mardi, février 27, 2024
Recherches Lacan

LX L'angoisse 1962 – 1963 Leçon du 26 juin 1963

Leçon du 26 juin 1963

Pour essayer d’avancer aujourd’hui dans notre propos, je vais reprendre les choses concernant la constitution du désir chez l’obsessionnel et son rapport à l’angoisse. Et pour ce faire, je vais revenir à une sorte de tableau, de matrice, de tableau à double entrée que je vous ai donné lors des toutes premières leçons du séminaire de cette année sous là forme reproduite ici, et encadrée par le trait blanc et inscrite en rose.

Ce tableau alors avait l’intention de marquer la sorte de décalage, de désé­tagement que représentent les trois termes auxquels Freud est arrivé, et qu’il a inscrits dans le titre de son article Inhibition, symptôme, angoisse. Autour de ces trois termes, j’ai ponctué quelque chose que nous pouvons désigner comme les moments, comme un certain nombre de moments définissables dans les termes qui sont ici inscrits dans ce tableau et qui ont pour caractère de se référer, pour chaque terme, à sa tête de colonne en haut, à sa tête de ran­gée à gauche. On y trouve une corrélation qui peut à l’épreuve se proposer à l’interrogation comme propre à être infirmée ou confirmée dans sa fonc­tion structurale. Encore ces termes vous étaient-ils à ce moment livrés dans une certaine incomplétude, comportant donc quelques suspensions, énigmes ; nommément la distinction par exemple de l’émotion et de l’émoi pouvait être, malgré les références étymologiques que j’ai faites alors, pou­vait être tout de même pour vous matière à une interrogation qu’il ne vous était pas entièrement possible, avec vos propres moyens, de résoudre.

Assurément, ce que j’apporterai aujourd’hui me paraît de nature à vous y apporter des précisions qui, je n’en doute pas, pour la plupart, sinon pour tous, ne peuvent être que nouvelles, voire inattendues, et en particulier, pour commencer par cet émoi, dont l’origine, bien distincte de celle du terme d’émotion, n’est pas motion hors, motion, mouvement hors du champ par exemple organisé, adapté de l’action motrice, comme assuré­ment l’émotion étymologiquement — je ne vous dis pas que ce soit là quelque chose à quoi nous puissions entièrement nous fier — comme l’émotion étymologiquement l’indique, et s’y réfère ; l’émoi c’est à cher­cher, pour le comprendre bien, ailleurs et l’étymologie — c’était l’indica­tion que je vous en avais donnée — l’étymologie dans un esmayer se réfé­rant à une racine germanique, au mögen, racine germanique tout à fait pri­mitive, donne l’indication de quelque chose qui pose hors — hors de quoi ? — le principe du pouvoir.

Énigme donc, autour de quelque chose qui n’est pas sans rapport avec la puissance et je dirai que peut-être même, à prendre la forme qu’il a pris en fran­çais, que c’est de quelque chose de l’ordre de l’hors de moi, l’hors de soi que, dans une approche qui — ici il faut se référer presque au calembour — n’a pas moins d’importance, il nous faut diriger notre esprit, pour bien voir, entrevoir tout au moins, la direction dans laquelle nous allons aujourd’hui aller.

Pour aller tout de suite au vif — c’est parce que l’obsessionnel l’illustre par sa phénoménologie, immédiatement et d’une façon très sensible — je dirai qu’au point où nous en sommes, je puis vous dire tout crûment, tout à trac, que l’émoi, l’émoi dont il s’agit, n’est rien d’autre, au moins dans les corrélations que nous tentons d’explorer, de préciser, de dénouer, de créer, aujourd’hui, à savoir les rapports du désir et de l’angoisse, l’émoi dans cette corrélation, n’est rien d’autre que le a lui-même.

Dans la conjoncture de l’angoisse avec son étrange ambiguïté, je vous ai appris à serrer de plus près, tout au long de ce discours de cette année, l’am­biguïté qui nous permet, à nous, après cette élaboration, de formuler que ce qui frappe, dans sa phénoménologie, ce que nous pouvons en retenir et ce sur quoi les auteurs d’ailleurs font des glissements et erreurs et ce sur quoi nous introduisons une distinction, ce caractère d’être sans cause, mais non pas sans objet. C’est là une distinction sur laquelle je base mes efforts. Pour la situer, je vous ai dirigés, non seulement elle n’est pas sans objet, mais elle désigne très probablement l’objet, si je puis dire, le plus profond, l’objet dernier, la chose. C’est en ce sens que je vous ai appris à dire qu’elle est ce qui ne trompe pas. Le sans cause, par contre, si évident dans son phénomè­ne, c’est quelque chose qui s’éclaire mieux à notre vue de la façon où j’ai tenté de vous situer où commence la notion de la cause.

