mercredi, février 28, 2024
Recherches Lacan

LX L'angoisse 1962 – 1963 Leçon du 13 mars 1963

Leçon du 13 mars 1963

Plusieurs ont bien voulu combler ma plainte de la dernière fois, à savoir de n’avoir pas encore pu connaître le terme russe qui correspondait à ce morceau de Tchekhov dont, je le dis en passant, je dois la connaissance à Monsieur Kaufman, j’y reviendrai d’ailleurs. C’est M. Kaufman lui-même qui, quoiqu’il ne soit pas russophone, m’a amené aujourd’hui le texte exact que j’ai demandé à Smirnof, par exemple, comme russophone, de bien vouloir rapidement commenter. Je veux dire — enfin, j’ose à peine articuler ces vocables, je n’ai pas la phonologie, — alors énoncer qu’il s’agit donc, dans le titre de CTPAXW qui est le pluriel de CTPAXA, lequel CTPAXA qui donne les mots concernant la crainte, la peur, l’angoisse, la terreur, les affres, nous pose de très difficiles problèmes de traduction. C’est un petit peu, j’y pense, en improvisation, j’y pense à l’instant, comme ce qu’on a pu soule­ver à propos du problème des couleurs, dont sûrement la connotation ne se recouvre pas d’une langue à l’autre. La difficulté, je vous l’ai déjà signalée, que nous avons à saisir le terme qui pourrait répondre à l’angoisse précisé­ment — puisque c’est de là que partent tous nos soucis — en russe, le montre bien. Quoi qu’il en soit, si j’ai bien dû comprendre à travers les débats, entre les russophones qui sont ici, qu’a soulevés ce mot, il apparaît que, d’une façon, ce que j’avançais la dernière fois était correct, à savoir que Tchekhov n’avait pas entendu, par là, parler de l’angoisse.

Là-dessus, j’en reviens а ce que je désirai rendre а Kaufman, c’est très exactement ceci donc, je me suis servi de cet exemple la dernière fois pour éclairer, si je puis dire, d’une façon latérale, ce dont je désirai opérer devant vous le renversement, а savoir que pour introduire la question, je disais qu’il serait tout aussi légitime de dire, en somme, que la peur n’a pas d’objet et, comme moi d’ailleurs j’allais annoncer, comme je l’avais déjà fait aupara­vant, que l’angoisse, elle, n’est pas sans objet, cela avait un certain intérêt pour moi. Mais il est évident que ça n’épuise absolument pas la question de ce que sont ces peurs ou frayeurs ou affres, ou tout ce que vous voudrez, qui sont désignées dans les exemples de Tchekhov. Or, comme — je ne pense pas que ce soit le trahir — М. Kaufman а le souci d’articuler quelque chose de tout а fait précis et centré justement sur ces frayeurs tchékoviennes, je crois qu’il importe de souligner que je n’en ai fait donc, qu’un usage latéral et, en quelque sorte, dépendant, par rapport à celui qu’il sera amené, lui-même, dans un travail, à faire plus tard.

Et là-dessus, je crois qu’avant de commencer encore, je vais vous faire bénéficier d’une petite trouvaille, toujours due d’ailleurs а М. Kaufman qui n’est pas russophone, c’est qu’au cours de cette recherche, il а trouvé un autre terme, le terme le plus commun pour je crains, qui est 50ЮСЬ paraît-­il. C’est le premier mot que vous voyez là écrit dans ces deux phrases et alors, à ce propos, il s’est amusé à s’apercevoir que, si je ne me trompe, en russe comme en français, la négation dite explétive, celle sur laquelle j’ai mis tellement d’accent, puisque j’y trouve rien moins que la trace signifiante dans la phrase de ce que j’appelle le sujet de l’énonciation, distincte du sujet de l’énoncé, qu’en russe aussi, il у а dans la phrase affirmative, je veux dire la phrase qui désigne, à l’affirmative, l’objet de ma crainte, ce que je crains, ce n’est pas qu’il ne vienne, c’est qu’il vienne, et je dis qu’il ne vienne, en quoi je me trouve confirmé par le russe, à dire qu’il ne suffit pas de quali­fier ce ne explétif, de discordantiel, c’est-à-dire de marquer la discordance qu’il у а entre ma crainte puisque je crains qu’il vienne, j’espère qu’il ne viendra pas. Eh ! bien, il semble d’après le russe que nous voyons qu’il faut accorder encore plus de spécificité, et ça va bien dans le sens de la valeur que je lui donne à ce ne explétif, à savoir que c’est bien le sujet de l’énonciation comme tel qu’il représente, et non pas simplement son sentiment car si, comme toujours, j’ai bien entendu tout à l’heure, la discordance en russe est déjà indiquée par une nuance spéciale, à savoir que le VТ05 qui serait là, est déjà en lui-même un que ne, mais marqué par une autre nuance. Si j’ai bien entendu Smirnoff, le que, qui distingue ce l{ТОБ du que simple du l (ТО qui est dans la seconde phrase, ouvre, indique une nuance de verbe, une sorte d’aspect conditionnel, de sorte que cette discordance est déjà marquée au niveau de la lettre 6 que vous voyez ici. Ceci n’empêche pas que le ne de la négation, encore plus-explétive donc, du simple point de vue du signifié, fonctionne quand même en russe comme en français, laissant donc ouverte la question de son interprétation, dont je viens de dire comment je la résous. Voilà.

