mercredi, février 21, 2024
Recherches Lacan

LX L'angoisse 1962 – 1963 Leçon du 12 décembre 1962

Leçon du 12 décembre 1962

 

On a vu, on a lu, on verra, on lira encore qu’une certaine forme d’un segment de la psychanalyse, nommément celui qui se poursuit ici, a un caractère prétendument plus philosophique que tel autre qui essaierait de se raccorder à une expérience plus concrète, plus scientifique, plus expérimentale. Peu importe quel mot on emploie. Ce n’est pas ma faute, comme on dit, si la Psychanalyse sur le plan théorique met en cause le désir de connaître ; elle se place donc d’elle-même dans son discours déjà dans cet en deçà, dans ce qui précède le moment de la connaissance qui à soi tout seul justifierait cette sorte de mise en question qui donne à notre discours une certaine teinte, disons, philosophique. Aussi bien d’ailleurs, j’étais en cela précédé par l’inventeur même de l’analyse qui était bien, que je sache, quelqu’un qui était au niveau d’une expérience directe, celle des malades, des malades mentaux, de ceux-là spécialement qu’on a appelés avec une plus grande rigueur depuis Freud les névrosés.

Mais après tout ce ne serait pas une raison de rester plus de temps qu’il ne convient dans une mise en cause épistémologique si la place du désir, la façon dont il se creuse n’était pas à tout instant, à tout instant dans notre position thérapeutique, présentifiée pour nous par un problème, le plus concret de tous, celui de ne pas nous laisser nous engager dans une fausse voie, de ne pas y répondre à tort, de ne pas y répondre à côté, au moins considérer reconnu un certain but que nous poursuivons et qui n’est pas si clair. Je me souviens avoir provoqué l’indignation chez cette sorte de confrères qui savent à l’occasion se remparder derrière je ne sais qu’elle enflure de bons sentiments destinée à rassurer je ne sais qui, d’avoir provoqué l’indignation en disant que dans l’analyse, la guérison venait en quelque sorte par surcroît. On y a vu je ne sais quel dédain de celui dont nous avons la charge, de celui qui souffre. Je parlais d’un point de vue méthodologique. Il est bien certain que notre justification comme notre devoir est d’améliorer la position du sujet. Et je prétends que rien n’est plus vacillant dans le champ où nous sommes que le concept de guérison. Est-ce qu’une analyse qui se termine par l’entrée du patient ou de la patiente dans le tiers-ordre est une guérison, même si son sujet s’en trouve mieux quant à ses symptômes ? Et une certaine voie, un certain ordre qu’il a reconquis énonce les réserves les plus expresses sur les voies dès lors à ses yeux, perverses, par où nous l’avons fait passer pour le faire entrer au royaume du ciel. Ça arrive. C’est pourquoi je ne pense pas un seul instant m’écarter de notre expérience. Mon discours, bien loin de s’en écarter, consiste justement à rappeler qu’à l’intérieur de notre expérience toutes les questions peuvent se poser et qu’il faut justement que nous y conservions la possibilité d’un certain fil qui, à nous tout au moins, nous garantisse que nous ne trichons pas avec ce qui est notre instrument même, c’est-à-dire le plan de la vérité. Cela nécessite bien sûr une exploration qui n’a pas seulement à être sérieuse. Je dirai, jusqu’à un certain point, à être, oui, encyclopédique.

Il n’est pas facile sur un sujet comme l’angoisse de rassembler dans un discours comme le mien, cette année, ce qui, disons, pour des analystes doit être fonctionnel, ce qu’ils ne doivent pas oublier à aucun instant concernant ce qui nous importe. Nous avons désigné sur ce petit schéma la place qu’occupe actuellement le — φ comme la place de l’angoisse, comme cette place que j’ai déjà désignée comme constituant un certain vide, l’angoisse y apparaissant. Tout ce qui peut se manifester à cette place, peut nous dérouter, si je puis dire, quant à la fonction structurante de ce vide.

Les signes si je puis dire, les indices pour être plus exact, la portée de cette tautologie, n’auront de valeur que si vous pouvez les retrouver confirmés par quelque abord que ce soit qui ait été donné par toute étude sérieuse du phénomène de l’angoisse, quels qu’en soient les présupposés. Même si ces présupposés nous paraissent à nous trop étroits, à devoir être situés à l’intérieur de cette expérience radicale qui est la nôtre, il reste que quelque chose a bien été saisi à certain niveau et que, même si le phénomène de l’angoisse nous apparaît comme limité, distordu, insuffisant au regard de notre expérience, il est au moins à savoir pourquoi il en est ainsi. Or il n’en est pas toujours ainsi. Nous avons à recueillir, à quelque niveau que ce soit, où a été formulée jusqu’à présent l’interrogation au sujet de l’angoisse.

