lundi, juin 17, 2024
Recherches Lacan

LV LES FORMATIONS DE L'INCONSCIENT 1957-1958 Leçon du 19 Mars 1958

Leçon du 19 Mars 1958

Je voudrais aujourd’hui commencer d’introduire  la question des identifications.  Pour ceux qui n’étaient pas là la dernière fois,  et aussi pour ceux qui y étaient, je rappelle le sens de ce qui a été dit : j’ai essayé de ramener l’attention sur les difficultés que pose la notion de la phase phallique,  et de montrer que si on éprouve quelque peine à faire entrer le phallus dans une rationalité biologique,  ce que FREUD a dégagé de l’expérience prend  tout de suite plus de clarté si nous posons que le phallus est pris dans une certaine fonction subjective  qui doit remplir un certain rôle,  que j’appelle un rôle de signifiant. Et bien entendu, il ne tombe pas du ciel, ce phallus  en tant que signifiant.  D’un autre côté, il faut bien qu’il ait dans son origine… qui est une origine imaginaire …quelque propriété, quelque aptitude à remplir  cette fonction signifiante qui n’est pas n’importe laquelle,  qui est une fonction de signifiant plus spécialement adaptée qu’une autre à ce qui se passe, en somme,  dans l’accrochage du sujet humain dans l’ensemble  du mécanisme signifiant.  C’est en quelque sorte un signifiant carrefour, un signifiant vers lequel converge plus ou moins ce qui se passe dans la mise en prise du sujet humain dans le système signifiant pour autant qu’il faut que son désir passe par ce système pour se faire reconnaître et qu’il en est profondément modifié. C’est une donnée expérimentale.  Il ressort de cela que ce phallus, nous le rencontrons littéralement à tout bout de champ de notre expérience, de notre expérience du conflit, du drame œdipien. Nous le rencontrons à son entrée dans le drame œdipien et aux issues du drame œdipien,  et même, d’une certaine façon problématique, débordant ce drame œdipien puisque aussi bien  on ne peut manquer d’être frappé du problème que pose la présence de ce phallus… et du phallus paternel nommément …dans les fantasmes kleiniens primitifs, pour autant que justement c’est sa présence qui pose la question de savoir dans quel registre allons–nous,  ces fantasmes kleiniens, les insérer ?   Dans le registre que Melanie KLEIN elle–même  a proposé, c’est–à–dire dans l’hypothèse  d’une sorte d’œdipe ultra précoce ?   Ou au contraire, en admettant le fonctionnement imaginaire primitif que nous allons classer  comme pré–œdipien ?   La question peut être laissée en suspens,  au moins provisoirement.  Pour éclairer cette fonction qui se présente ici d’une façon tout à fait générale… justement parce qu’elle se présente essentiellement comme une fonction de signifiant, comme une fonction symbolique …nous devons… avant même de pousser nos formules au dernier terme …voir dans quelle économie signifiante ce phallus est impliqué, autrement dit, examiner ce quelque chose que l’exploration de FREUD a articulé sous cette forme : à la sortie de l’œdipe, après le refoulement du désir de l’œdipe, le sujet sort nouveau. Et pourvu de quoi ?   La réponse est : d’un idéal du moi.  Dans l’œdipe normal, le refoulement qui résulte du franchissement, du passing, de l’au–delà de l’œdipe,  de la sortie de l’œdipe, a pour effet que dans le sujet s’est constitué quelque chose qui est vis–à–vis de lui dans un rapport à proprement parler ambigu.  Là–dessus, il convient que nous procédions encore  pas à pas, parce qu’on va toujours trop vite. Il y a une chose en tout cas qui se dégage  d’une façon univoque…  j’entends : d’une seule voix …de ce que FREUD aborde, et là–dessus tous  les auteurs ne peuvent pas ne pas poser comme formule minimale que c’est une identification distincte de l’identification du moi, si tant est qu’ici, c’est dans un certain rapport  du sujet à l’image du semblable que nous pouvons voir se dégager la structure qui s’appelle le moi.  Celle de l’idéal du moi pose un problème qui lui est propre : il ne se propose pas…  c’est presque une lapalissade de le dire …comme un moi idéal. J’ai souvent souligné que les deux termes  sont distincts chez FREUD dans son article même  sur le nar-cissisme, et là–dessus, regardons bien  avec une loupe : nous nous apercevrons que  dans le texte c’est très difficile à distinguer.  Ce n’est pas exact d’abord, mais le serait–ce même, que nous devrions par convention nous apercevoir qu’il n’y a aucune synonymie entre ce qui est attribué dans les textes de FREUD pris dans l’expérience à la fonction de l’idéal du moi, et le sens que nous pouvons donner à l’image du moi, si exaltée que nous la supposions quand nous en faisons une image idéale, ce à quoi le sujet s’identifie comme étant : composition de réussite de lui–même,  modèle, si l’on peut dire, de lui–même,                                ce dans quoi le sujet se confond, se rassure lui–même de son entièreté. Par exemple, ce qui est menacé, ce qui est atteint quand nous faisons allusion aux nécessités de réassurance narcissique, aux craintes d’atteintes narcissiques au corps propre, ce quelque chose,  nous pouvons le mettre au registre de ce moi idéal.  