Et maintenant, comment vais-je entrer en matière aujourd’hui ? Je dirais que ce matin, assez remarquablement, en pensant à ce que j’allais ici pro­duire, je me suis mis tout d’un coup а évoquer le temps où l’un de mes ana­lysés les plus intelligents, il у en а toujours de cette espèce, me posait avec insistance la question : « Qu’est-ce qui peut vous pousser а vous donner tout ce mal pour leur raconter ça ? » C’était dans les années arides où la linguis­tique, voire le calcul des probabilités, tenaient ici quelque place. En d’autres termes, je me suis dit, qu’après tout, ce n’était pas non plus un mauvais biais pour introduire le désir de l’analyste que de rappeler qu’il у а une question du désir de l’enseignant. Je ne vous donnerai pas, et pour cause, ici, le mot. Mais il est frappant que quand, par une ébauche de culpabilité que j’éprou­ve au niveau de ce qu’on peut appeler la tendresse humaine, quand il m’ar­rive de penser aux tranquillités auxquelles j’attente, j’avance volontiers l’ex­cuse, vous l’avez vu pointer plusieurs fois, que, par exemple, je n’enseigne­rais pas s’il n’y avait pas eu la scission. Ce n’est pas vrai. Mais, enfin, évi­demment, j’aurais aimé me consacrer а des travaux plus limités, voire plus intermittents, mais pour le fond, ça ne change rien.

En somme, qu’on puisse poser la question du désir de l’enseignant а quelqu’un, je dirai que c’est le signe, comme dirait Monsieur de La Palisse, que la question existe ; c’est aussi le signe qu’il у а un enseignement. Et ceci nous introduit, en fin de compte, à cette curieuse remarque que, là où on ne se pose pas la question, c’est qu’il у а le professeur. Le professeur existe chaque fois que la réponse а cette question est, si je puis dire, écrite, écrite sur son aspect, ou dans son comportement, dans cette sorte de condition­nement qu’on peut situer au niveau de, en somme, de ce qu’en analyse nous appelons le préconscient, c’est-à-dire qu’on peut sortir, d’où que ça vienne, des institutions ou même ce qu’on appelle de ses pen­chants.

Ce n’est pas, а ce niveau, inutile de s’apercevoir qu’alors, le professeur se définit comme celui qui enseigne sur les enseignements ; autrement dit, il découpe dans les enseignements. Si cette vérité était mieux connue, qu’il s’agit, en somme, au niveau du professeur, de quelque chose d’analogue au collage, si cette vérité était mieux connue, ça leur permettrait d’y mettre un art plus consommé, dont justement le collage, qui а pris son sens par l’œuvre d’art, nous montre la voie. C’est а savoir que s’ils faisaient leurs col­lages d’une façon moins soucieuse du raccord, moins tempérée, ils auraient quelque chance d’aboutir au résultat même а quoi vise le collage, d’évoquer proprement ce manque qui fait toute la valeur de l’œuvre figurative elle-même, quand elle est réussie bien entendu. Par cette voie donc, ils arrive­raient а rejoindre l’effet propre de ce qu’est justement un enseignement.

Voilà. Ceci donc pour situer, voire rendre hommage à ceux qui veulent bien prendre la peine de voir, par leur présence, ce qui s’enseigne ici, non seulement leur rendre hommage, mais les remercier de prendre cette peine.

Là-dessus, moi-même, je vais — puisque aussi bien j’ai quelquefois affai­re à des auditeurs qui ne viennent ici que de façon intermittente — tâcher de bien me faire, pour un instant, le professeur de mon propre enseigne­ment, et puisque la dernière fois je vous ai apporté des éléments que je crois assez massifs, rappeler ce point majeur de ce que j’ai apporté la dernière fois.

Partant donc de la distinction de l’angoisse et de la peur, j’ai, comme je venais de vous le rappeler а l’instant, tenté, au moins comme premier pas, de renverser l’opposition où s’est arrêtée la dernière élaboration de leur dis­tinction, actuellement par tout le monde reçue. Ce n’est certainement pas dans le sens de la transition de l’une а l’autre que va le mouvement. S’il en reste des traces dans Freud, ce ne peut être que par erreur qu’on lui attri­buerait l’idée de cette réduction de l’une à l’autre, une erreur fondée sur ce que je vous ai rappelé, qu’il у а chez lui justement l’amorce de ce qui est en réalité ce renversement de position, en ce sens que s’il dit justement — mal­gré qu’à tel détour de phrases le terme objektlos puisse revenir — et il dit que l’angoisse est Angst vor etwas, angoisse devant quelque chose, ce n’est certes pas pour la réduire à être une autre forme de la peur, puisque ce qu’il souligne, c’est la distinction essentielle de la provenance de ce qui provoque l’une et l’autre. C’est donc bien du côté du refus de toute accentuation pour isoler la peur de l’entgegenstehen, de ce qui se pose devant, de la peur comme réponse, entgegen précisément, que ce que j’ai dit au passage, concernant la peur, а à être retenu.