C’est mon propos d’aujourd’hui de l’indiquer, faute de pouvoir, bien sûr, faire la somme qui nécessiterait toute une année de séminaire, faire la somme de ce qui a été apporté dans un certain nombre de types d’interrogation qu’on appelle, à tort ou à raison, par exemple, l’abord objectif du problème de l’angoisse, l’abord expérimental du problème de l’angoisse.

Et bien sûr, nous ne saurions dans ces réponses que nous perdre, si je ne vous avais donné au départ les lignes de mire, les points de maintien que nous ne pouvons abandonner un seul instant pour garantir, rétrécir notre objet, enfin de nous apercevoir de ce qui le conditionne de la façon la plus radicale, la plus fondamentale. Et c’est pour ça que la dernière fois, mon discours aboutissait à les cerner, si l’on peut dire, de trois points de repère que je n’avais bien sûr qu’amorcés, introduire trois points où assurément, la dimension de l’Autre restait dominante, à savoir la demande de l’Autre, la jouissance de l’Autre et, sous une forme tout à fait modalisée et restée d’ailleurs à titre de point d’interrogation, le désir de l’Autre, pour autant que c’est ce désir qui correspond à notre interrogation, j’entends celle de l’analyste, de l’analyste en tant qu’il intervient comme terme.

 

Nous n’allons pas faire ce que nous reprochons à tous les autres, à savoir de nous élider du texte de l’expérience que nous interrogeons. L’angoisse à laquelle nous avons ici à apporter une formule c’est une angoisse qui nous répond, c’est une angoisse que nous provoquons, c’est une angoisse avec laquelle nous avons à l’occasion un rapport déterminant.

Cette dimension de l’Autre où nous trouvons notre place, notre place efficace pour autant justement que nous savons ne pas la rétrécir, ce qui est le motif de la question que je pose, à savoir dans quelle mesure notre désir ne doit pas la rétrécir, cette dimension de l’Autre, je voudrais bien vous faire sentir qu’elle n’est absente d’aucun des modes sous lequel jusqu’à ce jour on a pu tenter de cerner, de serrer ce phénomène de l’angoisse.

Et je dirai qu’au point d’exercice mental où je vous ai formés, habitués, peut-être bien, ne peut plus que vous paraître vaine cette sorte d’emphase, de vain succès, de faux triomphe que certains trouvent à prendre dans le fait que, par exemple, soi-disant au contraire de la pensée analytique, — et encore ce serait-il, enfin… — les névroses sont réalisées chez l’animal dans le laboratoire, sur la table d’expérience. Ces névroses, celles sur lesquelles le laboratoire pavlovien, je veux dire Pavlov lui-même et ceux qui l’ont suivi, ont pu mettre à l’occasion l’accent, qu’est-ce qu’elles nous montrent ? On nous dit que dans le texte et la suite de ses expériences par où on conditionne ce qu’on appelle tel réflexe de l’animal, à savoir telle réaction naturelle d’un de ces appareils qu’on associe à une stimulation, à une excitation qui fait partie d’un registre présumé complètement différent de celui qui est intéressé dans la réaction, par un certain mode de faire converger ces réactions conditionnées, nous allons tenir compte de l’effet de contrariété. La que nous avons déjà obtenu, conditionné, dressé une des réponses de l’organisme, nous allons le mettre en posture de répondre de deux manières opposées à la fois, engendrant si l’on peut dire une sorte de perplexité organique.

Pour aller plus loin, nous dirons même que dans certains cas, nous pouvons, nous avons l’idée que ce que nous obtenons est une sorte d’épuisement des possibilités de réponse, une sorte de désordre plus fondamental engendré par leur détournement, quelque chose qui intéresse de façon plus radicale ce qu’on peut appeler le champ ordinaire de la réaction impliquée qui est la traduction objective de ce qui pourra s’interpréter dans une perspective plus générale comme définie par certains modes de réaction qu’on appellera instinctuels. Bref, d’en arriver au point où la demande faite à la fonction — c’est quelque chose qu’on a théorisé plus récemment et en d’autres aires culturelles, du terme de stress — peut aboutir, déboucher sur cette sorte de déficit qui dépasse la fonction elle-même, qui intéresse l’appareil de façon qui le modifie, au-delà du registre de la réponse fonctionnelle, qui plus ou moins confine, dans les traces durables qu’il engendre, au déficit lésionnel.

Il sera important sans doute de pointer dans cet éventail de l’interrogation expérimentale où, à proprement parler, se manifeste quelque chose qui nous rappelle sous des réactions névrotiques la forme dite angoissée. Il y a pourtant quelque chose qui paraît, dans une telle façon de poser le problème de l’expérience, toujours éludé. Éludé d’une façon qu’il est sans doute impossible de reprocher au rapporteur de ces expériences de l’éluder, puisque cette élision est constitutive de l’expérience elle-même. Mais pour quiconque a à rapprocher cette expérience de celle qui est la nôtre, à savoir de celle qui se passe avec un sujet parlant — c’est là l’importance de cette dimension pour autant que je vous la rappelle — il est impossible de ne pas faire état de ceci, que si primitif par rapport à celui d’un sujet parlant que soit l’organisme animal interrogé — et il est très loin d’être primitif, d’être éloigné du nôtre, cet organisme, dans les expériences pavloviennes puisque ce sont des chiens — la dimension de l’Autre est présente dans l’expérience.

