mardi, avril 23, 2024
Recherches Lacan

LXIV La logique du fantasme 1966 – 1967 Leçon du 8 Mars 1967

Leçon du 8 Mars 1967

 

Ce que j’instaure, en somme, est une méthode sans laquelle on peut dire que tout ce qui, dans un certain champ, reste implicite concernant ce qui définit ces champs, à savoir la présence comme telle du sujet, eh bien, cette méthode que j’instaure, consiste, permet de parer si l’on peut dire, à tout ce que cette implication du sujet, dans ce champ, y introduit de fallace, de falsité à la base. C’est quelque chose dont en somme on s’aperçoit — à prendre un peu de recul, si cette méthode a bien toute cette généralité et bien sûr, ce n’est pas d’une visée si générale que je suis parti — je dirai même plus : quelque chose dont je m’aperçois moi-même, après coup, que quelque jour il arrive que cette méthode, on s’en serve pour repenser les choses là où elles sont le plus intéressantes — sur le plan politique par exemple — pourquoi pas ?

Il est certain qu’avec des amodiations suffisantes, certains des schémas que je donne y trouveront leur application, c’est peut-être même là qu’ils auront le plus de succès. Car, sur le terrain pour lequel je les ai forgés, ce n’est pas joué d’avance. Etant donné que, peut-être, c’est là — c’est sur ce terrain — sur ce terrain qui est celui, du psychanalyste, qu’un certain (sic) impasse, qui est précisément celui (sic) que manifestent ce que j’appelle — et elles ne sont pas univoques — les fallaces du sujet, trouve le mieux à résister.

Enfin, il n’en reste pas moins que c’est là que ces concepts se seront forgés et qu’on peut même dire plus : c’est que toute la contingence de l’aventure, à savoir le mode-même de ce qu’ils auront eu à affronter, ces concepts, à savoir par exemple la théorie analytique telle qu’elle s’est déjà forgée, telle qu’ils ont à y introduire correction, cette théorie analytique et la dialectique même de ce que leur introduction dans la théorie analytique aura comporté de difficulté, voire de résistance — voire de résistance en apparence tout à fait accidentelle, extérieure — tout cela vient en quelque sorte contribuer aux modes sous lesquels je les aurai serrés. Je veux dire que ce qu’on peut appeler la résistance des psychanalystes eux-mêmes à ce qui est leur propre champ, est peut-être ce qui apporte le témoignage le plus éclatant des difficultés qu’il s’agit de résoudre. Je veux dire de leur structure même.

Voilà donc pourquoi, aujourd’hui, nous arrivons à un terrain encore un peu plus vif, au moment où il va s’agir que je vous parle de ce que j’ai situé au quatrième sommet du quadrangle, que nous qualifierons — je suppose que mes auditeurs d’aujourd’hui y étaient tous là, dans mes deux précédentes leçons — que nous qualifierons — ce quadrangle — de celui qui connote le MOMENT DE LA RÉPÉTITION. La répétition, ai-je dit — à quoi répond, comme fondateur du sujet, le passage de L’acte — je vous ai montré, j’ai insisté (j’y reviendrai aujourd’hui parce qu’il faut y revenir) sur l’importance, dans ce statut de l’acte, qu’a l’acte sexuel. Sans le définir comme acte, il est absolument impossible de situer, de concevoir, la fonction que Freud a donnée à la sexualité, concernant la structure de ce qu’on doit appeler, avec lui, la satisfaction — satisfaction subjective, Befriedigung, qui ne saurait être conçue d’un autre lieu que de celui où s’institue le sujet comme tel.

C’est la seule notion qui fonctionne d’une façon qui puisse donner un sens à cette Befriedigung.

Pour donner à cet acte sexuel les repères structuraux — hors desquels il nous est impossible de concevoir sa place dans ce dont il s’agit, à savoir la THÉORIE freudienne — nous avons été amenés à faire fonctionner un des ressorts les plus exemplaires de la pensée mathématique. Assurément quand j’use de tels moyens, il est bien entendu qu’il y atteint toujours quelque chose de partiel — de partiel pour quiconque, de la théorie mathématique, n’aura à connaître que ce dont je me serai servi moi-même comme instrument. Mais bien sûr, la situation peut être différente pour quiconque connaît la place de tel ressort, qu’avec sans doute ma part, à moi, d’inexpérience, j’extrais — croyez-le tout de même : non sans savoir quelles sont les ramifications de ce dont je me sers dans l’ensemble de la théorie mathématique et non s’en m’être assuré que pour quiconque voudrait en faire un usage plus approfondi, il trouverait — dans l’ensemble de la théorie, aux points précis que j’ai choisis pour fonder telle structure — il trouverait tous les prolongements qui lui permettraient d’y donner une juste extension.