Cette référence à l’émoi est dès lors ce par quoi l’angoisse, tout en y étant liée, n’en dépend pas, mais au contraire le détermine, cet émoi. L’angoisse se trouve suspendue entre la forme, si l’on peut dire, antérieure du rapport à la cause, le qu’y a-t-il ? Qui va se formuler comme cause, l’embarras, et quelque chose qui, cette cause, ne peut pas la tenir, puisque primitivement, cette cause, c’est l’angoisse qui littéralement la produit. Quelque chose se produit qui illustre d’une façon abjecte et d’autant plus saisissante ce que j’ai mis à l’origine de mon explication de l’obsessionnel, dans la confronta­tion de L’homme aux loups et son rêve répétitif majeur à la confrontation angoissée à quelque chose qui paraît comme une monstration de sa réalité dernière, cette chose qui se produit qui, jamais, pour lui, ne vient à la conscience, mais ne peut être en quelque sorte que reconstruite comme un chaînon de toute la détermination ultérieure, l’émoi anal pour l’appeler par son nom et son produit, voilà, au niveau de l’obsessionnel, la forme pre­mière où intervient l’émergence de l’objet a qui est à l’origine de tout ce qui va s’en dérouler sous le mode de l’effet.

C’est parce qu’ici l’objet a se trouve donné dans un moment originel où il joue une certaine fonction sur laquelle nous allons maintenant essayer de nous arrêter, pour en préciser bien la valeur, l’incidence, la portée, les coor­données premières, celles d’avant que d’autres s’ajoutent, c’est parce que a est cela dans sa production originelle qu’il peut ensuite fonctionner dans la dialectique du désir qui est celle de l’obsessionnel.

Coordonnée donc, au moment de son apparition, de cet émoi au dévoi­lement traumatique, où l’angoisse révèle qu’elle est bien ce qui ne trompe pas au moment où le champ de l’Autre, si l’on peut dire, se fend et s’ouvre sur le fond, quel est-il ce a, quelle est sa fonction par rapport au sujet ?

Si nous pouvons ici le saisir, en quelque sorte, d’une façon pure par rapport à cette question, c’est justement dans la mesure où, dans uneconfrontation radicale, traumatique, le sujet cède à la situation. Mais qu’est ce que veut dire, à ce niveau, à ce moment, ce cède, comment faut-il l’en­tendre ? Ce n’est ni qu’il vacille, ni qu’il fléchisse, vous le savez bien. Rappelez-vous l’attitude schématisée par la fascination de ce sujet du rêve de L’homme aux loups devant la fenêtre ouverte sur l’arbre couvert de loups. Dans une situation dont le figement suspend devant nos yeux le caractère primitivement inarticulable et dont pourtant il restera à jamais marqué, ce qui s’est produit, c’est quelque chose qui donne son sens vrai à ce cède du sujet, c’est littéralement une cession.

Ce caractère d’objet cessible est un des caractères du a tellement impor­tant que je vous demande de bien vouloir me suivre dans une brève revue pour voir s’il est un caractère qui marque toutes les formes que nous avons énumérées du a. Ici nous apparaît que les points de fixation de la libido sont toujours autour de quelqu’un de ces moments que la nature offre à cette structure éventuelle de cession subjective.

Le premier moment de l’angoisse, celui que peu à peu a approché l’expé­rience analytique, disons au niveau, autour du trauma de la naissance, dès lors, à l’approche de cette remarque nous permet de l’accentuer comme quelque chose de plus précis, de plus précisément articulable que ce qui a d’abord été grossièrement approché sous la forme de la frustration et de nous interroger, et de nous apercevoir, dès que nous nous interrogeons, que le moment le plus décisif dans cette angoisse dont il s’agit, l’angoisse de sevrage, ce n’est pas tant qu’à l’occasion ce sein manque à son besoin, c’est plutôt que le petit enfant cède ce sein auquel, quand il est appendu, c’est bien comme à une part de lui-même.

N’oublions jamais, ce que je vous ai représenté — et je ne suis pas le seul à l’avoir aperçu, je me réfère ici à Bergler nommément — que le sein fait partie de l’individu au nourrissage, qu’il ne se trouve, comme je vous l’ai dit en une expression imagée, que plaqué sur la mère. Que ce sein, il puisse en quelque sorte le prendre ou le lâcher, c’est là où se produit ce moment de surprise le plus primitif, quelquefois vraiment saisissable dans l’expression du nouveau-né, celui où, pour la première fois, passe le reflet de quelque chose en rapport avec cet abandon de cet organe qui est bien plus encore le sujet lui-même, que quelque chose qui soit déjà un objet, quelque chose qui donne son support, sa racine, à ce qui, dans un autre registre, a été perçu, appelé, quant au sujet, comme déréliction. Mais aussi bien pour nous, comme pour tous les autres objets a, avons nous d’autre contrôle manifeste que cet accent que je mets de la possibilité du remplacement de l’objet naturel par un objet mécanique, si je puis m’ex­primer ainsi. Ce que je désigne ici, c’est le remplacement possible d’abord de cet objet par tout autre objet qui puisse se rencontrer, une autre partenaire, la nourrice qui faisait tellement de questions aux premiers tenants de l’édu­cation naturelle, au thème rousseauiste de la nourriture par la mère, mais au-delà, à ce quelque chose qui, mon Dieu, n’a pas toujours existé — du moins on l’imagine — et que le progrès de la culture a fabriqué, a constitué, le bibe­ron, c’est-à-dire la possibilité, ce a de le mettre en réserve, en stock, en cir­culation dans le commerce et aussi bien de l’isoler en tubes stériles.