Ce n’est pas d’hier qu’intervenant par exemple au cours d’une de nos séances scientifiques sur quelques phénomènes qui nous étaient rapportés, je ne peux pas les redire aujourd’hui, concernant la création de la névrose expérimentale, je faisais remarquer à celui qui communiquait ses recherches, que sa présence à lui, dans l’expérience, comme personnage humain, manipulateur d’un certain nombre de choses autour de l’animal devait être à tel et tel moment de l’expérience, mise en cause, comptée. Quand on sait comment se comporte un chien vis-à-vis de celui qui s’appelle ou qui ne s’appelle pas son maître, on sait que la dimension de l’Autre compte, en tout cas pour un chien. Mais ne serait-il pas un chien, serait-il une sauterelle ou une sangsue, de ce fait qu’il y a un montage d’appareils, la dimension de l’Autre est présente. Vous me direz, une sauterelle ou une sangsue, organisme patient de l’expérience, n’en sait rien de cette dimension de l’Autre. Je suis absolument d’accord, c’est pour ça que tout mon effort pendant un certain temps a été de vous démontrer l’ampleur au niveau où chez nous, sujets, tels que nous apprenons à le manier, à le déterminer, ce sujet que nous sommes, il y a aussi tout un champ où de ce qui nous constitue comme champ nous n’en savons rien. Et que le Selbstbewusstsein que je vous ai appris à nommer le sujet supposé savoir, est une illusion trompeuse. Le Selbstbewusstsein considéré comme constitutif du sujet connaissant est une illusion, est une source d’erreur. Car la dimension du sujet supposé transparent dans son propre acte de connaissance, ne commence qu’à partir de l’entrée en jeu d’un objet spécifié qui est celui qu’essaie de cerner le stade du miroir, : à savoir de l’image du corps propre pour autant que le sujet d’une façon jubilatoire a le sentiment, en effet, d’être devant un objet qui le rend, lui sujet, à lui-même transparent.

L’extension de cette illusion, qui constitue radicalement en elle-même l’illusion de la conscience, à toute espèce de connaissance est motivée par ceci que l’objet de la connaissance sera désormais construit, modelé à l’image de ce rapport à l’image spéculaire, et c’est précisément en quoi cet objet de la connaissance est insuffisant. Et n’y aurait-il pas la psychanalyse, on le saurait à ceci, c’est qu’il existe des moments d’apparition de l’objet qui nous jettent dans une toute autre dimension, dimension qui mérite, parce qu’elle est donnée dans l’expérience, d’être détachée comme telle, comme primitive dans l’expérience, qui est justement la dimension de l’étrange, de quelque chose qui d’aucune façon ne saurait se laisser saisir, comme laissant en face de lui le sujet transparent à sa connaissance. Devant ce nouveau, le sujet littéralement vacille et tout est remis en question de ce rapport soi-disant primordial du sujet à tout effet de connaissance.

Ce surgissement de quelque chose dans le champ de l’objet, qui pose son problème comme celui d’une structuration irréductible, comme surgissement d’un inconnu comme éprouvé, n’est pas une question qui se pose aux analystes, parce que comme c’est donné dans l’expérience, il faut tout de même bien tâcher d’expliquer pourquoi les enfants ont peur de l’obscurité, et on s’aperçoit en même temps qu’ils n’ont pas toujours peur de l’obscurité, et alors on fait de la psychologie, on s’engage justement, les soi-disant expérimentateurs, dans des théories sous l’effet d’une réaction héritée, ancestrale, primordiale d’une pensée, puisque pensée il semble qu’il faille toujours qu’on conserve le terme, d’une pensée structurée autrement que la pensée logique, rationnelle. Et on construit et on invente, : c’est la qu’on fait de la philosophie. Ici nous attendons ceux avec qui nous avons à l’occasion à poursuivre le dialogue, sur le terrain même où ce dialogue a à se juger, c’est à savoir si nous pouvons en rendre compte, nous, d’une façon moins hypothétique.

Cette forme que je vous livre, qui est concevable, consiste à s’apercevoir que si, dans la constitution d’un objet qui est l’objet corrélatif d’un premier mode d’abord, celui qui part de la reconnaissance de notre propre forme, et si cette connaissance, en elle-même limitée, laisse échapper quelque chose de cet investissement primitif à notre être qui est donné par le fait d’exister comme corps, est-ce que ce n’est pas dire quelque chose, non seulement de raisonnable mais de contrôlable que de dire que c’est ce reste, c’est ce résidu non imaginé du corps qui vient par quelque détour, et ici nous savons, ce détour, le désigner, ici se manifester à cette place prévue pour le manque, se manifester de cette façon qui nous intéresse et d’une façon qui, pour n’être pas spéculaire, devient dès lors inrepérable, c’est une dimension de l’angoisse, effectivement, que ce défaut de certains repères.