Par contre, c’est bien à rappeler d’abord que dans l’angoisse, le sujet est, je dirais, étreint, concerné, intéressé au plus intime de lui-même, que nous voyons simplement sur le plan phénoménologique déjà l’amorce de ce que j’ai essayé plus loin d’articuler d’une façon précise. J’ai rappelé à ce propos le rapport étroit de l’angoisse avec tout l’appareil de ce que nous appelons défenses. Et sur cette voie, j’ai repointé, non sans l’avoir déjà articulé, pré­paré de toutes les façons, que c’est bien du côté du réel, en première approximation, que nous avons а chercher l’angoisse comme ce qui ne trompe pas.

Ce n’est pas dire que le réel épuise la notion de ce que vise l’angoisse. Ce que vise l’angoisse dans le réel, ce par rapport а quoi elle se présente comme signal, c’est ce dont j’ai essayé de vous montrer la position dans le tableau dit, si je puis dire, de la division signifiante du sujet, où 1’Х d’un sujet pri­mitif va vers son avènement, c’est-à-dire son avènement comme sujet, ce rapport А sur S, s selon la figure d’une division, d’un sujet S par rapport au А de l’Autre, en ceci que c’est par cette voie de l’Autre que le sujet а а se réaliser. C’est ce sujet – je vous l’ai laissé indéterminé quant а sa dénomi­nation, les premiers termes de ces colonnes de la division dont les autres termes se sont trouvés posés selon les formes que j’ai déjà commentées – que j’inscris ici S.

La fin de mon discours, je pense, vous а suffisamment permis de recon­naître comment pourrait être – à ce niveau mythique, préalable, а tout ce jeu de l’opération – être dénommé le sujet, pour autant que ce terme ait un sens et justement pour celle des raisons sur laquelle nous reviendrons, qu’on ne peut, d’aucune façon, l’isoler comme sujet, et, mythiquement, nous l’appellerons, aujourd’hui, sujet de la jouissance. Car, comme vous le savez – je l’ai écrit ici la dernière fois, je crois – les trois étages auxquels répondent les trois temps de cette opération sont respectivement la jouis­sance, l’angoisse et le désir. C’est dans cet étagement que je vais aujourd’hui m’avancer pour montrer la fonction, non pas médiatrice, mais médiane, de l’angoisse, entre la jouissance et le désir.

Comment pourrions-nous encore commenter ce temps important de notre exposé, sinon а dire ceci – dont je vous prie de prendre les divers termes avec le sens le plus plein а leur donner-que la jouissance ne connaî­tra pas l’Autre, А, sinon par ce reste а, que, dès lors, pour autant que je vous ai dit qu’il n’y а aucune façon d’opérer avec ce reste, et donc que ce qui vient а l’étage inférieur, c’est l’avènement, а la fin de l’opération, du sujet barré, le sujet en tant qu’impliqué dans le fantasme, en tant donc qu’il est un des termes qui constituent le support du désir. Je dis seulement un des termes car le fantasme, c’est $ dans un certain rapport d’opposition à а, rapport dont la polyvalence et la multiplicité sont suffisamment définies par le caractère composé du losange, qui est aussi bien la disjonction v que la conjonction Ù, qui est aussi bien le plus grand que le plus petit, $ en tant que terme de cette opération а forme de division puisque а est irréductible, $ ne peut dans cette façon de l’imager dans les formes mathématiques, ne peut représenter que le rappel que si la division se faisait, ce serait plus loin, ce serait le rapport de а а S qui serait, dans le $ intéressés a/S.

Qu’est-ce а dire ? Que pour ébaucher la traduction de ce que je désigne ainsi, je pourrais suggérer que а vient а prendre une sorte de fonction de métaphore du sujet de la jouissance. Çа ne serait juste que dans la mesure même où а est assimilable а un signifiant; mais, justement, c’est ce qui résis­te а cette assimilation а la fonction du signifiant. C’est bien pour cela que а symbolise ce qui, dans la sphère du signifiant, est toujours ce qui se présen­te toujours comme perdu, comme ce qui se perd а la significantisation. Or, c’est justement ce déchet, cette chute, ce qui résiste à la significantisation, qui vient а se trouver constituer le fondement comme tel du sujet désirant, non plus le sujet de la jouissance, mais le sujet en tant que sur la voie de sa recherche, en tant qu’il jouit, qui n’est pas recherche de sa jouissance, mais c’est de vouloir faire entrer cette jouissance au lieu de l’Autre, comme lieu du signifiant, c’est la, sur cette voie, que le sujet se précipite, s’anticipe comme désirant.