Ce caractère donc de cession de l’objet se traduit par l’apparition dans la chaîne, la fonction de la fabrication humaine, l’apparition d’objets cessibles qui en sont, qui peuvent en être les équivalents. Et si ce rappel n’est pas ici hors de propos, c’est que par ce biais j’entends ici directement y rattacher la fonction sur laquelle j’ai mis dès longtemps l’accent, celle de l’objet transi­tionnel, pour prendre le terme, propre ou non, mais désormais consacré dont l’a épinglé son créateur, celui qui l’a aperçu, à savoir Winnicott.

Cet objet, qu’il s’appelle transitionnel, en effet ici à ce niveau on voit bien ce qui le constitue dans cette fonction d’objet que j’appelle objet cessible, il est un petit bout arraché à quelque chose, à un lange le plus souvent et l’on voit bien ce dont il s’agit quant au rapport du sujet au support qu’il trouve dans cet objet. Il ne s’y dissout pas, il s’y conforte, il s’y conforte, dans sa fonction de sujet tout à fait originel, de cette position de chute si je puis dire par rapport à la confrontation signifiante. Il n’y a pas là investissement de a, il y a, si je puis dire, investiture. Il est là le suppléant du sujet, et suppléant en position, en quelque sorte précédé. Il est ce rapport a sur quelque chose qui, secondairement, réapparaît après cette disparition. Ce sujet mythique, primitif, qui est posé au début comme ayant à se constituer dans la confron­tation, mais que nous ne saisissons jamais — et pour cause — c’est parce que le a l’a précédé et que c’est, en quelque sorte, marqué lui-même de cette pri­mitive substitution qu’il a à réémerger au-delà.

Cette fonction de l’objet cessible comme morceau séparable et véhiculant en quelque sorte primitivement quelque chose de l’identité du corps qui antécède sur le corps lui-même quant à la constitution du sujet, puisque j’ai parlé de manifestation, dans l’histoire de la production humaine en quelque sorte qui peut avoir pour nous valeur de confirmation, de révélation ; dans ce sens, il ne m’est pas possible de ne pas évoquer à l’instant, au terme extrê­me de cette évolution historique, ou plus exactement de cette manifestation dans l’histoire des problèmes que vont nous poser, je dis jusqu’au plus radi­cal de ce qu’on pourrait appeler l’essentialité du sujet, l’extension immense, probable, déjà engagée — plus que, je dirai, la conscience commune, et même celle des praticiens comme nous peut en être avertie — les questions que vont poser les faits de greffe d’organes qui prennent cette allure, à la fois assurément surprenante et bien faite pour suspendre l’esprit autour de je ne sais quelle question jusqu’où faut-il, jusqu’où allons-nous y consentir ? Jusqu’où ira le fait qui s’ouvre que ce que j’appellerai la mine, la ressource, le principal de ces étonnantes possibilités, va peut-être se trouver bientôt dans l’entretien artificiel de certains sujets dans un état, dont nous ne pour­rons, dont nous ne saurons plus dire s’il est la vie, s’il est la mort puisque comme vous le savez, les moyens de l’Angström permettent de faire subsis­ter dans un état vivant des tissus de sujet dont tout indique que le fonc­tionnement de leur système nerveux central ne saurait revenir à la restitu­tion, ondes cérébrales à plat, mydriase, absence sans retour des réflexes. De quoi s’agit-il, que faisons-nous quand c’est à un sujet dans cet état que nous empruntons un organe ? Est-ce que vous ne sentez pas qu’il y a là une émer­gence, dans le réel, de quelque chose de nature à réveiller, en des termes tout à fait nouveaux, la question de l’essentialité de la personne et de ce à quoi elle s’attache, à solliciter ces autorités doctrinales qui peuvent à l’occasion donner matière à juridisme, de les solliciter, de voir jusqu’où peut aller, dans la pratique, cette fois, la question de savoir si le sujet est une âme ou bien un corps ?

Je n’irai pas plus loin aujourd’hui dans cette voie, puisqu’aussi bien ces autorités doctrinales semblent déjà avoir évoqué des réponses bien singu­lières et qu’il conviendrait de les étudier de très près, pour pouvoir voir leur cohérence par rapport à certaines positions prises dès longtemps et où l’on peut dire, par exemple, que se distingue radicalement, sur le plan même de la relation, de l’identification de la personne avec quelque chose d’immor­tel qui s’appellerait l’âme, une doctrine qui articule, dans ses principes, ce qui est le plus contraire à la tradition platonicienne, à savoir qu’il ne saurait y avoir d’autre résurrection que celle du corps.