Nous ne serons pas la en désaccord avec la façon dont abordera ce phénomène un Kurt Goldstein par exemple. Quand il nous parle de l’angoisse, il en parle avec beaucoup de pertinence. Toute la phénoménologie des phénomènes lésionnels où Goldstein suit cette expérience qui nous intéresse, à la trace, comment s’articule-t-elle, sinon de la remarque préalable que l’organisme dans tous ses effets relationnels fonctionne comme totalité. Il n’est pas un seul de nos muscles qui ne soit intéressé dans son inclinaison de notre tête, que toute réaction à une situation implique la totalité de la réponse organismique et si nous le suivons, nous voyons surgir deux termes étroitement tressés l’un avec l’autre, le terme de réaction catastrophique, et dans son phénomène, à l’intérieur du champ de cette réaction catastrophique, le repérage comme tel des phénomènes d’angoisse.

Je vous prie de vous référer aux textes très accessibles, puisqu’ils ont été traduits en français, des analyses goldsteiniennes pour y repérer à la fois combien ces formulations s’approchent des nôtres et combien de clarté elles tireraient à s’en appuyer plus expressément. Car à tout instant si avec cette clé que vous apporte [Goldstein] vous en suivez le texte, vous verrez la différence qu’il y a de la réaction de désordre par où le sujet répond à son inopérance, au fait d’être devant une situation comme telle insurmontable, sans doute à cause de son déficit dans l’occasion. C’est après tout une façon qui n’a rien d’étranger avec ce qui peut se produire, même pour un sujet non déficitaire devant une situation, situation de danger insurmontable Hilflosigkeit. Pour que la réaction d’angoisse se produise comme telle, il faut toujours deux conditions ; vous pourriez le voir dans les cas concrets évoqués : (1), que l’effet déficitaire soit assez limité pour que le sujet puisse le cerner dans l’épreuve où il est mis et que du fait de cette limite la lacune apparaisse comme telle dans le champ objectif. C’est ce surgissement du manque, sous une forme positive, qui est source d’angoisse, à ceci près, (2) qu’il ne faut, la encore, pas omettre, que c’est sous l’effet d’une demande, d’une épreuve organisée dans le fait que le sujet a en face de lui Goldstein ou telle autre personne de son laboratoire qui le soumet à un test organisé que se produit ce champ du manque et la question posée dans ce champ, dans ces termes, qu’il y a si peu lieu d’omettre que quand vous savez où et quand les rechercher, vous les trouvez immanquablement, s’il en est besoin. Pour sauter à un tout autre ordre, j’évoquerai ici l’expérience la plus massive, non pas reconstituée, ancestrale, rejetée dans une obscurité des âges anciens auxquels nous aurions prétendument échappés, d’une nécessité qui nous unit à ces âges qui est toujours actuelle et dont très curieusement nous ne parlons plus que très rarement, c’est celle du cauchemar. On se demande pourquoi les analystes depuis un certain temps s’intéressent si peu au cauchemar.

Je l’introduis ici parce qu’il faudra tout de même bien que nous y restions cette année un certain temps et je vous dirai pourquoi. Je vous dirai pourquoi et où en trouver la matière, car s’il y a là-dessus une littérature déjà constituée et des plus remarquables, à laquelle il convient que vous vous reportiez, c’est, si oubliée qu’elle soit sur ce point-là, c’est à savoir le livre de Jones sur le cauchemar, livre d’une richesse incomparable. Je vous rappelle la phénoménologie fondamentale. Je ne songe pas un instant à en éluder la dimension principale, l’angoisse de cauchemar est éprouvée à proprement parler comme celle de la jouissance de l’Autre. Le corrélatif du cauchemar, c’est l’incube ou le succube, c’est cet être qui pèse de tout son poids opaque de jouissance étrangère sur votre poitrine, qui vous écrase sous sa jouissance.

Eh bien! pour nous introduire par ce biais majeur dans ce que nous livrera la thématique du cauchemar, la première chose en tout cas qui apparaît, qui apparaît dans le mythe, mais aussi dans la phénoménologie du cauchemar, du cauchemar du vécu, c’est que cet être qui pèse par sa jouissance est aussi un être questionneur et même à proprement parler qui se manifeste, se déploie dans cette dimension complète, développée de la question comme telle qui s’appelle l’énigme. Le sphinx, dont, ne l’oubliez pas, l’entrée en jeu précède tout le drame d’Œdipe est une figure de cauchemar et une figure questionneuse en même temps. Nous aurons à y revenir.