Quelque écho m’est revenu que m’entendant parler de l’acte sexuel, à me servir pour en y structurer les tensions, de ce que me fournissait de ternaire la proportion du Nombre d’or, quelqu’un laissa passer entre ses dents cette remarque “La prochaine fois que j’irai foutre, il ne faudra pas que j’oublie ma règle à calcul !”. Assurément, cette remarque a tout le caractère plaisant qu’on attribue au mot d’esprit, elle reste quand même pour moi à prendre mi-figue, mi-raisin, à partir du moment où le responsable de cette amusante sortie est un psychanalyste. Car à la vérité, je pense très précisément que la réussite de la jouissance au lit est essentiellement faite, comme vous avez pu voir — je remettrai les points sur les i — de l’oubli de ce qui pourrait être trouvé sur la règle à calcul. Pourquoi c’est si facile à oublier ? C’est ce sur quoi j’insisterai une fois de plus tout à l’heure, c’est même là tout le ressort de ce qu’il y a, en somme, de satisfaisant dans ce qui d’autre part (subjectivement) se traduit par : la castration. Mais il est bien clair qu’un psychanalyste ne saurait oublier que c’est dans la mesure où un autre acte l’intéresse – que nous appellerons, pour introduire son terme aujourd’hui : l’ACTE PSYCHANALYTIQUE que quelque recours à la règle à calcul peut évidemment être exigible.

La règle à calcul, bien sûr, pour éviter tout malentendu ne consistera pas dans cette occasion, à s’en servir pour y lire (nous n’en sommes pas encore là) ce qui se lit à la rencontre de deux petits traits ; mais, pour ce qu’elle porte en elle-même d’une mesure, qui ne s’appelle pas autrement que celle du logarithme, elle nous fournit en effet quelque chose qui n’est pas tout à fait sans rapport avec la structure que j’évoque.

L’acte psychanalytique a ceci de frappant — à le nommer ainsi en référence à l’ensemble de la théorie — a ceci de frappant qui va nous permettre de faire une remarque, qui peut-être a paru à certains dans les marges de ce que j’ai énoncé jusqu’ici, et qui est celle-ci : j’ai insisté sur le caractère d’acte de ce qu’il en est de l’acte sexuel ; on pourra remarquer à ce propos, que tout ce qui s’énonce dans la théorie analytique, semble destiné à effacer — à l’usage de ces êtres à divers titres souffrants ou insatisfaits dont nous prenons la charge — le caractère d’acte qu’il y a dans le fait de la rencontre sexuelle.

Toute la théorie analytique met l’accent sur le mode de la relation sexuelle, déclarée — a bon ou à mauvais droit, en tout cas à divers titres et à des titres sur lesquels je me suis permis d’élever à plusieurs reprises quelques objections — à qualifier comme plus ou moins satisfaisante telle ou telle forme de ce qu’on appelle la relation sexuelle. on peut se demander si ce n’est pas là une façon d’éluder — voire même de noyer ce qu’il y a de vif, de tranchant à proprement parler, puisqu’il s’agit là de quelque chose qui a la même structure de coupure que celle qui appartient à tout acte — ce qu’il en est proprement de l’acte sexuel.

Comme c’est une coupure qui — comme toute notre expérience le démontre surabondamment — ne va pas toute seule et ne donne pas à proprement parler un résultat de simple équité, comme toutes sortes d’anomalies structurales (au reste parfaitement articulées et repérées, sinon conçues à leur véritable portée dans la théorie analytique) en sont le résultat ; il est bien clair que le fait d’éluder ce qu’il en est du relief comme tel de l’acte, est assurément quelque chose de lié à ce que j’appellerai le tempérament, le mode tempéré, sous lequel la théorie s’avance dans le dessein manifeste de ne pas traîner avec elle trop de scandale. Le pire étant, bien entendu, celui-ci (qui ne semble pas pour autant réduit par cette prudence) que l’acte sexuel, dès lors — quelle que soit notre aspiration.

à la liberté de la pensée — que l’acte sexuel, contrairement à ce qui a pu s’affirmer dans telle ou telle zone et l’examen objectif qui ressort à l’éthique, eh bien, il faut bien le dire — que la théorie le reconnaisse ou non, y mette l’accent ou ne l’y mette pas, peu nous importe —. L’expérience, me semble-t-il, prouve surabondamment que depuis le temps qui ne date pas d’hier, où parmi les nombreuses tentatives qui se sont faites, plus ou moins héritées des expériences autrement complexes qui furent celles de ce qu’on appelle “le temps de l’homme du plaisir”, que ce à quoi ont pu aboutir, dans certaines formules outrées des milieux libertaires du début de ce siècle par exemple, dont il y avait encore quelques exemplaires surnageant, flottant, dans des milieux, sur d’autres terrains autrement sérieux — j’entends sur des terrains révolutionnaires. — on a pu voir encore se maintenir la formule qu’après tout, enfin, l’acte sexuel ne devait pas être pris pour avoir plus d’importance que celle de boire un verre d’eau. Ça se disait, par exemple, dans certaines zones, certains groupes, certains secteurs, dans l’entourage de Lénine. Je me souviens d’avoir lu autrefois en allemand un fort joli petit volume, qui s’appelait Wege der Liebe, si je me souviens encore bien du titre — c’était quand même le commencement, avant la guerre, de quelque chose qui ressemblait fort au livre de poche et, sur la couverture, il y avait le ravissant museau de Mme Kolontaï (c’était la première équipe) et elle fut, si mon souvenir est bon, ambassadrice à Stockholm — c’étaient de charmants contes sur ce thème. Le temps ayant passé et les sociétés socialistes ayant la structure que vous savez, il apparaît bien que l’acte sexuel n’est pas encore passé au rang de ce qu’on satisfait au snack-bar et pour tout dire : que l’acte sexuel traîne encore avec soi — et doive traîner pour longtemps — cette sorte de bizarre effet de je ne sais pas quoi… De discordance, de déficit, enfin de quelque chose qui ne s’arrange pas et qui s’appelle la culpabilité. Je ne crois pas que tous les écrits des esprits élevés qui nous entourent et qui s’intitulent… Des choses comme l’Univers morbide de la faute par exemple, comme s’il était d’ores et déjà conjuré ! (C’est un de mes amis qui l’a écrit ; je préfère toujours citer des gens que j’aime bien) ; tout ça n’arrange pas du tout la question et ne fait pas que pour autant nous n’ayons en effet à nous occuper, probablement encore pour longtemps, de ce qui reste accroché de cet univers, autour des ratés, disons, mais des ratés dont il s’agit justement de considérer le statut ces ratés lui sont peut-être essentiels — des ratés, dis-je, ou pas-ratés de la structure de l’acte sexuel.

