Groupe niçois de psychanalyse lacanienne

PERVERSION

perversion E56: Isolée dans cette chaîne, la parenthèse incluant les (IO…OI), représente le moi du cogito psychologique, soit du faux cogito, lequel peut aussi bien supporter la perversion pure et simple. (note 1: cf. L’Abbé de Choisy dont les mémoires célèbres peuvent se traduire: je pense, quand je suis celui qui s’habille en femme).

 

perversion E149: A l’aveu que nous recevons du névrosé ou du pervers de la jouissance ineffable qu’ils trouvent à se perdre dans l’image fascinante, nous pouvons mesurer la puissance d’un hédonisme, qui nous introduira aux rapports ambigus de la réalité et du plaisir.

 

perversion E343-44: Ce désir [de faire reconnaître son désir], où se vérifie littéralement que le désir de l’homme s’aliène dans le désir de l’Autre, structure en effet les pulsions découvertes dans l’analyse, selon toutes les vicissitudes des substitutions logiques, dans leur source, leur direction et leur objet; mais loin que ces pulsions, si haut que l’on remonte dans leur histoire, se montrent dériver du besoin d’une satisfaction naturelle, elles ne font que se moduler en des phases qui reproduisent toutes les formes de la perversion sexuelle; c’est au moins la plus évidente comme la plus connue des données de l’expérience analytique. Mais on néglige plus aisément la dominance qui s’y marque de la relation narcissique, c’est-à-dire la seconde aliénation pour où s’inscrit dans le sujet, avec l’ambivalence parfaite de la position où il s’identifie dans le couple pervers, le dédoublement interne de son existence et de sa facticité. C’est pourtant par le sens proprement subjectif, ainsi mis en valeur dans la perversion, bien plus que dans son accession à une objectivation reconnue, que réside /…/ le pas que la psychanalyse fait franchir dans son annexion à la connaissance de l’homme.

 

perversion E731 : Peut-on se fier à ce que la perversion masochiste doit à l’invention masculine, pour conclure que le masochisme de la femme est un fantasme du désir de l’homme?

 

perversion E734-35 La démonstration ayant été fort loin poussée pour la plupart des perversions mâles que leur motif imaginaire est le désir de préserver un phallus qui est celui qui a intéressé le sujet dans la mère,

 

perversion L01 240: Vous savez combien la plus grande part de la somme clinique que nous connaissons comme perversions reste sur un plan d’exécution seulement ludique. Nous n’avons pas ici affaire à des sujets soumis à un besoin. Dans le mirage du jeu, chacun s’identifie à l’autre. L’intersubjectivité est la dimension essentielle.

 

perversion L01 241 [matador idiot]: Vous pourrez dire que l’élément symbolique -la pression et la clameur- joue là un rôle essentiel, mais il est quasi annulé par le caractère de phénomène de masse qu’il prend en cette occasion. L’ensemble du phénomène est ainsi ramené à ce niveau d’intersubjectivité qui est celui des manifestations que, provisoirement, nous connotons comme perverses.

 

perversion L01 241: Nous observons en effet, dans les mani­festations qu’on appelle perverses des nuances qui sont loin de se confondre avec /…/ la reconnaissance. Ce sont des formes extrê­mement ambiguës [cf. sadisme collectif].

 

perversion L01 239 : Balint: Qu’est-ce que cette perversion primaire ? [LANG] /…/ Dans la phénoménologie de la perversion, où la phase prégénitale est impliquée, et dans la phénoménologie de l’amour, la notion balintienne de relation d’objet s’applique-t-elle? C’est exactement le contraire. Il n’y a pas une seule forme de manifestations perverses dont la structure même, à chaque instant de son vécu, ne se soutienne de la relation intersubjective. /…/ Une chose est certaine -la relation sadique ne se soutient que pour autant que l’autre est juste à la limite où il reste encore un sujet. S’il n’est plus rien qu’une chair qui réagit, forme de mollusque dont on titille les bords et qui palpite, il n’y a plus de relation sadique.

 

perversion L01 243: Et si la théorie analytique a qualifié de pervers polymorphe tel mode ou symptôme du comportement de l’enfant, c’est pour autant que la perversion implique la dimension de l’intersubjectivité imaginaire. /…/ Nous connaissons chez l’adulte la richesse sensible de la perversion. La perversion est en somme l’exploration privilégiée d’une possibilité existentielle de la nature humaine -son déchirement interne, sa béance, par où a pu entrer le monde supra-naturel du symbolique.

 

perversion L01 247: La relation intersubjective qui sous-tend le désir pervers ne se soutient que de son anéantissement, ou bien du désir de l’autre, ou bien du désir du sujet. Elle n’est saisissable qu’à la limite seulement, dans ces renversements dont le sens s’aperçoit en un éclair. C’est que /…/ chez l’un comme chez l’autre, cette relation dissout l‘être du sujet. /…/ Il y a là une relation réci­proque d’anéantissement, une relation mortelle structurée par ces deux abîmes -soit le désir d’éteint, soit l’objet disparaît. C’est pour­quoi à maints tournants je prend le repère de la dialectique du maître et de l’esclave, et je la réexplique.

 

perversion L02 121 : voyeurisme-exhibitionnisme : J’ai parlé tout à l’heure du voyeurisme-exhibitionnisme, et d’une pulsion qui a sa source dans un organe, l’œil. Mais son objet n’est pas l’œil. De même, ce qui est du registre du sadisme-masochisme a aussi source dans un ensemble organique, la musculature, mais tout indique que sont objet /…/ est autre chose. Au contraire, quand il s’agit d’investissement appelés auto-érotiques, nous ne pouvons pas distinguer la source de l’objet.

 

perversion L02 282: l’auteur dont je vous parle /…/ n’arrive à rien moins qu’à cette perversion qui consiste à situer tous les progrès de l’analyse dans la relation imaginaire du sujet à son divers le plus primitif. Dieu merci, l’expérience n’est jamais poussée à son dernier terme, on ne fait pas ce qu’on dit que l’on fait, on reste en deçà de ses buts. Dieu merci on rate ses cures, et c’est pour ça que le sujet en réchappe.

 

perversion L05 22/1/58 10 transvestisme : Nous avons montré dans le fétichisme une perversion exemplaire, en ce sens que, là, l’enfant a un certain rapport avec cet objet au-delà du désir de la mère, et ayant remarqué la prévalence et la valeur d’excellence /…/ qui s’y attache par la voie, en somme, d’une identification imaginaire à la mère, nous avons vu indiqué aussi que, dans d’autres formes de perversion, et notamment dans le transvestisme, c’est dans la position contraire que l’enfant va assumer la difficulté de la relation imaginaire à la mère, à avoir que lui-même s’identifie, dit-on, à la mère phallique. Je crois que, plus correctement, il faut dire que c’est proprement au phallus qu’il s’identifie en tant que ce phallus est caché sous les vêtements de la mère.

