mercredi, juin 19, 2024
Recherches Lacan

Les écrits D'un dessein

Les chiffres indiquent les numéros de page de l’édition originale

p 363 – D’un dessein

 

Les deux échantillons, qui suivent, de notre séminaire nous incitent à communiquer au lecteur quelque idée du dessein de notre enseignement.

Ces textes gardent encore la violence de la nouveauté qu’ils apportaient. On en mesurera le risque à constater que leurs problèmes sont toujours à l’ordre du jour, quand nous y avons apporté une élaboration qui n’a pas cessé de s’assurer clans sa critique et dans sa construction.

A les relire, il nous plaît d’y trouver telle suspension sur le refoulement qu’intéresse le mot signor, :a laquelle vient faire à cette heure écho une question qui nous est posée sur le lieu où se tient le terme oublié, à préciser clans les termes de notre topologie : est-ce « le mort » qu’évoque plus loin notre direction de la cure ou le discours (le l’Autre tel due le rapport de Rome l’a fondé?

A cette tâche en progrès, ajoutons les difficultés personnelles qui peuvent faire obstacle à l’accession d’un sujet à une notion comme la Verwerfung à mesure même du fait qu’il y est plus intéressé. Drame quotidien où se rappelle que cet enseignement qui ouvre à tous sa théorie, a pour enjeu pratique la formation du psychanalyste.

La question se poserait là de la dimension de son influence, à la prendre d’abord au fait que ces deux morceaux soient extraits du premier numéro épuisé de la revue La Psychanalyse, dont la part qu’y ont nos textes ne mesure qu’imparfaitement, de son trop même, le soin que nous en avions pris.

Comment évaluer ce qui s’est imposé, du composite toujours d’une telle entreprise, sur le terrain d’une exigence dont nous allons dire le statut?

Ce n’est pas tout dire que de constater que tel déblai invectif à soulever ici sa poussière serait toujours d’actualité.

On avancerait aussi bien que l’air de cette revue ait retenu

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le champ français sur la pente du glissement dont témoignent les Congrès internationaux de la psychanalyse. Et il arrive que de l’étranger nous revienne l’étonnement de son naufrage.

Il est inutile de pointer le désaveu interne qui lui fit conduite dès son liminaire.

Rien ne dépasse ici, ni ne contrevient à l’ordre d’importance que nous avons épinglé récemment d’un Witz de notre cru la poubellication.

Les deux textes présents méritent une autre considération, d’être de la façon de notre séminaire, y ayant encadré la contribution que jean Hyppolite, alors notre auditeur, voulut bien y apporter sur notre demande sous l’espèce d’un commentaire sur la Verneinung de Freud.

On trouvera ce texte, par la permission que nous en donne gracieusement son auteur, reproduit en appendice. S’il tient à ce qu’en soit précisé le caractère de mémorial, on verra que le scrupule qu’on a pris de préserver son caractère de notes écarte tout malentendu, mais aussi bien par là le prix qu’il a pour nous.

Car se laisser ainsi conduire par la lettre de Freud jusqu’à l’éclair qu’elle nécessite, sans lui donner d’avance rendez-vous, ne pas reculer devant le résidu, retrouvé à la fin, de son départ d’énigme, et même ne pas se tenir quitte au terme de la démarche (le l’étonnement par quoi l’on y a fait entrée, voilà en quoi un logicien éprouvé nous apportait la garantie de ce qui faisait notre requête, quand depuis trois ans passés déjà, nous entendions nous autoriser d’un commentaire littéral de Freud.

Cette exigence de lecture n’a pas le vague de la culture qu’on y pourrait croire en question.

Le privilège donné à la lettre de Freud n’a rien chez nous de superstitieux. C’est là où l’on en prend à son aise avec elle qu’on y apporte une sorte de sacralisation fort compatible avec son ravalement à un usage de routine.

Que tout texte, qu’il se propose comme sacré ou profane, voie sa littéralité croître en prévalence de ce qu’il implique proprement d’affrontement à la vérité, c’est ce dont la découverte freudienne montre la raison de structure.

Précisément en ce que la vérité qu’elle apporte, celle de l’inconscient, doit à la lettre du langage, à ce que nous appelons le signifiant.

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Ceci, s’il nous rend compte incidemment de la qualité d’écrivain de Freud, est surtout décisif à intéresser le psychanalyste aussi loin qu’il le peut au langage, comme à ce qu’il détermine dans le sujet.

Là aussi est le motif des collaborations que nous avions obtenues à notre premier numéro, soit Martin Heidegger pour son article Logos, dussions-nous y aller de nos audaces de traducteur, Émile Benveniste pour sa critique d’une référence de Freud, une fois de plus éminente à s’avérer, au plus profond de l’affectif, se régler du langage.

Là, ce motif, et dans nulle vaine semblance de dialogue, même et surtout philosophique : nous n’avons pas dans la psychanalyse à élargir les esprits.