Moyennant quoi, je crois devoir revenir, très courtement certes, mais revenir encore sur ce qu’a d’insuffisant la définition qui peut nous être donnée dans un certain registre d’homelie benisseuse, concernant ce qu’on appelle le stade génital, sur ce qui ferait la structure idéale de son objet. Il n’est pas tout à fait vain de se reporter à cette littérature, qu’à la vérité, la dimension de la tendresse qu’on y évoque soit quelque chose assurément de respectable, ce n’est pas à contester, mais qu’on l’y considère comme une dimension en quelque sorte structurale : voilà quelque chose sur lequel je ne crois pas vain d’apporter une contestation. Je veux dire d’abord qu’aussi bien il n’est pas non plus absolument…

– Qu’est-ce qui arrive ? (un des fils de l’appareillage de captation du son commence à brûler). Quoi ? Vous voyez, le moment me paraît bien choisi ! Reprenons : cet incident va me donner l’occasion de trancher et d’abréger même ce que je pense avoir à dire au sujet de cette fameuse tendresse… (rires) on pourrait là un peu y penser. Il y a une face de la tendresse, et peut-être toute la tendresse, qu’on pourrait épingler de quelque formule qui serait assez proche de celle-ci : ce qui nous convient d’avoir d’apitoiement au regard de l’impuissance d’aimer. Structurer ça, au niveau de la pulsion comme telle, n’est pas facile. Mais, aussi bien, pour illustrer ce qu’il conviendrait d’articuler, au regard de ce qu’il en est de l’acte et de la satisfaction sexuelle, il serait peut-être bon de rappeler ce que l’expérience impose au psychanalyste de l’ambi… guîté — ils appellent cela l’ambivalence… Et puis alors on a tellement usé de ce mot ambivalence, qu’il ne veut absolument plus rien dire ! — de l’ambiguïté de l’amour.

Est-ce qu’un acte sexuel est moins un acte sexuel, est un acte immature, sera à renvoyer pour nous dans le champ d’un sujet inachevé, resté accroché à l’arriération de quelque stade archaïque, s’il est commis — cet acte sexuel — dans la haine tout simplement ?

Le cas semble ne pas intéresser la théorie analytique… C’est curieux… Je ne l’ai vu soulever nulle part, ce cas.

(On entend encore ? ça fonctionne tout cet appareillage ou bien il faut

Que, j’élève la voix ? Dans le fond, là-bas ? Ça marche toujours ? Ah ! C’est gentil ça !… Quoi ? Hein ? Vous n’entendez pas ! Alors donc ça ne marche pas !

POUR INTRODUIRE la considération de cette dimension, j’ai dû, dans un séminaire déjà ancien (enfin, dans le temps où le séminaire était un séminaire ! j’ai dû me servir de la pièce de Claudel, bien connue, plus exactement de la trilogie qui commence avec l’Otage.

Les amours de Turelure et de Sygne de Coûfontaine sont-elles ou non une conjonction immature ?

Ce qu’il y a d’admirable, c’est que je crois avoir amplement fait valoir les mérites et les incidences de cette trilogie tragique, je dois dire également : sans que personne à ma connaissance, de mes auditeurs, en ait perçu la portée. Ce n’est pas étonnant, puisque je n’ai pas pris soin de mettre expressément l’accent sur cette question précise et qu’en général les auditeurs — d’après tout ce que j’en ai eu d’écho — évitent aisément ce point. Il y en a deux espèces : ceux qui suivent Monsieur Claudel dans sa résonance religieuse du plan où il situe une tragédie qui est assurément une des plus radicalement anti-chrétiennes (entre guillemets) qui aient jamais été forgées — tout au moins, eut égard à un christianisme de bon ton et d’émotion tendre — ceux qui le suivent dans cette atmosphère pensent que Sygne de Coûfontaine, bien entendu, reste dans tout cela intacte. Ce n’est pas ce que, dans le drame, elle semble articuler, elle ! Mais qu’importe ! On entend à travers certains écrans-Chose curieuse : les auditeurs qui sembleraient ne pas devoir être incommodés par cet écran — à savoir les auditeurs non religiosés à l’avance — semblent de la même façon, ne rien vouloir entendre de ce dont il s’agit très précisément.