 

perversion L05 22/1/58 16 : entre être et avoir S#R [identification au phallus]: Cette relation n’est pas la même dans la névrose ou dans la psychose que dans la perversion.  /…/ A ce niveau la question qui se pose est “être ou  ne pas être”, “to be or not to be” le phallus. /…/ Vous sentez bien qu’il y a un pas considérable à franchir pour comprendre simplement ce dont il s’agit entre cet être ou n’être pas le phallus, et ce dont il s’agit à un moment quelconque, il faut tout de même l’attendre et le trouver, qui est complètement différent, qui est “en avoir ou pas” /…/ il faut que quelque chose ait été franchi entre l’un et l’autre /…/ pour l’avoir il faut qu’il y ait un moment où il ne l’ait pas eu /…/ il faut d’abord  qu’il ait été posé qu’on ne peut pas l’avoir, que cette possibilité d’être castré est essentielle dans l’assomption du fait de l’avoir, le phallus. /…/ c’est là que doit intervenir /…/ réellement, effectivement, le père /…/ réel..

 

perversion L05 23/4/1958 4-5 H.SACHS: [Après un premier coït réussi un sujet s’exhibe le long d’un remblai de chemin de fer]: Qu’est-ce que cela veut dire qu’il l’a encore à la disposition de tous, à savoir qu’il est devenu comme la propriété personnelle? /…/ Veut-il en le montrant s’effacer derrière ce qu’il montre, n’être plus que le phallus?  /…/ cet acte indique ce qui est laissé à désirer au-delà de la satisfaction.

 

perversion L05 230 : Voyez le tournant de la perversion de l’analyse dans l’analyse. Pour sortir de la notion que la perversion était purement et simplement la pulsion qui émerge, c’est-à-dire le contraire de la névrose, on a attendu le signal du chef d’orchestre, c’est-à-dire le moment ou FREUD a écrit Ein Kind Wird geschlagen, texte d’une sublimité totale, dont tout ce qui a été dit après n’est que la petite monnaie. C’est par l’analyse de ce fantasme de fouet que FREUD a véritablement fait entrer la perversion dans sa véritable dialectique analytique. /…/ La perversion n’est donc pas à classer comme une catégorie de l’instinct, de nos tendances, mais elle est à articuler précisément dans son détail, dans son matériel, et /…/ dans son signifiant.

 

perversion L05 231 : Dans certains cas l’expérience fait voir que la perversion se lie chimiquement de la façon la plus étroite à l’apparition, à la disparition, à tout le mouvement compensatoire d’une phobie, qui, elle, montre évidemment un endroit et un envers, mais dans un bien autre sens, au sens où deux systèmes articulés se composent et se compensent, et alternent l’un avec l’autre. /…/ Un rapport est ici constitué entre deux séries, une série de S, S’, S », qui symbolise pour nous l’existence de la chaîne signifiante, et une série de significations en dessous. /…/ C’est une signification qui toujours glisse, file et se dérobe, ce qui fait qu’en fin de compte, le rapport foncier de l’homme à toute signification est, du fait de l’existence du signifiant, un objet /…/ métonymique. /…/ Il s’appelle le phallus.

 

perversion L05 26/3/58 p.23: Tout ce qui se passe au niveau que nous appelons pervers consiste en ceci, qu’il jouit de son désir.

 

perversion L05 26/3/58 p.24: le masochisme c’est que le sujet se saisit comme souffrant /…/ son existence d’être vivant comme là souffrant, comme étant sujet du désir. /…/ il jouit de désirer /…/

 

perversion L05 264-5 (foi) : C’est ainsi que nous voyons l’employé d’un établissement de crédit venir là se revêtir des ornements sacerdotaux pour obtenir d’une prostituée complaisante une confession. /…/ Autrement dit il faut que quelque chose dans l’intention de sa complice lui permette au moins de croire qu’elle participe à une jouissance coupable. /…/ Nous voyons ainsi le sujet, pervers assurément, se complaire à chercher sa satisfaction dans cette image, mais en ce qu’elle est le reflet d’une fonction essentiellement signifiante. Autrement dit, en trois grandes scènes GENET nous présentifie sur le plan de la perversion ce qui prend de là son nom, à savoir que, dans un langage dru, nous pouvons, au jours de grand désordre, appeler le bordel dans lequel nous vivons. /…/ Toute la confusion qui s’établit dans les rapports, pourtant fondamentaux, de l’homme à la parole, est là représenté à sa place. /…/ Il s’agit bien de quelque chose qui nous incarne le rapport du sujet aux fonction de la foi dans les diverses formes les plus sacrées, et qui nous les représente par une série de dégradations.

 

perversion L05 311 : [Dans Totem et Tabou] FREUD y conjugue deux choses, le désir avec le signifiant. /…/ une filiation philosophique antique /…/ tend profondément à oublier le rapport du désir au signifiant, à exclure le désir du signifiant, à  le réduire, à le motiver dans une certaine économie du plaisir, à éluder à ce qu’il y a en lui d’absolument problématique, irréductible et, à proprement parler, pervers, à éluder /…/ son caractère inadapté et inadaptable, mais fondamentalement marqué et perverti.

 

perversion L05 313 : Le rapport de l’homme au désir /…/ n’est pas en soi un rapport à l’objet. Si le rapport à l’objet était d’ores et déjà constitué /…/ il n’y aurait pas ce rapport second /…/ de l’homme au fait qu’il est animal désirant et qui conditionne tout ce qui se passe au niveau que nous appelons pervers, à savoir qu’il jouit de son désir. Toute l’évolution du désir trouve son origine dans ces faits que l’on classe  dans la relation disons masochiste, parce que c’est  celle que l’on nous fait sortir la première dans l’ordre génétique, mais  on y vient par une sorte de régression. Celle qui s’offre comme la plus exemplaire, comme la plus pivot, c’est le rapport dit sadique, ou le rapport scoptophilique. /…/ Le rapport scoptophilique en tant qu’il conjugue exhibition et voyeurisme, est toujours ambigu, le sujet se voit être vu, on voit le sujet comme vu /…/ dans la jouissance /…/ qui se dégage du fait que le sujet /…/ se saisit fondamentalement lui-même comme patient dans cette relation. D’où procède le fait que ce que nous trouvons au fond de l’exploration analytique du désir, c’est le: le sujet se saisit comme souffrant /…/ c’est-à-dire comme sujet du désir.

 

perversion L05 315 : /…/ il reste à structurer précisément le rapport du sujet à l’Autre, en tant que c’est dans l’Autre, dans le regard de l’Autre, qu’il saisit sa propre position. Ce n’est pas pour rien que je distingue ici la position scoptophilique mais parce qu’elle est effectivement au coeur non seulement de cette position, mais aussi bien de l’attitude de l’Autre, pour autant qu’il n’y a pas de position sadique qui /…/ ne s’accompagne d’une certaine identification masochiste.