Aussi bien, le domaine ici évoqué n’est pas si lié à cette avancée industrieuse dans des possibilités singulières, qu’il n’ait été depuis longtemps évoqué par la fabulation visionnaire et ici, je n’ai qu’à vous renvoyer une fois de plus à la fonction unheimlich des yeux en tant que manipuler, faire passer un vivant à son automate, le personnage incarné par Hoffmann et mis au centre, par Freud, de son article sur l’Unheimlich, ce Copélius, celui qui creuse les orbites, qui va chercher jusque dans leur racine ce qui est l’ob­jet quelque part, capital, essentiel, à se présenter comme l’au-delà — et le plus angoissant — du désir qui le constitue, l’œil lui-même.

J’en ai dit assez au passage sur la même fonction de la voix et ce en quoi elle nous apparaît, nous apparaîtra sans doute, avec tellement de perfec­tionnements techniques, toujours plus, pouvoir être de l’ordre de ces objets cessibles, de ces objets qui peuvent être rangés sur les rayons d’une biblio­thèque, sous forme de disques ou de bandes et dont à l’occasion il n’est forcé que d’évoquer tel épisode, ancien ou neuf, pour savoir quel rapport singulier elle peut avoir avec le surgissement de telle conjoncture de l’an­goisse. Simplement, ajoutons-y, à proprement parler ceci, au moment où elle émerge, dans une aire de culture où elle surgit pour la première fois, la possibilité aussi de l’image, je dis de l’image spéculaire, de l’image du corps, à l’état détaché, à l’état cessible, sous forme de photographies ou de dessins même, et du leurre, de la répugnance que ceci provoque dans la sensibilité de ceux qui peuvent le voir surgir tout soudain et sous cette forme à la fois indéfiniment multipliable et possible à répandre partout, la répugnance, voire l’horreur que ces choses de la culture dans des aires qu’il n’y a aucu­ne raison que nous appelions primitives, l’apparition de cette possibilité fait surgir, avec le refus de laisser prendre ces images dont Dieu sait, c’est le cas de le dire, ensuite où elles pourront aller.

C’est dans cette fonction, dans cette fonction d’objet cessible et celle, en somme la plus naturelle et dont le naturel ne vient à pouvoir s’expliquer que comme ayant pris cette fonction, que l’objet anal intervient dans la fonction du désir, que là c’est là que nous avons à saisir en quoi il intervient et à mettre à l’épreuve, ne pas oublier le guide que nous donne notre formule que cet objet est donc, non pas fin, but du désir mais sa cause ; cause du désir, en tant qu’il est quelque chose lui-même de non-effectif, que c’est cette sorte d’effet fondé, constitué sur la fonction du manque qui n’apparaît comme effet que là où, en effet, se situe seule la notion de cause c’est-à-dire au niveau de la chaîne signifiante où ce désir est ce qui lui donne cette sorte de cohérence où le sujet se constitue essentiellement comme métonymie. Mais ce désir, au niveau de la constitution du sujet, comment allons-nous le qualifier ici, là où nous le saisissons dans son incidence, dans la constitution du sujet ? Ce n’est pas le fait contingent, la facticité de l’éducation de la pro­preté qui lui donne cette fonction de retenir qui, au désir anal donne sa structure fondamentale. C’est d’une forme plus générale qu’il s’agit ici, et qu’il s’agit pour nous de saisir dans ce désir de retenir.

Dans son rapport polaire à l’angoisse, le désir est à situer là où je vous l’ai mis en correspondance avec cette matrice ancienne, au niveau de l’inhibi­tion. C’est pourquoi le désir, nous le savons, peut prendre cette fonction de ce qu’on appelle une défense. Mais allons pas à pas pour voir comment ceci, éventuellement, se produit. Qu’est-ce que l’inhibition ? Pour nous, c’est notre expérience, il ne suffit pas que nous l’ayons, cette expérience, et que nous la manipulions comme telle, pour qu’encore nous en ayons correcte­ment articulé la fonction et c’est ce que nous allons essayer de faire. L’inhibition, qu’est-ce, sinon l’introduction dans une fonction — peut-être pas n’importe laquelle ; dans son article, Freud prend pour support par exemple la fonction motrice — l’introduction de quoi ? D’un autre désir que celui que la fonction satisfait naturellement. Cela, après tout, nous le savons, et je ne prétends rien ici découvrir de nouveau mais je crois qu’à l’articuler ainsi, j’introduis une formulation nouvelle dont, sans cette for­mulation même, nous échappent les déductions qui en découlent.