Quoi qu’il en soit, puisque nous n’avons pas d’autres références à notre portée (je veux dire à la portée de la main, ici, du haut d’une tribune) je laisse quand même soulevée la question de savoir si un acte sexuel consommé dans la haine en est moins un acte sexuel de pleine portée, dirai-je. Porter la question à ce niveau déboucherait sur bien des biais, qui ne seraient pas inféconds, mais où je ne peux entrer aujourd’hui. Qu’il me suffise de marquer, dans la théorie régnante concernant le stade génital, un autre trait, qui semble mal raccordé à ceux dont on fait usage, c’est à savoir le caractère si l’on peut dire limité, modéré, tempéré, de toute façon, qu’y prendrait l’affection du deuil. Le signe de la maturité génitale étant que cet objet réalisé dans le conjoint, (puisqu’il s’agit, après tout, d’une formule qui tend à s’adapter à des mœurs aussi conformes qu’on peut le souhaiter), cet objet, il serait normal et signe de la même maturité, qu’on puisse en faire — dans un délai que nous appellerons décent — le deuil.

Il y a là quelque chose, d’abord, qui fait penser qu’il serait dans la norme de ce qu’on appelle une maturité affective, que ce soit l’autre qui parte le premier !… Ça fait penser à la bonne histoire, qui était sans doute celle de quelqu’un de psychanalysé, dont Freud fait état quelque part, le monsieur qui… Viennois, bien sûr… C’est une histoire viennoise… Qui dit à sa femme : “Quand l’un de nous deux sera mort, j’irai à Paris.”…Il est curieux (je ne fais là que des remarques par cette voie grossière d’opposition contrastée) qu’il ne soit jamais évoqué, non plus dans la théorie, quoi que ce soit concernant — concernant le sujet mature — concernant le deuil qu’il laissera, lui, derrière lui ; ça pourrait aussi bien être une caractéristique qu’or pourrait très sérieusement envisager, concernant le statut du sujet ! Il est probable que ça intéresserait moins la clientèle l.… de sorte que, là-dessus : même blanc.

Il y a d’autres remarques, que ce menu incident* pour le temps qu’il nous a fait perdre, me force à abréger.

 

* Le Dr Lacan fait allusion à l’incident du fil brûlé.

 

Je voudrais simplement dire ceci : c’est que l’insistance qui est mise également, le foisonnement de développements qui concernent ce qu’on appelle la “situation”, ou encore la “relation analytique”, est-ce que ceci n’est pas fait — aussi — pour nous permettre d’éluder la question concernant ce qu’il en est de l’acte analytique ?

L’acte analytique, bien sûr, dira-t-on, c’est l’interprétation. Mais comme l’interprétation, c’est assurément d’une façon toujours croissante dans le sens du déclin — ce sur quoi il semble le plus difficile dans la théorie d’articuler quelque chose — nous ne ferons pour l’instant que prendre acte (c’est le cas de le dire) de cette déficience.

Nous remarquerons que — d’une façon qui n’est pas sans comporter, je dois dire, quelque promesse — nous avons tout de même quelque chose de présent dans la théorie, qui conjugue la fonction de l’analyste (je ne dis pas la « relation analytique », sur laquelle je viens de très exactement diriger mon index, pour dire qu’elle a, en cette occasion, une fonction d’écrantage) – que la fonction analytique donc, est rapprochée de quelque chose qui est du registre de l’acte.

Ceci n’est pas sans promesse, nous allons le voir, pour cette raison : c’est que, si l’acte analytique est bien à préciser en ce point — bien sûr, pour nous, le plus vif et le plus intéressant à déterminer (qui est le point en bas à gauche du quadrangle et qui concerne le niveau où il s’agit de l’inconscient et du symptôme) — l’acte analytique a, je dirais d’une façon assez conforme à la structure du refoulement, une sorte de position à côté. Un représentant (si je puis m’exprimer ainsi) de sa représentation déficiente nous est donné sous le nom précisément de l’acting-out, qui est ce que j’ai à introduire aujourd’hui.

Tous ceux qui sont ici analystes, ont au moins une vague notion que ce terme-, son axe, son centre, est donné par ceci : que certains actes, ayant une structure sur laquelle tous ne sont pas forcément à s’entendre, mais sur lesquels on peut tout de même se reconnaître, sont susceptibles de se produire, dans l’analyse et dans un certain rapport de dépendance plus ou moins grande, au regard non pas de la situation ou de la relation analytique, mais d’un moment précis de l’intervention de l’analyste — de quelque chose, donc, qui doit avoir quelque rapport avec ce que je considère comme pas défini du tout, à savoir : l’ acte psychanalytique.

Comme nous n’avons pas, en un champ aussi difficile, à nous avancer comme le rhinocéros dans la porcelaine, comme nous avons à y aller doucement : nous tenons avec l’ acting-out quelque chose, quelque chose sur quoi il semble possible d’attirer l’attention de tous ceux qui ont l’expérience de l’analyse, d’une façon qui promet accord. on sait qu’il est des choses qui s’appellent l’ acting-out et que ça a rapport avec l’intervention de l’analyste.

J’ai désigné la page de mes Ecrits : c’est dans mon dialogue avec Jean Hippolyte, concernant la Verneinung, où j’en ai mis en relief un très bel exemple extrait du témoignage — auquel on peut faire foi, car c’est un témoignage vraiment innocent (c’est le cas de le dire !)- celui d’Ernst Kris, dans l’article qu’il a fait sous le titre       Ego Psychology and Interpretation in PsychoanalyticTherapy ” (Psychoanalytic Quaterly, volume 20 n° 1 — janvier 1951) ; j’ai marqué, en long et en large, dans ce texte de moi aisé à retrouver, (je vous le répète, j’ai même dit la page, l’un de ces derniers séminaires et c’est dans mon dialogue avec Jean Hippolyte, celui qui suit Fonction et champ de la parole et du langage, autrement dit le Discours de Rome), j’y ai mis en relief ce que comporte le fait, pour Kris, d’avoir — suivant un principe de méthode qui est celui que promeut l’ego psychology — d’être intervenu dans le champ de ce qu’il appelle “la surface” et que nous appellerons, quant à nous : le champ d’une appréciation de réalité.

