mardi, février 27, 2024
Recherches Lacan

LXXI LES NON-DUPES ERRENT Leçon XIII 14 mai 1974

LES NON-DUPES ERRENT

 

Leçon XIII 14 mai 1974

 

Les non-dupes errent… Ça ne veut pas dire que les dupes n’errent pas. Si nous partons de ce qui se propose comme une affirmation – entendez-vous ? entendez-vous comme ça, si je suis en face du machin?… Que la personne qui m’a dit qu’on n’entend rien, réponde est-ce qu’elle entend ? Disons que c’est introduire par cette affirmation que les non-non-dupes pourraient bien, sans plus, ne pas errer. Mais déjà, ceci nous introduit à la question que pose la double négation. Être… n’être pas non-dupe, est-ce que ça se ramène à être dupe ? Ceci suppose, et ne suppose rien de moins, qu’il y a un univers; qu’on puisse avancer que l’univers, tout énoncé le divise; qu’on puisse dire : « l’hom­me », et que si on le dit – je veux dire de le dire – tout le reste devient non-homme.

Un logicien – puisque j’avance que la logique c’est la science du Réel – un logicien a fait un pas bien longtemps après Aristote; qu’il ait fallu attendre Boole pour qu’en 1853 sorte An Investigation of Laws of Thought, Une Investigation sur les Lois de la pensée, qui, sur Aristote a déjà cet avantage d’être un pas, une tentative de coller à ce qu’il prétend observer, fonder en somme a posteriori comme constituant les lois de la pensée. Que fait-il ? Il écrit très précisément ce que je viens de vous dire, c’est à savoir qu’à partir de quoi que ce soit qui se dise et qui s’énonce, et les choses pour lui sont telles qu’il ne peut faire que d’avancer l’idée de l’univers, il la symbolise par un chiffre, un chiffre qui y convient, c’est le chiffre 1; il écrira donc, de tout ce qui se propose comme notable, notable dans cet univers, il écrira donc x, il le laisse vide, ce x, puisque c’est là le principe de l’usage de cette lettre, c’est : quoi que ce soit qui soit notable dans l’univers [à Madame Gloria Gonzalez : – Si vous me trimballez ça, ça m’aidera à aller au tableau]. Oui, x, écrit-il, multiplié par 1-x, ceci ne peut que s’égaler à zéro

x (1-x) = 0

Ceci ne peut, pour peu qu’on donne ce sens à la multiplication, que noter l’intersection. C’est de là qu’il part. C’est en tant que x est notable dans l’univers que quelque chose se sustente seulement du non, aux hommes s’opposant les non-hommes comme tels, tout ce qui subsiste comme notable étant là considéré comme subsistant comme tel. Or, il est clair que ce qui est notable n’est pas comme tel individuel; que déjà dans cette façon de poser l’ek-sistence logique, il y a quelque chose qui, dès le départ, paraît fâcheux.

Comment se fait-il qu’il soit posé sans critique, le thème, le thème posé de l’univers ? Si je crois pouvoir cette année supporter du nœud borro­méen quelque chose, quelque chose qui, certes, n’est pas, n’est pas une définition du sujet, du sujet comme tel d’un univers, c’est en cela, fais-je une fois de plus remarquer, que ma tentative n’a rien de métaphysique, je veux dire, je veux dire à ce propos que la métaphysique est ce qui se dis­tingue de supposer, de supposer comme tel le sujet, le sujet d’une connaissance. C’est en tant qu’elle suppose un sujet, que la métaphysique se distingue de ce dont ici j’essaie d’articuler les éléments, à savoir ceux d’une pratique, et ceci dans le fil de l’avoir définie comme se distinguant, se distinguant de quelque chose qui est de pure place, de pure topologie, et qui fait de là s’engendrer la définition située seulement de la place de cette pratique de ce qui s’annonce, dès lors s’avance comme étant trois autres discours. C’est là un fait, un fait de discours, un fait par lequel j’es­saie de donner au discours analytique sa place d’ek-sistence.