Car ce lieu de l’inhibition où nous apprenons à reconnaître, tant que je le souligne, les corrélations qu’indique cette matrice, le lieu à proprement par­ler où le désir s’exerce et où nous saisissons une des racines de ce que l’ana­lyse désigne comme l’Urverdrängung, cette occultation, si je puis dire, struc­turale du désir derrière l’inhibition — c’est quelque chose qui nous fait dire communément que si Monsieur Untel a la crampe des écrivains, c’est parce qu’il érotise la fonction de sa main, je pense qu’ici tout le monde se retrou­ve — c’est cela qui nous sollicite de faire jouer, d’apprécier en cette situation au même lieu ces trois termes, dont les deux premiers, je les ai nommés déjà inhibition, désir, le troisième étant l’acte. Car, quand il s’agit pour nous de définir ce qu’est l’acte, seul corrélatif possible, polaire au lieu de l’angoisse, nous ne pouvons le faire qu’à le situer là où il est, au lieu de l’inhibition dans cette matrice. L’acte ne saurait pour nous, ni pour personne, se définir comme quelque chose qui seulement se passe, si je puis dire, dans le champ où le réel, dans le sens définit la motricité, l’effet moteur dirait-on, mais comme quelque chose qui, dans ce champ — et sans doute sous la forme motrice à l’occasion, mais pas seulement — quelque participation qu’y puis­se rester toujours d’un effet moteur qui se traduit dans ce champ, champ du réel où s’exerce la réponse motrice, qui se traduit d’une façon telle, que s’y traduit un autre champ, champ qui n’est pas seulement celui de la stimula­tion sensorielle par exemple, comme on l’articule à ne considérer que l’axe réflexe et qui n’est pas à articuler comme réalisation du sujet.

Ceci est la conception du mythe personnaliste en tant que justement il élude dans ce champ de la réalisation du sujet la priorité du a qui inaugure et dès lors, conserve ce privilège, dans ce champ de la réalisation du sujet, du sujet comme tel qui ne se réalise que dans des objets qui sont de là même série, qui sont du même lieu, disons dans cette matrice, que la fonction du a, qui sont toujours objets cessibles, c’est ce que, depuis longtemps, on appelle les œuvres avec tout le sens qu’a ce terme jusque dans le champ de la théologie morale.

Alors qu’est-ce qui se passe dans l’acte de cet autre champ dont je parle et dont l’incidence, l’instance, l’insistance dans le réel est ce qui connote une action comme acte ? Comment allons-nous le définir ? Est-ce simplement cette relation polaire et, en quelque sorte, ce qui s’y passe de surmontement de l’angoisse, si je puis m’exprimer ainsi ?

Disons, en des formules qui ne peuvent qu’approcher après tout ce qu’est un acte, que nous parlons d’acte quand une action a le caractère, disons, d’une manifestation signifiante où s’inscrit ce qu’on pourrait appe­ler l’écart du désir. Un acte est une action, disons, en tant que s’y manifes­te le désir même qui aurait été fait pour l’inhiber. Ce fondement de la notion, de la fonction de l’acte dans son rapport à l’inhibition, c’est là, et là seulement, que peut se trouver justifié, qu’on appelle acte des choses qui, en principe, ont l’air si peu de se rapporter à ce qu’on peut appeler, au sens plein, éthique du mot, un acte : l’acte sexuel d’un côté, ou d’un autre l’acte testamentaire.

Eh bien ! C’est ici, dans ce rapport du a à la constitution d’un désir — et ce qu’il nous révèle du rapport du désir à la fonction naturelle — que notre obsessionnel a, pour nous, sa valeur la plus exemplaire. Chez lui, tout le temps, nous touchons du doigt ce caractère, dont seulement l’habitude peut effacer pour nous l’aspect énigmatique, que chez lui les désirs se manifestent toujours dans cette dimension que j’ai été jusqu’à appeler, tout à l’heure, anticipant sans doute un peu, fonction de défense.

Comment concevoir ceci, seulement à partir de quoi cette incidence du désir dans l’inhibition mérite d’être appelée défense ? C’est en cela, vous ai je dit, que — c’est d’une façon anticipée que j’ai pu parler de défense comme fonction essentielle de l’incidence du désir — c’est uniquement en tant que cet effet du désir, ainsi signalé par l’inhibition, peut s’introduire sous une action déjà prise dans l’induction d’un autre désir — c’est aussi là, pour nous, fait d’expérience commune — et, après tout, sans parler du fait que nous avons tout le temps à faire à quelque chose de cet ordre, observons que, pour ne pas quitter notre obsessionnel, c’est déjà là, la position du désir anal, ainsi défini par ce désir de retenir centré sur un objet primordial auquel il va donner sa valeur, c’est déjà là que se situe le désir situé comme anal. Il n’a pour nous de sens que dans l’économie de la libido, c’est-à-dire dans ses liaisons avec le désir sexuel.

C’est là qu’il convient de rappeler que l’inter urinas et faeces nascimur de Saint Augustin, ce n’est pas là tellement l’important — que nous y nais­sions, entre l’urine et les faeces — du moins pour nous, analystes, c’est qu’entre l’urine et les faeces, c’est là que nous faisons l’amour. Nous pissons avant et nous chions après ou inversement.

Or, c’est là une des corrélations de plus et à laquelle nous apportons trop peu d’attention, quant à une phénoménologie qu’après tout nous laissons venir dans l’analyse. C’est pourquoi il faut avoir l’oreille bien tendue et repérer dans les cas où cela sort, le rapport qui lie à l’acte sexuel la fomen­tation, si je puis dire, de ce qui apparaîtra bien entendu aussi inaperçu que peut-être inévoqué dans l’histoire de L’homme aux loups, son petit cadeau primitif, la fomentation habituelle, dans l’acte sexuel, de quelque chose, bien entendu, qui n’a pas l’air d’avoir beaucoup d’importance mais qui, comme indicatif de la relation dont je parle, la prend, la fomentation de la petite merde dont l’évacuation consécutive n’a sans doute pas la même signification chez tous les sujets, qu’ils soient par exemple sur le versant obsessionnel ou sur un autre.