Cette question donnant la forme la plus primordiale de ce que j’ai appelé la dimension de la demande, celle, vous allez le voir, que nous nommons d’habitude la demande au sens d’exigence prétendument instinctuelle n’en est donc qu’une forme réduite. Nous voici donc ramenés nous-mêmes à une question qui s’articule dans le sens d’interroger une fois de plus, de revenir, sur le rapport d’une expérience qui, au sens courant du terme sujet, peut être appelée présubjective avec le terme de la question, de la question sous sa forme la plus formée, sous la forme d’un signifiant qui se propose lui-même comme opaque, ce qui est la position de l’énigme comme telle.

Ceci nous ramène aux termes que je crois parfaitement articulés, je veux dire qui vous mettent en mesure, à chaque instant, de me ramener au pied de mon propre mur, de faire état de définitions déjà proposées et de les mettre à l’épreuve de leur usage. Ce signifiant, vous ai-je dit à tel tournant, c’est une trace, mais une trace effacée. Le signifiant, vous ai-je dit à tel autre tournant, se distingue du signe en ceci que le signe est ce qui représente quelque chose pour quelqu’un et le signifiant, vous ai-je dit, c’est ce qui représente un sujet pour un autre signifiant.

Nous allons remettre ceci à l’épreuve en ce sens que, concernant ce dont il s’agit, à savoir notre rapport, notre rapport angoissé à quelque objet perdu, mais qui n’est sûrement pas quand même perdu pour tout le monde, c’est à savoir, comme vous le verrez, comme je vous le montrerai, où est-ce qu’on le retrouve ? Car bien sûr, il ne suffit pas d’oublier quelque chose pour qu’il ne continue pas à être là, seulement il est la où nous ne savons plus le reconnaître. Pour le retrouver, il conviendrait de revenir sur le sujet de la trace. Car pour vous donner des termes destinés à animer pour vous l’intérêt de cette recherche, je vais tout de suite vous donner deux flashs sur le sujet de notre expérience la plus commune.

1 – Est-ce qu’il ne vous semble pas que la corrélation est évidente entre ce que j’essaie de dessiner pour vous et la phénoménologie du symptôme hystérique, le symptôme hystérique, au sens le plus large ? N’oublions pas qu’il n’y a pas que des petites hystéries, il y a aussi les grandes, il y a des anesthésies, il y a des paralysies, il y a des scotomes, il y a des rétrécissements du champ visuel. L’angoisse n’apparaît pas dans l’hystérie exactement dans la mesure où ces manques sont méconnus.

2 – Il y a quelque chose qui n’est pas souvent aperçu et même, je crois pouvoir l’avancer, que vous ne mettez guère en jeu, c’est à savoir quelque chose qui explique toute une part du comportement de l’obsessionnel. Je vous donne cette clé peut-être insuffisamment expliquée puisqu’il va falloir que je vous ramène par un long détour – mais je vous donne ce terme au but de notre chemin, entre autres, ne serait-ce que pour vous intéresser à ce chemin – l’obsessionnel, dans sa façon si particulière de traiter le signifiant, à savoir de le mettre en doute, à savoir de l’astiquer, de l’effacer, de le triturer, de le mettre en miettes, à savoir de se comporter avec lui comme Lady Macbeth avec cette maudite trace de sang, l’obsessionnel, par une voie sans issue sans doute, mais dont la visée n’est pas douteuse, opère justement dans le sens de retrouver sous le signifiant, le signe. Ungeschehen machen, rendre non avenue l’inscription de l’histoire. Ça s’est passé comme ça, mais ce n’est pas sûr. Ce n’est pas sûr parce que ce n’est que du signifiant, que l’histoire est donc un truc, en quoi il a raison l’obsessionnel, il a saisi quelque chose, il veut aller à l’origine, à l’étape antérieure, à celle du signe que je vais essayer maintenant de vous faire parcourir en sens contraire. Ce n’est pas pour rien que je suis parti aujourd’hui de nos animaux de laboratoire. Après tout, il n’y a pas des animaux que dans les laboratoires, on pourrait leur ouvrir les portes et voir ce qu’ils font, eux, avec les traces.

Ce n’est pas seulement la propriété de l’homme que d’effacer les traces, que d’opérer avec les traces. On voit des animaux effacer leurs traces. On voit même des comportements complexes qui consistent à enterrer un certain nombre de traces, de déjections par exemple. C’est bien connu chez les chats. Une partie du comportement animal consiste à structurer un certain champ de son Umwelt, de son entourage, par des traces qui le ponctuent, qui y définissent des limites. C’est ce qu’on appelle la constitution du territoire. Les hippopotames font ça avec leurs déjections et aussi avec le produit de certaines glandes qui sont, si mon souvenir est bon, chez eux périanales. Le cerf va frotter ses bois contre l’écorce de certains arbres, ceci a la portée aussi d’un repérage de traces. Je ne veux pas ici m’étendre dans l’infinie variété de ce que là-dessus une zoologie développée peut vous apprendre.