L’idéal du moi, nous le savons…  puisqu’il intervient dans des fonctions  qui sont souvent des fonctions dépressives,  voire agressives à l’égard du sujet …FREUD le fait intervenir dans des formes diverses de dépression. Vous savez qu’il a tendance, à la fin du chapitre qui, dans Psychologie des masses et analyse du moi s’appelle : « Un degré de développement du moi : l’Idéal du moi »… c’est précisément la première fois qu’il introduit d’une façon décisive et articulée cette notion d’idéal du moi …qu’il a tendance donc à mettre toutes les dépressions au chef et au registre, non pas de l’idéal du moi,  mais de quelque rapport vacillant, de quelque rapport conflictuel entre le moi et l’idéal du moi.  Admettons qu’on peut prendre tout ce qui se passera sous ce registre dépressif… ou au contraire sous celui des relations d’exaltation  …sous l’angle, si l’on peut dire, d’une hostilité ouverte entre les deux instances… de quelque instance que parte la déclaration  des hostilités, que ce soit le moi qui s’insurge ou que l’idéal du moi devienne trop sévère …avec ce que comporte de conséquences et de contrecoups tout déséquilibre de ce rapport excessif.  Donc, cet idéal du moi, en tout cas, est quelque chose  qui nous propose son problème. On nous dit : l’idéal du moi sort d’une identification,  d’une identification tardive liée à la relation  en tout cas tierce qui est celle de l’œdipe,  une relation où se mêlent d’une façon complexe  les relations de désir avec des relations de rivalité, d’agression, d’hostilité. Quelque chose se joue, et l’issue du conflit  est l’objet d’une balance.  S’il est incertain, le débouché du conflit se propose en tout cas comme ayant entraîné une transformation subjective. Et l’introduction…  l’introjection dit–on …à l’intérieur d’une certaine structure de ce quelque chose qui, par rapport au sujet, se trouve être désormais une partie de lui–même tout en ayant néanmoins conservé une certaine relation  avec un objet extérieur, les deux choses y sont. Et ici nous touchons du doigt ce que l’analyse  nous apprend : que ne peuvent pas être séparées intra–subjectivité et inter–subjectivité. C’est–à–dire qu’à l’intérieur du sujet, dans  des fonctions qu’il emmène partout avec lui–même,  et quelles que soient les modifications qui interviennent dans son entourage et son milieu,  ce qui est acquis comme idéal du moi est bien quelque chose qui est dans le sujet à la façon dont l’exilé emmène sa patrie à la semelle de ses souliers : son idéal du moi lui appartient bien, il est quelque chose d’acquis. Ce n’est pas un objet, c’est quelque chose  qui est en plus dans le sujet. Je veux dire que lorsqu’on insiste sur la notion  qu’ intra–subjectivité et inter–subjectivité doivent rester liées dans tout cheminement analytique correct et qu’on parle des rel
ations entre les instances dont il s’agit,  il est prouvé par les usages courants… par les moindres nécessités du langage  …que lorsque nous parlons des rapports entre moi et idéal du moi,  on dit bien ordinairement dans l’analyse  qu’ils peuvent être : bons ou mauvais,  conflictuels ou accordés,  …mais on laisse entre parenthèses ou on n’achève pas de formuler ce qui doit être formulé : c’est que ces rapports sont structurés, articulés comme des rapports intersubjectifs.  À l’intérieur du sujet se reproduit…  et bien entendu, vous le voyez bien, ne peut se reproduire qu’à partir d’une organisation signifiante  …le même mode de rapports qui existe entre des sujets.  Nous ne pouvons pas penser… encore que nous le disions,  que cela puisse aller en le disant …que le surmoi est effectivement quelque chose  de sévère qui guette le moi au tournant pour lui faire d’atroces misères. Ce n’est pas une personne.  Il fonctionne à l’intérieur du sujet comme un sujet qui se comporte par rapport à un autre sujet, et justement en ceci qu’il y a un rapport entre les sujets qui n’implique pas pour autant l’existence de la personne. Il suffit des conditions introduites par l’existence, par le fonctionnement comme tel du signifiant, pour que des rapports intersubjectifs puissent s’établir.  C’est à cette intersubjectivité, à l’intérieur donc de la personne vivante, que nous avons affaire dans l’analyse.  C’est dans cette intersubjectivité que nous devons nous faire une idée de ce qu’est cette fonction de l’idéal du moi.  Vous le savez, vous n’irez pas la trouver,  cette fonction, dans un dictionnaire,  et on ne vous en donnera pas une réponse univoque. Vous y trouverez les plus grands embarras.  Cette fonction n’est pas assurément confondue  avec celle du surmoi. Elle est venue presque ensemble, certes, dans la terminologie, mais elle s’en est,  de ce fait même, distinguée. Et elle est également en partie confondue, elle peut avoir les mêmes instances, néanmoins elle est davantage orientée vers quelque chose qui dans le désir du sujet, joue une fonction typifiante qui, peut–être, paraît bien liée à l’assomption du type sexuel,  ni plus ni moins, en tant qu’il est impliqué  dans toute une économie, disons même à l’occasion sociale, dans l’assomption des fonctions masculines et féminines,  non pas simplement en tant qu’elles aboutissent  à l’acte nécessaire pour que reproduction s’ensuive, mais également pour tout un mode de relations entre l’homme et la femme. Quel est l’intérêt des acquis de l’analyse sur ce sujet ?   C’est d’avoir pu pénétrer dans quelque chose qui  ne se montre en quelque sorte qu’à la surface et,  par ces résultats, d’y avoir pénétré par le biais  des cas où le résultat est manqué. Et c’est précisément la méthode bien connue,  dite psychopathologique, qui consiste à nous décomposer, à nous désarticuler une fonction en la saisissant là où elle s’est trouvée insensiblement décalée, déviée, là où, de ce fait même, ce qui s’insère d’habitude plus ou moins normalement dans un complément d’entourage, nous apparaît avec ses racines, et ses arêtes.  