Qu’est-ce qui, à proprement parler, ek-siste ? N’ek-siste comme l’or­thographe dont je modifie ce terme le marque, n’ek-siste dans toute pra­tique que ce qui fait fondement du dire, je veux dire ce que le dire appor­te comme instance dans cette pratique. C’est à ce titre que j’essaie de situer sous ces trois termes, le Symbolique, l’Imaginaire et le Réel, la triple catégorie qui fait nœud, et par là donne son sens à cette pratique. Car cette pratique non seulement a un sens, mais fait surgir un type de sens qui éclaire les autres sens au point de les remettre en cause, je veux dire de les suspendre. À quoi, comme articulation, articulation dont au terme d’un progrès fait pour susciter chez ceux qui soutiennent cette pratique, l’idée de ce qu’est pour eux le Réel, je dis : le Réel, c’est l’écri­ture. L’écriture de rien d’autre que ce nœud tel qu’il s’écrit pour le dire, tel qu’il s’écrit quand il est selon la loi de l’écriture mis à plat. Et je sou­mets ce que j’énonce à cette épreuve de mettre en suspens la distinction, la distinction justement subjective de l’Imaginaire, du Symbolique et du Réel, en tant qu’ils pourraient en quelque sorte déjà porter avec eux un sens, un sens qui les hiérarchiserait, en ferait un 1, 2, 3; bien sûr, ceci n’évitera pas que nous ne retombions sur un autre sens – comme déjà il a pu vous apparaître du fait de ce que j’accentue de l’association du Réel avec un trois, de l’Imaginaire avec un deux, et du Réel, justement – [lap­sus du docteur Lacan] – et du Symbolique justement, avec l’Un.

Quelque chose dans, au niveau, dans les termes du Symbolique, se pose comme Un. Est-ce un Un soutenable d’aucune individuation dans l’univers ? C’est la question que je pose, et dès maintenant, je l’avancerai sous cette forme, c’est à savoir de poser la question à propos de l’écritu­re de Boole. Si le Un que Boole avance comme suffisant à répartir la véri­té, s’il y a x, il n’est pas vrai que si, que l’x soustrait du Un soit autre chose que tout le reste, que tout le reste de nommable. Il n’y a là rien que de saisissant, à constater que Boole lui-même, à écrire ce qui résulte, ce qui résulte de l’écriture de ces termes dans une formule mathématique, soit amené à y fonder que le propre de tout x, de tout x en tant qu’énon­cé, c’est que x moins x deux, égale zéro, ce qui s’écrit

x-x2=0 x=x2

je veux dire à se supporter d’une formule mathématique.

Il est étrange que là une note de son livre, du livre dont je vous ai donné tout à l’heure la date, la date majeure en ce sens que c’est à partir de là qu’une nouvelle… un nouveau départ de la spéculation logique s’est pris, et qu’un nommé Charles Sanders Peirce dont je vous ai déjà parlé, peut par exemple améliorer, à son dire, la formulation de Boole en en montrant qu’en certains points il puisse en résulter qu’elle se fourvoie, disons. Ceci à mettre en évidence ce qui résulte des fonctions à deux variables, à savoir non pas seulement x mais x et y, et en y montrant ce que… ce où moi-même j’ai cru devoir prendre que la fonction dite du rapport, peut là servir à nous montrer que, pour ce qui est du sexuel, ce rapport ne peut pas s’écrire.

Pourquoi, se demande Boole, plutôt que d’écrire x = x2 et l’inverse, ne pourrait-on écrire x = x3 ? Il est frappant que Boole – et ceci à par­tir de la notion de la vérité comme séparant radicalement ce qu’il en est de l’un et du zéro, car c’est du zéro qu’il connote l’erreur – il est frap­pant que cet univers, dès lors solidaire comme tel de la fonction de la vérité lui paraisse limiter l’écriture, l’écriture de ce qu’il en est de la fonc­tion logique, à la puissance deux de x quand la puissance trois, il se la refuse. Il se la refuse pour ceci que mathématiquement, elle ne serait sup­posable dans l’écriture que d’y ajouter un nouveau terme du produit, ce qu’il ne se refuse certes pas quand il s’agit de faire fonctionner l’opéra­tion multiplication, il écrit à l’occasion

xyz

et il peut, selon les cas, marquer qu’x y z tels que les variables ont été situées d’une certaine fonction, qu’x y z par exemple égale aussi: 0. Mais puisqu’il se limite à des valeurs zéro et un, elle peut aussi bien prendre la fonction, la fonction prenant sa valeur d’une certaine… d’un certain chiffrage zéro et un pour chacun des trois – il peut, à faire x, y et z cha­cun égal à un, s’apercevoir que ce n’est pas zéro qui en est le fruit.

