samedi, juillet 20, 2024
Recherches Lacan

LXXV LE MOMENT DE CONCLURE Leçon VII 21 février 1978

Le moment de conclure

Leçon VII 21 février 1978

Ιl y a un nommé Montcenis, c’est tout au moins ce que j’ai cru lire sur le texte qu’il m’a envoyé, il n’est pas là ? C’est vous ? Bon, je vous remer­cie beaucoup d’avoir reçu ce texte qui prouve tout au moins qu’il y a des gens qui ont pu relever, relever d’une façon convenable les ronds de ficel­le que J’ai donnés la dernière fois [figure VI-7].

Je répète que ce dont il s’agit, c’est de quelque chose comme ça.

 

Oui, grâce à Soury, ici présent, J’ai pu obtenir la transformation de cette chose triple que j’ai essayé de reproduire là, cette chose à trois éléments, grâce à Soury donc, par une transformation progressive, nous avons, nous avons quelque chose qui a les mêmes trois éléments. Et si vous considérez ce qui se trouve en haut, vous pouvez constater – ce qui se trouve en haut sur la feuille que je vous ai distribuée, à seule fin que vous la reproduisiez – ce qui se trouve en haut à condition que de le mettre, de le considérer, ce qui se trouve en haut, vous pouvez voir que ceci reproduit, reproduit la figure qui est ici présente. Ιl suffit simplement de vous apercevoir que ceci passe sous les trois éléments qui composent la figure. Et que ceci, à partir du moment où ce que vous voyez à droite, passe, sous ce que j’ai appelé les 3 éléments, ceci permet de descendre ce qu’il en est de l’élément noir et qu’on obtient cette figure-là. Ce que je demande maintenant à Soury, c’est comment la figure en bas peut être tripotée de façon telle qu’elle reproduise, qu’elle reproduise la figure qui est en haut. Ιl a bien essayé de me figurer ce dont il s’agit, à savoir de rabattre ce qui figure en bas, sous la forme de ce qui vient en avant, et qui pourrait donc se rabattre selon un mouvement qui déplacerait en avant ce qui paraît libre; je ne vois pas qu’il m’ait là-dessus convaincu. Je crois que très exactement ces deux objets sont différents.

Ν. Sels: C’est le même. C’est retourné comme une crêpe.

Lacan : Je ne vois pas que ce soit retourné comme une crêpe. [Brouhaha]. Je ne vois pas que ce soit le cas. Ce qui est – on me commu­nique que la figure d’en haut est l’image de ce que l’on voit dans un miroir placé derrière la figure d’en bas. C’est très précisément cette question de miroir qui différencie les deux figures; car une figure placée dans un miroir est inversée. C’est bien ça qui fait que j’objecte à Soury que c’est ce qu’il appelle ou ce qu’il définit par couple. Une figure placée dans un miroir n’est pas identique à la figure, à la figure primitive, [figure VII-2]. Est-ce que Soury peut ici intervenir ?

Soury : [du milieu de la salle] Oui. Alors, il y a là-dedans, il y a beau­coup d’inversions. Il y a différentes sortes d’inversions ; il y a l’inversion «image-miroir»; il y a l’inversion « retourner le papier comme si c’était quelque chose en vannerie » ; il y a l’inversion « échanger les dessus-des­sous » ; il y a l’inversion comme quoi « les mailles à l’endroit deviennent des mailles à l’envers » puisque c’est du tricot; il y a l’inversion comme quoi les rangées -là-dedans il y a des lignes de rangées et des lignes de mailles – il faut savoir si les lignes de rangées passent en-dessous ou en-­dessus des lignes de mailles, c’est-à-dire dans le dessin du haut les lignes de mailles passent en-dessous des lignes de rangées et, dans le dessin du bas, c’est le contraire. Alors des interventions il n’y en a pas qu’une, il y en a des quantités. C’est une difficulté là-dedans, c’est qu’il n’y a pas qu’une inversion, il y a de multiples inversions. Bon.

Lacan : Ιl y a de multiples inversions. Ιl y en a combien?

Soury : Ça a tendance à proliférer [la salle éclate de rire]. Ici il y a une inversion principale qui est une inversion d’objet; l’inversion principale comme quoi il y a deux objets, c’est les deux tricots toriques.

Lacan: Les deux…

– Soury : Les deux tricots toriques. Ιl y a deux tricots toriques, ce sont deux chaînes différentes. Ça, c’est l’inversion principale parce que c’est deux objets.

Ιl y a des inversions ; une autre inversion, c’est l’inversion maille à l’en­droit, maille à l’envers, c’est-à-dire les deux faces d’un tissu jersey. Les deux faces du tricot régulier – le tricot régulier, c’est le tricot jersey qui a deux faces – ça, c’est une inversion tout à fait importante dans la chaîne. C’est-à-dire que là-dedans il s’agit de tricots toriques, c’est-à-dire d’un tore habillé de tricot, habillé d’un tricot régulier, d’un tricot jersey, et l’une des faces du tore est en mailles à l’endroit et l’autre face du tore est en mailles à l’envers. Ça, c’est une seconde inversion.