Je voudrais… avec l’expérience que nous avons prise  de l’incidence en partie manquée  – ou que nous supposons provisoirement manquée – de l’identification d’un certain type de sujet avec ce qu’on peut appeler leur type régulier, leur type satisfaisant : nous allons voir là comment  nous choisissons, parce qu’il faut bien choisir …je voudrais prendre un cas particulier. Prenons le cas des femmes, de ce qu’on a appelé  le masculinity complex, le complexe de masculinité, de la façon dont on l’articule avec l’existence de la phase phallique. Nous pouvons le faire parce que, de l’existence  de cette phase phallique, je vous ai montré d’abord  le côté problématique. Y a–t–il là quelque chose d’instinctuel ?   Une sorte de vice du développement instinctuel,  celui qui fait qu’en quelque sorte, nous dirait–on, l’existence du clitoris serait à elle seule  la responsable, la cause de ce qui traduirait au bout de la chaîne l’existence du complexe de masculinité ?  D’ores et déjà nous sommes préparés à comprendre que ça ne doit pas être aussi simple et qu’aussi bien,  si on y regarde de près, dans FREUD ce n’est pas aussi simple.  Et en tout cas, le débat qui a suivi est fait  pour nous montrer que ce n’est pas aussi simple,  même si ce débat était mal inspiré, à savoir  s’il partait en quelque sorte de pétitions de principe, à savoir que ce ne pouvait pas être comme cela. Il ne reste pas moins non questionnable qu’il a vu :  que ce n’était pas comme cela,   que ce n’était pas purement et simplement de la question d’un détour exigé dans le développement féminin par une anomalie naturelle ou simplement par la fameuse bisexualité qu’il s’agit,   que c’est assurément plus complexe,   que nous ne sommes pas pour autant capables tout de suite et simplement de formuler ce que c’est, mais qu’assurément ce que nous voyons, c’est que dans la vicissitude de ce qui se présente comme complexe de masculinité chez la femme il y a quelque chose qui nous montre d’ores et déjà une connexion  de cet élément phallique, un jeu, un usage de  cet élément phallique qui, en tous les cas, mérite d’être retenu, puisque aussi bien  ce pour quoi un élément peut être mis en usage est tout de même de nature à nous éclairer  sur ce qu’il est, cet élément, dans son fond.  Que nous disent donc les analystes… spécialement les analystes féminins …qui ont abordé le sujet ?  Nous ne dirons pas aujourd’hui tout ce qu’ils nous disent. Je me rapporte tout spécialement à deux de ces analystes qui sont à l’arrière–plan de la discussion jonesienne du problème, Hélène DEUTSCH et Karen HORNEY. Ceux d’entre vous qui lisent l’anglais pourront se reporter, d’une part, à un article d’Hélène DEUTSCH qui s’appelle The significance of masochism in the mental life of women [ IJP, 1930, XI ]  et d’autre part à un article de Karen HORNEY.  Prenons Karen HORNEY . Que nous dit–elle ?   Karen HORNEY… quoi qu’on puisse penser des formulations  des derniers termes auxquels elle a abouti  dans la théorie comme dans la technique …a été sur le plan clinique, dès le début et jusqu’au milieu de sa carrière, incontestablement une créatrice  qui a vu des choses qui gardent toute leur valeur. Quoi qu’elle ait pu en déduire de plus ou moins affaibli concernant la situation anthropologique de la psychanalyse, il n’en reste pas moins que ses découvertes gardent toute leur valeur. Que met-elle en valeur dans cet article sur le complexe de castration ?  Ce qu’elle met en valeur peut se résumer en ceci : elle remarque la liaison, l’analogie clinique,  de formation chez la femme de tout ce qui s’ordonne autour de l’idée de la castration avec tout ce que cela comporte de résonances, de traces cliniques  dans ce que le sujet en analyse articule à proprement parler de revendications de l’organe comme de quelque chose qui lui manque.  Elle montre par une série d’exemples cliniques… et il convient que vous vous reportiez à ce texte …qu’il n’y a pas de différence de nature : les cas sont dans la continuité insensible de ceux qui se présentent comme certains types d’homosexualité féminine où ce à quoi s’identifie le sujet dans une certaine position à l’endroit de son partenaire, c’est à l’image paternelle. Les temps sont composés de la même façon,  les fantasmes, les rêves, les inhibitions, les symptômes sont les mêmes.  Il semble qu’il s’agisse d’une forme, on ne peut même pas dire atténuée de l’autre, simplement elle a ou n’a pas dépassé une certaine frontière, lequel elle–même reste incertain. Le point sur lequel, à ce propos, Karen HORNEY  se trouve mettre l’accent est celui–ci : ce qui  se passe pour ces cas–là nous incite à concentrer notre attention sur un certain moment du complexe d’Œdipe… qui n’est pas le premier,  qui n’est même pas au milieu,  …q