La chose qui m’importe, c’est ce que j’ai à vous dire concernant ce que je veux dire concernant l’effacement des traces. L’animal, vous dis-je, efface ses traces et fait de fausses traces. Fait-il pour autant, des signifiants ? Il y a une chose que l’animal ne fait pas, il ne fait pas de traces fausses pour nous faire croire qu’elles sont fausses. Il ne fait pas de traces faussement fausses, ce qui est un comportement, je ne dirai pas essentiellement humain, mais justement essentiellement signifiant. C’est la qu’est la limite. Vous m’entendez bien, des traces faites pour qu’on les croie fausses et qui sont néanmoins les traces de mon vrai passage, et c’est ce que je veux dire en disant que la se présentifie un sujet, quand une trace a été faite pour qu’on la prenne pour une fausse trace, là nous savons qu’il y a, comme tel, un sujet parlant, et la nous savons qu’il y a un sujet comme cause et la notion même de la cause n’a aucun autre support que celui-là.

Nous essayons après de l’étendre à l’univers, mais la cause originelle c’est la cause comme telle d’une trace qui se présente comme vide, qui veut se faire prendre pour une fausse trace. Et qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire indissolublement que le sujet, là où il naît, s’adresse à quoi ? Il s’adresse à ce que brièvement j’appellerai la forme la plus radicale de la rationalité de l’Autre. Car ce comportement n’a aucune autre portée possible que de prendre rang au lieu de l’Autre dans une chaîne de signifiants, de signifiants qui ont ou n’ont pas la même origine, mais qui constituent le seul terme de référence possible à la trace devenue signifiante. De sorte que vous saisissez là, qu’à l’origine, ce qui nourrit l’émergence du signifiant c’est une visée de ce que l’Autre, l’Autre réel ne sache pas. Le il ne savait pas s’enracine dans un il ne doit pas savoir. Le signifiant sans doute révèle le sujet, mais en effaçant sa trace.

Il y a donc d’abord un a, l’objet de la chasse, et un A dans l’intervalle desquels le sujet S apparaît, avec la naissance du signifiant, mais comme barré, comme non-su comme tel. Tout le repérage ultérieur du sujet repose sur la nécessité d’une reconquête sur ce non-su originel.

Entendez donc là ce quelque chose qui déjà vous fait apparaître le rapport vraiment radical concernant l’être à reconquérir de ce sujet à ce groupement du a, de l’objet de la chasse, avec cette première apparition du sujet comme non-su, ce que veut dire inconscient, unbewußt justifié par la tradition philosophique qui a confondu le bewußt de la conscience avec le savoir absolu et qui ne peut pas, à nous, suffire pour autant que nous savons que ce savoir et la conscience ne se confondent pas, mais que Freud laisse ouverte la question de savoir d’où peut bien provenir l’existence de ce champ défini comme champ de la conscience. Et ici, après tout, je peux revendiquer que le stade du miroir articulé comme il l’est apporte là-dessus un commencement de solution. Car je sais bien en quelle insatisfaction il peut laisser tels esprits formés à la méditation cartésienne. Je pense que cette année nous pourrons faire un pas de plus qui vous fasse saisir où est de ce système dit de la conscience l’origine réelle, l’objet originel. Car nous ne serons satisfaits de voir réfutées les perspectives de la conscience que quand enfin nous saurons qu’elle s’attache elle-même à un objet isolable, à un objet spécifié dans la structure.

Je vous ai tout à l’heure indiqué la position de la névrose dans cette dialectique. Je n’ai pas l’intention de vous laisser tellement en suspens. Tout de suite à y revenir, si vous avez su saisir le nerf de ce dont il s’agit concernant l’émergence du signifiant comme tel, ceci nous permettra de comprendre immédiatement à quelle pente glissante nous sommes offerts, concernant ce qui se passe dans la névrose. Je veux dire que la demande du névrosé, tous les pièges dans lesquels s’est engagée la dialectique analytique relèvent de ceci qu’y a été méconnue la part foncière de faux qu’il y a dans cette demande.

L’existence de l’angoisse est liée à ceci que toute demande, fût-ce la plus archaïque et la plus primitive, a toujours quelque chose de leurrant, par rapport à ce qui préserve la place du désir, et que c’est ce qui explique aussi le contexte angoissant de ce qui à cette fausse demande donne une réponse comblante. C’est ce qui fait que la mère qui, comme je le voyais surgir, il n’y a pas si longtemps, dans le discours d’un de mes patients, n’a pas quitté jusqu’à tel âge son enfant d’une semelle – peut-on dire mieux – n’a donné à cette demande qu’une fausse réponse, qu’une réponse vraiment à côté, puisque, si la demande est ce quelque chose qui est structuré, ainsi que je vous l’ai dit, parce que le signifiant est ce qu’il est, elle n’est pas à prendre, cette demande, au pied de la lettre; ce que l’enfant demande à sa mère de sa demande, c’est quelque chose qui pour lui est destiné à structurer cette relation présence-absence que le jeu originel du fort-da structure et qui est un premier exercice de maîtrise. C’est le comblement total d’un certain vide à préserver qui n’a rien à faire avec le contenu ni positif, ni négatif de la demande, c’est la que surgit la perturbation où se manifeste l’angoisse.