Ainsi, qu’est-ce qui peut l’empêcher d’ajouter à son (1 – x) un (1 + x) et de l’ajouter non pas comme addition, de l’ajouter comme terme de la multiplication ? Il voit alors très bien que (1 – x) multiplié par (1 + x) donnant 1-x2, il aboutira, je n’ai pas besoin de vous le souligner, à ceci c’est que x – x3 sera égal à zéro et que de ce fait x s’égalera à x3 :

 

x(1 -x)(1 +x)=0

x-x3=0

x=x3

Pourquoi s’arrête-t-il, s’arrête-t-il dans quoi ? Dans l’interprétation de ce que pourrait être cet x en tant justement qu’ajouté à l’univers. Est­-ce que ce n’est pas le propre de ce qui, à l’univers, ek-siste, que de s’y

ajouter? C’est proprement ce que nous faisons tous les jours, et juste­ment ce que je désigne d’un plus à le supporter de l’objet petit a. Mais alors ceci nous suggère, nous suggère ceci: c’est à savoir de nous deman­der si le Un dont il s’agit, c’est bel et bien l’univers, à considérer en tant qu’ensemble ou collection de tout ce qui y est individuable.

Je suggère – m’est suggéré, disons à propos de cette écriture de Boole – de fonder ce qu’il institue de l’univers – car c’est comme tel qu’il l’articule, qu’il lui donne son sens – de supposer que ce Un, loin de sur­gir de l’univers, surgit de la jouissance. De la jouissance et pas de n’im­porte laquelle, de la jouissance dite phallique, et ceci pour autant que l’expérience analytique nous en démontre l’importance; que de cette suite ce qui se pose comme logique, comme signifiant, mais littéral, je veux dire inscriptible, en tant que l’inscription, c’est de là que surgit dans notre expérience, la fonction du Réel, du moins si vous me suivez, que quelque chose comme un x à cette jouissance puisse s’ajouter, et consti­tuer ce que déjà j’ai défini comme fondant le plus-de-jouir.

Il reste que Boole est loin de ne pas indiquer que ce n’est pas seule­ment le rapport de la jouissance au plus-de-jouir, en tant que le plus-de-jouir ce serait justement ce qui ek-siste, ek-siste à quoi ? justement au nœud dont j’essaie pour l’instant de vous éclairer l’usage et la fonction; il voit très bien que pour aboutir à la fonction x = x3 et non plus seule­ment x2, il voit très bien que le tiers terme, le terme (1 +x) peut s’écrire autrement et nommément (-1-x). Je veux dire (-1-x) pris dans une parenthèse, ce qui équivaut mathématiquement – je veux dire en tant que l’écriture est ce qui est mathématique – ce qui peut s’inscrire ici d’un moins avant la parenthèse et de (1 +x) mis à l’intérieur

-(1 +x)

J’écris – (1+x) et je dis que c’est équivalent à l’addition ici de (-1-x) et que Boole les ajoute pour les repousser, pour les repousser en tant que la logique serait destinée à assurer le statut de la vérité.

Mais pour l’instant, ce à quoi nous visons, n’est pas de donner son sta­tut à la vérité, puisque la vérité, nous le disons, ne s’énonce jamais que du mi-dire, qu’il est proprement impensable, sinon au lieu du dire, de marquer qu’une proposition n’est pas vraie, et de la marquer d’une barre, d’une barre supérieure qui l’exclut, et la marque du signe du faux.

Dans l’ordre des choses, en tant que le symbole est fait pour y ek-sister, dans cet ordre des choses, il est proprement, quoi qu’en dise, quoi qu’en dise Boole étudiant ou prétendant faire le statut de la pensée, il est impensable, justement, il est impensable de cliver quoi que ce soit de dénommable, de cliver d’un pur non pour désigner ce qui n’est pas nommé. Est-ce à dire que nous devions mettre à l’épreuve, mettre à l’épreuve ce qui résulte du x3 = x, assurément c’est déjà quelque chose d’y voir fonctionner ce trois dont je marque comme tel le Réel, et c’est ici que nous allons reprendre notre nœud borroméen.