ui est très loin vers la fin puisqu’il suppose déjà atteint  ce moment où non seulement la relation au père est constituée,  mais où elle est si bien constituée qu’elle se forme chez le sujet petite fille sous l’aspect d’un désir exprès du pénis paternel, de quelque chose, nous dit–on et nous souligne–t–on à très juste titre, qui implique donc une reconnaissance de cette réalité du pénis : non pas même fantasmatique,  non pas même en général,  non pas dans cette demi lumière ambiguë qui nous fait à tout instant nous demander ce que c’est que le phallus sur ce plan–là, sur le plan de la question : est–il imaginaire ou ne l’est–il pas ?  Et bien entendu, dans sa fonction centrale il implique cette existence imaginaire, ce phallus dont  à diverses phases du développement de cette relation  le sujet féminin peut, envers et contre tout, maintenir qu’il le possède, tout en sachant fort bien qu’il ne le possède pas. Il le possède simplement en tant qu’image : soit qu’il l’ait eu dans ce qu’il articule,  soit qu’il doive l’avoir, comme c’est fréquent.  Il s’agit bien là d’autre chose, nous dit–on : il s’agit d’un pénis réalisé comme réel,  comme étant, comme tel, attendu. Je ne pourrais même pas avancer cela si déjà  je ne vous avais pas… en modulant en trois temps le complexe d’Œdipe …fait remarquer que c’est sous des modes divers  qu’il arrive en chacun de ces trois temps, et que le père en tant que possédant le pénis réel est quelque chose qui intervient au troisième temps, je vous l’ai dit, spécialement chez le garçon. Voici les choses parfaitement situées donc chez la petite fille. Que se passe–t–il d’après ce qu’on nous dit ?  On nous dit que dans les cas dont il s’agit, c’est de la privation de ce qui est là attendu que va résulter ce phénomène… qui n’est pas inventé par Karen HORNEY, qui est dans le texte de FREUD tout le temps mis en action …qui est cette transformation, ce virage, cette mutation qui fait que ce qui était amour est transformé en identification :  que c’est dans la mesure où le père déçoit une attente donc orientée d’une certaine façon, qui comporte déjà une maturation avancée de la situation,   que c’est dans la mesure où, par rapport à cette exigence du sujet parvenu en somme, on pourrait le dire « à l’acmé de la situation œdipienne », si justement sa fonction ne consistait pas en ceci qu’elle doit être dépassée, c’est–à–dire que c’est dans son dépassement que le sujet doit trouver cette identification satisfaisante, celle à son propre sexe,  …que c’est dans cette mesure donc qu’il se produit  ce quelque chose qui reste et qui est articulé comme tel, comme un problème, comme posant un mystère.  Dans FREUD lui–même, il est souligné que ce jeu  que nous admettons comme étant la possibilité  par excellence de la transformation de l’amour  en identification est quelque chose qui ne va pas tout seul. Pourtant, cela nous l’admettons dans ce cas  pour la première raison que nous constatons : que c’est à ce moment qu’il s’agit de l’articuler,  de donner une formule qui nous permette de concevoir ce qu’est cette identification en tant que liée à un moment de privation.  C’est pourquoi je voudrais essayer de vous donner quelques formules, parce que je considère  qu’elles sont utiles pour distinguer ce qui est cela,  d’avec ce qui n’est pas cela.  En d’autres termes, essayer d’introduire cet élément essentiel de dialectique, d’articulation signifiante que je ne vous donne pas là pour le plaisir,  si je puis dire, et par le goût de nous retrouver dans les paroles, mais au contraire pour que l’usage que nous faisons d’habitude des paroles et des signifiants  ne soit pas un usage semblable à celui qui s’appelle « prendre des vessies pour des lanternes », c’est–à–dire des choses insuffisamment articulées pour des choses suffisamment éclairantes. C’est en les bien articulant que nous pourrons mesurer effectivement ce qui se passe, et distinguer ce qui se passe dans un cas de ce qui se passe dans un autre. Que se passe–t–il quand le sujet en question,  le sujet féminin a pris une certaine position  d’identification au père ?  La situation, si vous voulez, est la suivante : voilà ici le père, quelque chose ici au niveau de l’enfant a été attendu, enfin le résultat paradoxal, singulier, c’est que sous un certain angle et d’une certaine façon, on nous dit que l’enfant devient,  en tant qu’idéal du moi, ce père.  Il ne devient pas réellement bien sûr le père.  Et toujours, là, une femme dans ce cas peut vraiment parler de ses relations à son père : il suffit de l’écouter de la façon la plus ouverte dire  « Je tousse comme lui » par exemple. C’est bien de quelque chose qui est une identification qu’il s’agit. Alors essayons de voir ce qui se passe, essayons  de voir pas à pas l’économie de la transformation : la petite fille n’est pas pour autant transformée en homme. Ce que nous trouvons comme signes, comme stigmates  De cette identification, ce sont des choses qui s’expriment en partie, qui peuvent sortir comme celles–là,  qui peuvent même être remarquées par le sujet, dont le sujet peut se targuer jusqu’à un certain point. Qu’est–ce que c’est ? Alors là ce n’est pas douteux : ce sont des éléments signifiants. Si une femme dit : « Je tousse comme mon père »  ou « Je me pousse du ventre ou du corps comme lui »,  ce sont quand même là des éléments signifiants  dont il s’agit, dirons–nous provisoirement. Plus exactement, pour dégager ce dont il s’agit, provisoirement nous les désignerons d’un terme spécial… parce que ce ne sont pas des signifiants  mis en jeu dans une chaîne signifiante …nous les appellerons « les insignes du père ».  L’attitude psychologique montre ici à la surface ceci : c’est que le sujet en somme… pour appeler les choses par leur nom …se présente sous le masque qu’il pose sur ce quelque chose qui est le côté partiellement indifférencié qu’il y a dans tout sujet comme tel : il se pose les insignes de la masculinité.  