Alors, reprenons notre chemin au point où je vous y ai laissés, c’est à savoir, qu’en est-il du point où je vous dirige maintenant concernant cette sous-jacence du désir au désir et comment concevoir, ici, ce qui, dans ce chemin, nous mène vers l’éludication de son sens, nous y mène j’entends, pas simplement dans son fait, mais dans sa nécessité ? Est-ce que, dans cette interprétation du désir-défense et de ce dont il défend, à savoir d’un autre désir, nous allons pouvoir concevoir que nous sommes simplement menés, si je puis dire, tout naturellement par ce qui mène l’obsessionnel dans un mouvement de récurrence du procès du désir engendré par cet effort impli­cite de subjectivation qui est déjà dans ses symptômes où il tend à en res­saisir les étapes, pour autant qu’il a des symptômes ; et qu’est-ce que cela veut dire, la corrélation, ici inscrite dans la matrice, à l’empêchement, à l’émotion ? C’est ce que vous désignent les titres que j’ai mis dans son redoublement, expliqué ici au-dessous.

L’empêchement dont il s’agit, quel est-il ? C’est que quelque chose inter­vient ? Empêchement ? impedicare, pris au piège, qui n’est pas redoublement de l’inhibition. Il a bien fallu choisir un terme. C’est que le sujet est bien empêché de se tenir à son désir de retenir, et que, chez l’obsessionnel, c’est cela qui se manifeste comme compulsion. La dimension ici, de l’émotion, empruntée à une psychologie qui n’est pas la nôtre, psychologie adapta­tionnelle, réaction catastrophique, intervient aussi ici, dans un tout autre sens que cette définition classique et habituelle. L’émotion dont il s’agit est celle que mettaient en valeur les expériences fondées sur la confrontation de la tache, à savoir que le fait que le sujet ne sache pas où répondre, c’est là où se rejoint notre ne pas savoir, à nous, il ne savait pas que c’était cela, c’est pour ça, au niveau du point où il ne peut pas s’empêcher, qu’il laisse passer des choses qui sont ces allers et retours du signifiant qui, alternativement, pose et efface, qui vont toutes sur cette voie, également elle, non sue, de retrouver la trace primitive. Ce que le sujet obsessionnel cherche dans ce que j’ai appelé tout à l’heure — et vous voyez pourquoi le choix de ce mot — sa récurrence, dans le procès du désir, c’est bel et bien à retrouver la cause authentique de tout ce processus et c’est parce que cette cause n’est rien d’autre que cet objet dernier, abject et dérisoire, qu’il reste dans cette recherche en suspens, que toujours s’y manifeste, au niveau de l’acting-out, ce qui va donner à cette recherche de l’objet ses temps de suspension, ses fausses routes, ses fausses pistes, ses dérivations latérales qui feront la recherche tourner indéfiniment et qui se manifestent dans ce symptôme fondamental du doute qui va frapper, pour lui, la valeur de tous ses objets de substitution.

Ici, ne pas pouvoir, c’est ne pas pouvoir quoi ? s’empêcher. La compul­sion, ici le doute, concerne justement ces objets douteux grâce à quoi est reculé le moment d’accès à l’objet dernier qui serait la fin, au sens plein du terme ; à savoir la perte du sujet sur le chemin où il est toujours ouvert à entrer par la voie de l’embarras, de l’embarras où l’introduit comme telle la question de la cause, qui est ce par quoi il entre dans le transfert.

Qu’est-ce qui doit, ici, nous retenir ? Est-ce que nous avons vu, serré, même approché, la question qui est celle que j’ai posée de l’incidence d’un autre désir qui, par rapport à celui-ci dont j’ai parcouru le chemin, jouerait le rôle de défense ? Manifestement non. J’ai tracé le chemin du retour à l’ob­jet dernier avec sa corrélation d’angoisse, car c’est là qu’est le motif du sur­gissement croissant de l’angoisse et à mesure qu’une analyse d’obsessionnel est poussée plus loin vers son terme, pour peu qu’elle ne soit menée que dans ce chemin, la question donc reste ouverte, si ce n’est de ce que j’ai voulu dire — car je pense que déjà vous l’avez entrevu — mais de ce que c’est que l’incidence comme défense, défense sans doute agissante et agis­sant fort loin pour écarter l’échéance que je viens de dessiner, comme défen­se d’un autre désir.