Le nœud borroméen, si tant est que son énoncé ek-siste à la pratique analytique, que c’est lui qui permet de la supporter, je voudrais, à vous en montrer une fois de plus l’exemple, dans cet espace qui est le nôtre, sans que nous sachions, à l’heure qu’il est, et ceci malgré les citations d’Aristote, quel est le nombre des dimensions de cet espace, j’entends celui-là même où, des choses, nous nommons : regardez, ceci est la même chose que ce que j’ai d’abord dessiné au tableau, c’est à savoir que vous avez ici un rond, Un rond de ficelle que je justement la première fois couchée introduit cette fonction. Ce rond de ficelle, ces trois ronds de ficelle, les voici. Ils tiennent pour autant qu’il y en a un que j’ai mis horizontal, les deux autres étant verticaux et les verticaux se croisant. Il est évident que ceci n’est pas dénouable. Le nœud borroméen a fait, comme tel, travailler beaucoup de personnes ici, qui m’en ont même envoyé des témoignages. Celui-ci est sa forme la plus simple.

Il est remarquable que dans les travaux – ce sont de véritables travaux qui m’ont été envoyés sur ce point – travaux qui font leur part à toutes sortes d’autres façons, il y en a d’innombrables, de nouer ces trois de façon telle qu’ils permettent, avec le dénouement d’un seul de ces trois ronds, de libérer exactement tous les autres, et je vous l’ai dit, quel qu’en soit le nombre. Mais pour nous limiter au trois, puisque ce trois colle avec nos trois fonctions de l’Imaginaire, du Symbolique et du Réel, ceci très précisément de ne pas les distinguer, de voir jusqu’où le fait qu’ils soient trois, et de ce fait d’en faire la logique même du Réel, à savoir de voir à quel moment nous allons pouvoir voir surgir, simplement de ces trois, strictement équivalents, comme vous pouvez immédiatement le percevoir – de ces trois de faire surgir l’amorce de ce qui y serait diffé­renciation. La différenciation s’amorce, s’amorce de ceci, dont je suis étonné que dans ces travaux que j’ai reçus, personne ne me l’ait fait remarquer, voici : par ces trois, tels qu’ils sont ici disposés, sont déter­minés, disons huit quadrants, 1, 2, 3, 4, S, 6, 7, 8. J’en prends un, un quel­conque, et de ce quadrant je tire la mise à plat, celle qu’ici vous allez voir – vous allez voir de là où vous êtes, mais à être où je suis, c’est certai­nement exactement pareil, c’est à savoir que vous voyez que quelque chose s’y trouve déjà, du fait de la mise à plat, s’y trouve déjà orienté. Je veux dire que vous voyez certainement la même inscription du nœud qui est celle que je vois, c’est à savoir dans l’occasion, pour ce que je vous ai montré, à avoir pris mon nœud de la façon exhibée, c’est que par la mise à plat quelque chose se dessine qui s’inscrit à en suivre la forme, qui s’inscrit de la dextrogyrie.

Une fois mis à plat tel qu’il est et retourné, je sais d’avance que c’est la même dextrogyrie. Il suffit de faire ce petit travail, enfin d’en imagi­ner le retournement – et ceci aussi peut s’écrire – on verra que ça n’est pas l’image en miroir, qu’à retourner le nœud borroméen vous ne voyez pas quelque chose qui en est l’image en miroir.

 

Est-ce que ceci ne rend pas d’au­tant plus frappant ce fait : c’est qu’à reprendre mes quadrants – met­tons que tout à l’heure j’ai choisi – je ne sais pas si c’est effectivement ce que j’ai fait – celui-là pour vous : en haut, à droite – si je prends celui, que non seulement j’ai dit en haut et à droite mais que je dis aussi en avant, si je prends celui non plus en haut, à droite et en avant, mais en bas, à gauche et en

arrière, celui qui lui est strictement opposé et si c’est de là que je pars pour le mettre à plat de la même façon que j’ai fait précédemment, il est tout à fait notable – et vous pourrez le vérifier – que ce qui résultera de cette mise à plat sera une façon dont le nœud se coince, dont le nœud se serre exactement inverse, c’est à savoir lévogyre.

Il sort donc du seul maniement déjà du nœud borroméen, il surgit une distinction qui est de l’ordre de l’orientation. Si l’un est dans le sens des aiguilles d’une montre, l’autre sera dans le sens inverse. Il ne faut certes pas nous étonner, nous étonner que quelque chose de cet ordre puisse se produire, puisque c’est dans la nature des choses que l’espace soit orien­té; c’est même de là que procède la fonction dite de l’image en miroir et de toute symétrie.