Là-dedans il y a encore d’autres inversions qui sont les inversions du tore, c’est-à-dire on peut changer méridien et longitude ou échanger inté­rieur et extérieur. J’en suis déjà à quatre inversions. Ιl y a l’inversion de retournement du tore. Ça fait cinq inversions.

Maintenant, sur la présentation plane qui est là. L’inversion principale, c’est l’inversion, c’est pas… enfin, il y a une inversion apparente plutôt, c’est l’inversion de dessus-dessous; c’est-à-dire que ces deux dessins se déduisent l’un de l’autre en changeant tous les dessus-dessous. Je ne sais pas à combien d’inversions j’en suis. Dans cette présentation plane, j’ai­merais y voir deux inversions, c’est-à-dire qu’il y a l’inversion de tricot, c’est-à-dire que dans la partie centrale, les mailles à l’endroit deviennent des mailles à l’envers; sur cette présentation plane, c’est une inversion; et l’autre inversion, c’est que, c’est cette affaire que les lignes de mailles pas­sent dessous ou dessus les lignes de rangées.

Alors quand il y a plusieurs inversions qui se combinent! Déjà quand il y a simplement une inversion, genre gauche-droite, on a toutes raisons de prendre gauche pour droite et réciproquement. Déjà simplement un couple, un binaire, une inversion, on a toutes les chances de se tromper, de choisir l’un quand on veut choisir l’autre. Quand il y a plusieurs inver­sions… ben c’est ce que j’appelai les binaires et la liaison des binaires. Enfin bref! Où j’en suis ? Pour s’assurer, pour se faire des certitudes là-dessus, à mon avis, ça ne suffit pas de réussir à imaginer dans l’espace une déformation, parce qu’imaginer dans l’espace une déformation, on reste trop dépendant de ces inversions de couples et inversions de binaires. Ça me paraît nécessaire par rapport à la prolifération des binaires, des couples des inversions, de faire du recensement exhaustif. Alors le défaut de cette feuille, de ce point de vue-là, c’est qu’il n’y a pas un recensement exhaus­tif. C’est-à-dire pour faire… Enfin, le recensement exhaustif qui corres­pondrait à cette feuille-là, il faudrait quatre figures. C’est-à-dire qu’il y ait les quatre combinaisons possibles, d’une part maille à l’endroit, maille à l’envers et d’autre part, savoir si les lignes de mailles et de rangées passent au-dessus ou au-dessous l’une de l’autre. Ιl faudrait quatre dessins pour avoir quelque chose d’exhaustif. Je répète, par rapport à ces inversions, on ne peut que s’y perdre : il y a besoin de quelque chose d’exhaustif. Donc, il manque une seconde feuille, ce qui fait qu’on a quatre dessins. Ιl y aurait quatre présentations planes. Sur ces quatre présentations planes, alors là, ça serait la bonne mise en place pour discuter ; est-ce que ces quatre pré­sentations sont présentations de combien d’objets ? Car il se trouve que ces quatre présentations seraient présentations de deux objets. C’est-à-dire qu’il y a des changements de présentations qui ne changent pas l’ob­jet. Alors il se trouve que, sur cette feuille, il y a deux présentations du même objet. Alors…

– Lacan : Ιl est, me semble-t-il, clair que si on divise cette feuille, ce qu’on voit sur la figure du bas est exactement ce qui est reproduit en miroir par ce qui se figure dans l’image du haut.

Ν. Sels : Non, non. – Lacan: Comment?

Ν. Sels : Si c’était en miroir, ce qui est à gauche dans l’un serait à droi­te dans l’autre. [Brouhaha].

-Lacan : Ce sont deux objets différents, parce que l’un est l’image de l’autre en miroir. Ce que vous soutenez, c’est que ce qui se passe, puisqu’il y a quatre inversions d’après ce que vous dites, c’est que ça serait quatre inversions et qu’il y aurait deux objets, deux objets distincts dans ces quatre inversions. Je ne vois ici qu’une inversion. Je suis de l’avis de la per­sonne qui me communique, les deux schémas représentent le même objet. Si nous concrétisons par trois ficelles concrètes, le schéma d’en haut est l’image du schéma d’en bas, vu toujours dans un miroir mis derrière, et vice-versa. L’objet considéré n’a que ces deux schémas. Et à ce titre le schéma, le rapport de ces deux schémas, est celui d’une image en miroir. Donc ça ne coïncide pas. Une image en miroir ne coïncide pas avec l’ob­jet primitif, avec la figure primitive. Ιl n’y a pas deux inversions, il n’y en a qu’une. Ιl n’y en a qu’une, mais qui introduit une différence essentielle, c’est à savoir que la figure en miroir n’est pas identique à ce qui se voit de la figure primitive. Ιl y a une seule inversion.

Voilà! Je vais donc vous renvoyer maintenant, puisque je crois, en une matière qui n’est pas spécialement difficile, vous avoir dit ce qu’il en est de ces deux images une fois inversées. Et qui ne sont inversées qu’une fois.

Voilà. Je vais en rester là pour aujourd’hui.

 

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