Groupe niçois de psychanalyse lacanienne

BEAU

 

Beau L07 343 dans son Éthique, à la page 343 « j’étais un jour à Londres, dans une sorte de Home, comme on dit là-bas, destiné à me recevoir à titre d’invité dans un Institut qui répand la culture française. C’était un de ces charmants petits quartiers éloignés de Londres, vers la fin d’octobre, où le temps est souvent radieux. C’est ainsi que je reçus une hospitalité dans un charmant petit édifice, marqué du style d’un conventionnalisme victorien. Une bonne odeur de toasts grillés et l’ombre de ces gelées immangeables dont il est d’usage là-bas de se repaître donnaient à cette maison son style. Je n’y étais pas seul, mais avec quelqu’un qui veut bien m’accompagner dans la vie, et dont une des caractéristiques est l’extrême présence à l’unicité. Au matin, cette personne, mon épouse, me dit tout à trace – Le professeur D* est ici – il s’agit d’un de mes maîtres, quelqu’un qui fut mon maître à l’École des langues orientales. C’était très tôt le matin. Comment le savez-vous ? demandais-je, car je puis vous dire que le professeur D* n’est pas un intime. On me répondit – J’ai vu ses chaussures. je dois dire que je ne manquais pas d’éprouver à cette réponse un certain frisson, et aussi quelque ombre de scepticisme – le caractère hautement caractéristique d’une individualité dans une parie de croquenots posés là à une porte ne me paraissant pas porter des caractères suffisants d’évidence, et rien d’autre ne m’avait laissé pressentir que le professeur D* pût être à Londres. Je trouvai la chose plutôt humoristique, et n’y attachai plus d’importance. A l’heure précoce qu’il était, je me rendis sans plus y penser le long des couloirs, et c’est alors qu’à ma stupeur, je vis se glisser en robe de chambre, laissant voir par l’intervalle de ses pans un caleçon long hautement universitaire, le professeur D* en personne, qui effectivement sortait de sa chambre. Cette expérience me paraît hautement instructive, et c’est par elle que j’entends vous amener à la notion de ce que c’est le beau. » /…/ [à la page suivante]: « Mais puisque j’ai évoqué les Hollandais, prenez la nature morte. Vous y trouverez, en sens contraire de celui des croquenots de tout à l’heure, commençant à bourgeonner, le même passage de la ligne. Comme l’a admirablement démontre Claudel dans son étude sur le peinture hollandaise, c’est pour autant que la nature morte nous montre à la fois et nous cache ce qui est en elle menace, dénouement, déroulement, décomposition [nous soulignons], qu’elle présentifie pour nous le beau comme fonction d’un rapport temporel. »

 

beauté LO8 8/2 153-4: La seule différence dit-il [Alcibiade], entre Socrate et lui, c’est qu’en effet Socrate n’est pas flûtiste. Ce n’est pas par la musique qu’il opère et pourtant le résultat est exactement du même ordre. Et ici il convient de nous référer à ce que  Platon explique dans Phèdre concernant les états si l’on peut dire supérieurs de l’inspiration, tels qu’il sont produits au-delà du franchissement de la beauté. Parmi les divers formes de ce franchissement [S#I] /…/ il a celles /…/ qui ont besoin des dieux et des initiations, et ceux là, le cheminement, la voie, consiste pour eux par des moyens, parmi lesquels celui de l’ivresse produite par une certaine musique [qui] produit chez eux cet état qu’on appelle possession. C’est ni plus ni moins à cet état qu’Alcibiade se réfère quand il dit que c’est ce que Socrate produit, lui, par ses paroles.

 

désir L08 25/1/61 130: Je pense vous avoir suffisamment fait sentir cette sorte d’escamotage par quoi le beau /…/ rencontré sur le chemin de l’être, devient le but du pèlerinage. Comment l’objet qui nous était d’abord présenté comme le support du beau devient la transition vers le beau. /…/ on peut dire que cette définition dialectique de l’amour telle qu’elle nous est développée par Diotime, rencontre ce que nous avons essayé de définir comme la fonction métonymique dans le désir. C’est quelque chose qui est au-delà de tous ces objets, qui est dans ce passage /…/ vers une perspective sans limite. /…/ On pourrait croire /…/ que c’est là en fin de compte la réalité du discours. /…/ Et le problème est de ce que signifie, de ce que peut continuer à signifier au-delà de ce franchissement, de ce saut marqué, ce qui au départ de la dialectique [platonicienne] se présentait comme théma/télos, comme but de la possession. [pas au niveau de l’être!].

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