Groupe niçois de psychanalyse lacanienne

SCOPTOPHILIE

 

exhibitionnisme L06 3/6/59 DI 689: Et si Jones identifie le complexe de castration à la crainte de la disparition du désir. c’est exactement ce que je suis en train de vous dire sous une forme différente. puisque le sujet craint que son désir disparaisse /…/ c’est que quelque part il se désire désirant. Que c’est là la structure du désir /…/ du névrosé et c’est pour cela que le fantasme pervers est utile à re-épeler /…/ à savoir le fantasme de l’exhibitionniste. On a l’habitude de dire: c’est très simple, c’est très joli le fantasme pervers, l’impulsion exhibitionniste /…/ il y a là en somme quelque chose, la pulsion qui se complait /…/ à donner à voir /…/ ce n’est pas rien déjà de dire cela /…/ cela implique quand même une certaine subjectivité /…/ [acéphale]. Et aussi bien en avons-nous des indications /…/ dans le luxe mis par des animaux dans les manifestations de la parade captivante /…/ dans la courbe d’un certain comportement, si instinctuel que nous le supposions, quelque chose peut être impliqué que ce même mouvement de retour et du même coup l’anticipation qui est là dans la courbe de la parole. Je veux dire une projection temporelle.

 

exhibitionnisme L04 194 27/2/57 R0 370: [il n’y a pas d’exhibitionnisme sans pantalon qui s’ouvre et se ferme]: Cette mère inassouvie /…/ c’est quelqu’un de réel /…/ elle est là cherchant quelqu’un à dévorer; ce que l’enfant a trouvé lui-même pour écraser son inassouvissement symbolique, il le retrouve devant lui possiblement comme gueule ouverte. L’image projetée de la situation orale nous la retrouvons aussi au niveau de la satisfaction sexuelle imaginaire, le trou béant dans la tête de Méduse est une figure dévorante que l’enfant rencontre comme issue possible dans cette recherche de la satisfaction de la mère. C’est un grand danger, celui précisément que nous révèlent ses fantasmes; dans le fantasme de dévorer nous le trouvons à l’origine et nous le retrouvons à ce détour où il nous donne la forme essentielle sous laquelle se présente la phobie [être aspiré; cf. Nassif LEF].

 

exhibitionnisme L04 201, 6/3/57 RO 376: quand il [l’enfant] s’exhibe, ce n’est pas pure et simple monstration; c’est monstration de lui-même par lui-même à sa mère, qui existe comme un tiers, avec surgissement derrière la mère de quelque chose qui est la bonne foi, ce à quoi la mère peut être prise, si l’on peut dire. C’est déjà toute une trinité, voire quaternité subjective qui s’ébauche.

 

exhibitionnisme L06 3/6/59 DI 691 Que l’animal se fasse un promesse de la réussite de tel ou tel de ses comportements, c’est là toute la question que nous puissions parler de tromperie au lieu de déception de l’attente. Je vais quand même vous faire remarquer dans la relation de l’exhibitionniste à l’autre /…/ que l’autre fusse frappé dans son désir complice /…/ de ce qui passe là /…/ en tant que rupture. /…/ Il est essentiel qu’elle soit ainsi le piège de désir.

 

exhibitionnisme L06 3/6/59 DI 692: On voit bien que cette manifestation, cette communion élective qui se produit ici avec l’autre, satisfait un certain désir que pour autant que sont mis dans un certain rapport une certaine manifestation de l’être et du réel en tant qu’il s’intéresse au cadre symbolique comme tel. C’est là la nécessité du lieu public: c’est qu’on soit bien sûr qu’on est dans le cadre symbolique [du qu’en dira-t-on]. C’est-à-dire /…/ mettre comme condition à la satisfaction du désir, justement le maximum de danger /…/ ce qu’il montre c’est l’appareil de son désir de l’aperçu dans l’inaperçu /…/ Un pantalon qui s’ouvre et qui se ferme et pour dire tout dans ce que nous pouvons appeler la fente dans le désir /…/ c’est là aussi où le sujet comme tel se dissipe. [$]

 

exhibitionnisme L06 3/6/59 DI 696: [La jeune Parque: “Je me voyais me voir célèbre”]: situation de jouissance inconsciente de l’autre (JA): il ne sait pas /…/ Il s’établit dont la répartition d’une double ignorance; car si l’autre ne réalise pas à  ce niveau /…/ ce qui est supposé réalisé dans l’esprit de celui qui s’exhibe /…/ inversement celui qui s’exhibe /…/ ne réalise pas la fonction de la coupure qui l’abolit [$] dans un automatisme clandestin.