Cette appréciation de réalité, elle joue un rôle dans les interventions analytiques, en tous les cas dans les termes de référence de l’analyste, elle joue un rôle considérable !

Ce n’est pas une des moindres distorsions de la théorie que celle, par exemple, qui va à dire qu’il est possible d’interpréter ce qu’on appelle les manifestations de transfert, en faisant sentir au sujet ce que les répétitions, qui en constitueraient l’essence, ont d’impropre, de déplacé, d’inadéquat, au regard de ce qui a été écrit, imprimé noir sur blanc : le champ — non pas de la situation analytique — du confinement dans le cabinet de l’analyste considéré comme constituant (ceci a été écrit) une réalité si simple ! Le fait de dire : “vous ne voyez pas à quel point il est déplacé que telle chose se répète ici, dans ce champ, où nous nous retrouvons trois fois par semaine” — comme si le fait de se retrouver trois fois par semaine était une réalité si simple — a quelque chose, assurément, qui laisse fort à penser sur la définition que nous avons à donner de ce qu’il en est de la réalité dans l’analyse.

Quoi qu’il en soit, c’est sans doute dans une perspective analogue que M. Kris se place, quand ayant affaire à quelqu’un qui — à ses yeux à lui, Kris — s’épingle de s’accuser de plagiarisme, ayant mis la main sur un document, qui — à ses yeux à lui, Kris — prouve manifestement que le sujet n’est pas réellement un plagiaire, croit devoir, comme intervention “de surface”, articuler que bel et bien, lui, Kris, l’assure qu’il n’est pas un plagiaire ; puisque le volume dans lequel lui — le sujet — a cru en trouver la preuve, Kris a été le chercher, et le trouver ! et qu’il n’y a rien vu de spécialement original dont le sujet — son patient — aurait fait son profit.

Je vous prie de vous reporter à mon texte, comme aussi bien au texte de Kris, comme aussi bien (si vous pouvez arrive à mettre la main dessus), au texte de Melitta Schmideberg, qui avait eu le sujet dans une première période ou tranche d’analyse.

Vous y verrez, ce crue comporte d’absolument exorbitant de passer par ce truchement, pour aborder un cas où bien évidemment ce qui est l’essentiel, ce n’est pas que le sujet soit réellement ou non plagiaire, mais c’est que tout son désir soit de plagier, pour la simple raison qu’il lui semble qu’ il n’est possible de formuler quelque chose qui ait une valeur, sinon que lui ne l’ait empruntée à un autre. C’est cela qui est le ressort essentiel. Je peux schématiser aussi ferme, parce que c’est cela qui est le ressort.

Quoi qu’il en soit, après cette intervention, c’est Kris lui-même qui nous communique : qu’après un petit temps de silence d’un sujet qui, pour Kris, accuse le coup, il énonce simplement ce menu fait que, depuis un bon petit bout de temps, il va, chaque fois qu’il sort de chez Kris, absorber un bon petit plat de cervelle fraîche.

… Qu’est-ce que c’est que ceci ? Je n’ai pas à le dire, puisque, déjà, tout au début de mon enseignement, j’ai mis en valeur le fait que ceci est un acting-out. En quoi ? En quoi — qui n’était pas absolument articulable à ce moment comme je peux le faire maintenant -, en quoi sinon en ceci que l’objet petit a, oral, est là en quelque sorte présentifié, apporté sur un plat — c’est bien le cas de le dire -, par le patient, en relation, en rapport, avec cette intervention. Et puis après ?

Après ? Ceci bien sûr n’a pour nous d’intérêt, maintenant — encore que, bien sûr, ça en ait toujours un, permanent, pour tous les analystes — que ceci n’a d’intérêt maintenant, que si ça nous permet d’avancer un peu dans la structure.

Alors, on appelle ça : acting-out. Qu’est-ce que nous allons faire de ce terme ?

D’abord, nous ne nous arrêterons pas, je pense, à ceci : c’est de tomber dans le travers d’user de ce qu’on appelle le “franglais”. Pour moi, l’usage du “franglais”, je dois dire – je crois avoir quelque goût pour la langue française – ne m’incommode à aucun degré. Je ne vois vraiment pas pourquoi nous n’adornerions pas notre usage de la langue de l’emploi éventuel de mots qui n’en font pas partie. Ca ne me fait ni chaud ni froid ! Ceci, d’autant plus que ce que je n’arrive d’aucune façon à le traduire, et que c’est un terme, en anglais, d’une extraordinaire pertinence. Je le signale en passant, pour la raison qu’à mes yeux c’est en quelque sorte, si l’on peut dire, une confirmation de quelque chose, c’est à savoir, que si les auteurs – et je ne vais pas vous faire l’histoire des auteurs qui l’ont introduit, parce que le temps me presse – si les auteurs se sont servis d’acting out – du terme acting out en anglais – eh bien, ils savaient très bien ce qu’ils voulaient dire et je vais vous en apporter la preuve. Non pas en me servant de ce que j’aurais cru pouvoir trouver dans un excellent dictionnaire philologique, fondamental, (enfin, que j’ai bien entendu chez moi, en treize volumes) le New English Oxford Dictionary : pas trace de act out, mais il m’a suffi d’ouvrir le Webster’s (qui est aussi un admirable instrument, quoique en un seul volume ; et qui parait en Amérique) pour trouver à to act out, la définition suivante, que j’espère retrouver … voilà : to (je m’excuse de mon … de mon anglais … de mon articulation, mon “spelling” insuffisant en anglais) to represent, entre parenthèses : as a play, story and so on, in action – donc : représenter comme un jeu sur la scène, une histoire en action – as opposed – comme opposée – to reading – à la lecture. Comme par exemple – as -, to act out a scene one has readed. Donc, comme act out (je ne dis pas : “jouer”, puisque c’est act out, n’est-ce pas, ce n’est pas to play,  hein !) une scène qu’on a lue.