Or, s’il у а ici précipitation, anticipation, ce n’est pas dans le sens que cette démarche sauterait, irait plus vite que ses propres étapes, c’est dans le sens qu’il aborde, en deçà de sa réalisation, cette béance du désir а la jouis­sance; c’est la que se situe l’angoisse. Et ceci est si sûr que le temps de l’an­goisse n’est pas absent, comme le marque cette façon d’ordonner les termes dans la constitution du désir, même si ce temps est élidé, non repérable dans le concret, il est essentiel. Je vous prie, pour ceux à qui j’ai besoin ici de sug­gérer une autorité pour qu’ils se fient à ce que je ne fasse point d’erreur, de se souvenir à ce propos de ce que dans l’analyse de Ein Kind wird geschla­gen, dans la première analyse, non seulement structurale mais finaliste du fantasme donnée par Freud, Freud dit justement lui aussi, d’un second temps toujours élidé dans sa constitution, tellement élidé que même l’ana­lyse ne peut que le reconstruire. Ce n’est pas dire qu’il soit toujours aussi inaccessible, ce temps de l’angoisse, à bien des niveaux phénoménologique­ment repérables. J’ai dit de l’angoisse en tant que terme intermédiaire entre la jouissance et le désir, en tant que c’est, franchie l’angoisse, fondé sur le temps de l’angoisse que le désir se constitue.

Il reste que la suite de mon discours а été faite pour illustrer ceci dont on s’était aperçu depuis longtemps, qu’au cœur de – nous ne savons pas plei­nement faire notre profit quand il s’agit pour nous de comprendre à quoi répond ce qui prend dans notre expérience d’analyste une autre valeur, le complexe de castration – qu’au cœur, dis-je, de l’expérience du désir, il у а ce qui reste quand le désir est satisfait, ce qui reste si l’on peut dire, à la fin du désir, fin qui est toujours une fausse fin, fin qui est toujours le résultat d’une méprise. La valeur que prend – ce que vous me permettrez de téles­coper dans ce que j’ai, la dernière fois, suffisamment articulé à propos de la détumescence – c’est à savoir ce que manifeste, ce que représente de cette fonction de reste le phallus à l’état flapi. Et cet élément synchronique tout bête comme chou, même comme la tige d’un chou, comme s’exprime Pétrone, est la pour nous rappeler que l’objet choit du sujet essentiellement dans sa relation au désir. Que l’objet choit dans cette chute, c’est là une dimension qu’il convient essentiellement d’accentuer, pour franchir ce petit pas de plus auquel je désire vous amener aujourd’hui, c’est-à-dire ce qui pouvait, avec un peu d’attention, déjà vous apparaître la dernière fois dans mon discours а partir du moment où j’ai essayé de montrer sous quelle forme s’incarne cet objet а du fantasme, support du désir.

Est-ce qu’il ne vous а pas frappé que je vous ai parlé du sein et des yeux, en les faisant partir de Zurbaran, de Lucie et d’Agathe, ces objets а se pré­sentant sous une forme, si je puis dire, positive ? Ces seins et ces yeux que je vous ai montrés là sur le plat où les supportent les deux dignes saintes, voire sur le sol amer où se portent les pas d’Œdipe, ils apparaissent ici avec un signe différent de ce que je vous ai montré ensuite dans le phallus, comme spécifié par le fait qu’à un certain niveau de l’ordre animal la jouis­sance coïncide avec la détumescence, vous faisant remarquer qu’il n’y а là rien de nécessaire, de nécessaire ni de lié а la Wesenheit, l’esseпce de l’orga­nisme au sens goldsteinien.

Au niveau du а, c’est parce que le phallus, le phallus en tant qu’il est, dans la copulation, non pas seulement instrument du désir, mais instrument fonctionnant d’une certaine façon, à un certain niveau animal, c’est pour ceci que lui se présente en position de а avec le signe moins.

Ceci est essentiel а bien articuler, а différencier, ce qui est important, de l’angoisse de castration, de ce qui fonctionne chez le sujet à la fin d’une ana­lyse, quand ce que Freud désigne comme menace de castration s’y main­tient. S’il у а quelque chose qui nous fasse toucher du doigt que c’est là un point dépassaЫe, qu’il n’est pas absolument nécessaire que le sujet reste suspendu, quand il est mâle, à la menace de castration, suspendu, quand il est de l’autre sexe, au penisneid, c’est justement cette distinction. Pour savoir comment nous pourrions franchir ce point limite, ce qu’il faut savoir, c’est pourquoi l’analyse menée dans une certaine direction aboutit à cette impasse, par quoi le négatif qui marque dans le fonctionnement physiolo­gique de la copulation de l’être humain le phallus se trouve promu, au niveau du sujet, sous la forme d’un manque irréductible. C’est ce qui est à retrouver comme question, comme direction de notre voie par la suite, et je crois ici important de l’avoir marqué.