 

perversion L05 316 Nous savons  par l’expérience que c’est dans la mesure où quelque chose est versagen qu’il se produit chez le sujet le phénomène de l’identification secondaire,  ou identification aux insignes de l’Autre. Qu’est-ce que cela implique ? Que pour que quelque chose puisse même s’établir pour le sujet entre le grand Autre comme lieu de la parole et le phénomène de son désir /…/ il faut que quelque chose introduise dans l’Autre ce même rapport avec le petit autre qui est exigible, nécessaire, et phénoméno­­logiquement tangible, pour expliquer le désir humain en tant que désir pervers. /…/ Nous posons que F, le phallus, est ce signifiant par lequel est introduit dans A, en tant que lieu de la parole, le rapport à ‘a’, le petit autre, en tant que signifiant y est pour quelque chose.

 

perversion L05 320 : J’ai souligné à diverses reprises /…/ combien celle-ci [l’expérience analytique] a promu ce caractère inhérent au désir en tant que désir pervers, qui est d’être un désir au second degré, une jouissance du désir en tant que désir ;

 

perversion L05 336 : Je vous ai cité certains articles comme constituant l ‘introduction véritable à la question de la perversion, pour autant qu’elle se présente elle aussi comme un symptôme et non pas comme la pure et simple manifestation du désir inconscient. Ces articles nous restituent le moment où les auteurs s’aperçoivent qu’il y a tout autant de Verdrängung dans une perversion que dans un symptôme.

 

perversion L05 78 : Dans l’effort de serrer de près la réalité en l’énonçant dans le discours, on ne réussit jamais à rien d’autre qu’à montrer ce que l’introduction du discours ajoute de désorganisant, voire de pervers, à cette réalité.

 

perversion L05B 12/3/58 36-37 transvestisme: Ou l’enfant entre dans la dialectique, c’est-à-dire qu’il se fait lui-même objet dans ce courant des échanges, c’est-à-dire, à un moment donné il renonce à son père et à sa mère /…/ ou la relation infantile aux objets parentaux ne passe pas /…/ et nous voyons se passer /…/ ces inversions et ces perversions du désir /…/; c’est ce qui le pousse donc à une série de solutions /…/ du fait que la mère soit phallique ou que le phallus soit mis à la place de la mère elle-même: c’est le fétichisme; ou que lui-même réunisse en lui /…/ d’une façon intme, cette jonction du phallus et de la mère, sans laquelle rien pour lui ne peut être satisfait: c’est le transvestisme.

 

perversion L05 285 fétiche : De deux choses l’une. Ou bien l’enfant entre dans la dialectique [de l’échange], se fait lui-même objet dans le courant des échanges, et, à un moment donné, renonce à son père et à sa mère, c’est-à-dire aux objets primitifs de son désir. Ou bien il garde ces objets. /…/ c’est-à-dire que la relation infantile aux objets parentaux ne passe pas. Et dans la mesure où elle ne passe pas /…/ nous voyons se manifester /…/ ces inversions ou perversions du désir qui montrent qu’à l’intérieur de la relation imaginaire aux objets oedipiens, il n’y a pas de normativation possible. /…/ Et c’est ce qui pousse à une série de solutions qui seront toujours de réduction ou d’identification de cette triade [mère, enfant, phallus]. Qu’il faille que la mère soit phallique, ou que la phallus soit mis à la place de la mère, et c’est le fétichisme. Qu’il faille qu’il accomplisse en lui-même, de façon intime, la jonction du phallus et de la mère sans laquelle rien ne peut être satisfait, et c’est le transvestisme.

 

perversion L05B 11/6 17 : FELLATION

 

perversion L06 13/5/59 DI 590-91: [à propos de l’article d’Edward GLOVER in IJP oct 1933: GLOVER E., 1933, The Relation of Perversion-Formation to the Development of Reality-Sense, International Journal of Psycho-Analysis, 14, pp.486-504] [Notre démarche] comporte en l’occasion une recherche de ce que signifie la relation perverse; ceci étant entendu dans le sens le plus large par rapport au sens de la réalité /…/ l’esprit de l’article comporte que la formation perverse est conçue par l’auteur [Glover] comme étant en fin de compte un moyen pour le sujet de parer aux déchirures, aux choses qui font “floup”, aux choses qui ne se disent pas pour lui dans une réalité cohérente. La perversion est très précisément articulée par l’auteur comme un moyen de salut pour le sujet, d’assurer à cette réalité une ex-sistance continue. Assurément voici encore une idée originale. Je vous passe ceci: c’est qu’il résulte de cette forme d’articulation [du sexuel au désir] une sorte d‘omnipotence de la fonction perverse [un au-delà du vêcu du sujet= éléments irréels du signifiant: LO5 5/2/58 et IR 279].

 

perversion L06 13/5/59 DI 599 fantasme: [mise en correspondance de la constitution de l’objet et de la maturation instinctuelle de la pulsion]  par opposition à l’articulation synchronique entre le désir et son objet; $ ◊ a]: dans cette structure minima /…/ c’est dans un rapport tiers avec ce fantasme que le sujet se constitue comme désir. Nous prenons aujourd’hui la perspective tierce de ce fantasme et en faisant passer l’assomption du sujet par “a” [“a”= support que le sujet se donne pour autant qu’il défaille dans sa certitude de sujet].

 

perversion L06 15/4/59 DI 503: Ce qu’on peut appeler le réglage imaginaire de ce qui constitue le support du désir /…/ et qui représente cette assomption par le sujet de son vouloir essentiel, ce qui vient se régler sur /…/ le terme de ce qui constitue la question du sujet, c’est quelque chose que nous symbolisons par cet $ ◊ a et que nous appelons le fantasme. C’est quelque chose d’ambigu en tant qu’il est effectivement dans le conscient quand nous l’abordons par une certaine phase, un dernier terme; ce terme qui fait le fondement de toute passion humaine en tant qu’elle est marquée par quelqu’un de ces traits que nous appelons traits de perversion. Le mystère du fantasme, en tant qu’il est en quelque sorte le dernier terme du désir, est que toujours plus ou moins il se présente sous une forme assez paradoxale pour avoir /…/ motivé le rejet antique dee sa dimension comme étant de l’ordre de l’absurde; et ce pas essentiel a été fait à l’époque moderne où la psychanalyse constitue le tournant premier qui sous-tend le fantasme en tant que pervers, de l’interpréter, de le concevoir, et qu’il n’a pas pu être conçu que pour autant qu’il a été ordonné à une économie inconsciente.