Il convient peut–être de se poser… avec la lenteur qui est toujours  ce qui doit ici nous garder de l’erreur …la question de ce que devient dans la démarche,  le désir d’où tout cela est parti ?  Le désir, après tout, n’était pas un désir viril, lui.  Que devient le désir, pour autant que le sujet a pris ici, à ce niveau, les insignes du père ?   Ces insignes vont être employés vis–à–vis de qui ? Vis–à–vis de quelque chose de tiers, vis–à–vis  de quelque chose dont on nous dira que cela prend… parce que l’expérience nous le montre …la place de ce qui, à la primitive évolution  du complexe d’Œdipe, était à cette tierce place : c’est–à–dire la mère.  L’analyse même d’un cas comme celui–là nous montrera qu’à partir du moment de l’identification,  c’est–à–dire à partir du moment où le sujet se revêt des insignes de ce à quoi il est identifié, il y a une transformation du sujet dans un certain sens qui, lui, est de l’ordre d’un passage à l’état de signifiant de quelque chose qui est cela, les insignes.  Mais le désir qui entre en jeu n’est plus le même  que si c’était ce qui était attendu dans ce rapport au père, si c’était ce quelque chose que  nous pouvions supposer au point où les choses en sont parvenues, à ce point où nous en sommes à ce moment–là dans le complexe d’Œdipe, à savoir quelque chose d’extrêmement proche d’une position génitale passive, d’un désir passionné, d’un appel proprement féminin. Or il est bien clair que ce n’est plus le même  qui est là après la transformation. Nous laissons pour l’instant la question de savoir  ce qui est arrivé à ce désir. Tout à l’heure nous avons dit privation.  Cela vaut que nous y revenions,  car aussi bien on pourrait dire frustration.  Pourquoi privation plutôt que frustration ?  J’indique ici que le fil reste pendant. Quoi qu’il en soit, ce qui va s’établir… pour autant que le sujet qui ici
[E] est venu aussi là [P], pour autant qu’il a un idéal du moi,  que quelque chose peut s’être passé à l’intérieur de lui–même qui est structuré comme dans l’intersubjectivité …c’est que ce sujet va exercer un certain désir.  Qui est quoi ?     Sur ce schéma, ce qui apparaît ce sont les relations du père à la mère. Il est bien clair que ce que nous trouvons dans  une analyse, dans l’analyse d’un sujet comme celui–là au moment où nous l’analysons, ce n’est pas le double,  la reproduction de ce qui se passait entre le père  et la mère, et cela pour toutes sortes de raisons,  ne serait–ce que parce que le sujet n’y a accédé  que tout à fait imparfaitement. L’expérience montre au contraire que ce qui va venir dans la relation, c’est tout le passé, toute la vicissitude  des relations extrêmement complexes qui jusque–là  ont modulé les rapports de l’enfant avec la mère. C’est–à–dire tout ce qui s’est passé depuis l’origine, depuis les frustrations, les déceptions liées à ce qui existe forcément de contretemps, d’à–coups dans les relations de l’enfant à la mère, avec tout ce qu’ils entraînent d’une relation extraordinairement compliquée, faisant intervenir nommément avec un accent tout particulier les relations agressives…  les relations agressives dans  leur forme la plus originelle …des relations aussi de rivalité. Toutes les incidences par exemple de la survenue d’éléments étrangers au trio, à savoir de tous les frères ou sœurs qui ont pu intervenir plus ou moins inopportunément dans l’évolution du sujet et dans  ses relations avec sa mère. Tout cela portera sa trace et son reflet pour tempérer ou pour renforcer ce qui se présentera alors comme revendication  des insignes de la masculinité. C’est cela qui va se projeter dans les relations  du jeune sujet avec son objet, qui seront dès lors  commandées à partir de ce point de l’ identification où  le sujet revêt les insignes de ce à quoi il est identifié en tant qu’il est devenu, ou que se joue chez lui,  le rôle et la fonction d’idéal du moi.  Bien entendu, c’est une façon d’imaginer les places dont je parle, mais cela suppose évidemment, si vous voulez le comprendre, une sorte d’allées et venues. Ces insignes, le sujet les ramène avec lui  après le mouvement d’oscillation dont il s’agit.  Il se retrouve constitué d’une certaine façon  et avec un nouveau désir.  Cette formule, ce mécanisme de la transformation, comporte donc trois temps, à savoir : l’intervention au départ d’un élément qui doit être d’abord libidinal [ la mère ].  Deuxièmement, l’existence – à côté – d’un troisième terme avec lequel le sujet est dans un rapport qui permet la distinction de ce troisième terme, ce qui exige en tout cas que dans le passé de la relation avec ce troisième terme [le père] soit intervenu cet élément radicalement différenciateur qui s’appelle la concurrence.  Et troisièmement une sorte d’échange se produit : ce qui a été l’objet de la relation libidinale devient autre chose, est transformé pour le sujet en fonction signifiante, et son désir passe alors sur un autre plan, sur le plan du désir établi précédemment avec le troisième terme.  Dans l’opération, l’autre désir, celui qui vient  se substituer au désir refoulé, ressort le même dans son fond, et tout de même transformé : c’est cela  qui constitue le processus de l’identification.  Il faut qu’il y ait d’abord l’élément libidinal pointant un certain objet en tant qu’objet.  