Ce que j’ai apporté, ensuite, lors de notre dernière rencontre, c’est l’ar­ticulation de deux points très importants concernant le sadisme et le maso­chisme, dont je vous résume ici l’essentiel, l’essentiel, tout а fait capital а maintenir, soutenir, pour autant qu’à vous у tenir, vous pouvez donner leur plein sens а ce qui s’est dit de plus élaboré dans l’état actuel des choses concernant ce dont il s’agit, а savoir le sadisme et le masochisme. Ce qu’il у а а retenir dans ce que j’ai là énoncé, concerne d’abord le masochisme dont vous pourrez voir que, si les auteurs ont vraiment beaucoup peiné au point de mener très loin, si loin, qu’une lecture que j’ai faite, récente, ici, а pu moi-même me surprendre, je dirai tout à l’heure cet auteur qui а mené les choses а ma surprise, je dois dire, et à ma joie, aussi près que possible du point où j’essaierai cette année, concernant le masochisme, sous cet angle qui est le nôtre ici, de vous mener. Il reste que cet article même, dont je vous donnerai tout а l’heure le titre, reste, comme tous les autres, strictement incompréhensible pour la seule raison que, déjà au départ, у est en quelque sorte comme élidé, parce que là, enfin, absolument sous le nez, si l’on peut dire, de l’évidence, ceci que je vais énoncer à l’instant, qu’on essaie, on arri­ve à se déprendre de mettre l’accent sur ce qui, au premier abord, porte, heurte le plus notre finalisme, а savoir l’intervention de la fonction de la douleur. Ceci, on est arrivé à comprendre que ce n’est pas la l’essentiel.

Aussi est-on arrivé, Dieu merci, dans une expérience comme celle de l’analyse, а savoir que l’Autre est visé, que, dans le transfert, on peut s’aper­cevoir que ces manœuvres masochistes se situent а un niveau qui n’est pas sans rapport avec l’Autre.

Naturellement, beaucoup d’autres auteurs en profitent, а s’en tenir la, pour tomber dans un insight dont le caractère superficiel saute aux yeux; quelque maniable qu’elle se soit révélée, dans certains cas, а n’être parvenue qu’à ce niveau, on ne peut pas dire que la fonction du narcissisme, sur laquelle а mis l’accent un auteur, non sans un certain talent d’exposition, Ludwig Heidelberg, puisse être quelque chose qui nous suffise. C’est ce que, sans du tout vous avoir fait pénétrer pour autant dans la structure, comme nous serons amenés а le faire, du fonctionnement masochiste, ce que, simplement, j’ai voulu accentuer la dernière fois, par ce que la lumière qui éclairera les détails du tableau d’un tout autre jour, c’est de vous rappe­ler ce qui se donne apparemment tout de suite – c’est pour cela que ce n’est pas vu dans la visée du masochiste, dans l’accès le plus banal de ces visées – c’est que le masochiste vise la jouissance de l’Autre, et ce que j’ai accentué la dernière fois comme autre terme de ce pour quoi j’entends tendre tout ce qui permettra de déjouer, si l’on peut dire, la manœuvre, c’est que, ce qu’il veut, – ceci, bien sûr, étant le terme éventuel de notre recherche, dont il ne pourra, si vous voulez, se justifier pleinement que d’une vérification des temps qui prouvent que c’est la le dernier terme -le dernier terme est ceci, que ce qu’il vise, c’est l’angoisse de l’Autre. J’ai dit d’autres choses que j’en­tends vous rappeler aujourd’hui, c’est l’essentiel de ce qu’il у a là-dedans d’irréductible, а quoi il faut vous tenir, au moins jusqu’au moment où vous pourrez de ce que j’ai autour de cela ordonné, vous pourrez en juger.

Du côté du sadisme, par une remarque entièrement analogue, а savoir que le premier terme est élidé et qu’il а pourtant la même évidence que du côté du masochisme, c’est que ce qui est visé dans le sadisme, c’est, sous toutes ses formes, а tous ses niveaux, quelque chose aussi qui promeut la fonction de l’Autre et que, justement la, ce qui est patent, c’est que ce qui est cherché, c’est l’angoisse de l’Autre de même que dans le masochisme, ce qui est par là masqué, c’est non pas, par un processus inverse de renverse­ment, la jouissance de l’Autre -le sadisme n’est pas l’envers du masochis­me pour une simple raison, c’est que ce n’est pas un couple de réversibilité, la structure est plus complexe, j’y insiste, quoique aujourd’hui je n’isole dans chacun que deux termes; pour illustrer, si vous voulez, ce que je veux dire, je dirai que, comme vous pouvez le présumer d’après maints de mes sché­mas essentiels, ce sont des fonctions а quatre termes, ce sont, si vous vou­lez, des fonctions carrées et que le passage de l’un а l’autre se fait par une rotation au quart de tour et non par aucune symétrie ou inversion, ceci, vous ne le voyez pas apparaître au niveau que maintenant je vous désigne, – ce que je vous ai indiqué la dernière fois, qui se cache derrière cette recherche de l’angoisse de l’Autre, c’est, dans le sadisme, la recherche de l’objet а. C’est а quoi j’ai amené, comme référence, un terme expressif pris dans les fantasmes sadiens, « la peau du con ». Ce texte de l’œuvre de Sade, je ne vous le rappelle pas maintenant.