Donc il y a DEUX temps : – vous avez lu quelque chose… Vous lisez du Racine, vous le lisez mal, bien entendu, je parle que vous le lisez à voix haute de façon détestable ; – quelqu’un qui est là veut vous montrer ce que c’est : il le joue. Voilà ce que c’est que to act out.

Je suppose que les gens qui ont choisi ce terme dans la littérature anglaise, pour désigner “l’acting out”, savaient ce qu’ils voulaient dire. En tout cas, ça colle parfaitement : je act out quelque chose, parce que ça m’a été lu, traduit, articulé, signifié insuffisamment – ou à côté. J’ajouterai que s’il vous arrive l’aventure que j’ai imagée tout à l’heure, à savoir que quelqu’un veuille vous donner une meilleure présence de Racine, c’est pas un très bon point de départ, ça sera probablement aussi mauvais que votre façon de lire. En tout cas, ça partira déjà d’un certain porte-à-faux : il y a quelque chose déjà d’à-côté, voire d’amorti, dans l’acting out introduit par une telle séquence.

C’est-là la remarque autour de quoi j’entendrai approcher ce que je mets seulement en question aujourd’hui.

Pour parler de la logique du fantasme, il est indispensable d’avoir au moins quelque idée d’où se situe l’acte psychanalytique. Voilà qui va nous forcer à un petit retour en arrière.

On peut en effet remarquer ça va sans dire, mais ça va encore bien mieux en le disant, que l’acte psychanalytique n’est pas un acte sexuel. Ce n’est même pas possible du tout de les faire interférer. C’est tout à fait le contraire. Mais, dire le contraire, ça ne veut pas dire le contradictoire, puisque nous faisons de la logique ! Et, pour le faire sentir, je n’ai qu’à évoquer la “couche analytique”. Elle est quand même là pour quelque chose !

Dans l’ordre topologique, il y a quelque chose dont je me suis aperçu, mais c’est vraiment un problème : que les mythes en font peu état. Et pourtant, le lit, c’est quelque chose qui a affaire avec l’acte sexuel.

Le lit, ce n’est pas simplement ce dont nous parle Aristote pour, je vous le rappelle, désigner à ce propos la différence de la phusis avec la technè. Et de nous présentifier un lit en bois comme si, d’un instant à l’autre, il pouvait se remettre à bourgeonner ! J’ai bien cherché dans Aristote il n’y a pas trace du lit considéré comme, …,  je ne sais pas, ce que j’appellerais, dans mon langage à moi – et qui n’est pas très loin de celui d’Aristote – le lieu de l’Autre ! Il avait un certain sens du topos, lui aussi, quand il s’agissait de l’ordre de la nature. C’est très curieux ! Ayant parlé, au livre “êta” (si mon souvenir est bon) de la Métaphysique (mais je ne vous jure pas), de ce lit, si bel et bien, il ne le considère jamais comme topos de l’acte sexuel.

On dit “enfant d’un premier lit”. C’est tout de même à prendre aussi au pied de la lettre. Les mots, ça ne se dit pas, ça ne se conjoint pas au hasard.

Dans certaines conditions, le fait d’entrer dans l’aire du lit peut, peut-être, qualifier un acte comme ayant un certain rapport avec l’acte sexuel (Cf. les ruelles des Précieuses). Alors… le lit analytique signifie quelque chose une aire qui n’est pas sans un certain rapport à l’acte sexuel, qui est un rapport à proprement parler de contraire, à savoir qu’il ne saurait d’aucune façon s’y passer : il n’en reste pas moins que c’est un lit et que ça introduit le sexuel sous la forme d’un champ vide ou d’un ensemble vide, comme on dit quelque part.

Et, alors, si vous vous rapportez à mon petit schéma structural, puisque c’est là que nous l’avons déjà placé, l’Autre sexuel, c’est là aussi que l’acte analytique, en aucun cas, n’a rien à foutre. Il reste ça (1) et ça (2) : le grand A et le petit a et leur rapport… je veux dire l’autre grand A dont, après tout, j’aimerais bien de temps en temps pouvoir élider les choses lourdes, mais enfin, pour ceux qui sont sourds, qui ne m’ont encore jamais entendu, il s’agit bien de ce champ de l’Autre, en tant non pas tant qu’il redouble, mais qu’il se dédouble de façon telle mue, justement, il y ait, en son intérieur question d’un Autre, en tant que champ de l’acte sexuel et puis que cet Autre, là, qui semble bien ne pas pouvoir aller-sans et qui est ce champ de l’Autre de l’aliénation – ce champ de l’Autre qui nous introduit l’Autre du A barré, qui est aussi le champ de l’Autre où la vérité pour nous se présente, mais de cette façon rompue, morcelée, fragmentaire, qui la constitue à proprement parler comme intrusion dans le savoir.