 

exhibitionnisme L06 3/6/59 L06 3/6/59 DI 702: Ce quelque chose qui est dans le réel à la fois trou et éclair, l’exhibitionniste entrouvre son écran. Le voyeur l’épie derrière son volet /…/ ouvert sur quoi? A un autre désir que le sien. Sien qui est profondément atteint, ébranlé, frappé par ce qui est aperçu dans cet éclair. C’est l’émotion de l’autre au-delà de sa pudeur; c’est l’ouverture de l’autre, l’attente virtuelle pour autant qu’elle ne se sent pas vue /…/

 

exhibitionnisme L16 26/3/1969: [Voyeur]: celui qui est, au moment où il regarde par le trou de la serrure, qui est véritablement ce qui ne peut se voir; rien ne peut assurément le faire choir de plus haut que d’être surpris, dans la capture où il est de cette fente, elle-même un regard, voire un jour. Le retour de ce dont ils s’agit, à savoir sa réduction à la position humiliée, voire ridicule /…/ être saisi dans une posture qui ne déchoit que du point de vue du narcissisme de la position débout, celle de celui qui ne voit rien, tellement il est sûr de lui (cf. SARTRE l’Être et le Néant].

 

exhibitionnisme: L 11 p.166: Au moment de l’acte du voyeur où est le sujet et où est l’objet? Je vous l’ai dit: le sujet n’est pas là [$] en tant qu’il s’agit de voir. Il est là en tant que pervers et il ne se situe qu’à l’aboutissement de la boucle. Quant à l’objet /…/ la boucle tourne autour de lui: il est missile et c’est avec  lui que dans la perversion la cible est atteinte. L’objet est ici le regard, regard qui est le sujet, qui l’atteint, qui fait mouche dans le tir de la cible /…/ le regard est cet objet perdu et soudain retrouvé dans la conflagration de la honte, par l’introduction de l’autre /…/ Ce que le sujet cherche à voir ce n’est pas comme on le dit le phallus mais justement son absence, d’où la prééminence de certaines formes comme objets dans sa recherche. Ce qu’il regarde c’est ce qui ne peut se voir. Dans l’exhibitionnisme ce qui est visé par le sujet c’est ce qui se réalise dans l’autre. La visée véritable de désir c’est l’autre en tant que forcé, au delà de son implication dans la scène. Ce n’est pas seulement la victime qui est intéressée dans l’exhibitionnisme, c’est la victime en tant que référée à quelque autre qui la regarde.

 

pervers mapping L06 17/6/59 DI 771 [à propos de Lolita]: Ce qui est important et en quelque sorte exemplaire c’est que, par la seule vertu d’une cohérence constructive, le pervers se livre à proprement parler, apparaît dans un autre [mapping], qui est plus que le double du sujet, qui est bien autre chose, qui apparaît là littéralement comme son persécuteur; qui apparaît en marge de l’aventure, comme si -et en effet c’est tout ce qu’il y a de plus avoué dans ce livre- le désir dont il s’agit chez le sujet ne pouvait vivre que dans un autre, là où il est littéralement impénétrable et tout à fait inconnu [dieu caché] . Le personnage qui se substitue à un moment de l’intrigue au héros, le personnage qui, lui, est /…/ le pervers, qui, lui, accède à l’objet, est un personnage dont la clef est donnée que dans les gémissements derniers qu’il pousse au moment où il tombe sous les coups de révolver du héros.

 

scoptophilie L06 3/6/59 DI 694 [Ce qui importe dans la scoptophilie c’est encore ce rapport de l’aperçu à l’inaperçu, à commencer par la fente]: La créature surprise sera d’autant érotisable /…/ que quelque chose dans ses gestes peut nous révéler comme s’offrant à ce que j’appellerai les hôtes invisibles de l’air [les anges de la chrétienté], virtualité d’un œil insaisissable mais toujours imaginable. [dans le voyeurisme] /…/ le sujet se réduit lui-même à l’artifice de la fente comme tel. [rapport de cette fente à ce que symboliquement y répond à la place du sexe féminin].

 

scoptophilie L16 26/3/69 8: Ce qui au niveau d’un corps grêle, d’un profil de petite fille est l’objet du désir du voyeur, c’est très précisément ce qui [ne] peut s’y voir qu’à ce qu’elle le supporte de  l’insaisissable [Unbegriff] d’une ligne où il manque, c’est-à-dire le phallus. /…/ [Hémorragie rétinienne et effets de l’exhibition] C’est proprement et avant tout de faire apparaître, au champ de l’Autre, le regard. Et pourquoi? Sinon pour y évoquer ce rapport topologique de ce qu’il en est de la fuite, de l’insaisissable [Unbegriff] du regard, dans son rapport à la limite imposée à la jouissance de l’Autre [JA] par la fonction du principe de plaisir.

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