Nous nous trouvons donc, entre sadisme et masochisme, en présence de ce qui, au niveau second, au niveau voilé, au niveau caché de la visée de cha­cune de ces deux tendances, se présente comme l’alternance, en réalité l’oc­cultation réciproque de l’angoisse dans le premier cas, de l’objet а dans l’autre.

le termine par un bref rappel qui revient en arrière sur ce que j’ai dit, jus­tement, de ce а de cet objet, а savoir l’accentuation de ce que je pourrais appeler le caractère manifeste essentiellement, que nous connaissons bien, encore que nous ne nous apercevions pas de son importance, le caractère manifeste dont est marqué quoi? le mode sous lequel entre cette anatomie, dont Freud а tort de dire qu’elle est, sans autre précision, le destin. C’est la conjonction d’une certaine anatomie, celle que j’ai essayé de vous caractéri­ser la dernière fois au niveau des objets а par l’existence de ce que j’ai appe­lé les caduques, à savoir justement ce qui n’existe qu’à un certain niveau, le niveau mammifère parmi les organismes, la conjonction de ces caduques avec quelque chose qui est effectivement le destin, à savoir anagce par quoi la jouissance а à se confronter avec le signifiant, c’est là le ressort de la limi­tation chez l’homme, à quoi est soumise la destinée du désir, c’est à savoir cette rencontre avec l’objet dans une certaine fonction, pour autant que cette fonction le localise, le précipite à ce niveau que j’ai appelé de l’existence des caduques et de tout ce qui peut servir comme ces caduques, terme qui nous servira entre autres à mieux explorer, je veux dire à espérer donner un cata­logue exhaustif et limité des frontières, des moments de coupure où l’an­goisse peut être attendue, et de confirmer que c’est bien la qu’elle émerge.

Enfin, j’ai terminé, je vous le rappelle, par un exemple clinique des plus connus sur le rappel de la connexion étroite, sur laquelle nous aurons а revenir, et qui est beaucoup moins, de ce fait, accidentelle qu’on ne le croit, la conjonction, dis-je, de l’orgasme et de l’angoisse en tant que l’un et l’autre ensemble peuvent être définis par une situation exemplaire, celle que j’ai définie sous la forme d’une certaine attente de l’autre, et d’une attente qui n’est pas n’importe laquelle, celle qui, sous la forme de la copie blanche ou pas, que doit remettre а un moment le candidat, est un exemple absolument saisissant de ce que peut être pour un instant pour lui le а.

Nous allons, après tous ces rappels, essayer de nous avancer un peu plus loin. Je le ferai par une voie qui n’est peut-être pas, je l’ai dit, tout а fait celle а laquelle je me serais de moi-même résolu. Vous verrez ensuite ce que, par la, j’entends dire. Il у а quelque chose que je vous ai fait remarquer а pro­pos du contre-transfert, c’est а savoir combien les femmes semblaient s’y déplacer plus а l’aise. N’en doutez pas, si elles s’y déplacent plus а l’aise dans leurs écrits théoriquement, c’est que je présume qu’elles ne s’y dépla­cent pas mal non plus dans la pratique, même si elles n’en voient, n’en arti­culent – car là-dessus, après tout, pourquoi ne pas leur faire le crédit d’un petit peu de restriction mentale – si elles n’en articulent pas d’une façon tout а fait évidente et tout а fait claire, le ressort.

Il s’agit bien évidemment, ici, d’attaquer quelque chose qui est de l’ordre du ressort du désir а la jouissance. Notons d’abord ceci, qu’il semble, а nous référer а de tels travaux, que la femme comprenne très bien ce qu’est le désir de l’analyste. Comment cela se fait-il ? Il est certain qu’il nous faut ici reprendre les choses au point où je les ai laissées par ce tableau, en vous disant que l’angoisse fait le médium du désir а la jouissance. J’apporterai ici quelques formules où je laisse а chacun de se retrouver par son expérience; elles seront aphoristiques. Il est facile de comprendre pourquoi. Sur un sujet aussi délicat que celui, toujours pendant, des rapports de l’homme et de la femme, articuler tout ce qui peut rendre licite, justifier, la permanence d’un malentendu obligé, ne peut qu’avoir l’effet, tout а fait ravalant, de permettre à chacun de mes auditeurs de noyer ses difficultés personnelles, qui sont très en deçà de ce que je vais ici viser, dans l’assurance que ce malentendu est structural.

Or, comme vous le verrez si vous savez m’entendre, parler de malenten­du, ici, n’équivaut nullement а parler d’échec nécessaire. On ne voit pas pourquoi, si le réel est toujours sous-entendu, la jouissance la plus efficace ne pourrait pas être atteinte par les voies mêmes du malentendu.

