mardi, avril 23, 2024
Recherches Lacan

LI LES ÉCRITS TECHNIQUES DE FREUD 1953 – 1954 Annexe 1 H. Bouasse

Annexe 1 H. Bouasse

Si l’on possède un miroir concave de grande ouverture, on fera la curieuse expérience du bouquet renversé.

Un vase V est placé sur une boîte S que je représente sans faces latérales, mais qui est latéralement fermée. On suspend dedans un bouquet schémati­quement figuré en AB. On dispose le miroir de manière qu’il en donne une image réelle exactement sur le vase, en A’B’ : son centre de courbure est en C. On croit effectivement voir le vase surmonté d’un bouquet quand on place l’œil quelque part en O; on a le soin d’éclairer fortement le bouquet par une lampe à incandescence L.

Expliquons la saisissante impression de réalité que donne l’image. C’est là qu’intervient la condition que le miroir est de grande ouverture.

Une image réelle se comporte comme un objet réel pour l’observateur O placé au-delà; pour la voir l’œil doit s’accommoder sur elle. Si l’image du bou­quet se forme exactement sur le vase, l’œil est simultanément accommodé pour le vase et pour le bouquet: ce qui détermine la position de l’image et réalise une première condition de réalité apparente.

Cependant il existe une différence essentielle entre un objet réel et l’image réelle donnée par un instrument: nous pouvons tourner autour de l’objet réel sans cesser de le voir; mais les rayons envoyés par chaque point de l’image réelle ne remplissent qu’un cône limité, d’angle au sommet d’autant moindre que l’ouverture du miroir est plus petite. Pour avoir l’impression d’un objet réel, il faut donc un miroir assez grand pour qu’on puisse déplacer l’œil verticalement et horizontalement d’une quantité notable sans cesser de voir le bouquet, ou , ce qui revient au même, utiliser la vision binoculaire qui fixe la position des objets d’une manière beaucoup plus précise que la grandeur de l’accommoda­tion. L’objet apparaît toujours sur le vase : d’où l’impression de réalité.

À la vérité les conditions du stigmatisme pour la surface totale du miroir sont loin d’être réalisées. Mais il importe peu parce que l’œil diaphragme les fais­ceaux utilisés. Pour chaque position de l’œil, chaque point de l’objet n’envoie dans l’œil qu’un mince pinceau qui fournit une image nette, mais déformée. L’inconvénient de la déformation est minime, un bouquet n’ayant pas une forme connue a priori.

Conformément à cette explication, l’impression de réalité est plus grande en regardant de loin : le déplacement linéaire qu’on peut donner à l’œil sans cesser de voir le bouquet augmente avec la distance, puisque l’œil doit rester dans un certain cône dont le bouquet est le sommet.

On ferme la boîte latéralement pour ajouter l’effet de surprise.

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