 

perversion L06 15/4/59 DI 511: Ce qui est important dans cet élément /…/ structurel du fantasme imaginaire, en tant qu’il se situe au niveau du “a”, c’est 1) d’une part, ce caractère opaque, celui qui se spécifie sous les formes les plus accentuées comme le pôle du désir pervers; en d’autres termes: qui en fait l’élément structurel des perversions et nous montre donc que la perversion se caractérise en ceci, que tout l’accent du fantasme est mis du côté du corrélatif proprement imaginaire de l’autre, “a”, ou de la parenthèse [a+b+c, etc.] . 2) Néanmoins, ce qui est essentiel /…/ c’est de vous rappeler que, si bizarre que puisse être dans son aspect de fantasme du désir pervers, le désir y est toujours de quelque façon intéressé. Intéressé dans un rapport qui est toujours lié au pathétique, à la douleur d’exister [E666] comme telle [cf. Medias & Show-biz], d’exister tout purement [SDF], ou d’exister comme terme sexuel [féminisme]. C’est évidemment dans la mesure où celui qui subit l’injure dans le fantasme sadique est quelque chose qui intéresse le sujet, en tant que lui-même peut être offert à cette injure, que le fantasme sadique subsiste [ça ne se rapporte pas à une pure et simple agression primitive].

 

perversion L06 15/4/59 DI 512 [opposition entre névrose et perversion]: Le névrosé se situe par un accent mis sur l’autre terme du fantasme c’est-à-dire $. /…/ Ce fantasme comme tel se situe à l’extrême, au niveau de la butée du reflet de l’interrogation subjective, pour autant que le sujet tente de s’y ressaisir dans cet au-delà de la demande, dans la dimension même du discours de l’Autre, où il a à retrouver ce qui a été perdu [mais retrouvé par le deuil DI 525] par cette entrée dans le discours de l’Autre [ce n’est pas au niveau de la vérité mais de l’heure de la vérité]; /…/ Le fantasme de la perversion /…/ est appelable, il est dans l’espace où il suspend je ne sais quelle relation essentielle. Il n’est pas à proprement parler atemporel, il est hors temps. /…/ Dans le comportement névrotique /…/ dans son objet, le sujet cherche toujours à lire son heure [cf. Hamlet]

 

perversion L06 15/4/59 DI 523: [scène avec Ophélie, celle-ci étant complètement dissoute comme objet d’amour]: Ça c’est ce qui caractérise cette attitude par quoi nous trouvons trace de ce que j’indiquais tout à l’heure comme déséquilibre de la relation fantasmatique, en tant qu’il verse vers l’objet, côté pervers. C’est un des traits de cette relation. Un autre de ses traits c’est que cet objet dont il s’agit n’est plus du tout traité comme il pouvait l’être, comme une femme. Elle devient pour lui la porteuse d’enfants de tous les péchés /…/ Elle devient le pur et simple support d’une vie qui dans son essence devient pour Hamlet condamnée. Bref, ce qui se produit à ce moment c’est dans cette destruction ou perte de l’objet qu’il est réintégré dans son cadre narcissique. Pour le sujet il apparait si je puis dire dehors; ce dont il est l’équivalent /…/ ce dont il prend la place /…/ c’est le phallus.

 

perversion L06 17/6/59 DI 727: Freud a été amené à poser la présence dans l’inconscient de tendances perverses polymorphes. Il a découvert la structure des fantasmes inconscients. La forme des fantasmes inconscients recouvre une partie de la perversion, ce qui se présente à nous dans les perversions, ce quelque chose qui occupe le champ imaginatif du pervers, ce quelque chose que le pervers met en scène. Là où nous réussissons à le rattacher à l’histoire du pervers, le fantasme du pervers se présente comme une séquence coupée du développement du drame: (rush  comme dans les films-annonces); ce qui est alléchant dans ces images c’est leur désinsertion de la chaîne du film.

 

perversion L06 17/6/59 DI 731: dans le désir au départ il y a quelque chose qui ne peut pas être demandé /…/ Il s’agit du phallus. /…/ Position très privilégiée de la femme par rapport à l’homme: ce phallus, qui est un signifiant, elle peut l’avoir réellement /../ Mais du fait qu’elle s’est introduite comme signifiant elle l’aura toujours, même au moment idéal, poétique, voire apocalyptique, de l’union sexuelle parfaite, elle a à faire à l’objet phallique en tant que séparé. C’est pour ça que son incidence peut êre perçue par l’homme comme castratrice. Ce phallus qu’elle n’a pas elle l’est symboliquement pour autant qu’elle est l’objet du désir de l’autre. Cette position ne vaut que pour le partenaire car elle ne le sait pas. La formule très singulière par rapport à laquelle se résout sa relation au phallus “dans l’inconscient elle l’est et elle l’a au meilleur cas, mais elle ne le sait pas”, sinon par son désir [donc elle s’en défend]. il y a une singulière similarité (mimésis) des sa formule transsubjective, inconsciente, avec celle du pervers. Si elle arrive à se situer dans une série d’équivalences phalliques; pour elle les objets naturels, sont fonction du désir, en tant que ce sont des objets dont on se sépare, d’où la moindre fréquence de la perversion chez la femme, car ses satisfactions naturelles trouvent naturellement à se situer dans la dialectique de la séparation. /…/ Elles satisfont leur rapport pervers dans leur rapport avec leurs enfants. C’est pourquoi, non point votre fille est muette, mais c’est pourquoi il y a quelques enfants dont nous avons comme analystes à nous occuper. [cf. L03 17/6/56 Ste Anne].

 

perversion L06 17/6/59 DI 735: Il y a deux faces d’accord, deux mirages, deux apparences: 1° je dirai animal d’un côté /…/ 2) d’un autre côté mystique /…/ avec l’objet .

 

perversion L06 17/6/59 DI 771 [à propos de Lolita]: Ce qui est important et en quelque sorte exemplaire c’est que, par la seule vertu d’une cohérence constructive, le pervers se livre à proprement parler, apparaît dans un autre [mapping], qui est plus que le double du sujet, qui est bien autre chose, qui apparaît là littéralement comme son persécuteur; qui apparaît en marge de l’aventure, comme si -et en effet c’est tout ce qu’il y a de plus avoué dans ce livre- le désir dont il s’agit chez le sujet ne pouvait vivre que dans un autre, là où il est littéralement impénétrable et tout à fait inconnu [dieu caché] . Le personnage qui se substitue à un moment de l’intrigue au héros, le personnage qui, lui, est /…/ le pervers, qui, lui, accède à l’objet, est un personnage dont la clef est donnée que dans les gémissements derniers qu’il pousse au moment où il tombe sous les coups de révolver du héros.