Cet objet devient dans le sujet un signifiant pour occuper la place qui s’appellera dès lors idéal du moi. Le désir, d’autre part, subit ce quelque chose  qui comporte un ersatz, c’est un autre désir  qui vient à la place du premier. Cet autre désir n’est pas un désir qui vient de rien, il n’est pas néant : il existait avant, il concernait le troisième terme, et il sort de là transformé. Voilà le schéma que je vous prie de retenir dans votre esprit, parce que c’est en quelque sorte  le schéma minimum de tout procès d’identification au sens propre, d’identification au niveau secondaire, d’identification en tant qu’elle fonde l’idéal du moi. Il ne manque jamais aucun de ces trois termes.  Et le chassé–croisé, si l’on peut dire, qui résulte de  la transformation, d’une part d’un objet trans–signifiant,  et d’autre part de la prise de place que ce signifiant réalise à ce moment–là dans le sujet…  et qui constitue à proprement parler l’identification  …est ce quelque chose que nous trouvons à la base  de ce qui constitue un idéal du moi. Et cela s’accompagne toujours aussi de ce que  nous pouvons appeler transfert du désir, à savoir qu’un autre désir survient d’ailleurs, qui est en rapport avec  un troisième terme qui n’avait rien à faire avec  la relation libidinale première mise en cause, et que ce désir qui vient se substituer au premier est…  dans cette substitution et par cette substitution, …transformé. C’est tout à fait essentiel.  Nous pouvons encore l’expliquer, mais autrement. Disons, pour reprendre notre schéma sous la forme  où nous le présentons habituellement, que l’enfant, dans un premier rapport avec l’objet primordial…  ceci est la formule générale …se trouve prendre la position symétrique de celle du père. Il entre en rivalité. Il se situe à l’opposé, par rapport à la relation primitive à l’objet, en un point X. C’est pour autant que là il devient quelque chose  qui peut se revêtir des insignes de ce avec quoi il entre  en rivalité, qu’il retrouve ensuite sa place là où  il est forcément, c’est–à–dire à l’opposé de ce point x où les choses se sont passées et là où il vient  se constituer sous cette nouvelle forme qui s’appelle  idéal du moi. Il retient quelque chose de ce passage  sous la forme la plus générale. Il s’agit là de quelque chose où vous voyez bien qu’il ne s’agit plus ni de père, ni de mère : il s’agit de rapport avec l’objet. Et la mère  c’est l’objet primitif, l’objet par excellence.  Ce qu’il retient dans ce cas… dans cette allée et venue qui l’a fait,  par rapport à l’objet, entrer en rivalité  avec un troisième terme  …c’est quelque chose qui se caractérise par  ce qu’on peut appeler le facteur commun qui résulte  de l’existence des signifiants, du fait que dans  le psychisme humain, pour autant que les hommes  ont affaire au monde du signifiant et que ce sont eux, les signifiants, qui sont la condition nécessaire,  le défilé par où il faut qu’en passe leur désir.  Dans cette allée et venue, il y a toujours quelque chose qui impliquera ce facteur commun  à l’incidence du signifiant dans le désir,  à ce qui le signifie,  à ce qui en fait nécessairement un désir signifié. Ce facteur commun, c’est précisément le phallus. C’est parce qu’il en fait toujours partie,  qu’il est le plus petit commun dénominateur de ce facteur commun,  que nous le trouvons toujours là, dans tous les cas, qu’il s’agisse de l’homme ou de la femme. En d’autres termes, c’est pour cela que nous plaçons ici au point x, le phallus, le petit ϕ. Ce qui en résulte, c’est qu’il se place toujours  par rapport au moi… c’est–à–dire en tiers par rapport à ce qui s’est établi là d’un sujet avec lui–même, et toujours plus ou moins fragilement constitué par rapport en somme à l’identification primitive, en effet toujours plus ou moins idéale, que le sujet s’est fait de lui avec une image toujours plus ou moins contestée …qui n’a [ le moi ] rien à faire avec ce rapport de fond  qu’il a avec ce à quoi il a adressé ses demandes, c’est–à–dire l’objet. L’idéal du moi se constitue dans cette allée et venue toujours à l’opposé, si l’on peut dire, de ce point virtuel où se produit la mise en concurrence, le contest du troisième terme. C’est à son opposé qu’il y a toujours un certain rapport avec ce facteur commun métonymique qu’est le phallus, qui se retrouve partout. Et bien entendu, ce qui se passe au niveau de l’idéal du moi consiste e
ssentiellement à l’avoir au minimum,  ce facteur commun et, bien entendu, composé d’une façon qui ne le laisse pas voir, ou qui ne le laisse voir que comme quelque chose qui nous file toujours entre les doigts, ce quelque chose qui court au fond de toute espèce d’assomption signifiante.  Il y a ceci : c’est que ce signifiant, dans tous  les cas, mord sur le signifié. L’idéal du moi se constitue dans ce rapport avec le père, il implique toujours  le phallus. Ici, c’est le père le troisième terme.  Il implique toujours le phallus. Il l’implique toujours et uniquement pour autant que ce phallus est le facteur commun, le facteur pivot de cette instance du signifiant.  Que nous dit par exemple encore Hélène DEUTSCH ? Karen HORNEY nous a montré la continuité du complexe de castration avec l’homosexualité féminine.  