Groupe niçois de psychanalyse lacanienne

MASQUE MASCARADE

 

MASQUE L5 16/4/58 7 La nouveauté qu’apporte FREUD /…/ c’est en tant quecontrairement à la voie que suit HEGEL dans son premier abord du désir, qui bien entendu est loin d’être une voie uniquement une voie déductive comme on le croit du dehors, mais qui est une prise du désir par l’intermédiaire des rapports de la conscience de soi avec la constitution de la conscience de soi chez l’autre, et l’interrogation, la question qui se pose: comment peut s’introduire par cet intermédiaire la dialectique de la vie elle-même?/…/ l’expérience freudienne nous en montre un autre cheminement /…/ par la voie où se présente le désir comme étant très profondément lié à ce rapport à l’autre comme tel, et se présentant néanmoins comme un désir inconscient. /…/ Il nous faut nous représenter nous-mêmes dans son caractère de surprenante nouveauté /…/ de divination de quelque chose qui déjà se présente dans une expérience humaine, celle de FREUD, comme quelque chose qui se présente comme l’appréhension de quelque chose qui est au-delà d’un masque.

 

MASQUE L5 16/4/58 16-17: La notion de masque, c’est-à-dire que ce désir, sous cette forme abigüe qui ne nous permet pas justement d’orienter le sujet par rapport à tel ou tel objet de la situation, c’est cet intérêt du sujet dans la situation  /…/ dans la relation du désir /…/ à l’élément de masque du symptôme. /…/ FREUD /…/ dit à ce propos que le symptôme parle dans la séance. /…/ le désir lui-même reste un point d’interrogation, un X, une énigme, avec le symptôme dont il se revêt, c’est-à-dire avec le masque  /…/  Le symptôme est donc quelque chose qui va dans le sens de la reconnaissance du désir /…/ c’est une reconnaissance qui tend à se faire jour, qui cherche à savoir, mais qui précisément parce qu’elle naît, elle, elle ne se manifeste que par la création de ce que nous avons appelé un masque, c’est-à-dire quelque chose de fermé /…/

 

MASQUE L5 16/4/58 27 /…/ le caractère principal de cette symbolisation ici de l’objet, en tant qu’il est l’objet de l’appel, est d’ores et déjà  marqué par le fait /…/ dans l’objet dont il s’agit, dans l’objet de la présence [Dasein] la dimension du masque apparaît. Qu’est-ce que notre bon ami, Monsieur SPITZ, nous apporte si ce n’est cela? C’est que d’abord est reconnu, cet espèce de frontal direct, d’armature, ce masque et le caractère d’au-delà qui caractérise cette présence, en tant que symbolisée /…/ J’ai déjà parlé à un autre propos du caractère très particulier de la réaction de l’enfant devant le masque /…/ l’épanouissement que lui donne le fait d’ôter le masque /…

 

MASQUE L5 16/4/58 33 /…/ à la vérité il ne suffit pas de cette maturation génitale [de dire cela: le désir est un désir allo-érotique] pour apporter des remaniements décisifs qui vont nous permettre de saisir le lien entre le désir et le masque. /…/ C’est précisément à cette étape [phallique], à la fois, que se réalise [d’une part] ce quelque chose qui permet au sujet de se retrouver comme Un à travers la diversité de ces masques, mais qui, d’autre part, le fait fondamentalement divisé, fondamentalement marqué d’un splitting essentiel entre ce qui est en lui désir et ce qui est masque.

 

mascarade L5 23/4/58 34:  /…/ pour tout ce qui est dans la ligne de son désir, elle [ la femme] se trouve liée à la nécessité impliquée par la fonction du phallus, d’être -jusqu’à un certain degré, qui varie- d’être ce phallus en tant qu’il est le signe même de ce qui est désiré; et c’est bien à cela effectivement que répondent  /…/ dans ce qui est à proprement parler la féminité, et toute la phase d’exhibition (à savoir ce en quoi  la forme se propose comme objet de désir), [et] tout ce qui dans la fonction féminine /…/ l’identifie (d’une façon latente et secrète) au phallus, c’est-à-dire en somme situe son être de sujet comme phallus désiré, comme signifiant du désir de l’autre; le situe (cet être) au-delà de ce qu’on appeler la mascarade féminine, puisqu’en fin de compte tout ce qu’elle montre de sa féminité est précisément lié à cette identification profonde à un signifiant, qui est le plus lié à sa féminité.