 

perversion L06 24/6/59 776 Pas-plus-d’un: Chez les névrosés /…/ le problème passe par la métaphore paternelle, par la fiction, réelle ou pas, de celui qui jouit en paix de l’objet au prix /…/ de quelque chose de pervers. Car /…/ cette métaphore est le masque d’une métonymie. Derrière cette métaphore du père comme sujet de la loi, comme possesseur paisible de la jouissance, se cache la métonymie de la castration /…/ la castration du fils n’est ici que la suite et l’équivalent de la castration du père. La métonymie dont il s’agit tient au premier terme en ceci, c’est qu’il n’y a jamais qu’un seul phallus en jeu [Pas-plus-d’un; Invalidation du Filioque] et ceci c’est justement ce que dans la structure névrotique il s’agit d’empêcher qu’on voit. Le névrosé ne peut être le phallus qu’au nom de l’autre. Il y a donc quelqu’un qui l’a, qui est celui dont dépend son être. Il n’a pas ce que chacun sait qu’on appelle le complexe de castration. Mais s’il n’y a personne à l’avoir, il l’a encore bien moins naturellement /…/ Le désir du névrosé c’est ce qui n’est [naît] quand il n’y a pas de dieu (il est tout entier suspendu a cette garantie mythique de la bonne foi du signifiant à quoi il faut que le sujet s’attache pour pouvoir vivre autrement que dans le vertige.

 

perversion L06 24/6/59 787: [Perversion de la preuve: le névrosé veut prouver la persistance de son désir, ici c’est le contraire].

 

perversion L06 24/6/59 DI 787: Il y a dans la perversion quelque chose que nous pouvons appeler un renversement du processus de la preuve. Ce qui est à prouver par le névrosé, à savoir la subsistance du désir, devient ici dans la perversion la base de la preuve. Voyez y quelque chose comme cette sorte de retour en honneur que dans l’analyse nous appelons raisonnement par l’absurde.

 

perversion L06 3/6/59 DI 697: Cette fente, c’est la fente symbolique d’un mystère plus profond, qui est celui qu’il s’agit d’élucider, à savoir, sa place à un certain niveau de  l’inconscient, qu nous permet de situer le pervers à ce niveau comme dans un certain rapport avec “a”. C’est bien la structure du désir comme tel (reproduisant la structure du sien) qu’il vise. La solution perverse à ce problème de la situation du sujet dans le fantasme est justement celle-ci: c’est de viser le désir de l’autre et de croire y voir un objet. /…/ le fantasme fondamental du pervers est de se désirer désirant /…/ lié à la métaphore paternelle, à savoir comme venant donner au sujet un signifié. [c’est ça que l’autre désire].

 

perversion L06? 11/6/59 9: Cette assise d’un sujet-fait-savoir dans un champ qui est celui de l’Autre et son rapport avec ce quelque chose qui fait creux au niveau du corps: telle est la première ébauche qui /…/ fonctionne comme objet “a”, qui est cette structure même dont nous puissions dire au regard de ce corps vide, pour faire fonction de signifiant, il y a ce quelque chose qui peut s’y mouler et cette métaphore nous aidera à concevoir comme statue /…/ ce qui au niveau du pervers vient à fonctionner comme ce qui restitue comme plénitude, comme A sans barre, ce grand “A”.

 

perversion L09 02/05/62, p.417: le pervers est celui qui se fait objet pour la jouissance d’un phallus dont il ne soupçonne pas l’appartenance: il est l’instrument de la jouissance d’un dieu /…/ cela pose la question de réintégrer le phallus. /…/ cela veut dire /…/ que j’exige de vous ce pas de conversion qui nous permettre d’être au point de vue de la perception où nous sachions ce que structure perverse veut dire d’absolument universel

 

perversion L09 7/6 547 nécrophilique: Cherchez-le toujours ce désirant au sein de quelque objet que ce soit, et n’allez pas objecter la perversion nécrophilique puisque justement c’est là l’exemple où il se prouve qu’en deçà de la seconde mort physique [quelque chose] laisse encore à désirer et que le corps se laisse là apercevoir comme entièrement pris dans une fonction de signifiant, séparé de lui-même et témoignage de ce qu’étreint le nécrophile: une insaisissable vérité.

 

perversion L10 05/12/62 p.8: $ ´ a, formule du fantasme, ça peut se traduire /…/ « que l‘Autre s’évanouisse, se pâme /…/ devant cet objet que je suis » /…/. C’est pourquoi l’on peut dire que le sujet pervers, tout en restant inconscient de la façon dont ça fonctionne, s’offre loyalement à la jouissance de l’Autre. Seulement nous n’en aurions jamais rien su s’il n’y avait pas les névrosés pour qui le fantasme n’a absolument pas le même fonctionnement.  /…/ ce qu’on a cru percevoir comme étant sous la névrose  perversion, c’est simplement ceci /…/ à savoir un fantasme tout entier situé au lieu de l’Autre, appui pris sur quelque chose qui, si on le rencontre, va se présenter comme perversion. Les névrosés ont des fantasmes pervers /…/ . On voit tout de même que ce n’est pas la même chose, ça ne fonctionne pas de la même façon. D’où la question /…/ sur le fait de savoir par exemple, si une perversion est bien vraiment une perversion, c’est-à-dire si elle ne fonctionne pas comme question qui redouble celle-ci; c’est à savoir à quoi le fantasme pervers peut bien servir au névrosé. /…/ Il faut bien commencer par dire /…/ c’est que le fantasme dont le névrosé se sert, qu’il organise au moment où il en use, il y a bien en effet quelque chose de l’ordre du ‘a’ qui apparaît à la place du « heim », au-dessus de l’image que je vous désigne, le lieu de l’apparition de l’angoisse. Eh bien il y a une chose de tout à fait frappante c’est que justement c’est ce qui lui sert le mieux, à lui, à se défendre contre l’angoisse, à recouvrir l’angoisse. /…/ ça lui va comme des guêtres à un lapin /…/ c’est un ‘a’ postiche /…/ La seule chose qui l’intéresse, la belle bouchère, c’est que son mari ait envie du petit rien qu’elle tient en réserve. /…/ La réalité qu’il y a derrière cet usage de fallace de l’objet dans  le fantasme du névrosé, c’est la demande.

 

perversion L11 168: /…/ structure de la perversion: /…/ c’est à proprement parler un effet inverse du fantasme. C’est le sujet qui se détermine lui-même comme objet, dans sa rencontre avec la division de la subjectivité.  /…/ le sujet assumant le rôle de l’objet, c’est exactement ce qui soutient la réalité” de la situation de ce qu’on appelle pulsion sado-masochique et qui n’est qu’en un seul point -dans la situation masochique elle-même. C’est pour autant que le sujet se fait l’objet d’une volonté autre, que non seulement se clôt, mais se constitue, la pulsion sado-masochique. [que votre volonté soit faite…]

 

perversion L11 169: Je vous prie de vous reporter à mon article Kant avec Sade, vous verrez que le sadique occupe lui-même la place de l’objet, mais sans le savoir, au bénéfice d’un autre, pour la jouissance duquel il exerce son action de pervers sadique. Vous voyez donc là plusieurs possibilités de la fonction de l’objet “a”, qui jamais ne se trouve en position de visée du désir. Il est, ou présubjectif, ou fondement d’une identification du sujet, ou fondement d’une identification déniée par le sujet. En ce sens le sadisme n’est que la dénégation du masochisme. Mais l’objet du désir, au sens commun, est, ou un fantasme qui est en réalité soutien du désir, ou un leurre.