Avant d’oser même poser les questions concernant ceci : OÙ EST LE PSYCHANALYSTE ? il nous faut faire le rappel de ce dont il s’agit, concernant le statut de ce que désigne ici le segment petit a.

Vous avez, je pense, déjà senti qu’il est bien clair qu’il y a un rapport entre ce petit a qui est ici (2) et ce grand A qui est là (1), qu’ils ont même la même fonction par rapport à deux choses différentes.

Le petit a : forme fermée, forme donnée au départ de l’expérience analytique, sous laquelle se présente le sujet, production de son histoire et nous dirons même plus : déchet de cette histoire, forme qui est celle que je désigne sous le nom de l’objet petit a; a le même rapport avec le A de l’Autre sexuel, que ce A de la vérité – du champ d’intrusion de ce quelque chose qui boite, qui pèche dans le sujet, sous le nom de symptôme – le même rapport que ce champ petit a, avec quoi ? Avec l’ensemble.

a/A = A/a+A

Toute coupure faite dans ce champ – et ce n’est pas dire que l’analyste qui y procède soit à identifier à ce champ de l’Autre, comme on serait évidemment un tant soit peu tenté de le faire (les grossières analogies entre l’analyste et le père, par exemple, puisque aussi bien, ce pourrait aussi être là que fonctionne cette mesure destinée à déterminer tous les rapports de l’ensemble et nommément ceux du petit a avec le champ du A sexuel. Ne nous pressons pas, je vous en prie, vers des formules aussi précipitées, d’autant plus qu’elles sont fausses.) ceci n’empêche pas qu’il y a le plus étroit rapport entre le champ du grand A de l’intervention véridique et la façon dont  le sujet vient à présentifier le petit a, ne serait-ce (comme vous venez de le voir, en apparence, dans l’exemple emprunté à Ernst Kris) qu’en manière de protestation à une coupure anticipée. Il n’y a qu’un malheur : c’est que, justement, ça n’est pas là qu’a porté l’intervention de Kris ; elle a porté dans ce champ-ci; pour autant que dans l’analyse – je dis : dans l’analyse – c’est un champ désexualisé. Je veux dire que dans l’économie subjective, c’est de la désexualisation du champ propre à l’acte sexuel que dépend l’économie, les retentissements donc, que vont avoir l’un sur l’autre les autres secteurs du champ. C’est pour ça que ceci vaut bien (avant que je poursuive plus loin, ce qui ne se fera qu’après les vacances de Pâques : pour la raison que la prochaine de nos séances, qui sera la dernière avant, je la réserverai à quelqu’un qui m’a demandé d’intervenir sur ce que j’ai avancé au moins depuis le début du mois de janvier, concernant cette topologie :celle qui comprend aussi bien les quatre termes de l’aliénation que ceux de la répétition) il vaut bien, dans ces conditions, de s’attarder sur ce qu’il en est de ce champ, en tant que, dans l’analyse, c’est là que se trouve réservée la place de l’acte sexuel.

Je reviens sur le fondement de la satisfaction de l’acte sexuel, en tant qu’il est aussi ce qui donne le statut de la SUBLIMATION. J’y reviens pour, cette année, devoir ne pas pousser plus loin ce que j’introduis sur ce point. Qu’en est-il de la satisfaction de l’acte sexuel ? Elle ressortit à ceci, que nous connaissons par l’expérience analytique, qu’il y a, non pas d’un partenaire à l’autre, mais d’un quelconque des partenaires à l’idée du couple comme un : ce manque – que nous pouvons  définir différemment : manque à être, manque à la jouissance de l’Autre – ce manque, cette non coïncidence du sujet comme produit, en tant qu’il s’avance dans ce champ de l’acte sexuel, car il n’est pas autre chose qu’un produit, à ce moment-là. Il n’a besoin ni d’être, ni de penser, ni d’avoir sa règle à calcul… Il entre dans ce champ et il croit être égal au rôle qu’il a à y tenir. Ceci, qu’il soit de l’homme ou de la femme. Dans les deux cas le manque phallique qu’on l’appelle castration dans un cas, ou Penisneid dans l’autre est là ce qui symbolise le manque essentiel.

C’est de ceci qu’il s’agit. Et pourquoi le pénis se trouve-t-il le symboliser ? Précisément d’être ce qui, sous forme de la détumescence, matérialise ce défaut, ce manque à la jouissance – matérialise le manque qui dérive ou plus exactement : qui paraît dériver, de la loi du plaisir.

C’est en effet dans la mesure où le plaisir a une limite, où le trop de plaisir est un déplaisir, que ça s’arrête-là et qu’il paraisse qu’il ne manque rien. Eh bien, c’est une erreur de calcul, exactement la même que nous ferions – et je peux vous faire passer ça comme on fait passer la muscade : je vous assure que si je me livre à un certain nombre de petites équations concernant ce a, ce 1 + a, ce 1 – a qui est égal à a2 et tout ce qui s’ensuit, je vous ferais, à un moment passer comme rien, que ce 2 + a que vous voyez là sous la forme de ce a qui est là et de ceux-ci qui valent chacun 1… sûr, en un 2a + 1, sans même que vous y ayiez vu que du feu. Je n’ai pas le temps aujourd’hui. Si vous voulez que je le fasse la prochaine fois, quand nous aurons ensemble un petit débat, ce sera aisé à faire, et c’est même très amusant ! Il n’y a rien de plus amusant que cette très jolie fonction qui s’appelle le Nombre d’or.