Comment cela est-il possible ? Nous ne pouvons le concevoir qu’à don­ner sa position centrale, ce que tout à l’heure déjà j’ai fait, au désir sexuel je veux dire au désir qu’on appelle génital, au désir naturel en tant que chez l’homme et justement en fonction de cette structuration propre au désir autour du truchement d’un objet, il se pose comme ayant l’angoisse en son cœur et séparant le désir de la jouissance. Cette fonction du a qui, à ce niveau du désir génital, se symbolise analogiquement à la dominance, à la prégnan­ce du a dans l’économie du désir, se symbolise au niveau du désir génital par le — φ qui apparaît ici comme le résidu subjectif au niveau de la copulation, en d’autres termes, qui nous montre que la copule est partout, et qu’elle n’unit qu’à manquer là où justement elle serait proprement copulatoire.

C’est à ce trou central — qui donne sa valeur privilégiée à l’angoisse de castration, c’est-à-dire au seul niveau où l’angoisse se produit au lieu même du manque de l’objet — c’est à ceci qu’est due, nommément chez l’obses­sionnel, l’entrée en jeu d’un autre désir. Cet autre désir, si je puis dire, donne son assiette à ce qu’on peut appeler la position excentrique, celle que je viens d’essayer de vous décrire, du désir de l’obsessionnel par rapport au désir génital.

Car le désir de l’obsessionnel n’est pas concevable, dans son instance ni dans son mécanisme, si ce n’est parce qu’il se situe en suppléance de ce qui est impossible à suppléer ailleurs, c’est-à-dire en son lieu. Pour tout dire, l’obsessionnel, comme tout névrosé, a d’ores et déjà accédé au stade phal­lique, mais c’est par rapport à l’impossibilité de satisfaire, au niveau de ce stade, que son objet à lui, le a excrémentiel, le a cause du désir de retenir — et dont, si je voulais vraiment conjoindre, ici, la fonction avec tout ce que j’en ai dit des relations à l’inhibition, je l’appellerais bien plutôt le bou­chon, — et c’est par rapport à cela que cet objet va prendre des valeurs que je pourrais appeler développées. Et c’est ici que nous perçons l’origine de ce que je pourrais appeler le fantasme analytique de l’oblativité. J’ai déjà dit et répété que c’est un fantasme d’obsessionnel car, bien sûr, tout le monde voudrait bien que l’union génitale, ce soit un don, je me donne, tu te donnes, nous nous donnons. Malheureusement, il n’y a pas de trace de don dans un acte génital copulatoire, aussi réussi que vous puissiez l’imaginer. Il n’y a justement de don que là où on l’a toujours bel et bien et parfaite­ment repéré, au niveau anal, dans la mesure où ici quelque chose se profi­le, se dresse de ce qui est justement à ce niveau, destiné à satisfaire, à arrê­ter le sujet sur la réalisation de la béance, du trou central qui au niveau génital empêche de saisir quoi que ce soit qui puisse fonctionner comme objet de don.

Puisque j’ai parlé de bouchon, en quoi vous pouvez reconnaître que c’est la forme la plus primitive de ce que j’appelai, de ce que j’ai introduit l’autre jour auprès de vous comme l’objet exemplaire que j’ai appelé robinet, par la discussion de la fonction de la cause. Eh bien ! Comment pourrions-nous illustrer, par rapport à ce qui détermine la fonction de l’objet bouchon ou robinet avec sa conséquence, le désir de fermer, comment pourraient se situer les différents éléments de notre matrice ?

Le rapport à la cause — qu’est-ce que c’est que ça, kek qu’c’est qu’ça, qu’est-ce qu’on peut faire avec un robinet ? — est le point initial où entre en jeu, à l’observation, dans l’expérience de l’enfant, cet attrait que nous voyons, contrairement à n’importe quel autre petit animal, se manifester pour quelque chose qui s’annonce comme représentant ce type fondamen­tal d’objet. Le ne pas pouvoir en faire quelque chose, aussi bien que le ne pas savoir, et dans leur distinction indiquent ici suffisamment qu’est-ce que c’est que le symptôme, c’est la fuite du robinet. Le passage à l’acte, c’est l’ouvrir, mais l’ouvrir sans savoir ce qu’on fait. Telle est la caractéristique du passage à l’acte. Quelque chose se produit où se libère une cause par des moyens qui n’ont rien à faire avec cette cause. Car, comme je vous l’ai fait remarquer, le robinet ne joue sa fonction de cause qu’en tant que tout ce qui peut en sortir, vient d’ailleurs. C’est parce qu’il y a l’appel du génital, avec son trou phallique au centre, que tout ce qui peut se passer au niveau de l’anal entre en jeu parce qu’il prend son sens.

Quant à l’acting-out, si nous voulons le situer par rapport à la métapho­re du robinet, ce n’est pas le fait d’ouvrir le robinet, comme fait l’enfant sans savoir ce qu’il fait, c’est simplement la présence ou non du jet. L’acting-out, c’est le jet, c’est-à-dire ce qui se produit toujours d’un fait qui vient d’ailleurs que de la cause sur laquelle on vient d’agir. Et ceci, c’est notre expérience qui nous l’indique. Ce n’est pas que notre intervention, disons, par exemple sur le plan d’une interprétation anale, soit fausse qui provoque l’acting-out, c’est que là où elle est portée, elle laisse place à quelque chose qui vient d’ailleurs. En d’autres termes, il ne faut pas tracasser inconsidéré­ment la cause du désir.