Hélène DEUTSCH nous parlera d’autre chose. Elle aussi nous dira que la phase phallique joue bien le rôle que nous dit FREUD, à ceci près que ce qui lui importe, c’est de s’apercevoir aussi de  sa vicissitude ultérieure. Cette vicissitude, elle la verra en ceci : c’est que l’adoption, dit–elle, de la position masochique…  essentielle, constitutive,  dit–elle, à la position féminine …se base sur ce plan que c’est pour autant que  la jouissance clitoridienne se trouve, à la petite fille interdite, que celle–ci tirera sa satisfaction d’une position qui ne sera donc plus et uniquement une position passive, mais une position de jouissance, assurée…  dans cette privation même qui lui est imposée …de la jouissance clitoridienne. Il y a là quelque paradoxe, mais un paradoxe  qu’Hélène DEUTSCH soutient, de quelque chose qui va chez elle jusqu’à des préceptes techniques, des constats d’expérience qui vont fort loin dans leur paradoxe. Je veux dire que je vous rapporte là les données  de l’expérience d’une analyste, soumises comme telles sans aucun doute à un certain choix du matériel,  mais qui valent la peine qu’on s’y arrête.  Pour Hélène DEUTSCH, la question de la satisfaction féminine est quelque chose qui se présente  d’une façon assez complexe pour qu’elle considère qu’une femme, dans sa nature de femme, et féminine,  peut trouver une satisfaction… assez accomplie en tous cas pour que rien n’apparaisse qui se présente comme névrotique  ou atypique dans son comportement,  dans son adaptation à ses fonctions de femme …sans que se présente pour elle, sous nulle forme bien marquée, la satisfaction proprement génitale. Je le répète, c’est la position de Madame DEUTSCH.  À savoir qu’en somme l’accomplissement de la satisfaction de la position féminine peut tout entière se trouver sur le plan de sa relation maternelle,  sur tout ce qui tient dans toutes ses étapes  à l’accomplissement de la fonction de reproduction, à savoir dans  les satisfactions propres de l’état de grossesse, du nourrissage et du maintien de la position maternelle. La maturation de la satisfaction liée à l’acte génital lui–même, de l’orgasme lui–même, pour l’appeler par son nom, étant quelque chose qui est assez lié à cette dialectique de la privation phallique pour qu’Hélène DEUTSCH formule que chez  des sujets elle a rencontré d’une façon plus ou moins avancée, d’une façon plus ou moins poussée,  cette implication dans la dialectique phallique. À savoir que c’est par rapport à l’homme, par rapport à un certain degré d’identification masculine  que s’est constitué un équilibre forcément,  lui, conflictuel donc précaire, de la personnalité. Une réduction trop poussée de cette relation complexe, un avancement à un degré poussé trop loin de l’analyse, est de nature à frustrer le sujet de  ce qu’il a, jusque-là, plus ou moins heureusement réalisé de la jouissance sur le plan génital. Cette considération va jusqu’à comporter pour  Hélène DEUTSCH l’indication de laisser en quelque sorte au sujet [ le bénéfice ] de ses identifications plus ou moins réussies sur ce plan et en tout cas acquises,  et de ne pas… par une analyse trop avancée …réduire, si l’on peut dire, décomposer, analyser  ces identifications, sauf à le mettre en posture de perte par rapport à ce que ces analyses révèlent être  le fond, la structure de la jouissance acquise :  en tant qu’il serait lié, cet acquis, sur le plan de la jouissance génitale, à quelque chose qui est justement le passé du sujet par rapport à ses identifications,   en tant que la jouissance peut consister dans la frustration masochique d’une certaine position qui a été un moment conquise et qui, pour que la frustration soit maintenue, nécessite du même coup                     le maintien des positions d’où cette frustration peut s’exercer.  En d’autres termes, dans certaines conditions,  la réduction d’identifications qui sont proprement des identifications masculines peut constituer  un danger pour ce qui a été par le sujet conquis  sur le plan de la jouissance dans la dialectique même de cette identification.  Cela vaut ce que ça vaut. La question est simplement ici que cela ait pu être avancé, que cela a été avancé assurément par quelqu’un qui n’est point sans expérience et qui,  ne serait–ce que par ses réflexions, se manifeste assurément comme quelqu’un qui réfléchit sur son métier et sur les conséquences de ce qu’elle fait. Par contre, c’est à ce titre, et à ce seul titre,       que cela mérite d’être maintenu dans la question.  Je vous le répète, et pour résumer la position de Madame DEUTSCH, c’est qu’en somme dans les relations inter–humaines telles qu’elles se présentent effectivement…  je ne dis pas que cela se présente de la même façon chez les rouges–gorges et chez les mantes religieuses  …dans l’espèce humaine, il semblerait que le centre de gravité, l’élément de satisfaction majeur  de la position féminine se trouverait dans l’au–delà  de la relation génitale comme telle. En quelque sorte, tout ce qui pourrait y être trouvé par la femme se lierait essentiellement à  une dialectique dont nous n’avons pas à être surpris qu’elle intervienne là.  Qu’est–ce que cela veut dire ?   Cela veut dire que ce quelque chose qui est aussi bien manifesté dans la position de l’homme vis–à–vis de l’acte génital…  à savoir l’importance extrême de ce  qu’on appelle le plaisir préliminaire …est là ce qui donne, peut–être simplement  d’une façon plus accentuée, les matériaux libidinaux à mettre en cause.  