Le 1 – a qui est ici et dont il est facile de démontrer qu’il est égal à a2, c’est ce qu’a de satisfaisant l’acte sexuel. A savoir que dans l’acte sexuel, on ne s’aperçoit pas de ce qui manque.

C’est toute la différence qu’il y a avec la sublimation. Non pas que, dans la sublimation, on le sache tout le temps, mais qu’on l’obtient comme tel, à la fin ; si tant est qu’il y ait une fin de la sublimation.

C’est ce que je vais essayer de matérialiser pour vous par l’usage de ce qu’il en est de cette relation dite moyenne et extrême raison.

Dans la sublimation, que se passe-t-il ? Loin que le manque qui est ici sous la fonction de a , par rapport à ce petit a qui vient d’être porté ici sur le 1, de la façon que vous voyez plus haut…L’intérêt de cette relation, je vous l’ai dit la dernière fois, est le pouvoir de procéder par une réduction successive, qui se produit ainsi : vous rabattez ici le a2 et vous obtenez, concernant ce qui reste à savoir le a ici, une autre soustraction du a, c’est-à-dire a – a2, qui se trouve -c’est facile à démontrer, de même que a2 était égal à 1 – a – égal à a3, qui se place ici.

Voilà donc ce que vous obtenez, en prenant toujours le reste – et non pas, bien sûr ce que vous avez reproduit du a2 ; si vous rabattez ainsi le a3, vous obtenez ici un secteur qui a la valeur a4 ; puis, vous le rabattez, et vous avez ici a5. Vous avez donc toutes les puissances paires d’un côté, toutes les puissances impaires de l’autre.

Il est facile de voir qu’elles iront, si je puis dire, à la rencontre l’une de l’autre, jusqu’à se totaliser en un, mais que le point où se produira la coupure, entre les puissances impaires et les puissances paires, est facile à calculer : ce point est très précisément un point qui est déterminable par le fait qu’il est égal au a2 qui se produisait ici d’abord.

Il suffit que vous manipuliez un peu ces proportions, sur une feuille blanche, pour que vous puissiez en faire le contrôle vous-mêmes.

Qu’est-ce que ceci donne comme structure de la fonction sublimatoire ? D’abord, qu’au contraire du pur et simple acte sexuel, c’est du manque qu’elle part et c’est à l’aide de ce manque qu’elle construit ce qui est son œuvre et qui est toujours la reproduction de ce manque.

Quelle qu’elle soit, de quelque façon qu’elle soit prise – et l’œuvre de sublimation n’est pas du tout forcément l’œuvre d’art, elle peut être bien d’autres choses encore, y compris ce que je suis en train de faire ici avec vous, qui n’a rien à faire avec l’œuvre d’art – cette reproduction du manque, qui va jusqu’à serrer le point où sa coupure dernière équivaut strictement au manque de départ a2, voilà ce dont il s’agit dans toute œuvre de sublimation achevée.

Ceci, bien sûr, implique à l’intérieur de l’acte, une répétition : ce n’est qu’à retravailler le manque d’une façon infiniment répétée, que la limite est atteinte qui donne à l’œuvre entière sa mesure.

Bien sûr, pour que ceci fonctionne, convient-il que la mesure soit juste, au départ. Car observez quelque chose avec la mesure petit a, que nous avons donnée pour être une mesure spécialement harmonique, vous avez la formule suivante

1 + a + a2… (etc. .., jusqu’à l’infini quant aux puissances invoquées) est égal à :

1 / 1-a

Ceci n’est pas seulement vrai pour a de la juste mesure, de celle du Nombre d’or, Amour autant qu’elle nous sert d’image, à la mesure du sujet par rapport au sexe dans un cas idéal. Ceci fonctionne pour n’importe quel x , de n’importe quelle valeur, à cette seule condition que cet x soit compris entre O et 1. C’est-à-dire, qu’il comporte aussi, par rapport au l, quelque défaut ou quelque manque.

Mais bien sûr, la manipulation n’en sera pas aussi aisée concernant la fonction répétitive de la sublimation. C’est bien de la question de ce qu’il en est, au départ, de ce a, qu’il s’agit : le a n’a pas affaire, dans le sujet, qu’à la fonction sexuelle, qu’il lui est même antérieur, qu’il est lié purement et simplement à la répétition en elle-même. Le rapport du a au S barré, en tant que le S s’efforce d’être justement situé au regard de la satisfaction sexuelle, c’est là ce qui s’appelle à proprement parler le fantasme et c’est ce à quoi, cette année, nous désirons avoir affaire. Mais avant de voir comment nous y accédons, à savoir dans l’acte analytique, il était nécessaire que j’articule pour vous d’une façon qui, certes, peut paraître éloignée des faits – elle ne l’est pas (vous le verrez) tellement que vous pouvez le croire, à plaisanter sur la présence ou non, dans votre poche, de la règle à calcul – vous verrez, au contraire, que c’est à introduire ces nouveautés dans l’ordre structural, que beaucoup des confusions, des collapses, des embrouillages de la théorie, peuvent s’aérer d’une façon qui a sa sanction dans l’ordre efficace.

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