Des illustres voisinages que nous réunîmes un instant pour des conférences stimulant notre dessein, aucun qui ne fût destiné par ce que sa tâche propre comportait de structuraliste, à l’accentuer pour nous. Disons-le : la stupidité qualifiée qui y mit fin, d’en prendre ombrage, annulait déjà l’entreprise de n’y voir que propagande.

Quel ressort fait donc le psychanalyste s’ancrer ailleurs? Si l’approche (lu refoulé s’accompagne de résistances qui donnent la mesure du refoulement, comme Freud nous le dit, ceci implique pour le moins un étroit rapport entre les deux termes. Ce rapport s’avère ici de fonctionner en retour.

L’effet de vérité qui se livre dans l’inconscient et le symptôme, exige du savoir une discipline inflexible à suivre son contour, car ce contour va au contraire d’intuitions trop commodes à sa sécurité.

Cet effet de vérité culmine dans un voilé irréductible où se marque la primauté du signifiant, et l’on sait par la doctrine freudienne qu’aucun réel n’y prend sa part plus que le sexe. Mais le sujet n’y a sa prise que surdéterminée : le désir est désir de savoir, suscité d’une cause connexe à la formation d’un sujet, moyennant quoi cette connexion ne tient au sexe que d’un biais gauche. Expression où l’on reconnaît la topologie dont nous tentons de la cerner.

Il en résulte la présentification nécessaire d’un trou qui n’est plus à situer dans le transcendantal de la connaissance, lieu en somme fort bien venu à le transposer d’un recul, mais à une place plus proche à nous presser de l’oublier.

A savoir, là où l’être, si enclin à fuir sa jouissance qu’il

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Se montre à l’épreuve, n’en suppose pas moins, ni de façon moins permanente, qu’il y ait accès de droit. Prétention qui n’échappe au comique, que de l’angoisse que provoque l’expérience qui la rabat.

Curieusement c’est de cette impasse que le succès de Freud s’explique : on capitule à le comprendre pour ne pas la rencontrer, et « son langage », comme on dit pour réduire un discours au verbal, vient à fleurir dans les propos de l’on le plus lucifuge.

Qui s’étonnera, hors de cet on, que le psychanalyste donne à Freud le même succès, quand, succion plutôt de sa pensée par cette fente qui s’ouvre en elle combien plus proche de prendre en sa pratique l’insistance d’une indécente intimité, elle redouble son horreur de le forcer ordinairement à la morose opération de l’obstruer?

D’où rien ne vient plus à être manié de chaque joint délicat que Freud emprunte au plus subtil de la langue, sans que d’avance y soient coulées les images confuses où se précipitent ses plus basses traductions.

Bref on lit Freud comme on écrit dans la psychanalyse; et c’est assez dire.

On voit donc que le mot d’ordre dont nous nous sommes armé du retour à Freud, n’a rien à faire avec le retour aux sources qui pourrait aussi bien ici comme ailleurs ne signifier qu’une régression.

Même s’agissant d’en corriger une déviation trop manifeste pour ne pas s’avouer comme telle à tous les tournants, ce ne serait que donner place à une nécessité externe, encore qu’elle soit de salubrité.

Notre retour à Freud a un sens tout différent de tenir à la topologie du sujet, laquelle ne s’élucide que d’un second tour sur elle-même. Tout doit en être redit sur une autre face pour que se ferme ce qu’elle enserre„ qui n’est certes pas le savoir absolu, mais cette position d’où le savoir peut renverser des effets de vérité. Sans doute est-ce d’une suture un moment en ce joint pratiquée, que s’est assuré ce que de science absolument nous avons réussi. N’est-ce pas là aussi de quoi nous tenter d’une nouvelle opération là où ce joint reste béant, dans notre vie?

Ce double tour dont nous donnons la théorie, prête en en effet à une autre couture à y offrir un nouveau bord : celle d’où ressort une structure bien plus propre que l’antique

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sphère à répondre de ce qui se propose au sujet comme du dedans et du dehors’.

Quand Freud dans un texte célèbre produit ensemble Anankê et Logos, va-t-on croire que ce soit par goût de l’effet ou pour rendre au pied-plat son pied ferme en lui tendant la marche du pied-sur-la-terre ?

La puissance redoutable que Freud invoque à nous réveiller du sommeil où nous la tenons assoupie, la grande Nécessité n’est nulle autre que celle qui s’exerce dans le Logos et qu’il éclaire le premier du frisant de sa découverte.

C’est la répétition elle-même, dont autant que Kierkegaard, il renouvelle pour nous la figure : dans la division du sujet, destin de l’homme scientifique. Que s’en écarte une autre confusion : rien à faire avec le retour éternel.

La répétition est unique à être nécessaire, et celle qui vient à notre charge, n’en viendrions-nous pas à bout, qu’il resterait de notre index le commandement de sa boucle.

1. Comme nous avons commencé de l’établir l’année même (61-62) où nos élèves s’occupaient du même rapport (dedans-dehors) dans un contexte plus mondain. Par où d’autres auront eu le profit que nous y revenions cette année (61-66).

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