 

perversion L11 179: Qu’est-ce qu’a en commun voir ou être vu? Prenons la Schaulust, la pulsion scopique. Freud oppose bien beschauen, regarder un objet étranger /…/ à être regardé par une personne étrangère, beschaut werden.  /…/ C’est à la base, là où l’origine et la pointe se rejoignent -qu’il faut que Freud les serre dans sa main, et qu’il s’essaie à en trouver l’union- précisément au point de retour. Il le serre en disant que la racine de la pulsion scopique est tout entière à prendre dans le sujet, dans le fait que le sujet se voit lui-même. /…/ Selbst ein sexual Glied beschauen /…/ sexual Glied von eigener Person beschaut werden. En quelque sorte comme le numéro deux se réjouit d’être impair, le sexe, la quéquette, se réjouit d’être regardée. /…/ En fait, l’articulation de la boucle de l’aller et du retour de la pulsion s’obtient fort bien à ne changer dans le dernier énoncé qu’un des termes de Freud.  /…/ je mets à la place de werden  machen. 1° Ce dont il s’agit dans la pulsion c’est de se faire voir. /…/ 2° Après le se faire voir j’en amènerai un autre, le se faire entendre, dont Freud ne nous parle même pas.  /…/ Alors que le se faire voir s’indique d’une flèche qui vraiment revient vers le sujet, le se faire entendre va vers l’autre. /…/ 3° Venons en à la pulsion orale /…/ se faire boulotter.  /…/ c’est bien là -confinant à toutes les résonances du masochisme-, le terme, autrifié de la pulsion orale /…/ se faire sucer /…/ 4° Au niveau de la pulsion anale /…/ se faire chier /…/ névrose obsessionnelle /…/ fonction de l’oblativité; pour tout dire l’objet ici n’est pas très loin du domaine que l’on appelle l’

 

perversion L13 16/11/66 LE1 p.11: Fantasme [le désir et la réalité]: Le $ dans la formule $ ◊ a, désigne la division du sujet, barré de ce qui le constitue proprement en fonction de l’inconscient. Ce $ est à la fois + grand et + petit que “a”, ou encore lié à cet objet par une relation d’inclusion qu se traduit en termes d’implication par la formule: “si et seulement si”. L’objet “a”, lui, en tant que pièce détachable et foncièrement lié au corps, situé au champ de l’Autre, relève surtout d’une structuration logique; il est loin d’être apparenté à l’imaginaire; c’est plutôt l’imagi­naire qui s’y accroche. En effet le poinçon peut tenir lieu aussi de V et de Λ, symboles des opérations lo­giques de réunion et d’intersection.

 PERVERSION L’objet “a” doit être le résultat de deux opérations logiques. Si cet “a” est le prêt-à-le-fournir, le fantasme, lui, implique le prêt-à-le-porter [$].

Ce qui porte le fantasme est une surface fermée, en forme de bulle non-sphérique, dont l’étoffe sans couture est tissée de telle sorte que l’on passe sans s’en apercevoir de l’une à l’autre de ses faces. Cette surface a à proprement parler deux noms: désir et réalité parce qu’on peut vouloir y distinguer un endroit et un envers, mais en fait désir et réalité se jouent dans le discours de l’Autre à pile ou face. /…/

La réalité du  prêt-à-porter, qui fait le cadre du fantasme, et qui constitue toute la réalité humaine, n’est rien d’autre que le montage du symbolique et de l’imaginaire; elle se distingue du réel qui n’est jamais qu’entr’aperçu quand le masque (qui est celui du fantasme) vacille. Spinoza a dit que “le désir est l’essence de l’homme” /…/ nous avons à y substituer “le désir est l’essence de la réalité.  PERVERSION2

 

perversion L14 15/2 LEF3 14 Verleugnung:

 

perversion L14 19/4 LEF4 12 : Peut-être la question de la « toute-puissance » de la vérité trouve-t-elle sa réponse dans ce champ que nous pouvons appeler par métaphore « le marché de la vérité », marché dont la « valeur de jouissance » est le principal ressort, si bien que ce qui s’échange sur ce marché n’est pas la vérité elle-même, que le lien de qui parle avec la vérité n’est pas le même selon le point où il soutient sa jouissance. Et c’est bien là la difficulté de la position du  psychanalyste, problème que l’introduction de la « valeur de jouissance » ne permet plus d’éluder. De quoi jouit-il à la place qu’il occupe? Pourquoi la vérité dans cet échange qui a lieu par la voie de la parole n’est pas elle-même objet de jouissance? Ce ne doit pas être un hasard si M. DELEUZE, qui n’est pas psychanalyste écrit sur le masochisme dans sa « Présentation de Sacher Masoch » (), le meilleur texte qui ait été écrit sur ce thème dans la psychanalyse, alors que les psychanalystes, peut-être en raison de leur statut entravé concernant la « valeur de jouissance » s’arrêtent en ce point de fêlure que j’ai marqué du nom de « désir du psychanalyste » et ne sont pas, en  l’occurrence, parvenus à articuler en quoi le sadisme et le masochisme sont des voies strictement distinctes, même si, bien sûr, on doit les repérer toutes deux dans la structure.

 

perversion L14 31/5 LEF5 83: Vous voyez que la question de la jouissance peut être présentée comme une question scientifique. Eh bien, le pervers c’est cela qu’il est, se mettant justement à la recherche expérimentale quasiment, d’un point de perspective sur la jouissance. La perversion comme la pensée de la science est “cosa mentale“; elle est dans cette opération d’un sujet qui a parfaitement repéré la disjonction où le sujet déchire le corps de la jouissance,  mais qui sait aussi que peut-être quelque chose a réchappé à la subjectivation du corps., qui sait que tout le corps n’a pas été pris dans le procès d’aliénation. C’est de ce point, de ce lieu du petit “a” que le pervers interroge ce qu’il en est de la jouissance, et reste quoi qu’on dise, sujet durant tout le temps de l’exercice de cette question [ au sens fort d’Inquisition], car la jouissance qui l’intéresse, c’est celle de l’Autre [jusqu’où ira-t-il?], en tant qu’il est le seul reste.