Je m’excuse de l’âpreté de ce que mon discours d’aujourd’hui implique. Simplement, je vous note que ce fait de l’orientation pour les quadrants opposés est quelque chose qui nous indique déjà qu’il est

 

conforme à la structure, du seul fait que l’orientation surgisse du seul support, du seul support nodal dont ici je prends arme; il est concevable de ces ronds eux-mêmes y marquer un sens, c’est-à-dire une orientation. En d’autres termes, pour prendre le dernier, celui qui est écrit ici (1), de nous poser la question de ce qui résulte de faire l’usage d’une orientation conforme à celle que nous avons abstenue de deux espèces et de deux seulement qui sont différentes, c’est à savoir de nous rendre compte qu’il en résultera une figure, une figure telle que sa périphérie marquera de ce fait la même orientation. Que faut-il pour qu’une de ces figures se trans­forme dans l’autre, à savoir celle-ci également complétée (2) ? Vous avez vu à mon hésitation la marque même de la difficulté qui se rencontre dans le maniement desdits ronds de ficelle. Celle-ci est l’image de l’autre en miroir. Mais qu’est-ce qui suffit à transformer l’une dans l’autre ? Quelque chose qui est définissable de la très simple façon suivante: c’est à savoir que, tel que vous voyez le nœud borroméen s’étaler, vous voyez que l’un quelconque d’entre eux se manifeste de couper chacun des deux autres d’une façon telle que l’un étant libéré, l’un étant sectionné, les deux autres soient libres. Ce qui veut dire qu’un de ces ronds peut tour­ner autour d’un des deux autres, et que ceci à soi tout seul nous donne­ra un nouveau nœud borroméen. La loi de ce qui se passe dans l’occa­sion est celle-ci : vous n’avez ici qu’à – je m’excuse de ne pas avoir de craie de couleur, ça serait mieux, je la crayonne – qu’est-ce qui se passe si nous rabattons un de ces nœuds, un de ces ronds, autour d’un autre ? C’est très exactement ceci que nous obtenons – nous obtenons de ce fait une nouvelle figure qui se – je vais l’effacer, l’ancienne pour que vous la voyiez mieux – nous obtenons une nouvelle figure qui a pour propriété d’être de l’espèce de celle-ci, c’est à savoir que, vous le voyez – celle-ci est effacée – c’est à savoir que vous le voyez, la figure se pré­sente ainsi, nous avons ceci qui est resté invariable, et deux autres… deux autres éléments. Voilà : les deux autres [éléments] présentent la sorte d’orientation qui est celle qui est définie ici… – c’est à savoir que, par rapport, n’est-ce pas, à ceci… ceci étant marqué de a par exemple vous aurez à la suite une présentation comme ceci, c’est à savoir, si ceci est b, vous aurez une inversion de sens du b et du c et une inversion d’orien­tation de leur courbe, les choses se complétant de la façon suivante. Voilà.

Ce qui importe est ceci : c’est de voir que, à inverser le a ce qui en résulte, c’est une orientation totalement différente du serrage du nœud, à savoir que du seul fait que nous ayons renversé un des ronds, les deux autres éléments, ceux que nous n’avons pas inversés, les deux autres élé­ments changent de direction;) e veux dire que, comme il est concevable, le segment, le segment que je sectionne dans ce cafouillage, le segment qui se trouve sectionné par retournement de ce rond qui était d’abord là, le segment a changé de sens, c’est à savoir que à l’un, à celui-ci, cet autre segment et celui-ci viennent se raccorder d’une façon que nous appellerons si vous le voulez bien, centripète, alors qu’auparavant les trois étaient centrifuges. C’est bien en quoi, quand nous retournerons un rond de ficelle de plus, ce rond de ficelle restera dans son orientation primitive pour le segment lui-même que nous allons avoir à retourner, à savoir que si maintenant, après avoir retourné a nous retournons b, b se trouvera garder le sens centripète, mais alors ce sont les deux autres, à savoir un centrifuge et un centripète, qui s’inverseront de sorte que le résultat en sera : le centripète devenant centrifuge et le centrifuge deve­nant centripète, nous aurons de nouveau ici un centrifuge et deux cen­tripètes. Mais celui qui sera centrifuge sera un des centripètes retournés.

