose, relativement au complexe de castration.

Car enfin, rien de moins castrateur que la circoncision. Que ce soit net, quand c’est bien fait, assurément, nous ne pouvons pas nier que le résultat soit plutôt élégant. Je vous assure qu’à côté de tous ces sexes, j’entends mâles, de grande Grèce que les antiquaires, sous prétexte que je suis analyste, m’apportent par tombereaux, ce que ma secrétaire leur rend, dans la cour. A côté de tout ces sexes, dont le dois dire que par une accentuation que le n’ose qualifier d’esthétique le phimosis est toujours accentué d’une façon particulièrement dégueulasse, il y a tout de même dans la pratique de la circoncision quelque chose de salubre du point de vue esthétique. Et d’ailleurs ceux qui la-dessus continuent à répéter les confusions qui traînent dans les écrits psychanalytiques, tout de même, la plupart, ont saisi depuis longtemps qu’il y avait quelque chose du point de vue fonctionnel qui est aussi essentiel que de réduire, au moins pour une part d’une façon signifiante, l’ambiguïté qu’on appelle de type bisexuel. « Je suis la plaie et le couteau », dit quelque part Baudelaire. Eh ! bien, pourquoi considérer comme la situation normale d’être à la fois le dard et le fourreau ? Il y a évidemment dans cette attention rituelle de la circoncision, une réduction de la bisexualité qui ne peut évidemment qu’engendrer quelque chose de salubre quant à la division des rôles.

Ces remarques, comme vous le sentez bien, ne sont pas latérales, elles ouvrent justement la question qui situe au-delà de ce qui, déjà, à partir de cette explication, ne peut plus déjà paraître comme une sorte de caprice rituel, mais quelque chose qui est conforme à ce que, dans la demande, je vous apprends à considérer comme ce cernement de l’objet, comme la fonction de la coupure, c’est le cas de le dire, de cette zone délimitée ici; le Dieu demande en offrande, et très précisément pour dégager l’objet après l’avoir cerné, que si après cela les sources, comme l’expérience de ceux qui sont groupés se reconnaissent à ce signe traditionnel, que si leur expérience ne voit pas pour autant s’abaisser, peut-être loin de la, leur relation à l’angoisse, c’est à partir de la que la question commence.

L’un de ceux qui sont ici évoqués, et ce n’est vraiment pas dans mon assistance ne désigner personne, m’a appelé un jour, dans un billet privé, le dernier des cabalistes chrétiens. Rassurez-vous, si quelque investigation jouant à proprement parler sur le calcul des signifiants peut être quelque chose à quoi à l’occasion je m’attarde, elle ne me fera jamais prendre, si j’ose dire, ma vessie pour la lanterne de la connaissance; et bien plutôt, si cette lanterne s’avère être une lanterne sourde, d’y reconnaître ma vessie, mais plus directement que Freud parce que, venant après lui, j’interroge son Dieu : « Che vuoi  ? », Que me veux-tu ?, autrement dit, quel est le rapport du désir à la loi  ? Question toujours élidée par la tradition philosophique, mais à laquelle Freud a répondu, et vous en vivez, même si comme tout le monde vous ne vous en êtes pas aperçus. Réponse : c’est la même chose que ce que je vous enseigne, ce à quoi vous conduit ce que je vous enseigne et qui est déjà là dans le texte, masqué sous le mythe de l’Œdipe, c’est que, le désir et la loi, ce qui paraît s’opposer dans un rapport d’antithèse, ne sont qu’une seule et même barrière, pour nous barrer l’accès de la Chose. Velim, nolim, désirant, je m’engage dans la route de la Loi. C’est pourquoi Freud rapporte à cet opaque insaisissable désir du père l’origine de la loi. Mais à ce à quoi cette découverte et toute l’enquête analytique vous ramène, c’est à ne pas perdre de vue ce qu’il y a de vrai derrière ce leurre.

Qu’on me normative ou pas mes objets, tant que je désire, je ne sais rien de ce que je désire. Et puis, de temps en temps, un objet apparaît, parmi tous les autres, dont je ne sais vraiment pas pourquoi il est là. D’un côté, il y a celui dont j’ai appris qu’il couvre mon angoisse, l’objet de la phobie – et je ne nie pas qu’il a fallu qu’on me l’explique, jusque-là le ne savais ce que j’avais en tête, sauf à dire que vous en avez, vous en avez ou pas – de l’autre côté, il y a celui dont je ne peux vraiment justifier pourquoi c’est celui-là que je désire, et moi, qui ne déteste pas les filles, pourquoi j’aime encore mieux une petite chaussure. D’un côté, il y a le loup, de l’autre la bergère. C’est ici que je vous laisserai. A la fin de ces premiers entretiens sur l’angoisse, il y a autre chose à entendre de l’ordre angoissant de Dieu, il y a la chasse de Diane dont, en un temps que j’ai choisi, celui du centenaire de Freud, je vous ai dit qu’elle était la voie de la quête de Freud, il y a ce à quoi je vous donne rendez-vous pour le trimestre qui vient concernant l’angoisse, il y a l’hallali du loup.

 

1 – Colloque international de Psychanalyse. Université municipale d’Amsterdam 5 au 9 sept. 60. J. Lacan: « Propos directifs pour un congrès sur la sexualité féminine »

1ère éd. La Psychanalyse, PUF 1964, n 7 pp. 3-14. 2e éd. Ecrits, Seuil, 1966, pp. 725-736. 2 – Congrès d° Neurologie °t d° psychiatrie d° langue française.

LX session. Anvers, 9 au 14 juillet 1962, pp. 77-197, ed. Masson et Cie.

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