De ces aphorismes, donc, je choisirai, je dirai fortement – c’est la seule chose qui distingue l’aphorisme du développement doctrinal, c’est qu’il renonce а l’ordre préconçu – j’avancerai ici quelques formes. Par exemple celle-ci, qui peut vous parler d’une façon, si l’on peut dire, moins sujette à ce que vous vous rouliez dans le ricanement, cette formule que seul l’amour permet а la jouissance de condescendre au désir. Nous en avancerons aussi quelques autres qui se déduisent de notre petit tableau où se montre que а comme tel, et rien d’autre, c’est l’accès, non pas à la jouissance, mais à l’Autre, que c’est tout ce qui reste, à partir du moment où le sujet veut у faire, dans cet Autre, son entrée. Ceci, enfin, pour dissiper, il semble, au der­nier terme, ce terme, ce fantôme empoisonnant depuis l’an 1927 de l’oblati­vité, inventée par le grammairien Pichon – Dieu sait que j’en reconnais le mérite dans la grammaire – dont on ne saurait que trop regretter qu’une analyse, si l’on peut dire absente, l’ait entièrement livré dans l’exposé de la théorie psychanalytique, l’ai entièrement laissé capturé dans les idées qu’il avait préalablement, qui n’étaient autres que les idées maurassiennes. Quand S ressort de cet accès а l’Autre, il est l’inconscient, c’est-à-dire ça, l’Autre barré, А comme je vous l’ai dit tout à l’heure; il ne lui reste qu’à faire de А quelque chose dont c’est moins la fonction métaphorique qui importe que le rapport de chute où il va se trouver par rapport à ce а.

Désirer, donc, l’Autre А, ce n’est jamais désirer que а. Il reste, puisque c’est de l’amour d’où je suis parti dans mon premier aphorisme, que pour traiter de l’amour, comme pour traiter de la sublimation, il faut se souvenir de ce que les moralistes qui étaient déjà avant Freud – je parle de ceux de la bonne tradition, et nommément de la tradition française, celle qui passe, dans ce que je vous ai appelé sa scansion, dans l’homme du plaisir- ce que les moralistes ont déjà pleinement articulé, et dont il convient que nous ne considérions pas l’acquis comme dépassé, que l’amour est la sublimation du désir. Il en résulte que nous ne pouvons pas du tout nous servir de l’amour comme premier ni comme dernier terme. Tout primordial qu’il se présente dans notre théorisation l’amour est un fait culturel et, comme l’a fort bien articulé La Rochefoucauld, ce n’est pas seulement « combien de gens n’au­raient jamais aimé s’ils n’en avaient entendu parler », c’est il ne serait pas question d’amour s’il n’y avait pas la culture.

Ceci doit nous inciter а poser ailleurs les arches de ce que nous avons а dire concernant – puisque c’est de cela dont il s’agit, à ce point où le dit Freud même, soulignant que ce détour aurait pu se produire ailleurs, et je reviendrai sur ce pourquoi je le fais maintenant – donc, ce sujet de la conjonction de l’homme et de la femme, nous avons а en poser autrement les arches. Je continue par ma voie aphoristique.

Si c’est au désir et а la jouissance qu’il nous faut nous référer, nous dirons que me proposer comme désirant, éros c’est me proposer comme manque de а » et que ce qu’il s’agit de soutenir, dans notre propos, est ceci, c’est que c’est par cette voie que j’ouvre la porte а la jouissance de mon être. Le carac­tère aporique de cette position, je pense, ne peut manquer de vous арра­raître, ne peut vous échapper. Mais il у а quelques pas de plus а faire. Le caractère aporique, ai-je besoin même de le souligner au passage, j’y revien­drai. Car je pense que vous avez déjà saisi, parce que je vous l’ai dit depuis longtemps, que si c’est au niveau de l’éros que je suis, que j’ouvre la porte а la jouissance de mon être, il est bien clair que le plus proche déclin qui s’offre à cette entreprise, c’est que je sois apprécié comme eromenos c’est­-à-dire comme aimable, ce qui, sans fatuité, ne manque pas d’arriver, mais où se lit déjà que quelque chose est loupé dans l’affaire. Ceci n’est pas aphoris­tique, mais déjà un commentaire. J’ai cru devoir le faire pour deux raisons, d’abord parce que j’ai eu une espèce de petit lapsus à double négation, ce qui devrait m’avertir de quelque chose, et deuxièmement, que j’ai cru entre­voir le miracle de l’incompréhension briller sur certaines figures.

Je continue. Toute exigence de а sur la voie de cette entreprise, disons, puisque j’ai pris la perspective androcentrique de rencontrer la femme, ne peut que déclencher l’angoisse de l’autre, justement en ceci que je ne le fais plus que а, que mon désir le a-ise, si je puis dire. Et, ici, mon petit circuit d’aphorisme se mord la queue; c’est bien pour ça que l’amour-sublimation permet а la jouissance, pour me répéter, de condescendre au désir.