 

mascarade E732: /…/ la castration ne saurait être déduite du seul déve­loppement, puisqu’elle suppose la subjectivité de l’Autre en tant que lieu de sa loi. L’altérité du sexe se dénature de cette aliénation. L’homme sert ici de relais pour que la femme de­vienne cet Autre pour elle-même, comme elle l’est pour lui. C’est en cela qu’un dévoilement de l’Autre intéressé dans le transfert peut modifier une défense commandée symbolique­ment. Nous voulons dire que la défense ici se conçoit d’abord dans la dimension de mascarade que la présence de l’Autre libère dans le rôle sexuel. Si l’on repart de cet effet de voile pour y rapporter la position de l’objet, on soupçonnera comment peut se dégonfler la concep­tualisation monstrueuse dont  l’actif analytique a été plus haut interrogé. Peut-être simplement veut-elle dire que tout peut être mis au compte de la femme pour autant que, dans la dialectique phallocentrique, elle représente l’Autre ab­solu.

 

mascarade L14 12/4/67 LEF4 10: MASCARADE=FAUSSE IDENTIFICATION

Or ce que nous découvrons alors, puisque dans les structures élémentaires de la parenté ce sont les femmes qui circulent, c’est que dans l’ordre humain la femme est le lieu où se réalise cette fausse identification qui produit la valeur d’échange. Si donc le tout puissant phallus circule, c’est parce que la femme le représente, et si la jouissance pénienne porte la marque de la castration, il semble que ce soit pour que de façon “fictive” (dans la terminologie de BENTHAM) la femme devienne ce dont on jouit; par un curieux retournement ce n’est pas le sexe du taureau, valeur d’usage (Vu), qui va servir à cette sorte de circulation où s’instaure l’ordre sexuel, mais la femme, en tant qu’elle est devenue à cette occasion le lieu du transfert, de cette valeur de jouissance (Vj) soustraite à la valeur d’usage sous la forme de l’objet de jouissance [Vu – Vj = a].

Pour nous servir des possibilités linguistiques de l’anglais, comme on parle de “she-goat” nous pourrions appeller l’homme-étalon un “He-man” et la femme devenue valeur d’échange (Ve) une “She-man”. Tout ce qui s’est articulé dans la théorie analytique concernant la place de la femme dans l’acte sexuel tient pour autant- qu’elle y joue le rôle de “She-man”, d’homme-elle. C’est pour cela qu’elle est depuis tou­jours la porteuse de bijoux et que la mascarade, à savoir la façon dont elle use d’un équivalent phallique, a dans la sexualité féminine la place que vous savez.

Et le pivot de tout cela (Ve) est la soustraction de la valeur de jouissance (Vj) d’une valeur d’usage (Vu), laquelle se trouve produire ce que MARX appelle un fétiche, à savoir une valeur d’usage (Vu) extraite et figée (Ve), -un trou quelque part- le seul point d’insertion nécessaire à toute idéologie sexuelle. Mais ne croyez pas que la femme, point d’aliénation de la théorie anlytique, s’en porte plus mal. Sa jouissance à elle, elle [peut du] reste en disposer d’une façon qui échappe totalement à cette prise idéologique. Pour faire l'”homme-elle” elle ne manque jamais de ressources. Et là où elle reste inexpugnable c’est en dehors du système de l’acte sexuel.

 

mascarade L17 10/2/70 9: La “répétition” c’est une dénotation précise d’un trait que j’ai dégagé du texte de FREUD comme identique au “trait unaire”, au petit bâton, à l’élément d’écriture, d’un trait en tant qu’il commémore une éruption de jouissance. Voilà pourquoi il se peut que le plaisir soit violé dans sa règle et son principe, [voilà] pour­quoi il cède au déplaisir /…/ au déplaisir que ne veut rien dire que la jouissance. C’est ici que l’insertion de la génération, du génital, dans le désir, se montre tout à fait distincte de la maturité sexuelle. /…/ il y a d’autres animaux que les hommes qui sont capables de se chatouiller, disons, ça ne les a pas menés à une élaboration du désir bien avancée et simple. Et par contre, à la faveur trouvée en fonction du discours, il ne s’agit pas seulement de parler des interdits mais simplement d’une dominance de la femme en tant que mère, et mère qui dit, mère à qui l’on demande, mère qui ordonne et qui institue du même coup cette dépendance du petit homme, la femme donne à la jouissance dosée le masque de la répétition. La femme ici se présente en ce qu’elle est comme institution de la mascarade; elle apprend à son petit à paraître; elle porte vers le plus de jouir [‘a’], parce qu’elle plonge ses racines, elle, la femme, comme la fleur dans la jouissance elle-même. Les moyens de la jouissance sont ouverts au principe de ceci: qu’il ait renoncé à la jouissance close et étrangère à la mère, c’est là où va venir s’insérer la vaste connivence sociale qui inverse (ce que nous pouvons appe­ler au naturel) la différence des sexes en sexualisation de la diffé­rence organique.

Print Friendly, PDF & Email