Mais pour le saisir, pour en bien voir les conséquences, il me semble que notre algèbre nous apporte la un instrument tout trouvé. Si la demande ici vient indûment à la place de ce qui est escamoté, a l’objet, ceci vous explique, à condition que vous vous serviez de mon algèbre – qu’est-ce que c’est qu’une algèbre si ce n’est pas quelque chose de très simple destiné à nous faire passer dans le maniement à l’état mécanique, sans que vous ayez à le comprendre, quelque chose de très compliqué, et ça vaut beaucoup mieux ainsi, on me l’a toujours dit en mathématiques, il suffit que l’algèbre soit correctement construite – si je vous ai appris à écrire la pulsion, $  – nous reviendrons sur cette coupure et vous avez tout de même commencé d’en prendre une certaine idée tout à l’heure, ce qu’il s’agit de couper, c’est l’élan du chasseur – $ coupure de D, de la demande, si c’est comme ça que je vous ai appris à écrire la pulsion, ça vous explique pourquoi c’est d’abord chez les névrosés qu’on a décrit les pulsions. C’est dans toute la mesure où le fantasme $  a se présente d’une façon privilégiée chez le névrosé comme $  D, en d’autres termes que c’est un leurre de la structure fantasmatique chez le névrosé qui a permis de faire ce premier pas qui s’appelle la pulsion et que Freud a toujours et parfaitement sans aucune espèce de flottement désigné comme Trieb, c’est-à-dire comme quelque chose qui a une histoire dans la pensée philosophique allemande, qu’il est absolument impossible de confondre avec le terme d’instinct. Moyennant quoi, même dans la Standard Edition, encore récemment et, si mon souvenir est bon, dans le texte d’Inhibition, symptôme, angoisse, je trouve traduit par instinctual need, quelque chose qui dans le texte allemand se dit Bedürfnis. Pourquoi ne pas traduire simplement, si on veut, Bedürfnis par need, ce qui est une bonne traduction du germain à l’anglais ? Pourquoi ajouter cet instinctual qui n’est absolument pas dans le texte et qui suffit à fausser tout le sens de la phrase ?

Tout ce qui fait tout de suite saisir qu’une pulsion n’a rien à faire avec un instinct – je n’ai pas d’objection à faire à la définition de quelque chose qu’on peut appeler l’instinct et même comme on l’appelle d’une façon coutumière, pourquoi ne pas appeler ainsi les besoins qu’ont les êtres vivants de se nourrir, par exemple. Eh bien! oui, puisqu’il s’agit de pulsion orale, est ce qu’il ne vous apparaît pas que le terme d’érogénéité appliqué à ce qu’on appelle la pulsion orale est quelque chose qui nous porte tout de suite sur ce problème, pourquoi est-ce qu’il ne s’agit que de la bouche ? Et pourquoi pas aussi de la sécrétion gastrique, puisque tout à l’heure nous parlions des chiens de Pavlov ? Et même pourquoi plus spécialement si nous y regardons de près, jusqu’à un certain âge, seulement les lèvres et, passé ce temps, ce qu’Homère appelle l’enclos des dents?

Est-ce que nous ne trouvons pas la tout de suite, dès le premier abord analytique à proprement parler de l’instinct, cette ligne de cassure dont je vous parle comme essentielle à cette dialectique instaurée par cette référence à l’Autre en miroir dont j’avais cru vous avoir apporté tout à l’heure – je ne l’ai pas retrouvée dans mes papiers – la référence que je vous donnerai la prochaine fois, dans Hegel, dans la Phénoménologie de l’Esprit, où il est formellement dit que le langage est travail; c’est là que le sujet fait passer son intérieur dans l’extérieur. Et la phrase même est telle qu’il est bien clair que cet inside-out, comme on dit en anglais, est vraiment la métaphore du gant retourné.

Mais si j’ai mis à cette référence l’idée d’une perte, c’est pour autant que quelque chose n’y subit pas cette inversion, qu’à chaque étape un résidu reste qui n’est pas inversable, ni non plus signifiable dans ce registre articulé. Et ces formes de l’objet, nous ne serons pas étonnés qu’elles nous apparaissent sous la forme qu’on appelle partielle; ça nous a assez frappés pour que nous l’ânonnions comme tel sous la forme sectionnée, sous laquelle nous sommes amenés à faire intervenir un objet par exemple corrélatif de cette pulsion orale. Ce mamelon maternel, dont il ne faut tout de même pas admettre la première phénoménologie qui est celle d’un tamis, sein coupé, je veux dire de quelque chose qui se présente avec un caractère artificiel. C’est d’ailleurs bien ce qui permet qu’on le remplace par n’importe quel biberon qui fonctionne exactement de la même façon dans l’économie de la pulsion orale.