Ici donc s’introduit la possibilité de la fonction — en ce terrain où se joue le sort du désir de l’obsessionnel, de ses symptômes et de ses sublimations — de quelque chose qui prendra son sens d’être ce qui contourne, si je puis dire, la béance centrale du désir phallique, ce qui se passe au niveau sco­pique, en tant que l’image spéculaire entre en fonction analogue parce qu’elle est en position, par rapport au stade phallique, corrélative.

Tout ce que nous venons de dire de la fonction de a comme objet de don analogue, destiné à retenir le sujet sur le bord du trou castratif, tout ce que nous venons d’en dire, nous pouvons le transposer à l’image. Et ici inter­vient cette ambiguïté, chez le sujet obsessionnel, soulignée dans toutes les observations, de la fonction de l’amour. Qu’est-ce que c’est que cet amour idéalisé que nous trouvons aussi bien chez L’homme aux rats, que chez L’homme aux loups ? Dans toute observation un peu poussée d’obsession­nel, quelle est l’énigme de cette fonction, donnée à l’autre, à la femme en l’occasion, de cet objet exalté dont on ne nous a certainement pas attendus, ni vous, ni moi, ni l’enseignement qui se donne ici, pour savoir ce qu’il représente subrepticement de négation de son désir ? En tout cas, les femmes, elles, ne s’y trompent pas. Qu’est-ce qui distinguerait ce type d’amour d’un amour érotomaniaque, si nous ne devions pas chercher ce que l’obsessionnel engage de lui dans l’amour ?

Croyez-vous que pour l’obsessionnel, s’il en est bien ainsi du dernier objet que puisse révéler son analyse, par un certain chemin de la récurren­ce — je vous ai dit lequel — l’excrément, est la source divinatoire à se trou­ver objet aimable ? Je vous prie de tâcher d’éclairer, avec votre lampe de poche, ce qu’il en est de la position de l’obsessionnel à cet égard. Ce n’est pas le doute ici qui prévaut, c’est qu’il préfère ne même pas y regarder. Cette prudence, vous la trouverez toujours. Et pourtant, si l’amour prend pour lui ces formes d’un lien exalté, c’est parce que ce qu’il entend qu’on aime, c’est de lui une certaine image ; que cette image, il la donne à l’autre, et tel­lement, qu’il s’imagine que si cette image venait à faire défaut, l’autre ne saurait plus à quoi se raccrocher. C’est le fondement de ce que j’ai appelé ailleurs la dimension altruiste de cet amour mythique fondé sur une mythique oblativité.

Mais cette image, son maintien est ce qui l’attache à toute une distance de lui-même qui est, justement, ce qu’il y a de plus difficile à réduire et ce qui en a donné l’illusion à tel, Bouvet bien sûr, qui avait beaucoup d’expérien­ce de ces sujets, mais non pas l’appareil, — et pour des raisons qui reste­raient à approfondir de la formuler, de mettre tellement d’accent sur cette notion de distance, la distance dont il s’agit est cette distance du sujet à lui-même par rapport à quoi tout ce qu’il fait n’est jamais pour lui au dernier terme et, sans analyse, laissé à sa solitude, que quelque chose qu’il perçoit comme un jeu, en fin de compte, qui n’a profité qu’à cet autre dont je parle, à cette image.

Ce rapport est celui que communément on met en valeur, quant à la dimension narcissique où se développe tout ce qui, chez l’obsessionnel, est non pas central, c’est-à-dire symptomatique, mais si vous voulez compor­temental ou vécu et qui donne sa véritable assiette, ce par quoi ce dont il s’agit pour lui, c’est-à-dire de réaliser au moins le premier temps de ce à quoi n’est jamais permis, chez lui, qu’il n’est jamais permis de se manifester en acte, c’est-à-dire son désir, comment ce désir se soutient, si je puis dire, de faire le tour de toutes les possibilités, au niveau phallique et génital, qui déterminent l’impossible.

Quand je dis que l’obsessionnel soutient son désir comme impossible, je veux dire qu’il soutient son désir au niveau des impossibilités du désir. L’image du trou, du trou dont il s’agit, je vous prie d’en trouver la référen­ce — je vous l’ai dit en son temps et c’est pour ça que j’y ai si longtemps insisté — la référence à la topologie du tore, le cercle de l’obsessionnel est justement un de ces cercles qui, en raison de sa place topologique ne peut jamais se réduire à un point. C’est parce que de l’oral à l’anal, de l’anal au phallique, du phallique au scopique, et du scopique au vociféré, ça ne revient jamais sur soi-même, sinon en repassant par son point de départ.

C’est autour de ces structures que, la prochaine fois, je donnerai sa for­mulation conclusive à ce que cet exemple suffisamment démonstratif à être élaboré comme exemple, et transposable aussi bien à partir de ces données dans d’autres structures, l’hystérique nommément, que, à partir de cet exemple nous pouvons au dernier terme situer de la position et de la fonc­tion de l’angoisse.

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