Est-ce qu’il faut que je refasse tout, ou est-ce que quelqu’un a suivi ? Je me suis exposé à, à ne même pas regarder de notes, pour cette simple raison, c’est que c’est la difficulté même du maniement, le peu imaginable, si on peut dire, de ce nœud borroméen dont nous essayons de tirer parti, c’est cela même que, que je ne suis pas mécontent, enfin, de mettre en valeur, n’est-ce pas, de mettre en valeur une façon… de… voilà, après le deuxième tour, n’est-ce pas, un lévogyre qui s’est repro­duit comme le précédent, n’est-ce pas, et c’est en tant que nous avons retourné le b après avoir retourné le a que nous obtenons ceci que nous avons un centripète à la place du centrifuge qui est ici, et un centrifuge à la place du centripète qui est ici, n’est-ce pas. Par conséquent, nous avons ici c, a, et b.

On m’a posé la question, on m’a posé la question dans un endroit où on travaillait, on m’a posé la question de savoir quel rapport avait ce nœud borroméen avec ce que j’avais énoncé des quatre – je dirai – options, dites d’identification sexuée. En d’autres termes, quel rapport pouvait avoir ceci avec le

 

 

je vais maintenant essayer de vous le dire. Supposons que nous don­nions à ceci cette position en quadrant que nous désignons selon la marque dans les coordonnées cartésiennes, les huit quadrants en ques­tion. Vous devez voir, vous apercevoir que, prenons le quadrant en haut à droite et en avant, c’est par le rabattement – ah, enfin… bon, voilà! – c’est par le rabattement du rond de ficelle ici marqué, je veux dire en tant que ce rond de ficelle, celui-ci donc, est tenu – voilà – en tant que ce rond de ficelle est tenu de celui-ci, à savoir celui que j’appellerai « l’en­profondeur », nous appellerons celui-ci le « haut », et celui-ci le « plat ».

Bon, alors le plat vient ici… et c’est celui-ci qui vient là [le docteur Lacan fait la démonstration sur un nœud qu’il tient en main], donc, vert, bleu, – rouge. C’est comme ça que les choses se présenteront. Bon. C’est un petit peu… un petit peu différent. Voilà. Vous vous donnerez un peu de mal, vous-mêmes, pour faire les choses, parce qu’après tout, je m’aper­çois que ça ne va pas si aisément. Bon.

L’important est ceci : c’est de, c’est de marquer que c’est à rabattre celui-là, nommément le vertical vers la profondeur; à rabattre celui-ci, n’est-ce pas, c’est-à-dire celui qui était d’abord bien marqué à sa place ici, c’est à le rabattre ainsi que nous allons obtenir le rond, le nœud bor­roméen tel qu’il se situe dans ce quadrant à gauche du quadrant quel­conque dont nous sommes partis. Dans ce quadrant, donc, avec inver­sion, inversion de la lévogyrie, n’est-ce pas, c’est-à-dire passage à la dex­trogyrie, puisque celui que j’ai fait en bas était un lévogyre. Je l’ai pris ainsi parce que tels que les nœuds sont disposés – tels que les ronds de ficelle sont disposés, c’est ainsi que cela se noue. Donc nous avons là une inversion. Ce qui veut dire que, pour prendre les choses à les placer comme ici par exemple, dans ce quadrant-là, n’est-ce pas, nous avons à passer dans celui-ci, nous avons une première inversion. À passer dans celui-ci, nous avons une seconde inversion, comme dans quelque direc­tion – à condition que ce soit une direction de symétrie par rapport à un des plans d’intersection nous avons, aux trois extrémités, un change­ment sur le nœud borroméen, nous avons une inversion. Bon, si nous passons par ici, c’est-à-dire que nous franchissons du haut en bas, nous avons une nouvelle inversion, c’est-à-dire un retour de ce qui était ici, du lévogyre. Ces opérations sont commutatives à savoir qu’à passer ainsi, nous arrivons au même retour.