Si on veut faire les références biologiques – les références au besoin, bien sûr, c’est essentiel, il ne s’agit pas de s’y refuser – mais c’est pour s’apercevoir que la toute primitive différence structurale y introduit de fait des ruptures, des coupures, y introduit tout de suite la dialectique signifiante. Est-ce qu’il y a là quelque chose qui soit impénétrable à une conception que j’appellerai tout ce qu’il y a de plus naturelle? La dimension du signifiant, qu’est-ce que c’est, si ce n’est, si vous voulez, un animal qui à la poursuite de son objet est pris dans quelque chose de tel que la poursuite de cet objet doive le conduire sur un autre champ de traces où cette poursuite elle-même comme telle ne prend plus dès lors que la valeur introductrice ?

Le fantasme, le $ par rapport au a prend ici valeur signifiante de l’entrée du sujet dans ce quelque chose qui va le mener à cette chaîne indéfinie des significations qui s’appelle le destin. On peut lui échapper indéfiniment, à savoir que ce qu’il s’agirait de retrouver, c’est justement le départ, comment il est entré dans cette affaire de signifiant.

Alors il est tout de même clair que ça vaut bien la peine de reconnaître comment les premiers objets, ceux qui ont été repérés dans la structure de la pulsion, à savoir celui déjà que j’ai nommé tout à l’heure, ce sein coupé, puis, plus tard, la demande à la mère s’inversant en une demande de la mère, à cet objet, dont on ne voit pas autrement quel pourrait être le privilège, cet objet qui s’appelle le scybale, à savoir quelque chose qui a aussi rapport avec une zone qu’on appelle érogène et dont il faut tout de même bien voir que la aussi c’est en tant que séparée par une limite de tout le système fonctionnel auquel elle atteint, et qui est infiniment plus vaste parmi les fonctions excrétoires – pourquoi l’anus, si ce n’est dans sa fonction déterminée de sphincter, de quelque chose qui contribue à couper un objet, et l’objet dont il s’agit est le scybale avec tout ce qu’il peut arriver à représenter, non pas simplement, comme on dit, de don, mais d’identité avec cet objet dont nous cherchons la nature – c’est cela qui lui donne sa valeur, son accent. Et qu’est-ce que je dis la contre, si ce n’est justement de justifier la fonction éventuelle qu’on lui donne sous le titre de la relation d’objet dans l’évolution, je ne veux pas dire d’hier, mais d’avant-hier, de la théorie analytique, à ceci près que c’est tout y fausser que d’y voir une sorte de modèle du monde de l’analysé dans lequel un processus de maturation permettrait la restitution progressive d’une réaction présumée totale, authentique; alors qu’il ne s’agit que d’un déchet désignant la seule chose qui est importante, à savoir la place, la place d’un vide où viendront, je vous le montrerai, se situer d’autres objets combien plus intéressants que vous connaissez d’ailleurs déjà, mais que vous ne savez pas placer.

Pour aujourd’hui seulement et pour réserver la place de ce vide, puisque aussi bien quelque chose dans notre projet ne manquera pas d’évoquer la théorie existentielle et même existentialiste de l’angoisse, dites-vous que ce n’est pas un hasard que l’un de ceux que l’on peut considérer comme l’un des pères, au moins à l’époque moderne, de la perspective existentielle, ce Pascal dont on ne sait pas tellement pourquoi il nous fascine parce que, à en croire les théoriciens des sciences, il a tout loupé, le calcul infinitésimal qu’il était, paraît-il, à deux doigts de découvrir, je crois plutôt qu’il s’en foutait, car il y a quelque chose qui l’intéressait et c’est pour ça que Pascal nous touche encore, même ceux d’entre nous qui sont absolument incroyants, c’est que Pascal, comme un bon janséniste qu’il était, s’intéressait au désir. Et c’est pourquoi, je vous le dis en confidence, il a fait les expériences du Puy de dôme sur le vide. Que la nature ait ou non horreur du vide, c’était pour lui capital, parce que cela signifiait l’horreur de tous les savants de son temps pour le désir. Ce vide, ça ne nous intéresse absolument plus théoriquement. Ça n’a presque pour nous plus de sens. Nous savons que dans le vide, il peut se produire encore des nœuds, des pleins, des paquets d’ondes, et tout ce que vous voudrez. Et pour Pascal justement, parce que, sinon la nature, toute la pensée jusque-là avait eu horreur de ceci qu’il puisse y avoir quelque part du vide, c’est cela qui se propose à notre attention, et de savoir si, nous aussi, nous ne cédons pas de temps en temps à cette horreur.

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