Que voilà de nobles propos! Vous voyez que je ne crains pas le ridicu­le. Çа vous а un petit air de prêche dont, évidemment, chaque fois qu’on avance sur ce terrain, on ne manque pas de courir le risque. Mais il m’a sem­blé que tout de même, pour bien rire, vous preniez votre temps. Je ne sau­rais que vous en remercier, et je repars.

Je ne repartirai aujourd’hui que pour un court instant. Mais laissez moi encore faire quelques petits pas, car c’est sur cette même voie que je viens de parcourir sur un air qui vous а, comme ça, un petit air d’héroïsme, que nous pourrons nous avancer dans le sens contraire, en constatant très curieusement, une fois de plus, confirmant la non-réversibilité de ces par­cours, que nous allons voir surgir quelque chose qui vous apparaîtra, peut-être, d’un ton moins conquérant.

Ce que l’Autre veut nécessairement, sur cette voie qui condescend а mon désir, ce qu’il veut, même s’il ne sait pas du tout ce qu’il veut, c’est pourtant nécessairement mon angoisse. Car il ne suffit pas de dire que la femme, pour la nommer, surmonte la sienne par amour. Nous у reviendrons, c’est а voir. Procédons par la voie que j’ai choisie aujourd’hui. Je laisse encore de côté – ce sera pour la prochaine fois – comment se définissent les partenaires au départ. L’ordre des choses dans lesquelles nous nous déplaçons implique toujours que ce soit ainsi, que nous prenions les choses en route et même quelquefois а l’arrivée; nous ne pouvons pas les prendre au départ. Quoi qu’il en soit, c’est en tant qu’elle veut ma jouissance, c’est-à-dire jouir de moi – ça ne peut pas avoir d’autre sens – que la femme suscite mon angoisse, et ceci pour la raison très simple, inscrite depuis longtemps dans notre théorie, c’est qu’il n’y а de désir réalisable, sur la voie où nous le situons, qu’impliquant la castration. C’est dans la mesure où il s’agit de jouissance, c’est-à-dire où c’est а mon être qu’elle en veut, que la femme ne peut l’atteindre qu’à me châtrer. Que ceci ne vous conduise – je parle de la partie masculine de mon auditoire – а nulle résignation quant aux effets toujours manifestes de cette vérité première dans ce qu’on appelle d’un terme classificatoire, la vie conjugale. Car la définition d’une première n’a absolument rien а faire avec ses incidences accidentelles. Il n’en reste pas moins qu’on clarifie beaucoup les choses а l’articuler proprement. Or, l’articuler comme je viens de le faire, encore que ce soit recouvrir l’expérience de la façon la plus manifeste, est justement ce qui frise le danger que je viens de signaler à plusieurs reprises, à savoir qu’on у voie ce qu’on appelle dans le langage courant, une fatalité, ce qui voudrait dire que c’est écrit. Ce n’est pas parce que je le dis qu’il faut penser que ce soit écrit. Aussi bien si je l’écrivais, у mettrais-je plus de formes, et ces formes consistent justement à entrer dans le détail, c’est-à-dire à dire le pourquoi.

Supposons, ce qui saute aux yeux, qu’en référence а ce qui fait la clé de cette fonction de l’objet du désir, la femme, ce qui est bien évident, ne manque de rien. Parce qu’on aurait tout а fait tort de considérer que le Penisneid soit un dernier terme. Je vous ai déjà annoncé que ce serait la l’originalité sur ce point de ce que j’essaie cette année d’avancer devant vous. Le fait qu’elle n’ait, sur ce point, rien а désirer – et peut-être essaie­rais-je d’articuler très très précisément anatomiquement pourquoi, car cette affaire de l’analogie clitoris-pénis est loin d’être absolument fondée, un cli­toris n’est pas simplement un plus petit pénis, c’est une part du pénis, ça correspond aux corps caverneux et à rien d’autre; or, un pénis, que je sache, sauf chez 1’hypospadias, ne se limite pas aux corps caverneux, ceci est une parenthèse – le fait de n’avoir rien à désirer sur le chemin de la jouissance ne règle pas absolument pour elle la question du désir, justement, dans la mesure où la fonction du а, pour elle comme pour nous, joue tout son rôle. Mais, quand même, cette question du désir ça la simplifie beaucoup, je dis, pour elle, pas pour nous, en présence de leur désir. Mais enfin de s’intéres­ser à l’objet comme objet de notre désir, ça leur fait beaucoup moins de complications.

L’heure s’avance. Je laisse les choses au point où j’ai pu les mener. Je pense que ce point est suffisamment alléchant pour que beaucoup de mes auditeurs désirent en connaître la suite. Pour vous en donner quelques pré­misses, je vous annoncerai le fait que j’entends ramener les choses au niveau de la fonction de la femme, en tant qu’elle peut nous permettre de voir plus loin, à un certain niveau dans l’expérience de l’analyse, je vous dirai que, si on peut donner un titre à ce que j’énoncerai la prochaine fois, ce serait quelque chose comme Des rapports de la femme comme psychanalyste avec la position de Don Juan.

Print Friendly, PDF & Email