Mais que ces matériaux libidinaux entrent en jeu effectivement à partir de leur prise dans l’histoire du sujet dans une certaine dialectique signifiante impliquant l’intrusion de l’ identification possible  au troisième objet… qui en l’occasion est le père …et que donc tout ce qui vient… sous le titre de revendication phallique  et d’identification au père …compliquer la relation de la femme à son objet  n’est simplement que l’élaboration signifiante de ce à quoi se trouvent empruntées les satisfactions qui se produisent proprement dans l’acte génital… à savoir ce que j’ai appelé  à l’instant plaisir préliminaire …l’orgasme lui–même, comme tel…  je veux dire en tant qu’il serait  identifié au sommet de l’acte lui–même …posant effectivement à l’expérience le problème  chez la femme de quelque chose qui mérite en effet d’être posé, étant donné tout ce que nous savons physiologiquement de l’absence d’une organisation nerveuse directement faite pour provoquer la volupté dans le vagin.  Cela nous amène à essayer de formuler cette question de la relation de l’idéal du moi à une certaine vicissitude du désir, et à la formuler comme ceci : nous avons donc… aussi bien chez le garçon que  chez la fille, à un moment donné …une relation à un certain objet quel qu’il soit,  à un objet d’ores et déjà constitué dans sa réalité d’objet. Et cet objet va devenir quelque chose qui est l’idéal du moi. Il va le devenir par ses insignes.  Pourquoi le désir dont il s’agit dans cette relation
à l’objet a–t–il été appelé dans cette occasion privation ? Il a été appelé ainsi parce que ce qui constitue             sa caractéristique est non pas, comme on le dit,  qu’il concerne un objet réel… il faut, bien entendu, que le père dans le moment où il intervient, dans le premier exemple que j’ai donné, dans l’évolution chez la fille, soit en effet un être assez réel dans sa constitution physiologique pour que le phallus soit passé à un stade d’évolution qui va au–delà de la fonction purement imaginaire qu’il peut conserver longtemps dans le Penisneid, cela c’est certain …mais qu’il vise quelque chose qui peut être demandé. Il ne peut s’instaurer à proprement parler de dialectique de privation que quand il s’agit de quelque chose que le sujet peut symboliser. C’est pour autant que le pénis paternel peut être symbolisé, peut être demandé, que se produit ce qui se passe au niveau de l’identification dont il s’agit aujourd’hui. Il y a là quelque chose qui est tout à fait distinct de ce qui intervient au niveau de l’interdit qui se constitue pour autant par exemple que la jouissance phallique…  la jouissance clitoridienne pour l’appeler par son nom …est peut–être, à un moment donné de l’évolution, interdite. Ce qui est interdit rejette le sujet dans quelque chose où il ne trouve plus en rien à se signifier. C’est ce qui en fait à proprement parler le caractère douloureux, et c’est pour autant que le moi peut,  de la part de l’idéal du moi par exemple, à l’occasion  se trouver dans cette position de rejet que s’établit l’état à proprement parler mélancolique.  Nous reviendrons sur la nature de ce rejet, mais entendez d’ores et déjà ici que ce à quoi je fais allusion peut être mis en relation avec le terme même qui est dans notre vocabulaire ce que j’ai mis en relation avec ce rejet, à savoir le terme de Verwerfung. C’est pour autant que de la part de l’idéal du moi  le sujet peut se trouver lui–même dans sa réalité vivante, dans cette position d’exclusion de toute signification possible, que s’établit l’état dépressif comme tel.  Mais ce dont il s’agit dans la formation de l’idéal du moi est un processus tout opposé, il consiste en ceci : que cet objet qui se trouve confronté à quelque chose que nous avons appelé privation… pour autant :  qu’il est un désir négatif,   que c’est quelque chose qui peut être demandé, que c’est sur le plan de la demande que le sujet se voit refuser ce désir, cette liaison entre le désir en tant que refusé et l’objet  …c’est cela qui est au départ la constitution de cet objet comme un certain signifiant qui prend  une certaine place, qui se substitue au sujet,  qui devient une métaphore du sujet. Ce qui se produit dans l’identification à l’objet du désir, dans le cas où la fille s’identifie à son père, c’est bien ceci : ce père qu’elle a désiré et qui lui a refusé le désir de sa demande, devient quelque chose qui est à sa place. Le caractère métaphorique de la formation de l’idéal du moi est un élément essentiel, et de même que dans  la métaphore, ce qui en résulte c’est la modification  de quelque chose : qui n’a rien à faire avec le désir,  qui est intéressé dans la constitution de l’objet, qui est un désir qui est ailleurs à ce moment–là : le désir qui avait lié la petite fille à sa mère, appelons–le petit d par rapport au grand D. Toute l’aventure précédente de la petite fille avec sa mère vient ici prendre place dans la question  et subit les conséquences de cette métaphore. Il devient lié.  Nous retrouvons là la formule de la métaphore que je vous ai donnée, pour autant que c’est, vous le savez : c’est–à–dire quelque chose qui résulte  d’un changement de signification. Après la métaphore, ce changement de signification  c’est quelque chose qui se produit dans les relations jusque–là établies par l’histoire du sujet, puisqu’en somme nous sommes toujours sur le premier exemple  de la petite fille avec la mère. Ce qui dès lors modè-lera ses relations avec son objet, ce sera cette histoire, cette histoire modifiée  par l’instauration de cette fonction nouvelle en lui, qui s’appelle idéal du moi

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