 

perversion L16 11/6/69 9: Cette assise d’un sujet-fait-savoir dans un champ qui est celui de l’Autre et son rapport avec ce quelque chose qui fait creux au niveau du corps: telle est la première ébauche qui /…/ fonctionne comme objet “a”, qui est cette structure même dont nous puissions dire au regard de ce corps vide, pour faire fonction de signifiant, il y a ce quelque chose qui peut s’y mouler et cette métaphore nous aidera à concevoir comme statue /…/ ce qui au niveau du pervers vient à fonctionner comme ce qui restitue comme plénitude, comme A sans barre, ce grand “A”. Pour apprécier la relation imaginaire de ce dont il s’agit dans la perversion, il suffit cette statue /…/ de la saisir au niveau de la contorsion baroque, qui n’est sensible qu’à ce qu’elle représente d’incitation au voyeurisme, en tant /…/ que celui-ci représente l’exhibition phallique. Comment ne pas voir qu’utilisée par la religion /…/ la statue baroque /…/ est proprement ce regard qui est fait pour que devant l’âme s’ouvre.

 

perversion L16 22/2/67 Verleugnung. acte sexuel  double boucle

 

perversion L16 30/4 11 [Valéry et les phosphène, le diaphane] : La question est devenue un petit peu différente et à la vérité, les gens avec qui ARISTOTE a à combattre, c’est à savoir mille autres théories énoncées de son temps [relatives à la projection] /…/ Qu’est ce que sup­pose ce terme de projection quand il s’agit non plus de ce qui se voit mais de l’imaginaire, si ce n’est que nous supposons que le sujet-patient modifie le monde. Qu’est-ce que cette projection sinon la supposition de ceci: c’est que c’est du dedans que le faisceau lumineux part, qui va peindre le monde. /…/ Mais nous prouvons, dans nos métaphores en être encore là. Et quand on se réfère au texte aristotélicien ce n’est pas le moins brillant de ce qu’il nous montre, ce qu’on touche en quelque sorte du doigt /…/ ce qui apparaît en quelque sorte, à lire ces textes, c’est quelque chose [d’inséré dans le désir] qui pour nous localise ce champ de la vision, de le réanimer /…/ de ce que nous y avons mis grâce à la perversion /…/ L’objet “a” dans le champ visuel, ressort, au regard de la structure subjective, à la fonction de ce tiers terme, dont il est fappant que littéralement les anciens ne sa­chent pas qu’en faire.

 

perversion L16 30/4 11 : Et quand on se réfère au texte aristotélicien ce n’est pas le moins brillant de ce qu’il nous montre, ce qu’on touche en quelque sorte du doigt /…/ ce qui apparaît en quelque sorte à lire ces textes c’est quelque chose [d’inséré dans le désir] qui pour nous localise ce champ de la vision, de le réanimer /…/ de ce que nous y avons mis grâce à la perversion /…/ L’objet “a” dans le champ visuel, ressort, au regard de la structure subjective, à la fonction de ce tiers terme, dont il est frappant que littéralement les anciens ne sa­chent pas qu’en faire.

 

perversion L16 30/4/69 16 hommelle: Est-ce que ce n’est pas de cela qu’un jour devant vous j’avais désigné du terme d’hommelle? Voilà une référence qui, quant à l’assiette d’un certain dehors du regard du jeu de l’inconscient, vous rendra dans son épinglage /…/ quelques services. Mais pour vous quitter sur le champ qui de la perversion conduit à la phobie, en y voyant l’intermédiaire qui va vous permettre enfin de situer authentiquement le névrosé, et à son niveau, ce qu’il en est du dedans et du dehors. Si cette hommelle /…/ c’est d’un A non défaillant qu’il s’agit, c’est d’un signifiant du A qu’il s’agit et qui donne la clé de la perversion /…/ C’est au niveau de l’énoncé que le texte du symptôme névrotique s’articule /…/ c’est-à-dire que ce soit entre le champ du moi, tel qu’il s’ordonne spéculairement et celui du désir (en tant qu’il s’articule par rapport aux formes dominées par l’objet “a”) que le sort de la névrose se joue /…/ Mais ce signifié du A en tant que barré [s(A)], en tant que marqué de sa défaillance logique, s’il vient dans le névrosé à se pleinement signifier c’est aussi bien aussi cela qui nous éclaire sur ce qu’a eu d’inaugural l’expérience du névrosé. Lui ne masque pas ce qu’il en est de l’articulation conflictuelle au niveau de la logique même.

 

perversion L16 30/4/69 17 hommelle : Si pour le pervers il faut qu’il y ait une femme non-châtrée, plus exactement s’il l’a faite telle et hommelle, est-ce qu’il n’est pas notable /…/ que ce quelque chose qui est un “il” ([hile] /…/ c’est cet objet “a”, en tant que libéré, celui avec lequel il faut dans la névrose en finir, pour que la structure se révèle de ce qu’il s’agit de résoudre, à savoir la structure tout court, le SDEGRANABARRE .

 

perversion L16 7/5/69 : [Hélène Deutsch: phobie des poulets] C’est bien là d’où s’origine l’espèce de prévalence que dans la théorie analytique a prise la pulsion orale. Ce que je voulais aujourd’hui amorcer c’est /…/ ceci: c’est que c’est au niveau de la phobie que nous pouvons voir /…/ une plaque tournante, quelque chose dont à l’élucider dans ses rapports avec ce vers quoi elle vire plus que communément, à savoir /…/ l’hystérie et l’obsession, mais aussi bien par la fonction qu’elle réalise avec la structure de la perversion, qu’elle nous éclaire cette phobie.

 

perversion L16 7/5/69: Rendre à César ce qui est à César /…/ c’est là l’essence de la perversion.

 

perversion L18, 9/6/71,14-15 : /…/ le phallus c’est la totalité de ce qui fémininement peut être sujet à la jouissance . Cette jouissance /…/ reste voilée dans le couple royal de l’Oedipe, mais ce n’est  pas que du premier mythe elle soit absente . /…/ Mais la castration d’Oedipe n’a pas d’autre fin que de mettre fin à la peste thébaine, c’est-à-dire de rendre au peuple la jouissance dont d’autres vont être les garants, ce qui /…/ n’ira pas sans quelques péripéties amères pour tous. Dois-je souligner que la fonction-clé du mythe s’oppose dans les deux strictement. Loi d’abord, dans le premier /…/ . Dans le second, jouissance à l’origine, loi ensuite, dont on me fera grâce d’avoir à souligner les corrélats de perversion puisqu’en fin de compte , avec la promotion /…/ du cannibalisme sacré, c’est bien toutes les femmes qui sont interdites de principe à la communauté des mâles, qui s’est transcendée comme telle dans cette communion