En d’autres termes, c’est aux quatre points d’opposition, c’est-à-dire sur les huit quadrants à quatre quadrants définissables par si je puis dire l’inscription dans le cube d’un tétraèdre, c’est à cela que nous allons voir apparaître quatre figures homogènes, toutes les trois, dans l’occasion, lévogyres, puisque nous sommes partis d’un lévogyre. Bon. Qu’en résul­te-t-il ? Comment considérer cette multiplication, si je puis dire, par quatre, de ce qui résulte de simplement la mise à plat, ou l’écriture du nœud borroméen. Je propose simplement ceci, que vu l’heure, je n’aurai à commenter que la prochaine fois, c’est ceci : si, comme vous venez de le voir, c’est d’une figure tétraédrique qu’il s’agit, une figure tétraédrique en tant qu’elle est produite par la bascule de deux des ronds de ficelle, et on peut dire deux, quels qu’ils soient. Quels qu’ils soient, nous revenons, à la figure lévogyre, pour la spécifier. Nous y revenons quel que soit celui des deux qui a été rabattu. Il en restera un qui n’a pas été rabattu. Celui qui reste est évidemment le troisième, je veux dire celui qui reste après que deux autres aient été rabattus. Que par exemple, si nous faisons de ces ronds de ficelle, le Symbolique, l’Imaginaire et le Réel, ce qui restera enfin, et qui restera dans une position centrifuge, ceci encore faut-il que vous le vérifiiez, je veux dire que vous vous aperceviez que c’est à basculer S et I qu’à la fin le R reste centrifuge. Il y a pour cela une bonne raison, c’est que si vous avez bien vu la figure dernière, c’est le R, à savoir disons le Réel, qu’il faudra basculer pour obtenir la figure dernière, qui elle-même sera dextrogyre et sera tout entière centrifuge. C’est une façon commode pour vous de retenir ce qu’il en est au deuxième temps de ce qui se passe après deux bascules, puisque vous devez comme) e vous l’ai montré, vous devez tout à l’heure retrouver dans le quadrant strictement opposé, celui dont je vous ai parlé quand je vous ai fait cette remarque, cette remarque qui n’avait pas été trouvée, à savoir qu’en passant d’un quadrant au quadrant strictement opposé, au quadrant contradictoire, au quadrant diagonal, nous obtenons un nœud, un nœud non plus si nous sommes partis du lévogyre – nous obtenons un nœud dextrogyre. Bien.

Donc, vérifiez tout ceci à l’occasion, enfin, en faisant des petites mani­pulations comme celles que j’ai si bien ratées devant vous et vous verrez en somme ceci: qu’à se maintenir dans le nœud lévogyre, nous obtenons ce que j’ai qualifié ou spécifié d’un tétraèdre, puisque vous voyez com­ment les choses se passent. Vous pouvez faire, reconstituer : ici par exemple vous avez à prendre une des faces du carré, vous le tirez, vous reconstituerez le cube, vous reconstituerez le cube à partir de ceci, c’est que c’est toujours dans une disposition diagonale par rapport à une des faces du cube que se trouvent les quadrants qui sont de la même espèce d’orientation et nommément dans l’occasion, de l’espèce lévogyre.

Je vais seulement vous suggérer ceci : c’est ce qu’il en sort à partir de la fonction de la jouissance, il en sort ceci : c’est que quelque part dans une de ces extrémités du tétraèdre, quelque part se situe le

 

 

Nous aurons en quelque sorte à mettre en question ceci : le pas, non pas le pas exclusif comme celui de tout à l’heure, le pas de ce qui existe à dire non à la fonction phallique. Nous aurons d’autre part ce qui y dit oui, mais qui est dédoublé, à savoir qu’il y a le tous, d’une part, et d’autre part le pas-tous autrement dit ce que j’ai qualifié du pas-toutes. Est-ce qu’il ne vous apparaît pas que c’est là un programme, à savoir prendre dans ce qui est sujet à l’examen, prendre la critique de ce qu’il en est du pas, de ce qu’implique le dire non, c’est à savoir l’interdit, et très nom­mément, en fin de compte, ce qui, se spécifiant de dire non à la fonction Φx, dit non à la fonction phallique.

Le dire-non à la fonction phallique, c’est ce que nous appelons, dans le discours analytique

 

$x . –Φx la fonction de la castration

 

Il y a ce qui dit oui à la fonction phallique, et le dit en tant que tout, c’est-à-dire, très nommément un certain type qui est tout à fait nécessité par la définition de ce que nous appelons l’homme. Vous savez que le pas-tout m’a très essentiellement servi à marquer qu’il n’y a pas de la femme, c’est à savoir qu’il n’y en a, si je puis dire, que diverses et en quelque sorte une par une, et que tout cela se trouve en quelque sorte dominé par la fonction privilégiée de ceci, qu’il n’y en a néanmoins pas une à représenter le dire qui interdit, à savoir l’absolument – non. Voilà.

Alors, puisqu’il y a un examen maintenant, j’ai simplement amorcé la chose aujourd’hui. Je vous demande pardon d’y avoir mis si longtemps, nous reprendrons la prochaine fois.

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