 

perversion L18, 9/6/71 14-15 cannibalisme : Dois-je souligner que la fonction-clé du mythe s’oppose dans les deux strictement . Loi d’abord, dans le premier /…/ . Dans le second, jouissance à l’origine, loi ensuite, dont on me fera grâce d’avoir à souligner les corrélats de perversion puisqu’en fin de compte , avec la promotion /…/ du cannibalisme sacré, c’est bien toutes les femmes qui sont interdites de principe à la communauté des mâles, qui s’est transcendée comme telle dans cette communion

 

perversion L21 18/1273 p.14: C’est bien là que se situe le nerf de la religion en tant qu’elle prêche l’amour divin. C’est bien là aussi que se réalise cette chose folle, de ce vidage de ce qu’il en est de l’amour sexuel dans le voyage. Cette perversion de l’Autre comme tel instaure dans l’histoire sadique de la faute originelle dans l’imaginaire /…/ cette sorte de lévitation, d’insensibilisation de ce qui le concerne /…/ [cf. l’Arianisme, le Marcionisme, etc.] /…/

 

perversion L21 18/1273 p.14: Le rapport du corps et de la mort est articulé par l’amour divin d’une telle façon qu’il fait, d’une part, que le corps devient mort, que la mort devient corps, d’autre part, par le moyen de l’amour /…/ La théologie c’est la transformation du terme désir en terme fin. Mais dans cette articulation ce qui fait la fin c’est le moyen. Dans  le nœud borroméen, il y a confusion du moyen et de la fin. Toute fin peut servir de moyen [l’amour divin chasse le désir] avec pour gain la vérité, la vérité du trois. D’où le dire que le désir du pervers est dans l’Autre.

perversion L22 Orn5 p.18 8/4/75: Le phallus donc c’est le réel surtout en tant qu’on l’élide [nier le phallus c’est l’élider, c’est le réaliser] /…/ Il y a un réel qui ex-siste à ce phallus qui s’appelle la jouissance (Jƒ].

 

perversion L22 Orn5 p.20 8/4/75 Verleugnung: Le réel c’est ce qui ex-siste au sens, en tant que je le définis par l’effet de la langue sur l’idée [Verleugnung=négation d’une Idée] /…/ soit sur l’imaginaire supposé par Platon à l’animal parlêtre entre autres, entre autres animaux-au-corps ou diable au corps, comme vous voudrez.

 

perversion L22 Orn5 p.20 8/4/75: Le réel c’est ce qui ex-siste au sens, en tant que je le définis par l’effet de la langue sur l’idée [Verleugnung = négation d’une Idée] /…/ soit sur l’imaginaire supposé par Platon à l’animal parlêtre entre autres, entre autres animaux-au-corps ou diable au corps, comme vous voudrez.

 

perversion L22 Orn5 p.33 8/4/75: Une déformation continue qui rencontre l’obstacle d’une autre corde supposée consister, c’est ce qui fait le tore: le tore-boyau [Trika=avoir la trique =symptôme =priapisme].

 

perversion L22 Orn5 p.41 8/4/75: Personne ne sait ce que c’est qu’un trou. Que, s’agissant du corporel, l’accent soit mis par toute la pensée psychanalytique sur le trou, ça se bouche plutôt. Ce n’est pas clair. Que ce soit à l’origine que se suspende tout ce qu’il y a de préœdipien comme on dit, que ce soit de là que la perversité s’oriente (qui est celle de toute notre conduite intégralement), c’est bien étrange? Ça ne nous éclaire pas sur la nature du trou. Il y a autre chose qui  pourrait venir à l’idée et qui est tout à fait non-représentable -c’est la mort-. Ça ne se bouche pas moins parce que la mort on ne sait pas ce que c’est.

 

perversion L22 Orn5 p.43 8/4/75: le mieux /…/ est l’ennemi du bien de même que le plus-de-jouir provient de la père-version, de la version apéritive du jouir. On n’y peut rien; le parlêtre n’aspire qu’au bien d’où il s’enfonce toujours dans le pire /…/ Dieu est père-version. C’est un fait rendu patent par le juif lui-même. Mais à remonter ce courant on finira bien /…/ par inventer quelque chose de moins stéréotypé que la perversion. C’est même la seule raison pourquoi je m’intéresse à la psychanalyse /…/ Il y a des jours même où il me viendrait que la charité chrétienne serait sur la voie un peu éclairante du non-rapport.

 

perversion L23 J. LACAN, Séminaire, Livre XXII, RSI, séance du 18 février, 1975, Ornicar?, n°4, p.104 “Une névrose c’est une perversion ratée” .

 

 

perversion L21 18/1273 p.14: Si nous prenons le symbolique /…/ pour jouer le rôle de moyen /…/ entre le réel et l’imaginaire /…/ nous y voilà au cœur de ce que c’est que cet amour divin.

      PERVERSION3                           Mort  Corps

Exhibitionnisme: L11 p.166: Au moment de l’acte du voyeur où est le sujet et où est l’objet? Je vous l’ai dit: le sujet n’est pas là [$] en tant qu’il s’agit de voir. Il est là en tant que pervers et il ne se situe qu’à l’aboutissement de la boucle. Quant à l’objet /…/ la boucle tourne autour de lui: il est missile et c’est avec  lui que dans la perversion la cible est atteinte. L’objet est ici le regard, regard qui est le sujet, qui l’atteint, qui fait mouche dans le tir de la cible /…/ le regard est cet objet perdu et soudain retrouvé dans la conflagration de la honte, par l’introduction de l’autre /…/ Ce que le sujet cherche à voir ce n’est pas comme on le dit le phallus mais justement son absence, d’où la prééminence de certaines formes comme objets dans sa recherche. Ce qu’il regarde c’est ce qui ne peut se voir. Dans l’exhibitionnisme ce qui est visé par le sujet c’est ce qui se réalise dans l’autre. La visée véritable de désir c’est l’autre en tant que forcé, au delà de son implication dans la scène. Ce n’est pas seulement la victime qui est intéressée dans l’exhibitionnisme, c’est la victime en tant que référée à quelque autre qui la regarde.

 

perversion S(A), L06 137 /…/ dans la relation du sujet à l’Autre la réponse se fait rétroactivement et ailleurs /…/ au-delà de cette demande /…/ il y a place pour la réponse /…/ là schématisée par un S signifiant de A barré S(A), c’est-à-dire que l’Autre lui aussi est marqué par le signifiant /…/. Mais par contre, respecter, viser, explorer, utiliser ce que déjà on exprime au-delà de ce lieu de la réponse chez le sujet, et qui est représenté par la situation imaginaire où lui même se pose [Ansatz], se maintient, se suspend comme dans une position qui assurément participe par certains côtés des artifices de la défense, c’est bien cela qui fait l’ambiguïté de tellement de manifestations du désir, du désir pervers par exemple.

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